mardi 26 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2221606 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | GENON-CATALOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 octobre 2022, Mme C A, représentée par Me Gerard, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de police a octroyé le concours de la force publique pour procéder à son expulsion du logement situé 8 rue Stanislas Meunier, dans le 20ème arrondissement de Paris ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative, qui sera le cas échéant allouée à son avocate en vertu du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, si elle est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle n'a pas été précédée de la saisine préalable du préfet par l'huissier de justice et ce en méconnaissance des dispositions de l'article L. 412-5 du code des procédures civiles d'exécution ;
- elle est entachée d'un vice de procédure faute de saisine de la CCAPEX ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2024, le préfet de police conclut à titre principal au non-lieu à statuer et à titre subsidiaire au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense du 14 décembre 2022, un mémoire du 23 janvier 2024 qui n'a pas été communiqué, et un mémoire du 29 février 2024, la régie immobilière de la ville de Paris représentée par Me Genon-Catalot, conclut au non-lieu à statuer et à titre subsidiaire au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une décision du 15 décembre 2022, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu :
- l'ordonnance du 27 octobre 2022 n° 2221642 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure civile ;
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Renvoise ;
- les conclusions de Mme Beugelmans-Lagane, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Gerard pour Mme A, de Me Parent substituant Me Genon-Catalot pour la régie immobilière de la ville de Paris et de Mme E pour le préfet de police.
Mme A a produit une note en délibéré le 13 mars 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A occupait un logement situé 8 rue Stanislas Meunier, dans le 20ème arrondissement de Paris. Par jugement du 19 décembre 2007, dont la prescription n'est pas utilement discutée par les parties, le tribunal d'instance du 20ème arrondissement de Paris a ordonné l'expulsion de l'intéressée, ainsi que de tous occupants du logement. Un commandement de quitter les lieux lui a été signifiée le 14 décembre 2018. Par une décision du 14 juin 2022, le préfet de police a octroyé le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de Mme A. Par la présente requête, Mme A doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision du 14 juin 2022.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Mme A a obtenu l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 décembre 2022. Par suite, ses conclusions tendant à ce que l'aide juridictionnelle provisoire lui soit accordée sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur l'exception de non-lieu à statuer soulevée par le préfet de police en défense :
3. Dans son mémoire en défense, le préfet fait valoir que le bailleur, la RIVP avait elle-même clôturé sa demande de concours de la force publique pour en déduire que l'action de Mme A serait devenue sans objet. Toutefois, d'une part, il ne résulte pas de l'instruction que la RIVP aurait retiré sa demande de concours. D'autre part, et au demeurant la circonstance que la RIVP aurait clôturé sa demande n'a eu ni pour objet ni pour effet le retrait de la décision préfectorale attaquée, en l'absence de toute acte positif du préfet de police en ce sens. Enfin, lors de l'audience, le conseil de Mme A a souligné l'intérêt que conservait la présente requête et expressément maintenu sa demande. Dès lors, le présent litige n'est pas dépourvu d'objet et l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense par le préfet de police doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements : " Le préfet de région dans la région, le préfet de département dans le département, est dépositaire de l'autorité de l'Etat () ". Aux termes de l'article 11 du même décret : " Le préfet de département a la charge de l'ordre public et de la sécurité des populations () ". Toutefois, l'article 70 de ce décret dispose : " Le préfet de Paris et le préfet de police sont, pour leurs attributions respectives, les représentants de l'Etat pour la ville de Paris ". A cet égard, aux termes de l'article 71 du même décret : " Sous réserve des compétences du préfet de Paris, le préfet de police en sa qualité de représentant de l'Etat dans le département de Paris exerce les attributions définies aux articles 1er, 9, 10 et 11-1 et les dispositions des articles 55, 57, 58 et 59 s'appliquent à ses relations avec les administrations civiles de l'Etat et les collectivités territoriales ". Enfin, aux termes de l'article 72 du décret : " Dans le département de Paris, le préfet de police a la charge de l'ordre public et, dans la limite des matières relevant de ses attributions, de la sécurité des populations () ".
5. D'une part, il résulte des dispositions précitées que le préfet de police a seul la charge de l'ordre public dans le département de Paris. Ainsi, il est seul compétent pour accorder le concours de la force publique dans ce département. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet de Paris n'avait pas compétence pour accorder le concours de la force publique en vue de son expulsion.
6. D'autre part, la décision attaquée a été signée par Mme B D, adjointe à la cheffe de service du cabinet du préfet de police, titulaire en vertu d'un arrêté n°2022-00040 du 13 janvier 2022 régulièrement publié, d'une délégation du préfet de police à l'effet de signer les décisions relatives aux autorisations de concours de la force publique en matière d'expulsions locatives. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.
7.
