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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2219944

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2219944

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2219944
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET MATUCHANSKY, POUPOT, VALDELIEVRE, RAMEIX (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 23 septembre 2022, le 6 septembre 2023 et le 14 août 2024, l'association Etoile Sportive Colombienne (ES Colombienne), représentée par la SELAS CPC et Associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 septembre 2022 par laquelle le comité exécutif de la Fédération française de football (FFF) a accepté la proposition de conciliation du Comité national olympique français (CNOSF) du 18 août 2022 consistant à entériner le résultat du match joué le 20 mars 2022 entre le club de Noisy-le-Grand FC et celui de l'ES Colombienne ;

2°) de mettre à la charge de la FFF une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle s'était opposée à la conciliation ;

- elle méconnaît les articles 139 et 139 bis des règlements généraux de la FFF.

Par des mémoires en défense, enregistré le 8 août 2023, le 12 juin 2024, le 23 juillet 2024 et le 2 août 2024, la Fédération française de football (FFF), représentée par la SARL Matuchansky, Poupot et Valdelièvre, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de l'association requérante la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La clôture d'instruction est intervenue le 6 septembre 2024.

La requête a été communiquée à l'association Noisy-le-Grand Football Club (Noisy-le-Grand FC), qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le codes relations entre le public et l'administration ;

- le code du sport ;

- les règlements généraux de la FFF pour la saison 2021-2022 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rezard, rapporteur,

- les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique,

- et les observations de Me Matuchansky, représentant la FFF.

Un note en délibéré pour la FFF a été enregistrée le 16 octobre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Le club de football de l'association Etoile sportive (ES) Colombienne et celui de Noisy-le-Grand Football Club (FC) se sont affrontés le 20 mars 2022 dans le cadre du championnat régional 1 de la ligue de Paris-Ile-de-France de football (LPIFF). Après sa défaite sur le terrain, l'ES Colombienne a formé une demande d'évocation auprès de la commission régionale des statuts et règlements et du contrôle des mutations de la LPIFF. Par une décision du 21 avril 2022, cette dernière a confirmé le résultat acquis sur le terrain. L'ES Colombienne a contesté cette décision devant le comité d'appel chargé des affaires courantes de la LPIFF qui, par une décision du 2 juin 2022, a confirmé la décision du 21 avril 2022. L'ES Colombienne a contesté cette nouvelle décision devant la commission fédérale des règlements et de contrôle de la Fédération française de football (FFF). Par une décision du 29 juin 2022, la commission fédérale des règlements et de contrôle a fait droit à son recours et a infligé au club de Noisy-le-Grand FC la sanction de match perdu par pénalité avec attribution du gain du match à l'ES Colombienne.

2. Par un courrier du 28 juillet 2022, Noisy-le-Grand FC a formulé une demande de conciliation auprès de la conférence des conciliateurs du Comité national olympique et sportif français (CNOSF). Par un courrier du 18 août 2022, la conciliatrice du CNOSF a proposé à la FFF de retirer la décision du 29 juin 2022 et d'entériner le résultat acquis sur le terrain par le club de Noisy-le-Grand FC. Par une décision du 2 septembre 2022, le comité exécutif de la FFF a accepté cette proposition de conciliation. L'ES Colombienne demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Les articles L. 141-4, R. 141-5, R. 141-7 et R. 141-23 du code du sport instituent un recours préalable obligatoire à une conciliation organisée par le CNOSF avant tout recours contentieux contre une décision prise par une fédération dans l'exercice de prérogatives de puissance publique ou en application de ses statuts en vue de résoudre le conflit né de cette décision. Il appartient à l'autorité compétente de la fédération intéressée, partie à la conciliation, de se prononcer sur les mesures proposées par le ou les conciliateurs. Lorsque ces mesures diffèrent de celles qui étaient prévues par la décision initiale de la fédération et qu'elles sont acceptées, il appartient à la fédération de prendre une nouvelle décision, qui reprend les mesures proposées par le conciliateur, mais pour des motifs qui lui sont propres. Cette nouvelle décision se substitue à la décision initiale et peut seule être contestée devant le juge de l'excès de pouvoir.

4. En premier lieu, pour l'application des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, l'appréciation du caractère défavorable d'une décision doit se faire en considération des seules personnes directement concernées par elle.

