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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2216947

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2216947

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2216947
TypeDécision
PublicationC
Formation2e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET LWM

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a examiné la requête de la société Immo CMED contestant le refus de l’administration de lui accorder l’aide « reprise » prévue par le décret n° 2021-624 du 20 mai 2021. La société soutenait que ce refus, motivé par l’exigence de remboursement préalable d’aides perçues au titre d’un autre dispositif, était entaché d’erreur de droit et d’un défaut d’examen. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que le moyen tiré du défaut de motivation était inopérant dans le cadre d’un recours de plein contentieux et que les autres moyens n’étaient pas fondés. La solution retenue confirme la légalité de la décision de l’administration, sans qu’il soit nécessaire de se prononcer sur l’application des textes invoqués.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 août et 12 décembre 2022, la société Immo CMED, représentée par Me Loustalet demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 juin 2022, par laquelle le directeur départemental des finances publiques de la Moselle a rejeté sa demande d'aide à la reprise pour la période de janvier à juin 2021 présentée sur le fondement du décret du 20 mai 2021 visant à soutenir les entreprises ayant repris un fonds de commerce en 2020 et dont l'activité est particulièrement affectée par l'épidémie de covid-19 ;

2°) d'enjoindre à la direction générale des finances publiques d'examiner sa demande d'aide, dans un délai et sous une astreinte à déterminer par le tribunal ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 600 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée et, en particulier, ne comporte aucune considération de droit puisqu'il lui a seulement été indiqué, sans référence à aucun texte, que l'aide " reprise " ne pouvait lui être accordée tant qu'il n'aurait pas remboursé les aides exceptionnelles qu'il a perçues sur le fondement du décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier en ce que sa demande d'aide " reprise " n'a pas été examinée au regard des conditions d'octroi prévues par le décret n° 2021-624 du 20 mai 2021 ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que l'administration n'a pu légalement refuser de procéder à l'examen de sa demande d'aide " reprise " tant qu'il n'aurait pas remboursé les aides qu'il avait précédemment perçues alors que ce motif de refus n'est prévu par aucun texte ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions du décret n° 2021-624 dès lors qu'il remplissait toutes les conditions pour bénéficier de l'aide reprise, que l'administration était donc tenue de lui accorder ;

- l'administration a commis un détournement de pouvoir en utilisant sa compétence en matière d'examen des demandes d'aide " reprise " pour le contraindre à rembourser une aide distincte ;

- les moyens de défense de l'administration tirés de ce qu'elle ne remplit pas les conditions pour obtenir l'aide " reprise " sont inopérants car la décision contestée est un refus d'examen de sa demande ;

- à titre subsidiaire, c'est à tort que l'administration estime qu'elle ne remplit pas la condition d'interdiction d'accueil du public du fait des ventes à emporter qu'elle a réalisées, dès lors que l'article 40 du décret n° 2020-1310 du 29 octobre prévoit que, par dérogation, les établissements sous le coup d'une interdiction d'accueillir du public peuvent continuer à en recevoir pour leurs activités de vente à emporter et que la " Foire aux questions " précise qu'il n'est pas tenu compte, pour l'examen des demandes d'aide reprise, du chiffre d'affaires réalisé dans le cadre de la vente à emporter.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2022, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le moyen tiré du vice de forme est inopérant car la requête relève du plein contentieux ;

- les autres moyens invoqués par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;

- l'ordonnance n° 2020-705 du 10 juin 2020 ;

- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 ;

- le décret n° 2020-1310 ;

- le décret n° 2021-624 du 20 mai 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Laforêt,

- les conclusions de M. Halard, rapporteur public,

- et les observations de M. Belal, président de la société Immo CMED, représentant cette société en l'absence de son avocat.

Considérant ce qui suit :

1. La société Immo CMED, a procédé au rachat d'un fonds de commerce de " salon de thé, glacier, restauration rapide sans extraction " le 10 mars 2020. Elle a demandé et obtenu 64 498 euros d'aide pour les mois de mars 2020 à mars 2021 au titre du premier volet du fonds de solidarité, institué à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19. Par une décision du 31 mai 2021, l'administration a rejeté sa demande d'aide pour le mois d'avril 2021 au motif qu'elle ne pouvait se prévaloir du chiffre d'affaires réalisé par l'ancien exploitant de son fonds de commerce et n'avait, par conséquent, aucun droit à cette aide. Le 1er septembre 2021, la société Immo CMED a formé une demande d'aide sur le fondement du décret du 20 mai 2021 instituant une aide à la reprise visant à soutenir les entreprises ayant repris un fonds de commerce en 2020 et dont l'activité est particulièrement affectée par l'épidémie de covid-19. Par une décision du 28 septembre 2021, l'administration lui a indiqué que sa demande d'aide " reprise " ne serait examinée qu'après remboursement de l'aide indument perçue pour la période de mars 2020 à mars 2021. Cette position a été maintenue par l'administration dans ses décisions ultérieures des 15 novembre 2021, 22 novembre 2021, 28 décembre 2021, 26 avril 2022 et 10 juin 2022, en réponse aux recours administratifs du requérant. Par la présente requête, la société Immo CMED demande au tribunal d'annuler cette dernière décision, du 22 juin 2022, par laquelle le directeur départemental des finances publiques de la Moselle a rejeté sa demande tendant à l'octroi de l'aide " reprise ".

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. A titre liminaire, lorsque le requérant a formé un recours gracieux ou hiérarchique et exerce un recours contentieux consécutivement à son rejet, il appartient au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux, qui a recommencé à courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux ou hiérarchique, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet de ce recours administratif d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale. En l'espèce les conclusions présentées par la société Immo CMED tendant à l'annulation de la décision de rejet de son recours hiérarchique doivent donc être regardées comme également dirigées contre la décision du 28 septembre 2021.

