vendredi 10 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2218893 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | LIMONTA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 septembre 2022, Mme M D, M. U R, M. I N, Mme V A G, M. O F, M. X I L, Mme E F, Mme C F, M. Q D, Mme S B, Mme J D et Mme K D, représentés par Me Arheix, demandent au tribunal :
1°) de condamner in solidum le groupe hospitalier universitaire Paris psychiatrie et neurosciences (GHU Paris), le groupe hospitalier diaconesses La Croix Saint-Simon (GHDCSS) et l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à leur verser, en qualité d'ayants droit de Narimen D, la somme de 32 416 euros, à verser, au titre de leurs préjudices propres, à Mme M D et à M. N la somme de 38 000 euros chacun, à Mme B la somme de 15 000 euros, à MM. L et R la somme de 10 500 euros chacun, à M. Q D, à Mme K D, à Mme J D, à Mme A G et à Mme C F la somme de 7 000 euros chacun et à Mme E F et à M. F la somme de 4 000 euros chacun ;
2°) de condamner in solidum le GHU Paris, le GHDCSS et l'ONIAM aux entiers dépens de l'instance ;
3°) de mettre à la charge in solidum du GHU Paris, du GHDCSS et de l'ONIAM la somme de 1 500 euros à verser à Mme M D et à M. I N au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
4°) de déclarer le jugement commun à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Paris et opposable aux compagnies d'assurance.
Ils soutiennent que :
- le GHU Paris et le GHDCSS ont commis des fautes de nature à engager leur responsabilité, qui ont fait perdre à la victime une chance de 86,40 %, répartie entre le GHDCSS à hauteur de 34,56 % et le GHU Paris de 51,84 %, de se soustraire à la survenue du dommage ;
- les conditions de mise en œuvre de la solidarité nationale sont réunies ;
- ils sont fondés à obtenir en qualité d'ayants droit de la victime 416 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire et 32 000 euros au titre des souffrances endurées ;
- les parents de la victime sont fondés à obtenir chacun 30 000 euros au titre du préjudice d'affection et 8 000 euros au titre du préjudice d'accompagnement ; les demi-frères de la victime sont fondés à obtenir chacun 10 000 euros au titre du préjudice d'affection et 500 euros au titre du préjudice d'accompagnement ; la grand-mère de la victime est fondée à obtenir 15 000 euros au titre du préjudice d'affection ; l'oncle et les tantes de la victime sont fondés à obtenir chacun 7 000 euros au titre du préjudice d'affection ; le cousin et la cousine de la victime sont fondés à obtenir chacun 4 000 euros au titre du préjudice d'affection ;
- il y a lieu de réserver les postes de préjudice se rapportant aux frais funéraires et d'obsèques et aux frais divers dans l'attente de production de justificatifs.
Par trois mémoires, enregistrés le 3 novembre 2022, le 28 novembre 2022 et le 15 juin 2023, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Paris, représentée par Me Lefebvre, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner in solidum le GHU Paris et le GHDCSS à lui verser la somme de 7 366 euros, en remboursement des prestations qu'elle a versées en lien avec le dommage subi par Narimen D, assortie des intérêts au taux légal à compter du 3 novembre 2022 ;
2°) de condamner in solidum le GHU Paris et le GHDCSS à lui verser l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par le code de la sécurité sociale ;
3°) de condamner in solidum le GHU Paris et le GHDCSS aux entiers dépens de l'instance ;
4°) de mettre à la charge in solidum du GHU Paris et du GHDCSS la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'elle est fondée à demander le remboursement de la somme qu'elle a exposée au titre des dépenses de santé actuelles de la victime.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 février 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par la SELARL Birot-Ravaut et associés, conclut à sa mise hors de cause et à ce que les dépens et les frais liés à l'instance soient mis à la charge de la partie perdante.
Il fait valoir que les conditions de mise en œuvre de la solidarité nationale ne sont pas remplies.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2023, le groupe hospitalier diaconesses La Croix Saint-Simon (GHDCSS), représenté par Me Limonta, conclut au rejet de la requête et au rejet des conclusions de la CPAM de Paris et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les conclusions présentées à son encontre ne relèvent pas de la compétence de la juridiction administrative dès lors qu'il est un établissement de droit privé.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 14 juin 2023 et le 20 juin 2023, le groupe hospitalier universitaire Paris psychiatrie et neurosciences (GHU Paris), représenté par la SELARLU Renan-Budet, demande au tribunal de ramener les prétentions des requérants à la somme de 7 500 euros et de rejeter le surplus des conclusions des parties.
