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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2220993

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2220993

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2220993
TypeDécision
Formation6e Section - 3e Chambre
Avocat requérantPITTI-FERRANDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 octobre 2022 et le 23 novembre 2023, M. A E, l'EIRL C, la SARL Paris France expertises et la SARL Paris Sud Expertises, représentés par Me Pitti-Ferrandi, demandent au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à verser à M. C la somme de 397 333,12 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité fautive de la sanction disciplinaire en date du 10 février 2020, somme à parfaire au jour du jugement à intervenir ;

2°) de condamner l'Etat à verser à l'EIRL C la somme de 162 395,46 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité fautive de la sanction disciplinaire en date du 10 février 2020, somme à parfaire au jour du jugement à intervenir ;

3°) de condamner l'Etat à verser à la SARL Energie France Expertises la somme de 148 795,84 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité fautive de la sanction disciplinaire en date du 10 février 2020, somme à parfaire au jour du jugement à intervenir ;

4°) de condamner l'Etat à verser à la SARL Paris Sud Expertises la somme de 515 792,89 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité fautive de la sanction disciplinaire en date du 10 février 2020, somme à parfaire au jour du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les requérants soutiennent que :

- les faits qui fondent l'adoption de la décision du 10 février 2020 annulée sont matériellement inexacts dès lors que M. C a été relaxé de l'ensemble des chefs d'accusation portés à son encontre par un arrêt du 11 août 2021 de la cour d'appel d'Amiens, que les dossiers des dix véhicules gravement endommagés (VGE) qu'il a inspectés concernés par la procédure ont été régulièrement conservés et produits, ce qui a permis de s'assurer du suivi des réparations conformes à la réglementation, que les dix véhicules ont subi un diagnostic de leur système d'airbag qui s'est révélé conforme et sans défaut, suivant les relevés des mesures et, au surplus, que ces faits se rapportent exclusivement à des manquements constatés par quatre experts judiciaires qui se trouvaient en situation de conflit d'intérêts, de sorte qu'ils ne pouvaient motiver une quelconque procédure administrative, et les griefs tirés de l'utilisation d'airbags d'occasion pour la réparation de véhicules accidentés et de l'absence de vérification des points de soudure sur les véhicules inspectés ne lui sont pas imputables ;

- le préjudice moral et les troubles dans les conditions de l'existence subis par M. C s'élèvent à 60 000 euros ;

- le préjudice économique de M. C est de 337 333,12 euros qui correspond à une perte de revenus en qualité de seul expert et gérant à compter des SARL Paris Sud Expertises et Energie France Expertises à hauteur de 101 333,12 euros et 56 000 euros, à un préjudice financier lié au règlement d'un emprunt contracté par la SARL Paris Sud Expertises, mise en liquidation judiciaire, pour l'obtention duquel il s'était porté caution solidaire à hauteur de 156 000 euros, aux frais d'avocats supportés pour sa représentation devant la chambre correctionnelle de la cour d'appel d'Amiens à hauteur de 24 000 euros et à un préjudice financier dès lors qu'il n'a pas pu répondre aux missions d'expertise et a été dans l'impossibilité de solliciter un recruteur pour un nouvel emploi du fait de la publicité de l'affaire ;

- le préjudice financier de l'EIRL C, s'agissant de la période du 10 février 2020 au 31 janvier 2022, s'élève à 105 399,73 euros, correspondant à une perte de chiffres d'affaires et à une perte de loyers de location-gérance versés par la SARL Paris Sud Expertises, et le préjudice financier subi à compter du 1er février 2022 s'élève à 56 995,73 euros ;

- les préjudices financiers de la SARL Paris Sud Expertises et de la SARL Energie France Expertises s'élèvent respectivement, s'agissant de la période du 10 février 2020 au 31 janvier 2022, à 438 033,89 euros et 71 036,84 euros et, à compter du 1er février 2022, à 57 759 euros et 77 759 euros.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 20 octobre 2023 et 10 janvier 2024, le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions indemnitaires de M. C en son nom propre sont irrecevables car tardives ;

- les conclusions indemnitaires présentées par M. C au nom des entreprises doivent, à titre principal, être rejetées dès lors que la responsabilité de l'Etat ne saurait être engagée et, à titre subsidiaire, être ramenées à de plus justes proportions.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cicmen,

- les conclusions de M. Peny, rapporteur public,

- et les observations de Me Pitti-Ferrandi, avocat des requérants.

