vendredi 18 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2221675 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | ARHEIX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 octobre 2022, Mme D H, Mme G H épouse J, Mme A H épouse I, Mme E H épouse B, Mme C H épouse L, Mme F H épouse J et M. K H, représentés par Me Arheix, demandent au tribunal :
1°) de condamner in solidum l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) et l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à verser à Mme D H la somme de 684 988,35 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis à la suite de l'opération effectuée le 14 décembre 2018 à l'hôpital européen Georges Pompidou ;
2°) de réserver le droit à indemnisation de Mme D H et de sursoir à statuer sur les postes de préjudices relatifs aux dépenses de santé actuelles et futures et aux frais d'aménagement du logement ;
3°) de condamner in solidum l'AP-HP et l'ONIAM à verser la somme de 83 797,36 euros à Mme G H épouse J, la somme de 15 000 euros à Mme A H épouse I, la somme de 15 000 euros à Mme E H épouse B, la somme de 15 000 euros à Mme C H épouse L, la somme de 15 000 euros à Mme F H épouse J et la somme de 15 000 euros à M. K H en réparation de leur préjudice propre ;
4°) de mettre à la charge solidaire de l'AP-HP et de l'ONIAM les entiers dépens de l'instance et la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- les conditions d'engagement de la solidarité nationale sont réunies, dès lors que Mme D H est atteinte d'un déficit fonctionnel permanent de 45% imputable à une infection nosocomiale ;
- l'AP-HP a commis une faute lors de la prise en charge de Mme D H au cours et au décours de l'opération réalisée le 14 décembre 2018 à l'hôpital européen Georges Pompidou en raison de la non-conformité de l'administration de l'antibioprophylaxie lors de la chirurgie et du retard de prise en charge de l'hémato-rachis constitué après le second lavage du site opératoire ;
- l'intégralité des préjudices qu'ils ont subis doit être réparée et prise en charge à hauteur de 25% par l'ONIAM et de 75% par l'AP-HP ;
- Mme D H est fondée à demander les sommes suivantes en réparation de ses préjudices : 35 234,58 euros au titre de ses préjudices patrimoniaux temporaires, en réservant le poste des dépenses de santé actuelles ; 529 899,27 euros au titre de ses préjudices patrimoniaux permanents, en réservant le poste des dépenses de santé futures ainsi que le poste d'adaptation du logement ; 29 829,50 euros au titre des préjudices extra-patrimoniaux temporaires ; 90 025 euros au titre des préjudices extra-patrimoniaux permanents ;
- Mme G H épouse J est fondée à demander les sommes suivantes en réparation de ses préjudices : 68 797,36 euros au titre des frais de transport et des frais d'adaptation de son véhicule ; 15 000 euros au titre des troubles dans ses conditions d'existence ;
- Mme A H épouse I, Mme E H épouse B, Mme C H épouse L, Mme F H épouse J et M. K H sont fondés à demander réparation à hauteur de 15 000 euros chacun au titre des troubles dans leurs conditions d'existence.
Par deux mémoires, enregistrés les 26 janvier et 15 mai 2024, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Paris, représentée par Me Dontot, demande au tribunal :
1°) de condamner l'AP-HP à lui rembourser la somme de 51 222,02 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de la première demande, pour les prestations servies antérieurement à celle-ci, et à partir de leur règlement pour les débours effectués postérieurement, et de leur capitalisation ;
2°) de condamner l'AP-HP à lui verser la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;
3°) de mettre à la charge de l'AP-HP les dépens de l'instance et la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.