Il fait valoir que :
- il ne conteste pas avoir commis une faute de nature à engager sa responsabilité mais qu'elle n'est à l'origine que d'une perte de chance de 30 % d'éviter la survenue du dommage ;
- les préjudices tenant au déficit fonctionnel temporaire de la victime et au préjudice d'affection de son père, de ses demi-frères, de sa grand-mère, de son oncle, de ses tantes et de ses cousins et au préjudice d'accompagnement des parents et demi-frères ne sont pas établis ;
- la somme attribuée au titre des souffrances endurées ne saurait excéder 1 500 euros et celle au titre du préjudice d'affection de la mère 6 000 euros ;
- la CPAM de Paris n'est pas fondée à lui demander le remboursement de frais d'hospitalisation de la victime qui ont été exposés postérieurement à son transfert au GHDCSS.
La clôture de l'instruction est intervenue le 1er septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rezard, rapporteur,
- les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique,
- les observations de Me Formanczak, représentant Mme D et autres,
- les observations de Me Boissat pour le GHU Paris,
- et les observations de Me Furia pour le GHDCSS.
Considérant ce qui suit :
1. Mme W D a été hospitalisée sans consentement au sein de l'établissement Maison Blanche, relevant du groupe hospitalier universitaire Paris psychiatrie et neurosciences (GHU Paris), le 3 juin 2020, à la suite de troubles du comportement et de voyage maniaque. Du fait d'épisodes de vomissements et de diarrhées, elle a été transférée au service des urgences du groupe hospitalier diaconesses La Croix Saint-Simon (GHDCSS) le 16 juin 2020 où elle est décédée le 18 juin 2020. Mme M D, agissant en qualité d'ayant droit de la victime, a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) d'Île-de-France, qui a confié la réalisation d'une expertise au docteur H, neuropsychiatre, au docteur T, réanimateur-infectiologue, et au docteur P, chirurgien viscéral, puis, sur la base de leur rapport du 31 octobre 2021, a émis le 10 février 2022 l'avis suivant lequel il incombait au GHU Paris et au GHDCSS d'indemniser la victime des préjudices qu'elle a subis et des préjudices propres de ses proches à hauteur d'une perte de chance respective de 30 % et de 20 %. Mme M D, M. R, M. N, Mme A G, M. F, M. L, Mme E F, Mme C F, M. D, Mme B, Mme J D et Mme K D, agissant en qualité d'ayants droit de la victime et en leur nom propre, ont adressé une demande indemnitaire au GHU Paris le 19 septembre 2022. Mme D et autres demandent au tribunal de condamner in solidum le GHU Paris, le GHDCSS et l'ONIAM à leur verser, en qualité d'ayants droit de la victime, la somme de 32 416 euros et à verser, au titre de leurs préjudices propres, à Mme M D et à M. N, la somme de 38 000 euros chacun, à Mme B la somme de 15 000 euros, à MM. L et R la somme de 10 500 euros chacun, à M. Q D, à Mme K D, à Mme J D, à Mme A G et à Mme C F la somme de 7 000 euros chacun et à Mme E F et à M. F la somme de 4 000 euros chacun. La caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Paris demande la condamnation in solidum du GHU Paris et du GHDCSS à lui verser la somme de 7 366 euros, en réparation des prestations qu'elle a versées en lien avec le dommage.
Sur la compétence :
2. Le GHDCSS constitue un établissement de santé privé d'intérêt collectif au sens de l'article L. 6161-5 du code de la santé publique, exploité par une association. Par suite, les conclusions tendant à sa condamnation à indemniser les requérants des fautes éventuellement commises dans la prise en charge de la victime entre les 16 et 18 juin 2020 ne ressortissent pas de la compétence du juge administratif. Les conclusions en ce sens ne peuvent dès lors qu'être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Sur la responsabilité :
En ce qui concerne la responsabilité pour faute :
3. En vertu du premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, les établissements de santé " dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".
4. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que, du fait du traitement neuroleptique lui ayant été prescrit au GHU Paris, la patiente a fait l'objet de troubles de l'exonération fécale ayant conduit à la formation d'un fécalome obstructif intra-rectal, à l'origine de vomissements fécaloïdes et d'une ischémie intestinale aigüe. Du fait de l'inhalation d'une partie de ces vomissements et de l'ischémie, elle a subi un choc septique avec défaillance multiviscérale secondaire, dont elle est décédée le 18 juin 2020. Les experts relèvent dans leur rapport que l'équipe médicale du GHU Paris n'a pas surveillé l'hydratation et les selles de la patiente alors pourtant, d'une part, qu'elle " était, du fait de sa maladie initiale, incapable de se plaindre de manière adaptée " et, d'autre part, qu'elle était astreinte au suivi d'un " très lourd traitement neuroleptique qui prédispose fortement à la constipation ". Ce faisant, le GHU Paris a commis une faute tenant à un défaut de surveillance, de nature à engager sa responsabilité. Il résulte par ailleurs du rapport d'expertise que la prise en charge de l'intéressée au GHDCSS à compter du 16 juin 2020 a également été marquée par un retard de prise en charge et un défaut de surveillance, qui ont concouru à la survenue du dommage.
5. Les experts ont implicitement considéré que le risque de décès de la patiente, en l'absence de toute faute, s'élevait à 50 %. Toutefois, il résulte de l'instruction, d'une part, qu'eu égard au traitement neuroleptique auquel la patiente était soumise et à ses conditions d'hospitalisation, le risque que la pathologie initiale dont elle souffrait conduise à son décès pendant la période durant laquelle elle était hospitalisée était nul. D'autre part, il résulte de cette même instruction que les risques de décès associés à un fécalome diagnostiqué et pris en charge sans délai étaient exceptionnels. Dans ces conditions, la faute commise par le GHU Paris a rendu possible la réalisation du dommage. Cependant, le décès de la jeune patiente n'a été rendu inéluctable qu'à la suite des manquements entachant la prise en charge ultérieure de la patiente au GHDCSS. La faute du GHU Paris ne portait donc pas normalement en elle le dommage mais a seulement fait perdre à la patiente une chance d'éviter la survenue de ce dernier. Les requérants ne sont par conséquent fondés à demander la condamnation du GHU Paris qu'à les indemniser à hauteur de la chance que la faute qu'il a commise a fait perdre à la victime de s'y soustraire. Eu égard à l'état dans lequel l'intéressée se trouvait au moment de son transfert au GHDCSS, après plusieurs jours de constipation ayant occasionné un fécalome et des épisodes de vomissements fécaloïdes, il y a lieu de considérer que la faute du GHU Paris lui a fait perdre un taux particulièrement significatif de 90 % de chances d'éviter cette survenue. Les requérants sont dès lors fondés à demander sa condamnation à les indemniser des préjudices de la victime et de leurs préjudices propres à hauteur d'une fraction de 90 %.
En ce qui concerne la mise en œuvre de la solidarité nationale :
6. Aux termes des dispositions du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I () n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité () ".
7. Il résulte de l'instruction, comme il a été dit au point 5, et contrairement à ce qu'ont considéré les experts, que le risque que la patiente décède pendant la période durant laquelle elle était hospitalisée aurait été nul en l'absence de la faute commise par le GHU Paris. Il suit de là que les conditions de mise en œuvre de la solidarité nationale sur le fondement des dispositions précitées du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ne sont pas réunies.
Sur l'évaluation des préjudices :
8. Il résulte de l'instruction que l'état de santé de la victime, née le 9 novembre 1999, n'a pas été consolidé avant son décès, le 18 juin 2020, à l'âge de vingt ans.
En ce qui concerne la victime principale :
S'agissant des dépenses de santé :
9. Il résulte de l'instruction que la CPAM de Paris a exposé des dépenses de santé pour le compte de la victime, à hauteur de 9 115,80 euros, correspondant à des frais hospitaliers supportés entre le 4 et le 18 juin 2020, date du décès de la victime. Il résulte de l'instruction qu'une partie de ces frais se rapportent à la prise en charge de la patiente à raison de son état antérieur, à hauteur de 291,63 euros par jour en moyenne, entre le 4 et le 16 juin et qui se serait poursuivie, dans les mêmes conditions, en l'absence de toute faute, entre le 16 et le 18 juin. La CPAM de Paris est par conséquent fondée à obtenir le remboursement des dépenses excédant cette moyenne entre le 16 et le 18 juin 2020, à savoir 7 010,37 euros, une fois rapportées au taux de perte de chance de 90 %, c'est-à-dire la somme de 6 309,33 euros. La circonstance que ces frais se rapportent à la prise en charge hospitalière de l'intéressée au GHDCSS, et non au GHU Paris, est sans incidence à cet égard dès lors que cette hospitalisation présente, pour les raisons indiquées au point 5, un lien de causalité avec la faute commise par le GHU Paris.
