mardi 10 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2219387 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET FREDERIC CHHUM AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 septembre 2022 et le 19 octobre 2022, la société par action simplifiée Horeto (SAS), représentée par Me Cheymol, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite du 28 juillet 2022 par laquelle la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a rejeté son recours hiérarchique dirigé contre la décision du 8 février 2022 par laquelle l'inspectrice du travail a refusé d'autoriser le licenciement pour motif disciplinaire de M. B ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La SAS Horeto soutient que les faits reprochés à M. B, qui sont constitutifs d'un manquement à ses obligations contractuelles, sont d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2022, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que le moyen de la requête n'est pas fondé et produit le rapport établi par la contre-enquêtrice de la direction régionale et interdépartementale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS) d'Ile-de-France dans le cadre du recours hiérarchique.
Par des mémoires, enregistrés les 24 octobre 2022 et 9 juin 2023, M. A B, représenté par Me Chhum conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la SAS Horeto la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Merino,
- les conclusions de Mme Beugelmans-Lagane, rapporteure publique,
- les observations de Me Gardic pour la société Horeto et de Me Chhum pour M. B.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS Horeto a, le 3 décembre 2021, saisi l'inspection du travail d'une demande d'autorisation de licenciement pour motif disciplinaire de M. B, salarié de l'entreprise depuis avril 2018, occupant les fonctions de responsable de site, et exerçant, en outre, le mandat de membre titulaire du comité social et économique. Par une décision du
8 février 2022, l'inspectrice du travail a refusé le licenciement du salarié. Par un courrier du
24 mars 2022, dont il a été accusé réception le 28 mars suivant, la société Horeto a formé devant la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, un recours hiérarchique contre cette décision. Le silence gardé par la ministre sur ce recours a fait naître une décision implicite de rejet le
28 juillet 2022. Si, par la présente requête, la société Horeto demande l'annulation de la décision de la ministre du travail, ses conclusions doivent être regardées comme dirigées également contre la décision initiale de l'inspectrice du travail du 12 octobre 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En vertu des dispositions du code du travail, en particulier des celles des 1° et 2° de l'article L. 2411-1 et des articles L. 2411-3 et L. 2411-5, le licenciement des salariés légalement investis de fonctions représentatives, notamment les délégués syndicaux et les membres élus du comité social et économique, qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque leur licenciement est envisagé, celui-ci ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou avec leur appartenance syndicale.
3. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail saisi et, le cas échéant, au ministre compétent, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi.
4. En l'espèce, pour solliciter l'autorisation de licencier M. B pour motif disciplinaire, la SAS Horeto a invoqué devant l'inspecteur du travail, dans sa demande d'autorisation de licenciement adressée le 3 décembre 2021, une division de son équipe et la création d'un climat délétère, des humiliations répétées envers la responsable de site adjointe, un soutien inconditionnel à un salarié rencontrant un problème d'alcoolisme, l'absence de garantie des règles d'hygiène, un manque de transparence lors de l'annulation d'un ticket de caisse, l'absence de constitution d'un vivier d'extras, une présence rare au sein de l'établissement le week-end, une gestion administrative longue et imparfaite et l'absence de nettoyage d'un local de stockage.
5. En premier lieu, en ce qui concerne le grief tiré du management tendu de l'équipe, la société Horeto reproche à M. B d'entretenir des relations très tendues avec son adjointe et le directeur du restaurant préjudiciables au bon fonctionnement et à la bonne entente de l'équipe. Toutefois, les témoignages de salariés produits à l'instance rapportant des propos déplacés de M. B envers son adjointe, des comportements abusifs envers les intéressés ne sont pas suffisamment précis et circonstanciés et ne sont dès lors pas de nature à venir au soutien des faits allégués. La matérialité des faits n'est donc pas établie concernant ce grief.