3. Aux termes de l'article 1er du décret du 20 mai 2021 instituant une aide à la reprise visant à soutenir les entreprises ayant repris un fonds de commerce en 2020 et dont l'activité est particulièrement affectée par l'épidémie de covid-19 : " I. - Les entreprises mentionnées à l'article 1er du décret du 30 mars 2020 susvisé, à l'exception de celles mentionnées aux 5° et 5° bis, peuvent bénéficier, au titre du premier semestre 2021, d'une aide à la reprise lorsqu'elles remplissent les conditions suivantes au jour de la demande : / 1° Elles ont été créées au plus tard le 31 décembre 2020 ; / 2° Elles ont acquis au moins un fonds de commerce dont la vente a été constatée par un acte authentique ou sous seing privé, dûment enregistré, et qui a été inscrit entre le 1er janvier 2020 et le 31 décembre 2020 sur un registre public tenu au greffe du tribunal de commerce dans le ressort duquel le fonds est exploité et dont elles sont toujours propriétaires à la date de dépôt de la demande d'aide ; / 3° L'activité affectée au fonds de commerce est demeurée la même après son acquisition ; / 4° L'activité affectée au fonds de commerce a fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public sans interruption entre le 1er novembre 2020, ou la date d'acquisition du fonds, et le 1er mai 2021 en application des dispositions du décret du 29 octobre 2020 susvisé ; / 5° Elles justifient d'un chiffre d'affaires nul au cours de l'année 2020 ; / 6° Elles ne sont ni contrôlées par une autre entreprise, ni ne contrôlent une autre entreprise dans les conditions prévues à l'article L. 233-3 du code de commerce () ".

4. D'une part, il ressort des termes des décisions contestées que l'administration a conditionné l'instruction de la demande d'aide " reprise " présentée par la société Immo CMED sur le fondement des dispositions précitées au remboursement préalable de l'aide exceptionnelle indument perçus pour les mois de mars 2020 à mars 2021. Toutefois, en refusant pour ce motif, non prévu par les textes applicables, d'instruire une demande portant sur une aide d'une autre nature, relative à une période différente et sollicitée sur le fondement d'un autre décret, l'administration a commis une erreur de droit.

5. D'autre part, l'administration soutient que la société Immo CMED ne remplissait, en tout état de cause, pas les conditions prévues à l'article 1er du décret du 20 mai 2021, dont les dispositions sont citées au point 3, en ce qu'elle n'a pas poursuivi l'activité affectée au fonds de commerce dont elle a fait l'acquisition ni fait l'objet d'une interdiction complète d'accueil du public car elle était autorisée à vendre des produits à emporter. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la comparaison de l'extrait Kbis de la société requérante et de l'annonce légale publiée le 27 mars 2020 dans les affiches parisiennes, que cette société a fait l'acquisition d'un fonds de commerce de " salon de thé, glacier, restauration rapide sans extraction " et exerce une activité similaire de café et de salon de thé. En outre, les dispositions de l'article 40 du décret du 29 octobre 2020, prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire, prévoient que les établissements de type N, soit les restaurants et débits de boissons, ont la possibilité de continuer à accueillir du public pour leurs activités de livraison et de vente à emporter lorsqu'ils font l'objet d'une interdiction d'accueil du public n'ont ni pour objet ni pour effet d'exclure du bénéfice de l'aide les établissements qui pratique la vente à emporter. Dès lors, l'administration n'est pas fondée à soutenir que la société Immo CMED ne remplissait pas les conditions pour obtenir l'aide qu'elle sollicitait et sa demande de substitution de motifs ne peut, dès lors qu'être rejetée.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 28 septembre 2021 par laquelle le directeur départemental des finances publiques de la Moselle a refusé à la société Immo CMED l'aide à la " reprise " qu'elle sollicitait doit, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens invoqués, être annulée. Il en est de même des décisions prises sur les recours administratifs de cette société et notamment de celle du 10 juin 202Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. L'exécution du présent jugement implique que la demande d'aide présentée par la société Immo CMED pour les mois de janvier à juin 2021, sur le fondement des dispositions du décret susvisé du 20 mai 2021 instituant une aide à la reprise, soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au directeur départemental des finances publiques de la Moselle ou à la direction des finances publiques territorialement compétente, de procéder à ce réexamen dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Immo CMED et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 28 septembre 2021, par laquelle le directeur départemental des finances publiques de la Moselle a rejeté la demande d'aide à la reprise présentée par la société Immo CMED sur le fondement du décret n° 2021-624 du 20 mai 2021 instituant une aide à la reprise visant à soutenir les entreprises ayant repris un fonds de commerce en 2020 et dont l'activité est particulièrement affectée par l'épidémie de covid-19 est annulée, ensemble les décisions des 15 et 22 novembre 2021, du 28 décembre 2021, du 26 avril 2022 et 10 juin 2022 rejetant ses recours administratifs.

Article 2 : Il est enjoint au directeur départemental des finances publiques de la Moselle ou à la direction des finances publiques compétente de procéder au réexamen de la demande de la société Immo CMED tendant au bénéfice de l'aide à la reprise pour la période du 1er janvier au 30 juin 2021, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : L'Etat versera à la société Immo CMED une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Article 4 : La requête de la société Immo CMED est rejetée pour le surplus.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Immo CMED, au directeur départemental des finances publiques et de la Moselle et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris, pôle juridictionnel administratif.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jean-François Simonnot, président,

Mme Laforêt, première conseillère,

Mme Calladine, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

La rapporteure,

L. LAFORÊT

Le président,

J-F. SIMONNOT

La greffière,

M-C. POCHOT

La République mande et ordonne au Premier ministre et au ministre chargé du budget et des comptes publics en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2216947/2-1

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