Considérant ce qui suit :

1. M. C est inscrit sur la liste nationale des experts en automobile prévue par l'article L. 326-3 du code de la route, et est gérant de l'EIRL C, de la SARL Energie France Expertises, anciennement la SARL Energie Picardie, et de la SARL Paris Sud Expertises. Par une décision du 6 septembre 2017, le délégué à la sécurité routière a prononcé à l'encontre de M. C une sanction d'interdiction d'exercice de son activité professionnelle pendant une durée de six mois. Cette décision a été annulée par un jugement du tribunal administratif de Paris en date du 9 mars 2018 pour le motif tiré de l'incompétence de son signataire. Par une lettre du 14 février 2019, le procureur de la République près le tribunal de grande instance de Senlis a informé les services de la délégation à la sécurité routière (DSR) que, par un jugement du 11 février 2019, le tribunal correctionnel de Senlis avait condamné M. C à une peine de quinze mois d'emprisonnement avec sursis, cinq ans d'interdiction d'exercer et 5 000 euros d'amende, pour faux et usage de faux documents administratifs par une personne chargée d'une mission de service public et pour mise en danger de la vie d'autrui. Le parquet a transmis à l'autorité administrative dix dossiers de véhicules inspectés par M. C pour lesquels des manquements avaient été constatés par le tribunal correctionnel, ces dix véhicules ayant fait l'objet d'expertises judiciaires ayant conclu qu'ils avaient été mal réparés et présentaient un grave danger pour les usagers de la route. Les services de la DSR ont alors engagé une procédure disciplinaire à son encontre et, suivant un avis rendu le 29 novembre 2019 par la commission nationale des experts en automobile (CNEA), la ministre chargée des transports a, par une décision du 10 février 2020, prononcé la radiation de M. C la liste nationale des experts en automobile avec interdiction de solliciter, pour quelque qualification que ce soit, une nouvelle inscription pendant cinq ans, au motif que les manquements constatés sur les dix dossiers examinés avaient révélé qu'il avait gravement mis en danger la vie des usagers de la route, compte tenu de l'absence de conservation des documents obligatoires mentionnés à l'annexe 3 de l'arrêté du 29 avril 2009, de l'absence de vérification des points de soudure sur deux véhicules inspectés et de la validation de l'utilisation d'airbags de réemploi. Par un arrêt du 11 août 2021, la cour d'appel d'Amiens, sur appel de M. C, a toutefois infirmé le jugement du tribunal correctionnel de Senlis et a relaxé l'intéressé des faits qui lui étaient reprochés. Par un jugement en date du 26 novembre 2021 devenu définitif, le tribunal administratif, saisi par M. C, a annulé la sanction du 10 février 2020 et a enjoint à l'administration de réexaminer la situation de l'expert. Par une décision du 31 janvier 2022, le délégué interministériel à la sécurité routière a procédé à la réinscription de M. C sur la liste nationale des experts en automobile mais a refusé de faire droit à sa demande relative à l'octroi de la qualification pour le contrôle des véhicules endommagés au titre de l'année 2022, faute d'avoir suivi la formation annuelle obligatoire prévue aux articles R. 326-11 et R. 326-12 du code de la route. Par un courrier du 10 octobre 2021, M. C a demandé la réparation de ses préjudices propres et, par un courrier du 11 juin 2022, la réparation des préjudices subis par les sociétés dont il est le gérant, résultant de la décision du 10 février 2020 annulée. Ses demandes ayant été implicitement rejetées, M. C, l'EIRL C, et les SARL Paris France expertises et Paris Sud Expertises demandent au tribunal de condamner l'Etat à les indemniser des préjudices qu'ils estiment avoir subis du fait de la décision du 10 février 2020 annulée.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires :

2. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

3. D'autre part, il résulte du principe de sécurité juridique que le destinataire d'une décision administrative individuelle qui a reçu notification de cette décision ou en a eu connaissance dans des conditions telles que le délai de recours contentieux ne lui est pas opposable doit, s'il entend obtenir l'annulation ou la réformation de cette décision, saisir le juge dans un délai raisonnable, qui ne saurait, en règle générale et sauf circonstances particulières, excéder un an. Toutefois, cette règle ne trouve pas à s'appliquer aux recours tendant à la mise en jeu de la responsabilité d'une personne publique qui, s'ils doivent être précédés d'une réclamation auprès de l'administration, ne tendent pas à l'annulation ou à la réformation de la décision rejetant tout ou partie de cette réclamation mais à la condamnation de la personne publique à réparer les préjudices qui lui sont imputés.

