jeudi 20 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2218901 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | SELARL GRIMALDI ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 septembre 2022, complétée par un mémoire enregistré le 26 mai 2023, M. B A, représenté par Me Grimaldi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 29 juillet 2022 par laquelle le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse l'a exclu de ses fonctions pour une durée de dix-huit mois assortie d'un sursis de six mois ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse de procéder à la régularisation de sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision attaquée :
- est entachée d'incompétence ;
- est fondée sur des faits prescrits ;
- se fonde sur des faits dont la nature ne saurait justifier à eux seuls, le prononcé d'une sanction disciplinaire, laquelle revêt, en outre, en l'espèce un caractère disproportionné.
Par des mémoires en défense enregistrés les 4 mai et 2 août 2023, le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n° 84-961 du 25 octobre 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Feghouli,
- les conclusions de Mme Florence Nikolic, rapporteure publique ;
- et les observations de M. A et de Mme D représentant le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A est professeur de physique-chimie au collège Honoré de Balzac à Paris. Par un arrêté du 29 juillet 2022, le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse a prononcé à son encontre la sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de ses fonctions pour une durée de dix-huit mois assortie d'un sursis de six mois. M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, aux termes de de l'article 1er du décret susvisé du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : / 1° () les directeurs d'administration centrale () ".
3. La décision attaquée a été signée par M. C E, directeur général des ressources humaines du ministère de l'éducation nationale et de la jeunesse, nommé dans ses fonctions par décret du Président de la République du 2 octobre 2019 publié au Journal officiel du 3 octobre 2019. L'intéressé bénéficiait de plein droit, en application des dispositions précitées de l'article 1 du décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 d'une délégation du ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse lui-même compétent en vertu des dispositions de l'article 24 du n° 72-581 du 4 juillet 1972 relatif au statut particulier des professeurs certifiés, pour signer la décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'incompétence doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 532-2 du code général de la fonction publique : " Aucune procédure disciplinaire ne peut être engagée au-delà d'un délai de trois ans à compter du jour où l'administration a eu une connaissance effective de la réalité, de la nature et de l'ampleur des faits passibles de sanction. En cas de poursuites pénales exercées à l'encontre du fonctionnaire, ce délai est interrompu jusqu'à la décision définitive de classement sans suite, de non-lieu, d'acquittement, de relaxe ou de condamnation. Passé ce délai et hormis le cas où une autre procédure disciplinaire a été engagée à l'encontre de l'agent avant l'expiration de ce délai, les faits en cause ne peuvent plus être invoqués dans le cadre d'une procédure disciplinaire. (). Il résulte de ces dispositions que le délai de prescription de trois ans ne court qu'à compter de la date à laquelle l'administration a connaissance effective de la réalité, de la nature, et de l'ampleur des faits passibles de sanction, et non à compter de la date à laquelle ces faits ont été commis.
5. Si M. A soutient qu'une partie des faits qui lui sont reprochés, ceux ayant trait à la condamnation pénale en date du 15 juin 2015 seraient prescrits et partant n'auraient pu fonder l'engagement de la procédure disciplinaire initiée à son encontre le 28 août 2019, force est toutefois de constater que l'administration n'a eu une connaissance effective de ces faits qu'à compter du 19 juillet 2018, date de réception par l'administration de la copie du jugement correctionnel le concernant. Au surplus, M. A ne serait utilement se prévaloir de la date du 25 mars 2016, laquelle correspond simplement à celle de l'instruction ministérielle adressée aux recteurs d'académie et aux inspecteurs d'académie-directeurs académique des services de l'éducation nationale, pour la mise en œuvre de la consultation globale du bulletin n° 2 du casier judiciaire des agents en contact habituel avec des mineurs, autorisée par le décret n° 2015-1841 du 30 décembre 2015. Le requérant n'est dès lors pas fondé à soutenir que certains des faits qui lui sont reprochés seraient prescrits.
6. En dernier lieu, aux termes de l'article 66 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes. [] Troisième groupe : - l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans [] ".
7. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire sont matériellement établis, constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
8. Pour prononcer la sanction contestée à l'encontre de M. A, le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse s'est fondé à la fois sur la condamnation pénale du requérant en date du 15 juin 2015 pour des faits de violence sur sa conjointe et de menace de mort ainsi que sur une série de tweet sur le réseau social X entre 2019 et 2020.
9. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que M. A a été condamné le 15 juin 2015 à six mois d'emprisonnement avec sursis pour violence par personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire de pacte civil de solidarité et menace de mort, d'autre part, que le requérant a publié sur le réseau social X, entre 2019 et 2020, depuis un compte exposant son identité réelle ainsi que sa photo, une série de tweets orduriers, misogynes ou encore faisant état de son opposition au mariage des couples homosexuels en des termes outranciers, tels que notamment : " les féministes ça pue elle couchent puis elles crient aux violeurs. Ces graves l'odeur des féministes elle puent. Je ne comprends pas peut-être elles se droguent aux testostérones aux voleurs de l'homme ", " le viol n'est jamais fait par des hommes, les hommes les vrais ont les plus belles femmes car ils savent ", " 21ème siècle c'est la fin de la famille traditionnelle = déchirure, fin du monde " ou encore " le vrai mariage est celui qui lie un homme et une femme ". Ces faits, dont le requérant ne conteste pas la matérialité, et ni, s'agissant notamment de la série de tweet précitée, qu'il en est l'auteur et qu'ils aient été librement accessibles sur le réseau X, notamment à ses élèves et à tous ceux du collège où il enseignait, et dont il a argué à l'audience du caractère " scientifique ", portent gravement atteinte à la fois à l'exigence d'exemplarité et d'irréprochabilité qui incombe aux enseignants, notamment dans leurs relations avec des mineurs, y compris en dehors du service et également à la réputation du service public de l'éducation nationale et constituent, de ce fait, des fautes de nature à justifier une sanction. Compte tenu de la gravité de ces faits, la sanction d'exclusion temporaire de ses fonctions pour une durée de dix-huit mois assortie d'un sursis de six mois prononcée à l'encontre de M. A doit être regardée comme proportionnée aux fautes reprochées.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la ministre d'Etat, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche.
Délibéré après l'audience du 6 février 2025, à laquelle siégeaient :
M. Gros, président,
M. Feghouli, premier conseiller,
M. Rebellato, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2025.
Le rapporteur, Le président,
Signé Signé
M. F
La greffière,
Signé
C. CHAKELIAN
La République mande et ordonne à la ministre d'Etat, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2311393
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler l'obligation de verser une indemnité forfaitaire suite à sa démission de la police nationale. Le tribunal a jugé que le requérant ne démontrait pas l'existence de difficultés personnelles graves l'ayant contraint à démissionner, au sens de l'article 9 du décret du 9 mai 1995. Il a considéré que M. B... n'avait pas établi que sa situation familiale et financière rendait impossible la conciliation avec ses obligations professionnelles ou justifiait une dispense de cette indemnité de rupture d'engagement.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2418264
Le Tribunal Administratif de Paris a statué sur trois requêtes d'un agent d'AgroParisTech concernant un titre exécutoire pour redevance de logement de fonction, une demande indemnitaire liée à un transfert, et un licenciement. Le tribunal a rejeté la demande d'annulation du titre exécutoire, considérant que le logement n'était pas une concession par nécessité absolue de service justifiant la gratuité, en application du code général de la propriété des personnes publiques. Les autres conclusions ont également été rejetées.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2431599
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de M. D... visant à annuler le refus de renouvellement de sa carte de résident. Le juge a estimé que la décision du préfet de police, fondée sur l'article L. 432-3 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers, était régulière, suffisamment motivée et ne méconnaissait pas l'article 8 de la CEDH. Il a considéré que le requérant, en raison de son casier judiciaire et de ses signalements, constituait une menace grave pour l'ordre public justifiant le refus.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2504435
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B..., ressortissante marocaine, qui contestait le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français. La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était suffisamment motivé et que la requérante, sollicitant un titre au titre du travail, ne pouvait se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, celles-ci étant écartées par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 qui régit spécifiquement cette matière. Le tribunal a également jugé que le préfet n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation et n'avait pas méconnu l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
26/03/2026