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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2219744

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2219744

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2219744
TypeDécision
PublicationC
Formation2e Section - 1re Chambre
Avocat requérantMICHALLON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 septembre 2022, la société Café Foresta, représentée par Me Michallon, demande au tribunal la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxes sur la valeur ajoutée, taxe d'apprentissage et taxe de formation professionnelle continue auxquels elle a été assujettie au titre des années 2017 et 2018 et des pénalités correspondantes.

Elle soutient que :

- la proposition de rectification est insuffisamment motivée ;

- la réponse aux observations du contribuable est insuffisamment motivée ;

- la différence d'actif net au titre du premier exercice vérifié doit être corrigé d'un montant de 386 207 euros ;

- l'imputation du déficit créé en 2017 doit être imputé sur l'année 2018 ;

- la majoration de 40% est infondée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mars 2023, la direction régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société Café Foresta ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 5 avril 2024 la clôture d'instruction a été fixée au 6 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marchand,

- et les conclusions de M. Halard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Café Foresta exerce une activité de restauration. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur les exercices 2017 et 2018 à l'issue de laquelle une proposition de rectification, établie selon la procédure de rectification contradictoire, lui a été notifiée portant sur des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la taxe sur la valeur ajoutée, taxe d'apprentissage, taxe sur les véhicules de société et taxe de formation professionnelle continue, assortie des intérêts de retard, d'une majoration de 10% pour dépôt tardif des déclarations du 1 de l'article 1728 du code général des impôts et d'une amende de 5 000 euros prévue à l'article 1729 D du code général des impôts en l'absence de présentation des fichiers des écritures comptables pour l'année 2017. La société Café Foresta demande au tribunal la décharge des impositions ainsi mises à sa charge.

Sur la procédure d'imposition :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation (). " Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. / () ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées. Hormis le cas où elle se réfère à un document qu'elle joint à la proposition de rectification ou à la réponse aux observations du contribuable, l'administration peut satisfaire cette obligation en se bornant à se référer aux motifs retenus dans une proposition de rectification, ou une réponse aux observations du contribuable, consécutive à un autre contrôle et qui lui a été régulièrement notifiée, à la condition qu'elle identifie précisément la proposition ou la réponse en cause et que celle-ci soit elle-même suffisamment motivée.

4. La société Café Foresta soutient que la proposition de rectification est insuffisamment motivée dès lors que les méthodes suivies pour procéder aux rappels en cause ne sont pas justifiées. Toutefois, il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 2 décembre 2020 comporte les motifs des rehaussements envisagés, leur fondement légal, la catégorie de revenus et les années d'imposition concernées ainsi que les motifs pour lesquels l'administration a considéré que la comptabilité de la société devait être rejetée comme non probante. Dès lors, la proposition de rectification est suffisamment motivée et le moyen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " () / Lorsque l'administration rejette les observations du contribuable sa réponse doit également être motivée ". Il résulte de ces dispositions que l'exigence de motivation de la réponse aux observations du contribuable qui s'impose à l'administration dans ses relations avec le contribuable vérifié s'apprécie au regard de l'argumentation développée par celui-ci dans ses observations.

6. Par courrier du 8 février 2021, le gérant de la société Café Foresta a présenté des observations à la suite de la proposition de rectification du 2 décembre 2020, en informant l'administration de ce que le fichier des écritures comptables a été remis et de son désaccord sur l'ensemble des redressements notifiés au titre de ce contrôle. La société a également demandé la communication de l'ensemble des documents obtenus dans le cadre du droit de communication et du rapport du vérificateur. Elle a informé l'administration qu'en cas de désaccord persistant, elle saisirait la commission départementale des impôts et conteste les revenus distribués et indiquait que les bénéficiaires des distributions sont désignés à titre purement conservatoire afin de ne pas être assujetti à l'amende fiscale de 100 % au titre de l'article 1763 A du code général des impôts. Par courrier du 12 mars 2021, l'administration fiscale a adressé à la société une réponse aux observations du contribuable en exposant ses observations et en y apportant, à chacune, une réponse suffisamment précise. Dans ces conditions, alors qu'au demeurant la société requérante se borne à invoquer de façon générale un défaut de motivation, la réponse aux observations du contribuable en litige répond aux exigences de motivation et le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, par suite, être écarté comme manquant en fait.

7. En dernier lieu, la requérante ne peut utilement soutenir qu'il existe une contradiction entre la procédure contradictoire suivie et la majoration de 40% pour taxation d'office qui lui aurait été appliquée, dès lors qu'il résulte de l'instruction que c'est seulement la majoration de 10% qui lui a été appliquée en raison du dépôt tardif des déclarations comme l'expose la proposition de rectification du 2 décembre 2020. Le moyen est ainsi inopérant et doit être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions :

8. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts : " () 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés () / 4 bis. Pour l'application des dispositions du 2, pour le calcul de la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de l'exercice, l'actif net d'ouverture du premier exercice non prescrit déterminé, sauf dispositions particulières, conformément aux premier et deuxième alinéas de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales ne peut être corrigé des omissions ou erreurs entraînant une sous-estimation ou surestimation de celui-ci. / Les dispositions du premier alinéa ne s'appliquent pas lorsque l'entreprise apporte la preuve que ces omissions ou erreurs sont intervenues plus de sept ans avant l'ouverture du premier exercice non prescrit () ".

9. La société requérante soutient que la différence d'actif net au titre du premier exercice vérifié doit être corrigée d'un montant de 386 207 euros dès lors que cette somme figurait à tort au compte caisse au 31 décembre 2016. Il résulte de l'instruction qu'au cours de la vérification de comptabilité, l'administration fiscale a constaté que la société requérante enregistrait au crédit du compte caisse les entrées d'espèces sans toutefois en comptabiliser l'ensemble des sorties. Elle a conclu à la fictivité du compte caisse et des fonds propres figurant au bilan de la société et à l'absence d'excédent d'actif à l'ouverture de la période vérifiée. Il résulte en outre de l'instruction que l'administration n'a notifié aucun rehaussement à la société sur le fondement de ce constat. Dans ces conditions, la société requérante ne peut utilement soutenir que la somme de 386 207 euros constituait un excédent d'actif net devant être déchargé ni un déficit au titre de l'année 2017 devant être imputé sur l'exercice clos en 2018. En tout état de cause, l'omission, non contestée, de la comptabilisation de l'ensemble des sorties, constituait une erreur comptable délibérée commise par la société Café Foresta. Elle ne peut, par suite, pas en demander la rectification.

Sur les pénalités :

10. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : / a. 10 % en l'absence de mise en demeure ou en cas de dépôt de la déclaration ou de l'acte dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai ".

11. Il résulte de l'instruction, que l'administration fiscale a appliqué à la société Café Foresta une majoration de 10% en raison du dépôt tardif de ses déclarations pour chacune des années en cause et non les majorations de 40% pour manquement délibéré. Dans ces conditions, la société requérante ne peut utilement soutenir que l'administration ne justifie pas de sa mauvaise foi.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Café Foresta doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Café Foresta est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Café Foresta et à la direction régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Evgénas, présidente,

Mme Laforêt, première conseillère,

Mme Marchand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

La rapporteure,

A. MARCHAND

La présidente,

J. EVGENAS

La greffière,

M-C. POCHOT

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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