4. En l'espèce, M. C établit avoir adressé le 10 octobre 2021 à la ministre de la transition écologique et solidaire, chargée des transports, un recours tendant à obtenir la réparation par l'Etat de ses préjudices propres nés de sanction du 10 février 2020 annulée, dont il n'a pas été accusé réception et auquel il n'a pas été répondu. Les voies et délais de recours n'ayant pas été notifiés au requérant, aucun délai de forclusion ne peut être opposé à sa demande, enregistrée le 10 octobre 2022. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et tirée de la tardiveté des conclusions présentés par M. C en son nom propre ne peut être accueillie.

Sur la responsabilité :

5. En principe, toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain. Saisi d'une demande indemnitaire, il appartient au juge administratif d'accorder réparation des préjudices de toute nature, directs et certains, qui résultent de cette illégalité fautive.

6. Par son jugement du 26 novembre 2021 devenu définitif, le tribunal administratif a annulé pour excès de pouvoir la sanction de radiation de la liste nationale des experts en automobile avec interdiction de solliciter, pour quelque qualification que ce soit, une nouvelle inscription pendant cinq ans, prise le 10 février 2020 à l'encontre de M. C et a enjoint à l'administration de réexaminer sa situation. Cette sanction illégale a constitué une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

7. Pour prononcer cette annulation, le tribunal a retenu que la sanction était entachée d'un vice de procédure à raison d'un doute légitime quant à l'impartialité de trois des quatre experts judiciaires désignés, ce qui avait privé M. C d'une garantie dans le cadre de la procédure disciplinaire ouverte à son encontre, qu'elle était entachée d'inexactitude matérielle s'agissant des manquements imputés à M. C tirés de l'absence de conservation des documents règlementairement obligatoires mentionnés à l'annexe 3 de l'arrêté du 29 avril 2009 et du grief tenant à l'absence de vérification des points de soudure sur les véhicules inspectés, qui s'appuyait sur des expertises des trois experts judiciaires pour lesquels il existait un doute légitime sur leur impartialité, qu'elle était disproportionnée au regard de la validation fautive par l'expert de l'utilisation d'airbags de réemploi.

8. Le ministre soutient que le grief tenant à la validation de l'utilisation d'airbags de réemploi, qui a fait l'objet d'une expertise judiciaire de M. B, au sujet duquel le jugement a relevé que les pièces versées au dossier ne mettaient pas en doute son impartialité à l'égard de M. C, était susceptible de fonder une sanction d'interdiction d'exercice de la profession pour une durée de deux ans en application de l'article R. 326-14 du code de la route, qui aurait eu les mêmes conséquences pour l'activité professionnelle de l'intéressé, aurait pu être légalement prise, d'autant qu'il avait fait l'objet d'une précédente sanction d'interdiction d'exercice de son activité professionnelle pendant une durée de six mois par une décision du 6 septembre 2017 dont la légalité a été confirmée par la cour administrative d'appel de Paris. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction, et il n'est pas allégué, qu'une nouvelle sanction aurait été infligée à M. C ou même qu'une nouvelle procédure disciplinaire aurait été engagée à son encontre pour le seul grief tenant à la validation de l'utilisation d'airbags de réemploi, et le ministre ne peut ainsi utilement soutenir qu'il aurait pu prendre une autre sanction à raison de ces faits. Par suite, la sanction illégale prise à l'encontre de M. C est de nature à entraîner l'engagement de la responsabilité de l'Etat.