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
10. S'il est constant qu'en raison des conséquences du développement du fécalome causé par son traitement médicamenteux, la patiente a dû être transférée le 16 juin 2020 du GHU Paris au GHDCSS, où elle est décédée deux jours plus tard, il résulte de l'instruction, et notamment des extraits de son dossier médical au GHU Paris cités par les experts dans leur rapport, que l'intéressée n'avait pas vocation à sortir d'hospitalisation à brève échéance du fait notamment d'un absence de prise de conscience de ses pathologies psychiatriques. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à demander l'indemnisation du déficit fonctionnel temporaire total inhérent à son hospitalisation jusqu'à son décès. Cette demande doit être rejetée.
S'agissant des souffrances endurées :
11. Il résulte de l'instruction que la victime a enduré de vives douleurs intestinales et subi des épisodes de diarrhées et de vomissements fécaloïdes jusqu'à son décès, ayant conduit la CCI à évaluer les souffrances endurées, contrairement à ce qu'indiquaient les experts, à 5 sur une échelle allant de 1 à 7. Il y a lieu, à cette aune, d'évaluer ce préjudice à 20 000 euros et de mettre à la charge du GHU Paris le versement aux requérants d'une somme de 18 000 euros.
En ce qui concerne les victimes secondaires :
S'agissant des frais d'obsèques et des frais divers :
12. Si les requérants évoquent des préjudices tenant à des frais d'obsèques et à des frais divers, qu'ils n'ont pas chiffrés et entendent réserver, ils n'apportent aucun élément permettant d'apprécier leur existence. Leur demande à ce titre doit donc être rejetée.
S'agissant du préjudice d'accompagnement :
13. Il résulte de l'instruction que si aucune faute n'avait été commise, la durée et les conditions de l'hospitalisation de la victime auraient également, eu égard à son état antérieur, justifié un accompagnement éprouvant pour ses proches. Par suite, le préjudice d'accompagnement allégué par ses proches n'est pas en lien direct avec la faute commise par le GHU Paris. Leur demande à ce titre doit donc être rejetée.
S'agissant du préjudice d'affection :
14. Mme M D, mère de la victime, et MM. L et R, ses demi-frères, auprès de qui elle résidait à Aubervilliers, ainsi que M. N, son père, ont subi un préjudice d'affection qui leur est propre dans la mesure où ils ont assisté à la situation de souffrance, physique de la victime principale. Il sera fait une juste appréciation de ces préjudices en les fixant à un 10 000 euros pour Mme M D et à 5 000 euros chacun pour MM. N, L et R, soit, après application du taux de perte de chance de 90 %, en mettant à la charge de l'AP-HP la somme de 9 000 euros au profit de la première et de 4 500 euros au profit des seconds. Le préjudice d'affection de la grand-mère, de l'oncle, des tantes et des cousin et cousine de la victime, qui présentent avec la victime un lien de parenté moins proche que les autres requérants, n'est en revanche pas établi en l'absence notamment de toute pièce permettant d'apprécier l'intensité des liens qui les unissait à la victime.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont fondés à demander la condamnation du GHU Paris à leur verser la somme de 18 000 euros en leur qualité d'ayants droit de W D et à verser à Mme M D la somme de 9 000 euros et à MM. N, L et R la somme de 4 500 euros chacun. La CPAM de Paris est fondée à demander la condamnation du GHU Paris à lui verser la somme de 6 309,33 euros.
Sur les intérêts :
16. La CPAM de Paris demande à ce que les intérêts au taux légal soient appliqués à l'indemnité qui lui est accordée. Il y a lieu d'assortir, comme elle le demande, la condamnation du GHU Paris prononcée au point 15 des intérêts au taux légal à compter du 3 novembre 2022, date à laquelle elle a présenté son premier mémoire dans la présente instance.