Elle soutient que :
- Mme D H a subi des dommages engageant la responsabilité de l'AP-HP à hauteur de 75% ;
- la CPAM a versé des prestations en lien avec ces dommages à hauteur de 68 296,02 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mars 2024, l'ONIAM, représenté par Me Welsch, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de limiter sa prise en charge des préjudices subis par les consorts H à une part qui ne peut être supérieure à 25% ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner l'AP-HP à le garantir pour une part fixée à au moins 75% des sommes mises à sa charge en réparation des préjudices subis par les consorts H, tant en principal qu'en frais et intérêts, et de la condamner à procéder au remboursement desdites sommes ;
3°) à titre très subsidiaire, de réduire à de plus justes proportions l'indemnisation allouée à Mme D H et de rejeter l'indemnisation sollicitée par les consorts H au titre des préjudices des victimes indirectes ;
4°) en tout état de cause, de rejeter la demande des requérants présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- il n'est susceptible de prendre en charge l'indemnisation de préjudices subis par les victimes d'accidents médicaux que sous réserve que les conditions du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique soient réunies ;
- il n'a pas la qualité de co-auteur, ni de co-responsable des dommages ;
- aucune condamnation solidaire avec l'AP-HP ne saurait être prononcée à son encontre ;
- l'AP-HP engage sa responsabilité au titre du manquement dans la prise en charge de l'infection du site opératoire présentée par Mme D H à l'origine d'une perte de chance de 75% d'éviter le dommage et, ainsi, la part de l'indemnisation mise à sa charge ne peut être supérieure à 25% ;
- si le tribunal ne fait pas droit aux demandes des consorts H à l'encontre de l'AP-HP, il sera fait droit au recours récursoire formé sur le fondement de l'article L. 1142-21 du code de la santé publique ;
- l'utilisation du référentiel qu'il a établi pour l'indemnisation des consorts H est justifiée dans le cadre d'un régime de solidarité nationale ;
- il appartient aux consorts H de justifier des aides qui ont été versées à Mme D H ou qu'elle est à même de percevoir ;
- les sommes demandées par Mme D H au titre de l'indemnisation de son préjudice n'excéderont pas les sommes suivantes en ce qui concerne la part mise à sa charge : 739,80 euros pour le déficit fonctionnel temporaire, 1 875 euros pour les souffrances endurées, 500 euros pour le préjudice esthétique temporaire, 5 500 euros pour le déficit fonctionnel permanent, 1 000 euros pour le préjudice esthétique permanent, 1 000 euros pour le préjudice d'agrément, la demande sera rejetée pour le préjudice sexuel ;
- l'indemnisation mise à sa charge n'excèdera pas 25% des préjudices reconnus en ce qui concerne les dépenses de santé actuelles et futures ainsi que les frais d'adaptation du logement, la demande sera rejetée pour les frais d'assistance du médecin-conseil dès lors que Mme H n'établit pas n'avoir perçu aucune aide de la part de son assurance au titre d'une assistance à expertise, ou, à titre subsidiaire, l'indemnisation sera limitée à 175 euros ;
- la demande sera rejetée pour l'assistance par tierce personne dès lors que Mme D H ne justifie pas des prestations servies ou de leur absence, ou, à titre subsidiaire, l'indemnisation sera fixée, pour l'assistance à titre temporaire, à 2 107,45 euros et, pour l'assistance à titre permanent, à 8 011,64 euros pour les arrérages échus et à 21 611,46 euros pour les arrérages à échoir ;
- la demande présentée par les victimes indirectes au titre de l'indemnisation du trouble dans leurs conditions d'existence sera rejetée, ou, à titre subsidiaire, réduite à la somme globale 3 000 euros ;
- les demandes présentées par Mme G H au titre des frais de déplacement et des frais de véhicule adapté seront rejetées ;
- la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sera rejetée dès lors que les consorts H ont choisi de quitter la procédure amiable qu'ils avaient initiée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2024, l'AP-HP demande au tribunal de :
1°) ramener les demandes indemnitaires des consorts H à de plus justes proportions ;
2°) réduire la demande formulée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) rejeter les demandes formulées par la CPAM " des Yvelines ".
Elle fait valoir que :
- la responsabilité de l'AP-HP est engagée à hauteur de la part de 75% retenue par les experts, puis par la Commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux d'Île-de-France (CCI) ;
- il est demandé au tribunal de faire application du barème de l'ONIAM dans le cadre de l'évaluation des préjudices des consorts H ;
- l'indemnisation des préjudices de Mme D H sera évaluée, pour la part mise à sa charge, à 525 euros pour les frais de médecin-conseil, rejetée en ce qui concerne les frais d'assistance par une tierce personne, faute pour Mme D H de justifier des prestations servies à ce titre, ou, à titre subsidiaire, limitée à 7 416 euros, évaluée à 2 218,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, à 5 400 euros au titre des souffrances endurées, rejetée en ce qui concerne les dépenses de santé futures, limitée à une rente annuelle de 7 146 euros pour l'assistance par tierce personne permanente, rejetée en ce qui concerne les frais de logement adapté, limitée à 48 768 euros pour le déficit fonctionnel permanent, évaluée à 3 750 euros pour le préjudice esthétique permanent, rejetée en ce qui concerne le préjudice sexuel, évaluée à 3 750 euros en ce qui concerne le préjudice d'agrément ;
- l'indemnisation de Mme G H au titre des frais d'aménagement de son véhicule sera limitée à 1 578 euros pour la part mise sa charge et sa demande concernant les frais de déplacement sera rejetée ;
- les demandes des enfants de Mme D H au titre des troubles dans leurs conditions d'existence seront rejetées, ou, à titre subsidiaire, limitées à 1 500 euros par enfant au titre de la part mise à sa charge ;
- la demande présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sera ramenée à de plus justes proportions ;
- les demandes formulées par la CPAM des Yvelines seront rejetées.
