vendredi 6 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2219341 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | DAVID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2022, M. B C, représenté par Me David, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 8 août 2022 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice l'a affecté au quartier d'isolement du centre pénitentiaire de Paris La Santé ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 600 euros toutes taxes comprises à verser à Me David sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ou à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative si sa demande d'aide juridictionnelle devait être rejetée.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est irrégulière, en l'absence de procédure contradictoire préalable, en méconnaissance de l'article R. 213-21 du code pénitentiaire ;
- il appartient à l'administration de produire l'avis écrit du médecin établi préalablement au placement à l'isolement en application des dispositions de l'article R. 213-30 du code pénitentiaire ;
- la décision attaquée est irrégulière dès lors qu'elle ne précise pas la durée du placement à l'isolement, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 213-23 du code pénitentiaire ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 213-23 du code pénitentiaire dès lors qu'elle ne fixe aucun terme à son placement à l'isolement ;
- elle est entachée d'un défaut de base légale dès lors qu'elle est fondée sur les articles L. 112-1 et D. 215-13 du code pénitentiaire qui ne concernent pas le placement en quartier d'isolement ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle a une dimension punitive alors que les faits reprochés sont insuffisants, que sa volonté de réinsertion n'est pas prise en compte par l'administration et que les conséquences de l'isolement sur sa situation personnelle n'ont pas été prises en compte.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- au regard des conclusions et des moyens développés dans sa requête, M. C doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision de placement initial à l'isolement du 11 août 2022 ;
- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 12 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 octobre 2024.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénitentiaire,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Berland,
- et les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, écroué depuis le 11 juin 2013, a été transféré le 27 juillet 2021 au centre pénitentiaire de Paris La Santé et affecté en quartier de prévention de la radicalisation. Par décision du 8 août 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice a prononcé son changement d'affectation par mesure d'ordre et de sécurité et l'a affecté au quartier d'isolement du centre pénitentiaire de Paris La Santé. M. C demande l'annulation de cette décision.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. Par une décision du 2 novembre 2022, M. C a été définitivement admis à l'aide juridictionnelle. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur la décision attaquée :
4. Par une décision du 8 août 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice a prononcé le changement d'affectation de M. C par mesure d'ordre et de sécurité et l'a affecté au quartier d'isolement du centre pénitentiaire de Paris La Santé. Par une décision du 9 août 2022, le chef d'établissement du centre pénitentiaire de Paris la Santé a placé M. C à l'isolement provisoire et par une décision du 11 août 2022, le chef d'établissement de ce même centre pénitentiaire a placé M. C à l'isolement jusqu'au 9 novembre suivant. Par sa requête, l'intéressé demande l'annulation de la décision du 8 août 2022 du garde des sceaux, ministre de la justice portant affectation en quartier d'isolement.
5. Le garde des sceaux, ministre de la justice fait valoir dans son mémoire en défense que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 8 août 2022 présentées par M. C doivent être regardées comme étant dirigées contre la décision du 11 août 2022. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la décision du 11 août 2022, prise par le chef d'établissement du centre pénitentiaire de Paris la Santé, n'a ni pour objet ni pour effet de retirer la décision du 8 août 2022 prise par le garde des sceaux, ministre de la justice ou de se substituer à cette décision. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande du garde des sceaux, ministre de la justice tendant à diriger les conclusions à fin d'annulation de la décision du 8 août 2022 présentées par M. C contre la décision du 11 août 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
6. Aux termes de l'article R. 213-23 du code pénitentiaire : " Le chef de l'établissement pénitentiaire décide de la mise à l'isolement pour une durée maximale de trois mois. (). ".
7. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été signée par M. D A, chef du bureau de la gestion des détentions de la sous-direction de la sécurité pénitentiaire de la direction de l'administration pénitentiaire du ministère de la justice et non par le chef d'établissement du centre pénitentiaire de Paris la Santé conformément aux dispositions précitées de l'article R. 213-23 du code pénitentiaire. Par suite, la décision du 8 août 2022 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a placé M. C à l'isolement a été prise par une autorité incompétente.
8. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. C est fondé à demande l'annulation de la décision du 8 août 2022 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice l'a placé en quartier d'isolement.
Sur les frais liés au litige :
9. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et, sous réserve que Me David, avocat de M. C, renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à Me David.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de M. C d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La décision du 8 août 2022 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a affecté M. C en quartier d'isolement est annulée.
Article 3 : L'État versera une somme de 1 800 euros à Me David, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me David renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C, à Me David et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 15 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Marzoug, présidente,
Mme Lambert, première conseillère,
Mme Berland, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.
La rapporteure,
F. Berland
La présidente,
S. MarzougLa greffière,
K. Bak-Piot
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2219341/6-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2530541
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'une ressortissante ghanéenne. La juridiction a rejeté la requête, estimant que l'administration n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'état de santé de la requérante ne remplissait pas les conditions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir un titre de séjour. Le tribunal a également jugé que les autres moyens, notamment ceux relatifs à la durée de séjour et à la convention européenne des droits de l'homme, n'étaient pas fondés.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2419955
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société Cerballiance visant à annuler l'opposition de l'ARS Île-de-France au transfert d'un site de son laboratoire de biologie médicale. Le tribunal a jugé que l'ARS était compétente pour prendre cette décision et que son refus, fondé sur le risque de dépassement du seuil de 25% de l'offre d'examens dans la zone de Paris, n'était entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation. La décision s'appuie sur les dispositions du code de la santé publique relatives à la régulation de l'implantation des laboratoires.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2432036
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de requérants demandant l'annulation du refus du ministre de la justice d'approuver leur projet de recueil légal par kafala d'une enfant marocaine. Le tribunal a jugé que la décision attaquée, prise en application de l'article 33 de la convention de La Haye du 19 octobre 1996, était régulière en droit et que le ministre avait légalement exercé son pouvoir d'appréciation pour refuser l'approbation au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. Les moyens tirés de l'incompétence et de la méconnaissance des conventions internationales ont été écartés.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2525763
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B... A... visant à annuler son obligation de quitter le territoire français (OQTF). La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était régulier, notamment quant à la compétence de sa signataire et à sa motivation, et qu'il ne méconnaissait pas les articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après le rejet définitif de la demande d'asile de la requérante.
13/03/2026