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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2218428

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2218428

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2218428
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantLAUNOIS FLACELIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrés le 1er septembre 2022, le 2 juillet 2023 et le 5 juillet 2023, M. A D, représenté par Me Launois, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2022 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours, sous astreinte de cent euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ou, à défaut, d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente un récépissé l'autorisant à travailler, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il révèle un défaut d'examen particulier des circonstances propres à sa situation ;

- il est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que l'agent ayant procédé à la consultation du fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) était dûment habilité à cette fin ;

- sa présence sur le territoire ne constitue pas une menace à l'ordre public au sens de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il a construit sa vie privée et familiale en France et y est intégré socialement de même que professionnellement ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Lenoir.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant marocain né le 20 juillet 1990 à Settat, entré en France en 2001 selon ses déclarations, a sollicité le 8 février 2022 le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté en date du 1er juillet 2022, le préfet de police a refusé sa demande. Par la requête susvisée, M. D demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté n°2022-00263 du 18 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris du même jour, le préfet de police de Paris a donné à Mme B C, attachée d'administration de l'Etat, délégation à l'effet de signer les décisions relatives à la police des étrangers, dans la limite de ses attributions en cas d'empêchement d'autorités dont il n'est pas établi, ni même allégué qu'elles n'aient été empêchées ou absentes. Le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché l'arrêté attaqué doit par suite être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise notamment l'article L. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. Cet arrêté mentionne en outre que M. D a commis des faits délictueux dont la nature et la répétition justifient que sa présence sur le territoire soit regardée comme constituant une menace à l'ordre public et que le refus de la demande de renouvellement de titre de séjour de l'intéressé ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit à la vie privée et familiale. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, dont le bienfondé est sans incidence sur sa légalité. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté du 1er juillet 2022 doit par suite être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à l'examen de la situation de M. D avant de refuser sa demande de renouvellement de titre de séjour. Le moyen doit par suit être écarté.

5. En quatrième lieu, la circonstance, à la supposer établie, qu'une consultation du fichier automatisé des empreintes digitales aurait été réalisée par une personne non habilitée n'est pas, par elle-même, de nature à entacher d'irrégularité la décision attaquée. Le moyen tiré du vice de procédure dont serait entaché l'arrêté attaqué doit par suite être écarté.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui justifie par tout moyen avoir résidé habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans avec au moins un de ses parents se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ". L'article L. 432-2 du même code dispose que : " Le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à l'étranger qui cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de cette carte dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations. / N'est pas regardé comme ayant cessé de remplir la condition d'activité prévue aux articles L. 421-1, L. 421-9 à L. 421-11 et L. 421-13 à L. 421-21 l'étranger involontairement privé d'emploi au sens de ces mêmes articles ".

7. Pour refuser la demande de renouvellement de titre de séjour sollicité par M. D sur le fondement de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police a relevé que, dès lors que l'intéressé avait été condamné par deux fois le 10 décembre 2020 pour des faits d'escroquerie intervenus en avril 2019 par les tribunaux correctionnels de Nîmes et Paris, respectivement à cinq mois d'emprisonnement et cinq mois d'emprisonnement avec sursis, sa présence sur le territoire français devait être regardée comme constituant une menace pour l'ordre public. Si M. D soutient que ces faits ne permettaient pas au préfet de considérer que sa présence constituait une menace pour l'ordre public, il ne les conteste pas dans le cadre de la présente instance. Il ressort en outre des termes du procès-verbal de la réunion de la commission du titre de séjour en date du 8 mars 2022, non contestés par le requérant, que M. D avait déjà fait l'objet d'une condamnation par le tribunal correctionnel de Caen pour des mêmes faits d'escroquerie en 2011. Dans ces conditions, eu égard au caractère répété des infractions ayant donné lieu à condamnations et incarcération de M. D, celui-ci n'est pas fondé qu'en considérant que sa présence sur le territoire français constituait une menace pour l'ordre public, le préfet de police aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède que c'est sans méconnaître les dispositions de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de police a pu refuser la demande de renouvellement du titre de séjour présentée par M. D.

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme : 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. D, qui soutient être entré sur le territoire français en 2001, à l'âge de onze ans, justifie y avoir effectué sa scolarité de la classe de CM1 jusqu'en classe de seconde au sein du lycée professionnel Gustave Ferrié, de l'année 2001 à 2007. Il établit en outre qu'après avoir travaillé en qualité de livreur au sein de deux entreprises distinctes, respectivement de 2012 à 2014 et durant une période de deux mois en 2017, il a créé en 2020 une activité de commerce ambulant de textiles, d'habillement et chaussures. Toutefois, il est constant que M. D est célibataire et sans charge de famille. En outre, si l'intéressé justifie du séjour régulier de son père et de son frère Abderrahmane sur le territoire français, il n'établit pas la résidence en France de sa mère et du reste de sa fratrie en produisant des documents autorisant leur séjour en Italie et en Espagne. Dans ces conditions, nonobstant sa durée de présence sur le territoire français, M. D ne peut être regardé comme y justifiant d'une intégration sociale et professionnelle telle qu'en refusant la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par l'intéressé, le préfet de police aurait porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de ce refus. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que l'arrêté du 1er juillet 2022 serait entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. D doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 1er juillet 2022 présentées par M. D doivent être écartée ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées à fin d'injonction et d'astreinte, de même que les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 20 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Rohmer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Lenoir, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.

Le rapporteur,

A. LENOIR

Le président,

B. ROHMERLa greffière,

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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