jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2218727 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | DOUËB FRÉDÉRIC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 29 août 2022 et 9 février 2024, M. E A, représenté par Me Tosoni, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er février 2022 par lequel la maire de Paris a accordé un permis de construire n° PC 075 117 21 V0023 à la société par actions simplifiées (SAS) Astone au 67, avenue de Saint-Ouen dans le 17ème arrondissement de Paris, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- sa requête est recevable ;
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- le dossier de demande de permis de construire est incomplet, notamment s'agissant des représentations graphiques du projet ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les articles UG 7, UG 7.1, UG 8 et UG 8.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris, il existe aussi d'éventuelles servitudes de cours communes dans le périmètre de la construction envisagée.
Par des mémoires en défense enregistrés les 20 décembre 2022 et 13 février 2024, la société par actions simplifiées (SAS) Astone, représentée par Me Doueb, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, au sursis à statuer et à la mise à la charge de M. A de la somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable ;
- à titre subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 janvier 2024, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de Mme de Schotten, rapporteure publique,
- et les observations de Me Doueb, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée (SAS) Astone a déposé, le 23 juin 2021, une demande de permis de construire pour le changement de destination, l'extension, la surélévation, la création de trois niveaux supplémentaires, la modification d'aspect extérieur d'une construction existante à R+3 sur 1 niveau de sous-sol, changement de destination des locaux existant à usage de commerce, d'habitation en locaux à usage de commerce, d'habitation au 67, avenue de Saint-Ouen, dans le 17ème arrondissement de Paris. Par un arrêté du 1er février 2022, confirmé sur recours gracieux, la maire de Paris a accordé ce permis de construire. M. E A demande l'annulation de ces deux décisions.
2. En premier lieu, par un arrêté du 21 septembre 2021, régulièrement publié au bulletin municipal officiel de la Ville de Paris du 28 septembre suivant, la maire de Paris a donné délégation à M. C D, chef du service du permis de construire et du paysage de la rue, signataire de l'arrêté attaqué du 1er février 2022, à l'effet de signer, notamment, les décisions relatives aux permis de construire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : () / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : () / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. " L'article R. 431-10 du même code dispose que : " Le projet architectural comprend également : () / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain. "
4. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
5. Il ressort des pièces du dossier que le dossier de demande du permis de construire comporte une description fournie du site du projet et de ses abords, notamment une notice PC4 comprenant des plans cadastraux et des plans côtés du terrain d'assiette, des photographies de l'environnement lointain et proche du projet litigieux et des représentations de coupe et de façade faisant apparaître l'état initial et l'état projeté du site. La circonstance qu'aucune prise de vue ou schéma faisant apparaître le point de vue depuis l'appartement du requérant ne figure au dossier de demande est sans incidence sur la complétude du dossier. Il suit de là que le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de demande doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article UG.7.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la Ville de Paris : " Nonobstant les dispositions du présent article UG.7 et de l'article UG.10.3, l'implantation d'une construction en limite séparative peut être refusée si elle a pour effet de porter gravement atteinte aux conditions d'éclairement d'un immeuble voisin ou à l'aspect du paysage urbain, et notamment à l'insertion de la construction dans le bâti environnant ". Au sens de ces dispositions, l'atteinte grave aux conditions d'éclairement suppose une obstruction significative de la lumière, qui ne saurait se réduire à une simple perte d'ensoleillement. Lorsqu'une obstruction significative résulte de la perte totale d'éclairement d'une pièce d'au moins un des appartements de l'immeuble voisin, la gravité de l'atteinte doit s'apprécier en prenant en compte les caractéristiques propres de cette pièce, notamment sa destination, ainsi que son rôle dans le niveau d'éclairement d'ensemble du ou des appartements concernés.
7. Si le requérant soutient que la surélévation prévue dans le cadre du projet litigieux aura pour effet de détériorer les conditions d'ensoleillement de son bien dans l'immeuble du 69, avenue de Saint-Ouen, il ne l'établit par aucune pièce probante. Ses seules affirmations, ainsi que les procès-verbaux de constat d'un commissaire de justice du 29 janvier 2024, qui se bornent à indiquer l'entrée de lumière naturelle par la fenêtre d'un couloir, d'une cuisine et d'une salle d'eau sont insuffisantes, en l'absence notamment d'étude d'ensoleillement, dès lors que l'atteinte grave aux conditions d'éclairement suppose une obstruction significative de la lumière, qui ne saurait se réduire à une simple perte d'ensoleillement et qu'une telle obstruction n'est pas démontrée. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnait l'article UG 7.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la Ville de Paris.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article UG.7.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la Ville de Paris : " 1°- Façade ou partie de façade comportant des baies* constituant l'éclairement premier de pièces principales* : / Lorsqu'une façade ou une partie de façade à édifier en vis-à-vis d'une limite séparative comprise ou non dans la bande E* comporte une ou plusieurs baies constituant l'éclairement premier de pièces principales, elle doit respecter, au droit de cette limite, un prospect minimal de 6 mètres (sauf s'il est fait application des dispositions définies à l'article UG.7.2 - Cour commune et servitude contractuelle d'implantation - ou des dispositions énoncées au 2° alinéa de l'article UG.10.2). " Aux termes de l'article UG 7.2 du même règlement, " 1°- Cour commune : Les propriétaires de terrains contigus ont la possibilité de ménager entre leurs bâtiments des cours communes. Dans ce cas, aucune des limites d'une cour commune faisant vis-à-vis à une limite séparative ne peut être située à une distance inférieure à 2 mètres de celle-ci. " Aux termes du 1° de l'article VI des dispositions générales du même règlement : " Lorsqu'une construction existante n'est pas conforme aux dispositions applicables dans la zone où elle se situe, l'autorisation d'exécuter des travaux ne peut être accordée que pour des travaux qui n'aggravent pas la non-conformité de la construction avec ces dispositions ou sont sans effet à leur égard. "
