lundi 6 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2219439 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | DE SEZE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 septembre 2022, M. B, représenté par Me de Sèze, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 22 août 2022 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu les conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, et ce dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat ; ou, à défaut, à lui verser directement, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'un défaut de motivation et révèle un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est illégale en raison de l'absence de prise en considération de sa vulnérabilité en méconnaissance des articles L. 522-1 à 3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce qui l'a privé d'une garantie ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas établi que l'agent ayant mené l'entretien de vulnérabilité avait reçu une formation spécifique ;
- elle est entachée d'illégalité au regard des articles L. 522-3 et R. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le questionnaire d'évaluation annexé à l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile ne permet pas d'identifier la vulnérabilité du requérant ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés et doit être regardé comme sollicitant une substitution de motifs au bénéfice tiré du motif de la méconnaissance du 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par décision du 4 janvier 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris a accordé le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à M. B.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale,
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Abdat,
- et les conclusions de M. Lahary, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant somalien né le 11 décembre 1990 ayant obtenu la protection subsidiaire en Grèce le 12 avril 2018, a introduit une demande ultérieure d'asile en France le 6 octobre 2020 et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil à compter du 7 octobre 2020. Le 30 décembre 2021, sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), qui lui a irrégulièrement notifié sa décision le 8 février 2022. En conséquence, l'OFII a interrompu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au mois de mars 2022. Cette décision a ensuite été régulièrement notifiée au requérant le 20 mai 2022. Le 28 juin 2022, il a introduit un recours auprès de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), qui a fait l'objet d'une décision de rejet le 28 février 2023. En outre, par un courriel du 3 juillet 2022, il a sollicité le rétablissement des conditions matérielles d'accueil auprès de l'OFII, qui en a rétabli rétroactivement le bénéfice pour les mois de mars à mai 2022. L'OFII a toutefois refusé de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter de mai 2022 et pour l'avenir. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision de cessation des conditions matérielles d'accueil à compter du mois de mai 2022.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. "
3. Postérieurement à l'enregistrement de la requête, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. B par une décision du 4 janvier 2023. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. D'une part, aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente. "
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile () ". Aux termes de l'article L. 551-16 du même code : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / 1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / 4° Il a dissimulé ses ressources financières ; / 5° Il a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ; / 6° Il a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes. () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret () ".
6. Dans un premier temps, pour mettre fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil du requérant, l'OFII a estimé se trouver en situation de compétence liée. Il fait valoir que la décision portant rejet par l'OFPRA de la demande d'asile du requérant, intervenue le 30 décembre 2021 et notifiée le 8 février 2022, était devenue définitive le 8 mars 2022, faute d'être contestée dans le délai de recours contentieux. Il en déduit que son droit de se maintenir sur le territoire français a cessé à la suite de cette décision, et qu'il ne pouvait donc être regardé comme ayant prorogé son statut de demandeur d'asile, lequel conditionne le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment du jugement n°2211367 du tribunal administratif de Paris en date du 6 juillet 2022, que cette notification était irrégulière. La notification régulière de cette décision étant intervenue le 20 mai 2022, le requérant, qui a formé un recours devant la CNDA dans le délai de recours contentieux, bénéficiait d'un droit au maintien sur le territoire français et du statut de demandeur d'asile jusqu'à la date de la notification de la décision définition de la CNDA, laquelle est intervenue le 29 mars 2023. Par suite, il était fondé à solliciter le bénéfice des conditions matérielles d'accueil jusqu'à cette date.
7. L'OFII soutient, dans un second temps, que l'intéressé a dissimulé l'obtention du bénéfice de la protection subsidiaire accordée par la Grèce le 12 avril 2018, et qu'il était par suite fondé à adopter la décision attaquée en raison de l'existence de cette protection et de cette dissimulation. Toutefois, à supposer qu'il faille analyser cette défense comme une demande de substitution de motifs et en admettant que ces circonstances puissent fonder la cessation des conditions matérielles d'accueil par la décision attaquée, il est constant que l'OFII n'a pas mis à même l'intéressé de présenter ses observations écrites préalablement à l'adoption de cette décision, le privant ainsi d'une garantie et, en outre, que la décision litigieuse ne comporte aucune motivation en droit.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 22 août 2022 par laquelle le directeur général de l'OFII a mis un terme aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait.
9. Eu égard au motif retenu pour annuler la décision litigieuse, le présent jugement implique seulement que l'OFII procède au réexamen de la situation de M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
10. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me de Sèze, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me de Sèze, la somme de 800 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle provisoire de M. B.
Article 2 : La décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 22 août 2022 est annulée.
Article 3 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera la somme de 800 euros à Me de Sèze sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me de Sèze et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 9 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
Mme de Saint-Chamas, conseillère,
Mme Abdat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2023.
La rapporteure,
G. ABDATLe président,
J. SORINLa greffière,
B. CHAHINE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2512599
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler un arrêté préfectoral du 14 janvier 2025 l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que le droit d'être entendu, garanti par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, n'imposait pas une nouvelle audition dans ce cas, la décision d'éloignement découlant nécessairement du rejet définitif de sa demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile. La juridiction a appliqué les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 611-1.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2400857
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête d'un agent du SIAAP demandant la révision de son taux d'incapacité permanente partielle (IPP) et l'indemnisation de préjudices. Le tribunal juge que le taux d'IPP, fixé à 34% selon le barème légal, ne peut être modifié en raison de l'existence éventuelle d'une faute de l'employeur. Concernant l'indemnisation, le tribunal rappelle que le régime des accidents de service et maladies professionnelles des fonctionnaires, régi par la loi du 13 juillet 1983 et le décret du 2 mai 2005, répare forfaitairement certains préjudices, mais n'exclut pas une action en responsabilité pour faute visant à réparer d'autres chefs de préjudice.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401146
Le Tribunal administratif de Paris a annulé une sanction disciplinaire (un jour d'exclusion temporaire de fonction) infligée par l'AP-HP à un infirmier. La juridiction a estimé que la sanction, fondée sur une simple "suspicion d'inhalation de kalinox", ne reposait pas sur des faits établis, ce qui constitue une erreur de droit. Le tribunal a enjoint à l'administration d'effacer la sanction du dossier de l'agent et l'a condamnée à lui verser 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401760
**Sujet principal** : Contestation par une société de rappels de TVA et d'une majoration, concernant le taux applicable (taux réduit de 5,5% pour la vente de livres ou taux normal de 20% pour des prestations de voyance). **Juridiction** : Tribunal Administratif de Paris (formation de jugement). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la requête de la société. Il estime que l'activité principale constitue une prestation immatérielle de voyance taxable au taux normal et que, de toute façon, la société n'a pas apporté la preuve permettant d'isoler la part éventuelle de son chiffre d'affaires relevant de la vente de livres. **Textes appliqués** : Articles 278 et 278-0 bis A-3° du code général des impôts (taux normal et taux réduit de TVA).
30/03/2026