Sur la déclaration de jugement commun :
17. Aux termes du 8ème alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " L'intéressé ou ses ayants droit doivent indiquer, en tout état de la procédure, la qualité d'assuré social de la victime de l'accident ainsi que les caisses de sécurité sociale auxquelles celle-ci est ou était affiliée pour les divers risques. Ils doivent appeler ces caisses en déclaration de jugement commun ou réciproquement. A défaut du respect de l'une de ces obligations, la nullité du jugement sur le fond pourra être demandée pendant deux ans, à compter de la date à partir de laquelle ledit jugement est devenu définitif, () à la demande des caisses de sécurité sociale intéressées ou du tiers responsable, lorsque ces derniers y auront intérêt () ".
18. Les requérants sont seulement fondés à demander à ce que le jugement soit déclaré commun à la CPAM de Paris, qui est intervenue dans la présente instance.
Sur les frais liés à l'instance :
En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :
19. Aux termes du 9ème alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. À compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget () ". Pour leur application, l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 fixe respectivement à 118 euros et 1 191 euros les montants minimum et maximum de l'indemnité pouvant être recouvrée par l'organisme d'assurance maladie.
20. Il y a lieu de condamner le GHU Paris à verser à la CPAM de Paris la somme de 1 191 euros, au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion instituée par ces dispositions.
En ce qui concerne les dépens :
21. Aucun dépens n'ayant été exposé dans la présente instance, les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :
22. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du GHU Paris la somme de 1 500 euros à verser conjointement à Mme D et autres au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en revanche, de rejeter les conclusions présentées par la CPAM de Paris et par le GHDCSS au titre de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions aux fins de condamnation du groupe hospitalier diaconesses La Croix Saint-Simon sont rejetées comme présentées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 2 : Le groupe hospitalier universitaire Paris psychiatrie et neurosciences est condamné à verser à Mme D et autres, en leur qualité d'ayants droit de W D, la somme de 18 000 euros.
Article 3 : Le groupe hospitalier universitaire Paris psychiatrie et neurosciences est condamné à verser, au titre de leurs préjudices propres, à Mme M D la somme de 9 000 euros et à MM. N, L et R la somme de 4 500 euros chacun.
Article 4 : Le groupe hospitalier universitaire Paris psychiatrie et neurosciences est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris la somme de 6 309,33 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 3 novembre 2022.
Article 5 : Le groupe hospitalier universitaire Paris psychiatrie et neurosciences versera à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris une indemnité forfaitaire de gestion de 1 191 euros.
Article 6 : Le groupe hospitalier universitaire Paris psychiatrie et neurosciences versera conjointement à Mme D et autres une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 7 : Le jugement est déclaré commun à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris.
Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 9 : Le présent jugement sera notifié à Mme M D, première dénommée pour l'ensemble des requérants, au groupe hospitalier universitaire Paris psychiatrie et neurosciences, au groupe hospitalier diaconesses La Croix Saint-Simon, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris.
Délibéré après l'audience du 26 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Weidenfeld, présidente,
M. Rezard, premier conseiller,
M. Lautard-Mattioli, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mai 2024.
Le rapporteur,
A. Rezard
La présidente,
K. Weidenfeld
Le greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N° 2202121
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2411510
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la demande d'indemnisation du fils d'un tirailleur sénégalais décédé lors du massacre de Thiaroye en 1944. Le tribunal a jugé que l'action en responsabilité était prescrite, le délai de cinq ans prévu par la loi du 31 décembre 1945 étant écoulé depuis la connaissance du décès. La juridiction a ainsi fait primer les règles de prescription sur la reconnaissance historique des faits par les autorités françaises.
27/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401235
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B... D... visant à annuler la décision du conseil départemental de l'ordre des médecins de Paris refusant de poursuivre disciplinairement un médecin. Le tribunal a jugé que la décision ordinale, relevant d'un large pouvoir d'appréciation sur l'opportunité d'engager des poursuites, n'était pas une décision administrative individuelle défavorable à l'égard de la plaignante et n'avait donc pas à être motivée. Les moyens tirés du défaut de motivation et des vices de procédure ont été écartés.
20/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2600963
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté préfectoral ordonnant l'éloignement et l'interdiction de retour d'un ressortissant algérien titulaire d'un titre de séjour portugais valide. La juridiction a retenu que le préfet avait commis une erreur de fait et d'appréciation en considérant que l'intéressé séjournait irrégulièrement en France et menaçait l'ordre public. Elle a également enjoint l'administration de procéder à l'effacement du signalement Schengen dans un délai d'un mois.
20/03/2026