Sur la réparation des préjudices subis par la SARL Energie France Expertises :

9. Si les requérants sollicitent l'indemnisation des préjudices financiers subis par la SARL Energie France Expertises, il résulte de l'instruction, et notamment de l'extrait d'immatriculation au registre du commerce et des sociétés à jour au 30 août 2022, que l'activité principale de la société consiste, depuis 2017, en l'" expertise des matériels à moteur thermique hybrides et toute forme d'énergie, analyse, étude scientifique, installations thermiques de génie climatique, évaluations des risques et dommages, analyse, études et tests ". Contrairement à ce que soutiennent les requérants, il ne résulte pas ainsi de l'instruction que cette société n'aurait diversifié son activité qu'à compter du 21 septembre 2020, en raison de la décision du 10 février 2020 et jusqu'à la réinscription de M. C sur la liste nationale des experts en automobile. Dans ces conditions, le préjudice financier allégué tiré de la perte de chiffre d'affaires ne présente aucun lien de causalité direct et certain avec la sanction du 10 février annulée. Par suite, la demande présentée à ce titre doit être rejetée.

Sur la réparation des préjudices subis par l'EIRL C :

En ce qui concerne les pertes financières invoqués du fait de l'impossibilité de pouvoir effectuer des expertises :

S'agissant de la période du 1er février 2020 au 31 janvier 2022 :

10. Il résulte de l'instruction que les résultats d'exploitation de l'EIRL C ont été déficitaires de 3 316 euros en 2020, année de la crise sanitaire, mais que le déficit s'élevait déjà à 4 699 euros en 2019 et que les résultats n'ont été excédentaires que de 841 euros en 2021. Eu égard aux fluctuations des résultats d'exploitation, les pertes de chiffres d'affaires invoquées sur la période du 10 février 2020 au 31 janvier 2022 ne sauraient être regardés, en tout état de cause, comme présentant un lien de causalité direct et certain avec la sanction du 10 février 2020.

S'agissant de la période à compter du 1er février 2022 :

11. En l'espèce, il résulte de l'instruction que, par une décision du 31 janvier 2022, le délégué interministériel à la sécurité routière a procédé à la réinscription de M. C sur la liste nationale des experts en automobile, mais a refusé de faire droit à la demande d'octroi de la qualification pour le contrôle des véhicules endommagés au titre de l'année 2022, faute pour l'expert d'avoir suivi une formation annuelle en 2021. Par un jugement du 4 avril 2024, devenu définitif, le tribunal a jugé que, contrairement à ce que soutenait M. C, la disparition rétroactive de la décision de radiation du 10 février 2020 en conséquence de son annulation prononcée par le tribunal n'imposait pas le rétablissement de sa qualification pour le contrôle des véhicules endommagés dès lors que cette condition devait de nouveau être appréciée, dans le cadre du réexamen de sa demande, au regard des circonstances de droit et de fait existant à la date à laquelle l'autorité administrative devait se prononcer. Dans ces conditions, les préjudices invoqués tirés, pour l'EIRL C, de la perte de chiffres d'affaires à compter du 1er février 2022, ne présentent en tout état de cause aucun lien de causalité direct et certain avec l'illégalité de la décision du 10 février 2020 annulée.

En ce qui concerne le préjudice financier tiré de l'absence de paiement des loyers par la SARL Paris Sud Expertises :

12. Il résulte de l'instruction que ce préjudice résulte du comportement de la SARL Paris Sud Expertises à qui l'EIRL C a consenti l'occupation d'un logement. L'absence d'acquittement de loyers tient ainsi aux relations contractuelles entre les deux structures, ainsi que l'oppose le ministre en défense, et ne présent pas de lien de causalité suffisamment direct et certain avec l'illégalité de la sanction. Par suite, la demande présentée à ce titre doit être rejetée.

Sur les préjudices subis par la SARL Paris Sud Expertises :

En ce qui concerne les pertes financières invoqués du fait de l'impossibilité du requérant de pouvoir effectuer des expertises sur la période du 1er février 2020 au 31 janvier 2022 :

13. En l'espèce, il résulte de l'instruction que les résultats d'exploitation de la SARL Paris Sud Expertises ont été déficitaires de 5 808 euros en 2020, puis de 3 570 euros en 2021, mais le déficit s'élevait déjà, sur la période précédant la décision du 10 février 2020 annulée à 3 750 euros en 2018, et à 11 959 euros en 2019. Dans ces conditions, eu égard aux fluctuations des résultats d'exploitation, l'illégalité de la décision du 10 février 2020 annulée ne présente en tout état de cause aucun lien de causalité direct et certain avec les pertes de chiffres d'affaires invoqués sur la période du 10 février 2020 au 31 janvier 2022.