5. Il est constant que la décision attaquée du 2 septembre 2022 a pour objet de retirer la sanction de match perdu par pénalité ayant été prononcée le 29 juin 2022 contre Noisy-le-Grand FC. Si l'association ES Colombienne avait un intérêt au maintien de cette sanction, dans la mesure où elle s'était accompagnée, conformément à l'avant-dernier alinéa du paragraphe 2 de l'article 187 des règlements généraux de la FFF pour la saison 2021-2022, de l'attribution à son profit des points correspondant au gain du match, la FFF, que ce soit pour infliger ou pour retirer cette sanction, s'est exclusivement prononcée sur la réalité du manquement reproché à Noisy-le-Grand FC et n'a porté aucune appréciation sur le comportement de l'ES Colombienne. Par suite, cette dernière n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée présente le caractère d'une décision défavorable qui la concerne au sens des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen ne peut dès lors qu'être écarté comme inopérant.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 141-4 du code du sport : " Le Comité national olympique et sportif français est chargé d'une mission de conciliation dans les conflits opposant () les associations et sociétés sportives et les fédérations sportives agréées () " Aux termes de l'article R. 141-7 du même code : " () le conciliateur, après avoir entendu les intéressés, propose des mesures de conciliation. Ces mesures sont présumées acceptées par les parties, sauf opposition notifiée au conciliateur et aux parties, dans un délai de quinze jours à compter de la formulation aux parties des propositions du conciliateur ". Aux termes de l'article R. 141-23 du code : " Les mesures proposées par les conciliateurs sont réputées acceptées par les parties et doivent être appliquées dès leur notification. Les parties peuvent toutefois s'y opposer dans le délai de quinze jours à compter de cette notification. / Cette opposition ne peut être prise en compte que si elle est notifiée aux conciliateurs ainsi qu'aux autres parties () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que la conférence des conciliateurs du CNOSF a été saisie le 28 juillet 2022 par l'association Noisy-le-Grand FC. Par suite, les seules personnes ayant la qualité de partie à la conciliation, et qui étaient à ce titre en droit de s'opposer aux mesures de conciliation proposées par le conciliateur désigné, étaient cette association et la FFF. L'association requérante n'est, dès lors, pas fondée à soutenir que la FFF aurait commis une erreur de droit en acceptant la conciliation à laquelle l'ES Colombienne s'était opposée dans le délai imparti par les articles R. 141-7 et 23 du code du sport. Le moyen doit en conséquence être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 139 des règlements généraux de la Fédération française de football pour la saison 2021-2022 : " 1. A l'occasion de toute rencontre (), une feuille de match, mentionnant l'identité de tous les acteurs, est établie () / Cette feuille de match doit être intégralement remplie et signée par l'arbitre et les capitaines () " Aux termes de l'article 140 des mêmes règlements généraux : " 1. Les titulaires () sont obligatoirement inscrits sur la feuille de match et doivent y être indiqués en tant que tels avant le début de la rencontre () " Aux termes de l'article 139 bis des règlements généraux : " Pour toutes les rencontres de compétition pour lesquelles l'utilisation de la feuille de match informatisée (F.M.I.) est rendue obligatoire, la feuille de match est établie sur la tablette électronique du club recevant () / Le jour du match, chaque club vérifie, renseigne et/ou modifie sa composition d'équipe dans la tablette puis valide cette composition. Les informations validées engagent la responsabilité de chacun des clubs concernés et des signataires () / Le club recevant a l'obligation de transmettre la FMI dans les 24 heures suivant la rencontre () / Une fois verrouillée par les différents utilisateurs de la FMI, elle ne pourra plus être modifiée () Néanmoins, () il est toujours possible de tenir compte du rapport d'un officiel, en vertu de l'article 128 des présents Règlements, reconnaissant l'existence d'une information erronée ou imprécise sur la F.M.I. () ".

9. Aux termes de l'article 141 bis des règlements généraux de la FFF pour la saisine 2021-2022 : " () la participation des joueurs peut être contestée : / () après la rencontre, en formulant () une demande d'évocation () " En vertu du paragraphe 2 de leur article 187, une demande d'évocation peut être présentée " en cas : / - de participation d'un joueur non inscrit sur la feuille de match () / () la sanction est le match perdu par pénalité et le club adverse bénéficie des points correspondant au gain du match () " Aux termes de leur article 128 : " Est considérée comme officiel d'une rencontre, toute personne licenciée agissant en qualité d'arbitres ou de délégué, désignée par les instances du football () / Pour l'appréciation des faits, leurs déclarations ainsi que celles de toute personne missionnée par les instances pour la rencontre et assurant une fonction officielle au moment des faits, sont retenues jusqu'à preuve contraire ".

10. Il ressort des pièces du dossier qu'alors qu'une capture d'écran de la feuille de match informatisée (FMI) prise le jour du match à 15 heures faisait apparaître le joueur n° 6 de l'équipe de Noisy-le-Grand FC, celui-ci ne figurait en revanche plus sur la FMI ayant été transmise à l'issue du match, revêtue de la signature de l'arbitre et des capitaines des deux équipes. Si en vertu de l'article 139 bis des règlements généraux, la présence de ces signatures attestait en principe de la véracité des informations figurant sur la FMI transmise, celle-ci peut être remise en cause par le rapport d'un officiel, qui conformément à l'article 128 fait foi jusqu'à preuve du contraire, attestant que ces informations sont erronées. Il ressort à cet égard des pièces du dossier qu'à deux reprises, le 24 mars 2022 et le 24 juin 2022, l'arbitre du match, qui constitue un officiel au sens de l'article 128 à l'inverse des présidents des deux clubs, a confirmé que l'ensemble des joueurs des deux équipes avaient bien été inscrits sur la FMI avant le début de la rencontre, conformément aux prévisions des articles 139 à 140. Par suite, nonobstant les mentions figurant sur la FMI finalement transmise, c'est à tort que l'ES Colombienne soutient que tous les joueurs de l'équipe adverse n'étaient pas inscrits sur la FMI avant le début de la rencontre. Dès lors, c'est à bon droit que, par la décision attaquée, la FFF a retiré la sanction de match perdu par pénalité qu'elle avait prononcée contre Noisy-le-Grand FC avec attribution des points correspondant au gain du match à l'ES Colombienne. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit donc être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 2 septembre 2022 présentées par l'association ES Colombienne doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'association ES Colombienne le versement à la FFF la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce que la FFF, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à l'association ES Colombienne une somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association ES Colombienne est rejetée.

Article 2 : L'association ES Colombienne versera à la Fédération française de football une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association Etoile Sportive Colombienne, à la Fédération française de football et à l'association Noisy-le-Grand Football Club.

Copie en sera adressée au Comité national olympique et sportif français.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Weidenfeld, présidente,

Mme de Schotten, première conseillère,

M. Rezard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

Le rapporteur,

A. Rezard

La présidente,

K. Weidenfeld

Le greffier,

Lemieux

La République mande et ordonne au ministre des sports, de la jeunesse et de la vie associative en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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