jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2219422 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET AUGUST & DEBOUZY ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 septembre 2022 et 19 avril 2023, la société Dassault aviation, représentée par Me Brenot, demande au tribunal :
1°) d'annuler le courrier du 18 mars 2022 par lequel le délégué général à l'armement a mis à sa charge la somme de 88,8 millions d'euros au titre de redevances à payer à la suite de la vente d'avions Rafale à des pays tiers, ensemble le rejet de son recours gracieux ;
2°) de la décharger de la créance afférente ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- ses conclusions n'ont pas été privées d'objet par l'annulation des titres de perception émis le 6 avril 2022 ;
- ses conclusions sont recevables ;
- elle est propriétaire d'une créance sur l'Etat au titre des droits à exonération dont elle bénéficiait et qui, aux termes des stipulations applicables, devait être prise en compte avant de fixer toute redevance éventuelle, il n'y a pas lieu de distinguer entre les marchés selon qu'ils incluaient une part d'autofinancement ou que, pour les marchés conclus à compter de 2001, ils étaient financés à 100% par l'Etat ;
- les redevances appelées pour 2015 et le premier semestre 2016 sont prescrites en application de l'article 2224 du code civil ;
- le montant calculé par l'Etat est erroné, notamment du fait qu'il a retenu un montant de vente forfaitaire pour chaque avion, alors que les redevances doivent être assises sur le prix de vente effectif ; le taux de reconception de la cellule équipée France est entaché d'erreur, de sorte que le calcul du coefficient de dérivation est faux.
Par des mémoires en défense enregistrés les 27 février et 16 juin 2023, le ministre des armées conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, au non-lieu à statuer et à ce que la somme de 2 400 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- les conclusions de la société requérante sont irrecevables dès lors que le courrier du 18 mars 2022 ne constitue qu'un acte préparatoire à l'émission de titres de perception ;
- à titre subsidiaire, les titres de perception émis le 6 avril 2022 ont été annulés, de sorte qu'il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête ;
- le fait de se défendre à l'instance a occasionné pour l'Etat des frais qui s'élèvent à 2 400 euros.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue à huis-clos à la demande de la société requérante :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de M. Grandillon, rapporteur public,
- et les observations de Me Brenot, pour la société Dassault aviation et de M. B, pour le ministre des armées.
Considérant ce qui suit :
1. L'Etat et la société Dassault aviation ont conclu plusieurs contrats relatifs au développement d'un programme d'avion de combat, ultérieurement dénommé " Rafale ". Le protocole signé le 23 novembre 1984, qui fixait les principes encadrant la conduite de ce programme et des contrats à venir, prévoyait notamment le versement d'une redevance à l'Etat en cas de vente de ces avions à des Etats tiers. A compter du 12 février 2015, des avions ont été vendus à l'Egypte, à l'Inde et au Qatar. Le 13 février 2019, la direction générale à l'armement a informé la société Dassault aviation qu'elle était redevable de la redevance précitée sur ces ventes. Par un courrier du 19 mars 2019, la société a contesté leur principe et leur montant mais, le 18 mars 2022, la direction générale à l'armement a confirmé son analyse et indiqué que le montant des redevances était estimé à 88,8 millions euros pour les années 2015 à 2021 et que ces sommes seraient recouvrées par l'émission de titres de perception. La société Dassault aviation a adressé un " mémoire en réclamation " le 18 mai 2022, resté sans réponse. Par la présente requête, elle demande l'annulation du courrier du 18 mars 2022, ensemble le rejet de son recours gracieux.
Sur la recevabilité :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () ".
3. Le courrier par lequel l'administration se borne à informer son cocontractant qu'elle est redevable d'une somme, en détaillant son mode de calcul et qu'un titre de perception lui sera notifié afin de la recouvrer, ne constitue pas un acte susceptible de recours. La prise de position par l'Etat sur l'interprétation de stipulations contractuelles ou certains éléments de calculs qui fondent le montant ainsi fixé, qui ne met par elle-même aucune obligation à la charge du cocontractant indépendamment de l'émission d'un titre exécutoire, ne fait pas non plus grief. Il en va de même des mentions que comporte ce courrier relatif aux montants d'autofinancement du programme par la société ou de redevances ayant bénéficié d'une exonération, qui sont sans incidence sur la montant de la dette de cette dernière à l'égard de l'Etat. Il en résulte que le ministre des armées est fondé à soutenir que les conclusions de la société Dassault aviation tendant à l'annulation du courrier du 18 mars 2022, ensemble le rejet de son recours gracieux, et à la décharge de la créance sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise sur leur fondement à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance. Par ailleurs il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme à la charge de la société Dassault aviation à ce même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Dassault aviation est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Dassault aviation et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Anne Seulin, présidente,
M. Gaël Raimbault, premier conseiller,
Mme Paule Desmoulière, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.
Le rapporteur,
G. ALa présidente,
A. SeulinLa greffière,
L. Thomas
La République mande et ordonne au ministre des armées, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/4-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2320047
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de la SCI Janus visant à annuler un arrêté de sursis à statuer opposé par la maire de Paris à une déclaration préalable pour un changement de destination de locaux en hébergement touristique. La juridiction a jugé que le sursis à statuer, fondé sur l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme, était légal car le projet était susceptible de compromettre l'exécution du futur plan local d'urbanisme (PLU) en cours d'élaboration. Les moyens soulevés, notamment l'incompétence, le vice de procédure et l'erreur de droit, ont été écartés.
19/02/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2320316
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par une association d'un recours pour excès de pouvoir visant à annuler un arrêté municipal de mise en demeure avec astreinte, concernant des travaux réalisés sans autorisation d'urbanisme. Le tribunal a rejeté la requête de l'association, considérant que la motivation de l'arrêté attaqué était suffisante et que la procédure suivie, notamment l'établissement d'un procès-verbal d'infraction, était régulière. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'urbanisme, en particulier celles relatives aux mises en demeure et aux astreintes.
19/02/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2520263
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour et ordonnant son éloignement. Le tribunal a jugé que la décision était suffisamment motivée et que le préfet avait procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de l'intéressé, notamment au regard de son état de santé et de son intégration. Les textes appliqués incluent le code des relations entre le public et l'administration et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
19/02/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2527910
Le Tribunal administratif de Paris a annulé un arrêté préfectoral refusant le renouvellement du titre de séjour d'une ressortissante tunisienne et lui enjoignant de quitter le territoire. La juridiction a jugé que le préfet avait commis une erreur de droit en appliquant le code de l'entrée et du séjour des étrangers, alors que la situation de l'intéressée, épouse d'un Français, devait être examinée exclusivement au regard des dispositions de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer sa demande dans un délai de trois mois et a condamné l'État à lui verser 1 200 euros au titre des frais exposés.
19/02/2026