En ce qui concerne les pertes financières invoqués du fait de l'impossibilité du requérant de pouvoir effectuer des expertises sur la période à compter du 1er février 2022 :

14. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 13, les préjudices invoqués tirés, pour SARL Paris Sud Expertises, de la perte de chiffres d'affaires à compter du 1er février 2022, ne présentent en tout état de cause aucun lien de causalité direct et certain avec l'illégalité de la décision du 10 février 2020 annulée. Dès lors, la demande présentée à ce titre doit être rejetée.

Sur les préjudices propres de M. C :

En ce qui concerne les pertes de revenus :

S'agissant des pertes de revenus du 1er février 2020 au 31 janvier 2022 :

15. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, d'une part, M. C a pu se faire verser par la SARL Paris Sud Expertises un salaire annuel de 91 195 euros en 2015, mais qu'il n'a pu se faire verser par cette société qu'un salaire annuel de 222 euros en 2016, et qu'aucun salaire ne lui a été versé par celle-ci au titre des exercices 2017 à 2021. Dans ces conditions, compte tenu des perspectives de rémunération qui étaient les siennes dès 2016 en qualité de gérant, M. C ne saurait avoir droit, en cette qualité, à la réparation de pertes de revenus qu'il allègue, le lien entre le préjudice invoqué et l'illégalité fautive de la décision du 10 février 2020 étant trop incertain. Par suite, ce préjudice n'est pas réparable.

S'agissant des pertes de revenus à compter du 1er février 2022 :

16. Compte tenu des éléments indiqués au point 13, l'illégalité de la décision du 10 février 2020 annulée ne présente en tout état de cause aucun lien de causalité direct et certain avec les préjudices invoqués tirés, pour M. C, de la perte de revenus en qualité de gérant de la SARL Energie France Expertises intervenue à compter du 1er février 2022.

En ce qui concerne le préjudice financier qu'allègue M. C lié au règlement, en qualité de caution solidaire, de l'emprunt contracté en 2014 par la SARL Paris Sud Expertises :

17. Il résulte de l'instruction que les dettes de la SARL Paris Sud Expertises se sont élevées à 242 802 euros en 2021, mais qu'elles s'élevaient déjà à 254 030 euros en 2017, 246 683 euros en 2018, 239 692 euros en 2019. Dans ces conditions, compte tenu, ainsi que le souligne à bon escient le défendeur, de l'antériorité des difficultés financières de cette société, l'illégalité de la décision du 10 février 2020 annulée ne présente en tout état de cause aucun lien de causalité direct et certain avec le présent préjudice est trop incertain. Par suite, il n'est pas réparable.

En ce qui concerne les frais de représentation de M. C au pénal :

18. M. C n'a pas droit à l'indemnisation des frais d'avocats qu'il a supportés pour sa représentation devant la chambre correctionnelle de la cour d'appel d'Amiens à hauteur de 24 000 euros, dès lors que ces derniers n'ont pas été engagés à raison de la sanction du 10 février 2020 annulée et qu'ils ne présentent donc pas de lien direct avec celle-ci.

En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux de M. C :

19. M. C a droit à réparation des troubles dans les conditions de l'existence, constitués en particulier par les perturbations des conditions d'existence du requérant et de ses proches, ainsi que de son préjudice moral, constitué en particulier par l'atteinte à sa réputation, et ce, sur la période du 10 février 2020 au 31 janvier 2022. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation de ces préjudices en les évaluant globalement à une somme de 20 000 euros.

Sur les frais du litige :

20. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. C d'une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. C la somme de 20 000 euros.

Article 2 : L'Etat versera à M. A E une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. C et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Delesalle, président,

- M. Cicmen, premier conseiller,

- M. Doan, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

Le rapporteur,

D. Cicmen

Le président,

H. DelesalleLa greffière,

A. Cardon

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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