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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2220388

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2220388

vendredi 3 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2220388
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 4e Chambre
Avocat requérantMUGERIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 septembre et 21 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Mugerin, demande au tribunal d'annuler l'arrêté de la Première ministre du 29 juillet 2022 le suspendant à titre conservatoire de ses fonctions pour faute grave à compter du 1er août 2022.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'erreur de fait et de dénaturation des faits ;

- il a été entendu le 11 août 2022 sans avoir eu la possibilité d'être assisté d'un avocat ; le compte-rendu de cette audition lui a été transmis trop tardivement pour qu'il puisse en faire un usage utile dans le cadre de sa défense ;

- cet arrêté présente un caractère discriminatoire eu égard aux usages en cours au sein de son administration s'agissant de l'utilisation du gyrophare ; il porte atteinte au principe d'égalité de traitement en matière d'emploi et de travail.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 décembre 2022, la Première ministre conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 15 septembre 2023 par une ordonnance du 16 août 2023.

Des pièces complémentaires produites pour le Premier ministre ont été enregistrées le

11 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le décret n° 2017-1531 du 3 novembre 2017 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Massiou, première conseillère ;

- et les conclusions de M. Degand, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, adjoint technique principal de deuxième classe des services du Premier ministre, a été détaché dans le corps des adjoints techniques de chancellerie du ministère de l'Europe et des affaires étrangères à compter du 1er octobre 2020 pour y occuper les fonctions de conducteur auprès de la représentation permanente de la France à l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Par un arrêté de la Première ministre du 29 juillet 2022, il a été suspendu de ses fonctions à titre conservatoire pour faute grave à compter du 1er août suivant. Il demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : / 1° les directeurs d'administration centrale () ". Aux termes de l'article 1er du décret n° 2017-1531 du 3 novembre 2017 relatif à la direction des services administratifs et financiers du Premier ministre : " La direction des services administratifs et financiers du Premier ministre exerce les missions d'administration générale destinées à fournir au Premier ministre et aux membres du Gouvernement placés auprès de lui, à leurs cabinets, aux services centraux du Premier ministre et aux autorités qui lui sont budgétairement rattachées les moyens de leur fonctionnement, sous réserve de leurs attributions. / A ce titre : / 1° Elle élabore et met en œuvre la stratégie de ressources humaines des services du Premier ministre. Elle assure la gestion et la paye des personnels titulaires et contractuels ; / () ".

3. M. D C, signataire de l'arrêté attaqué, a été nommé directeur des services administratifs et financiers des services du Premier ministre par un décret du 7 mai 2015, régulièrement publié au Journal officiel de la République française du 8 mai suivant. En vertu des dispositions citées au point précédent, il disposait d'une délégation à l'effet de signer, au nom de la Première ministre, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous son autorité, incluant les actes de mise en œuvre de la stratégie de ressources humaines, dont relève la suspension d'un agent à titre conservatoire. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A n'a pas été auditionné le 11 août 2022 par sa hiérarchie dans le cadre de la procédure de suspension mais dans celui de la procédure disciplinaire parallèlement engagée à son encontre. Par suite, les moyens tirés de l'absence d'assistance par un avocat lors de cette audition et de la remise tardive du compte-rendu de cette audition doivent être écartés comme inopérants.

5. En troisième lieu, l'arrêté attaqué est motivé par la circonstance qu'il est notamment reproché à M. A d'avoir utilisé son véhicule de service et la carte essence mis à sa disposition à des fins personnelles sur la période allant du 1er avril au 18 juin 2022. Il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté que durant cette période le requérant a parcouru 12 669 kilomètres, dont 4 743 ayant justifié douze pleins d'essence durant ses congés du 7 avril au 6 mai 2022. Si les pièces du dossier ne permettent pas d'établir dans quelle mesure M. A a été sollicité par sa hiérarchie pour effectuer des déplacements durant cette période, le requérant faisant état de sollicitations très fréquentes alors que l'administration indique qu'il n'a été fait appel à lui que pour quatre déplacements et quelques courses courtes, pour un total global d'environ 100 kilomètres, la distance parcourue durant les congés du requérant avec son véhicule de service n'est en toute hypothèse pas justifiée. Si le requérant conteste, par ailleurs, l'usage illicite qu'il aurait fait d'un gyrophare ou son implication dans un accident, ces faits ne fondent pas la décision attaquée et ne sont, dès lors, pas utilement contestés. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de fait.

6. En dernier lieu, il n'appartient pas à l'administration de produire des éléments relatifs au nombre de kilomètres parcourus par d'autres chauffeurs pour les comparer avec la situation du requérant, dès lors notamment qu'il est reproché à celui-ci une utilisation abusive de son véhicule de service durant une période de congés. Le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance du principe d'égalité de traitement en matière d'emploi et de travail doit, par suite, être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au Premier ministre.

Délibéré après l'audience du 12 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Aubert, présidente,

M. Julinet, premier conseiller,

Mme Massiou, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2024.

La rapporteure,

B. MASSIOU

La présidente,

S. AUBERT La greffière,

A. LOUART

La République mande et ordonne au Premier ministre, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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