En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. (). " L'article L. 153-2 du même code dispose que : " L'huissier de justice chargé de l'exécution peut requérir le concours de la force publique. " Aux termes de l'article R. 153-1 du même code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet. / La réquisition contient une copie du dispositif du titre exécutoire. Elle est accompagnée d'un exposé des diligences auxquelles l'huissier de justice a procédé et des difficultés d'exécution. () ".
8. Il ressort des pièces du dossier que l'huissier de justice a saisi le préfet de police en vue d'obtenir le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de Mme A, le
18 décembre 2017 et que cette saisine était accompagnée d'une copie du commandement de quitter les lieux adressé le 14 décembre 2017 à la requérante. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 4 manque en fait et sera, dès lors, écarté.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code des procédures civiles d'exécution : " Dès le commandement d'avoir à libérer les locaux, l'huissier de justice chargé de l'exécution de la mesure d'expulsion en saisit le représentant de l'Etat dans le département afin que celui-ci en informe la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives prévue à l'article 7-2 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement (). A défaut de saisine du représentant de l'Etat dans le département par l'huissier, le délai avant l'expiration duquel l'expulsion ne peut avoir lieu est suspendu ".
10. La requérante ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions à l'appui du moyen tiré du vice de procédure affectant la régularité de la décision d'octroi du concours de la force publique. Dès lors, le moyen doit être écarté.
11. En dernier lieu, toute décision de justice ayant force exécutoire peut donner lieu à une exécution forcée, la force publique devant, si elle est requise, prêter main forte à cette exécution. Toutefois, des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public ou à la survenance de circonstances postérieures à la décision judiciaire d'expulsion telles que l'exécution de celle-ci serait susceptible d'attenter à la dignité de la personne humaine, peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique. En cas d'octroi de la force publique, il appartient au juge de rechercher si l'appréciation à laquelle s'est livrée l'administration sur la nature et l'ampleur des troubles à l'ordre public susceptibles d'être engendrés par sa décision ou sur les conséquences de l'expulsion des occupants, compte tenu de la survenance de circonstances postérieures à la décision de justice l'ayant ordonné, n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
12. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante se trouvait dans une situation de précarité telle que son expulsion devait être considérée par le préfet comme de nature à porter atteinte à l'ordre public. Dans ces conditions, l'expulsion de Mme A du logement qu'elle a occupé irrégulièrement n'a pas été susceptible d'attenter à sa dignité. Par suite, le préfet de police n'a pas fait une appréciation manifestement erronée de la situation de Mme A en accordant le concours de la force publique en vue de procéder à son expulsion.
13. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du préfet de police du 14 juin 2022 accordant le concours de la force publique en vue de son expulsion du logement qu'elle occupait irrégulièrement.
14. Dès lors la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions y compris celles tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur les frais d'instance :
15. Il n'y pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A la somme demandée par la régie immobilière de la ville de Paris sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'admission de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.
Article 3 : Les conclusions présentées par la régie immobilière de la ville de Paris au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à la régie immobilière de la ville de Paris et à Me Gérard.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Gracia, président,
- Mme Merino, première conseillère,
- Mme Renvoise, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.
La rapporteure,
T. RENVOISE
Le président,
J-Ch. GRACIA
La greffière,
C. YAHIAOUI
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2535565
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour et ordonnant son éloignement. Le tribunal a jugé que le préfet avait légalement appliqué l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en fondant son refus sur la condamnation de l'intéressée pour des faits relevant des articles 222-34 à 222-40 du code pénal. Il a également estimé que les circonstances invoquées (emploi stable, sursis) étaient sans incidence sur la légalité de la décision et n'ont pas constaté de méconnaissance de l'article 8 de la CEDH.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2534617
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant le renouvellement du titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'une ressortissante brésilienne. La juridiction a retenu que le préfet avait méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne procédant pas à une appréciation individuelle et concrète de la situation de l'intéressée, notamment au regard de son état de santé et de son droit au respect de la vie privée et familiale (article 8 de la CEDH). Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour dans un délai de deux mois.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2411323
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours pour excès de pouvoir contre le refus du préfet de police de délivrer un titre de séjour à un ressortissant algérien. Le tribunal a annulé la décision attaquée, considérant que l'administration n'avait pas procédé à l'examen de la situation personnelle du requérant au regard de son pouvoir discrétionnaire de régularisation exceptionnelle. Cette solution s'appuie sur l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, qui régit le séjour des ressortissants algériens sans interdire une telle régularisation.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2428408
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant le renouvellement d'une carte de séjour "talent" à une artiste-interprète. La juridiction a relevé d'office que le refus, fondé sur un seuil de ressources fixé par un arrêté ministériel (annexe 10 du CESEDA), était entaché d'incompétence, car ce seuil relève d'un décret en Conseil d'État selon l'article L. 421-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a enjoint au préfet de reconsidérer la demande dans un délai de quatre mois.
26/03/2026