9. Il ressort des pièces du dossier que la façade du projet contesté ne comporte aucune baie constituant l'éclairement premier de pièces principales. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UG 7.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris doit être écarté comme inopérant. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment de la notice PC5-5 du dossier de demande de permis de construire, que le projet entraîne une aggravation de la non-conformité initiale des lieux, résultant de la distance de 1,98 mètre à 2,19 mètres existant entre les façades entourant la cour commune et se faisant face, le projet consistant en une simple surélévation du bâtiment situé au 67, avenue de Saint-Ouen. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UG 7.2 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris doit être écarté.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article UG 8 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris : " Lorsque des façades ou parties de façade de constructions en vis-à-vis sur un même terrain comportent des baies constituant l'éclairement premier de pièces principales, elles doivent être édifiées de telle manière que la distance de l'une d'elles au point le plus proche de l'autre soit au moins égale à 6 mètres/()/ Les travaux projetés sur une construction existante non conforme aux dispositions du présent article sont soumis aux conditions énoncées au § VI des dispositions générales ci-avant ". Aux termes de l'article UG 8.1 du même règlement : " 2°- Façades comportant des baies dont aucune ne constitue l'éclairement premier de pièces principales : / Lorsque des façades ou parties de façade de constructions en vis-à-vis sur un même terrain comportent des baies dont aucune ne constitue l'éclairement premier de pièces principales, elles doivent être édifiées de telle manière que la distance de l'une d'elles au point le plus proche de l'autre soit au moins égale à 3 mètres. "
11. M. A ne peut utilement soutenir que le projet contesté méconnaît les dispositions précitées dès lors que celui-ci ne comporte pas de construction en vis-à-vis sur un même terrain. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des articles UG 8 et UG8.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris doit être écarté comme inopérant.
12. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment du traité d'annulation de la servitude de cour commune du 8 novembre 1993, qu'il n'existait plus, à la date de délivrance du permis de construire attaqué, de servitude de cour commune sur le site du projet litigieux. Il suit de là que le moyen tiré de l'existence d'éventuelles servitudes de cours communes dans le périmètre de la construction envisagée doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la Ville de Paris, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le requérant demande à ce titre. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du requérant le versement de la somme de 4 000 euros à la société Astone en application de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la société Astone au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à la société par actions simplifiée (SAS) Astone et à la maire de Paris.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Anne Seulin, présidente,
Mme Clémentine Voillemot, première conseillère,
M. Florian Paret, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.
Le rapporteur,
F. B
La présidente,
A. Seulin La greffière,
L. Thomas
La République mande et ordonne au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/4-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401325
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... contre la décision de non-opposition à la déclaration préalable de la société SFR pour l’implantation d’antennes de radiotéléphonie mobile à Paris 13e. Le tribunal a d’abord jugé que M. B... ne justifiait pas d’un intérêt à agir suffisant au sens de l’article L. 600-1-2 du code de l’urbanisme, car il n’a pas démontré que le projet affecterait directement ses conditions de jouissance de son bien. Par suite, la requête a été déclarée irrecevable, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens, notamment ceux tirés de l’absence d’avis de l’architecte des bâtiments de France ou de la méconnaissance de l’article R. 111-27 du code de l’urbanisme.
06/01/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2324980
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... contestant son expulsion du territoire français en urgence absolue, décidée par le ministre de l'intérieur le 22 octobre 2023. Le tribunal a jugé que la procédure d'urgence absolue, prévue à l'article L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dispensait de consulter la commission spéciale d'expulsion, et que les autres moyens, notamment le détournement de procédure et la méconnaissance des articles L. 631-3 et L. 252-1, n'étaient pas fondés.
06/01/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2431132
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui demandait l’annulation d’un arrêté d’expulsion du 21 octobre 2024 et de la décision d’assignation à résidence prise le même jour par le préfet de police. Le tribunal a jugé que l’arrêté d’expulsion était suffisamment motivé et que le préfet n’avait pas commis d’erreur d’appréciation en considérant la présence de l’intéressé comme une menace grave pour l’ordre public, au vu de ses condamnations pénales. La solution retenue s’appuie sur les articles L. 631-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ainsi que sur les articles 8 de la Convention européenne des droits de l’homme et 3-1 de la Convention internationale des droits de l’enfant, sans que ces derniers soient méconnus.
06/01/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2432395
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A... qui demandait l'annulation des décisions du garde des sceaux refusant son changement de nom de « A... » en « Sallaberry ». Le tribunal a écarté les moyens soulevés, jugeant que la décision de refus était suffisamment motivée au regard de l'article 6 du décret n°94-52 du 20 janvier 1994, et que l'absence d'enquête préalable n'entachait pas la procédure d'irrégularité. Sur le fond, il a estimé que les motifs affectifs invoqués par la requérante ne constituaient pas, en l'espèce, un intérêt légitime au sens de l'article 61 du code civil justifiant de déroger au principe de fixité du nom.
06/01/2026