6. En deuxième lieu, en ce qui concerne le grief tiré des faits de harcèlement à l'encontre de la responsable de sites adjointe, la société Horeto reproche à M. B un comportement harcelant, vexatoire, décrédibilisant et humiliant envers cette dernière. Toutefois, les témoignages de salariés produits à l'instance, s'ils rapportent un relationnel compliqué entre M. B et son adjointe, ne sont pas suffisamment précis et circonstanciés et ne sont dès lors pas de nature à établir la matérialité des faits de harcèlement moral allégués. Par ailleurs, la société requérante n'a pas ouvert d'enquête interne qui aurait permis d'établir un comportement harcelant de la part de M. B ni saisi la médecine du travail de cette situation. Aussi, M. B ne peut-il dès lors être regardé comme ayant eu un comportement de nature à rendre impossible son maintien au sein de société, ni comme ayant méconnu une obligation découlant de son contrat de travail.
7. En troisième lieu, en ce qui concerne le grief tiré du soutien inconditionnel de M. B à un salarié ayant une addiction à l'alcool, la société Horeto reproche à M. B d'avoir couvert ce salarié qui travaillait régulièrement en état d'ébriété entraînant des répercussions sur le fonctionnement des cuisines du restaurant. Toutefois, il ressort des éléments de l'enquête diligentée par l'inspectrice du travail que M. B avait adressé au salarié concerné un rappel à l'ordre et la société requérante n'apporte aucun élément de nature à établir que l'addiction du salarié aurait eu des répercussions sur le fonctionnement du restaurant alors, d'ailleurs, que situation était également connue du directeur du restaurant et que la société Horeto n'a pas engagé de poursuites disciplinaires à l'encontre du salarié concerné ou saisi la médecine du travail. Par conséquent, la matérialité des faits n'est pas non plus établie s'agissant de ce grief.
8. En quatrième lieu, en ce qui concerne le grief tiré de l'absence de constitution d'un vivier d'extras, la société Horeto reproche à M. B d'avoir failli à sa mission de recrutement d'extras obligeant la société à publier des annonces couteuses. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la constitution d'un vivier d'extras n'entrait pas dans les attributions de M. B mais du directeur du restaurant. Par conséquent et alors, au surplus, que M. B établit avoir procédé à la publication d'annonces de recrutement au mois de mai 2021, la matérialité des faits allégués n'est pas établie s'agissant de ce grief.
9. En cinquième lieu, en ce qui concerne le grief tiré de l'absence régulière de
M. B sur site durant le week-end, la société Horeto reproche à M. B de ne pas être présent dans le restaurant pour soutenir son équipe. Toutefois, elle n'apporte aucun élément qui serait de nature à établir que la présence régulière sur site de M. B le week-end serait constitutive d'une obligation contractuelle à laquelle il aurait manqué. Dans ces conditions, la matérialité des faits allégués n'est pas non plus établie s'agissant de ce grief.
10. En sixième lieu, en ce qui concerne le grief tiré des erreurs commises par
M. B dans la gestion administrative du restaurant, la société Horeto reproche à
M. B d'avoir établi une facture pour des prestations partiellement réalisées et omis de résilier un contrat entraînant des répercussions financières. Toutefois, les documents produits par la société ne permettent pas d'établir le premier manquement allégué. S'agissant du second manquement, si M. B ne conteste pas avoir omis de confirmer par écrit la résiliation du contrat avec la société Synalcom qu'il avait annoncée par téléphone le 5 mai 2021, la société Horeto n'établit pas les répercussions financières alléguées. Par suite, à supposer même que la matérialité des faits soit établie sur ce point, ils ne sont pas d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement.
11. En septième lieu, en ce qui concerne le grief tiré de l'état de propreté d'un local de stockage mis à la disposition d'un concessionnaire par la direction du Musée du Louvre, la société Horeto reproche à M. B de ne pas avoir procédé au nettoyage du local de stockage de la concession. Toutefois, alors que M. B indique, sans être contredit, que l'absence de nettoyage du local résulte de difficultés à obtenir une autorisation de la direction du Louvre de pénétrer dans les locaux, aucun document ne permet d'établir la matérialité des faits reprochés à l'intéressé.
12. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 1332-4 du code du travail : " Aucun fait fautif ne peut donner lieu à lui seul à l'engagement de poursuites disciplinaires au-delà d'un délai de deux mois à compter du jour où l'employeur en a eu connaissance, à moins que ce fait ait donné lieu dans le même délai à l'exercice de poursuites pénales. ". Il résulte de ces dispositions que ce délai commence à courir lorsque l'employeur a une pleine connaissance de la réalité, de la nature et de l'ampleur des faits reprochés au salarié protégé.
13. En ce qui concerne le grief tiré de l'annulation d'un ticket de caisse, la société Horeto reproche à M. B d'avoir manqué de transparence à la suite de l'annulation d'une table effectuée par un collaborateur. En particulier, la société fait valoir qu'elle a demandé en vain à M. B de solliciter le responsable des affaires juridiques et sociales afin qu'il convoque le salarié pour être entendu. Toutefois, la société requérante reconnaît que M. B a alerté la direction le 2 novembre 2020 du comportement de ce salarié qu'il soupçonnait d'annuler des tickets clients et il ressort des pièces du dossier que, bien qu'alertée, elle n'a pris la décision de sanctionner ce salarié que le 5 juillet 2021 après lui avoir adressé un premier avertissement le 10 mars 2021. Par conséquent, à supposer la matérialité des faits établie, les faits reprochés étaient prescrits.
14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la société Horeto n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 8 février 2022 par laquelle l'inspectrice du travail a refusé d'autoriser le licenciement de M. B. Doivent également rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision implicite du ministre rejetant son recours hiérarchique.
Sur les frais liés à l'instance :
15. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance la somme que demande la société requérante au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
16. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, de mettre à la charge de la société Horeto la somme de 1 500 euros à verser à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Horeto est rejetée.
Article 2 : La société Horeto versera à M. B la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société par action simplifiée Horeto, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et à M. A B.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gracia, président,
Mme Merino, première conseillère,
Mme Renvoise, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.
La rapporteure,
M. MERINO
Le président,
J-Ch. GRACIA
La greffière,
C. YAHIAOUI
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
2/3-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2535565
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour et ordonnant son éloignement. Le tribunal a jugé que le préfet avait légalement appliqué l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en fondant son refus sur la condamnation de l'intéressée pour des faits relevant des articles 222-34 à 222-40 du code pénal. Il a également estimé que les circonstances invoquées (emploi stable, sursis) étaient sans incidence sur la légalité de la décision et n'ont pas constaté de méconnaissance de l'article 8 de la CEDH.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2534617
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant le renouvellement du titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'une ressortissante brésilienne. La juridiction a retenu que le préfet avait méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne procédant pas à une appréciation individuelle et concrète de la situation de l'intéressée, notamment au regard de son état de santé et de son droit au respect de la vie privée et familiale (article 8 de la CEDH). Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour dans un délai de deux mois.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2411323
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours pour excès de pouvoir contre le refus du préfet de police de délivrer un titre de séjour à un ressortissant algérien. Le tribunal a annulé la décision attaquée, considérant que l'administration n'avait pas procédé à l'examen de la situation personnelle du requérant au regard de son pouvoir discrétionnaire de régularisation exceptionnelle. Cette solution s'appuie sur l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, qui régit le séjour des ressortissants algériens sans interdire une telle régularisation.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2428408
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant le renouvellement d'une carte de séjour "talent" à une artiste-interprète. La juridiction a relevé d'office que le refus, fondé sur un seuil de ressources fixé par un arrêté ministériel (annexe 10 du CESEDA), était entaché d'incompétence, car ce seuil relève d'un décret en Conseil d'État selon l'article L. 421-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a enjoint au préfet de reconsidérer la demande dans un délai de quatre mois.
26/03/2026