Par une lettre du 19 septembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires présentées par Mme A H épouse I, Mme E H épouse B, Mme C H épouse L, Mme F H épouse J et M. K H pour défaut de liaison du contentieux, en l'absence de réclamation préalable adressée à l'ONIAM et à l'AP-HP.
Un mémoire, présenté par les consorts H, a été enregistré le 20 septembre 2024 en réponse à ce moyen relevé d'office.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique,
- le code de la sécurité sociale,
- l'arrêté du 27 décembre 2011 relatif à l'application des articles R. 376-1 et R. 454-1 du code de la sécurité sociale,
- l'arrêté du 4 décembre 2020 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2021,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Berland,
- les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public,
- et les observations de Me Arheix, représentant les consorts H.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D H, alors âgée de soixante-treize ans, souffrant d'un canal lombaire étroit, a été opérée le 14 décembre 2018 à l'hôpital européen Georges Pompidou, qui relève de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), pour la réalisation d'un recalibrage lombaire et d'une arthrodèse. Postérieurement à l'intervention, une infection profonde du site opératoire a été diagnostiquée, laquelle a nécessité trois reprises successives pour lavage. A la suite du deuxième lavage, intervenu le 10 janvier 2019, un hématome compressif de la cavité opératoire s'est installé. Cet hématome, évacué le 17 janvier 2019, a provoqué chez Mme D H des troubles moteurs séquellaires modérés des deux membres inférieurs, sans troubles sensitifs, avec difficulté à la marche mais maintien d'une autonomie pour les transferts.
2. Estimant avoir subi des défaillances dans sa prise en charge, Mme D H a saisi, le 21 avril 2021, la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux d'Île-de-France (CCI), qui a diligenté une expertise, confiée à un réanimateur-infectiologue et à un neurochirurgien, et émis un avis le 14 avril 2022. Mme D H et Mme G H épouse J ont adressé à l'AP-HP et à l'ONIAM une demande indemnitaire préalable le 17 octobre 2022. D'une part, les consorts H ont refusé l'offre d'indemnisation formulée par l'AP-HP le 17 novembre 2023. D'autre part, leur demande indemnitaire a été implicitement rejetée par l'ONIAM. Les consorts H demandent au tribunal de condamner solidairement l'AP-HP et l'ONIAM à verser à Mme D H la somme de 684 988,35 euros, à Mme G H épouse J la somme de 83 797,36 euros et à Mme A H épouse I, Mme E H épouse B, Mme C H épouse L, Mme F H épouse J et M. K H la somme de 15 000 euros chacun en réparation de leurs préjudices.
Sur la recevabilité :
3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ".
4. La décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur, quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question. Par suite, la victime est recevable à demander au juge administratif, dans les deux mois suivant la notification de la décision ayant rejeté sa réclamation, la condamnation de l'administration à l'indemniser de tout dommage ayant résulté de ce fait générateur, y compris en invoquant des chefs de préjudice qui n'étaient pas mentionnés dans sa réclamation.
5. Il résulte de l'instruction que, par deux courriers du 17 octobre 2022, Mme D H et Mme G H ont saisi l'AP-HP, d'une part, et l'ONIAM, d'autre part, d'une demande indemnitaire préalable, que cette demande a été implicitement rejetée par l'ONIAM et que l'AP-HP leur a adressé une offre d'indemnisation qui a été refusée, liant ainsi le contentieux à leur égard. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que Mme A H épouse I, Mme E H épouse B, Mme C H épouse L, Mme F H épouse J et M. K H auraient saisi l'AP-HP, d'une part, et l'ONIAM, d'autre part, d'une demande indemnitaire préalable en réparation de leurs préjudices propres. Par suite, leur demande indemnitaire est irrecevable et ne peut qu'être rejetée.
Sur l'engagement de la solidarité nationale :
6. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise des docteurs Nitenberg et Tadié, que le dommage subi par Mme D H consiste en la survenue de troubles moteurs séquellaires modérés des deux membres inférieurs sans troubles sensitifs, avec difficulté à la marche mais maintien d'une autonomie pour les transferts, conséquence d'une infection profonde du site opératoire et de l'aggravation du statut neurologique en lien avec l'évacuation d'un hématorrhachis infecté.
7. Aux termes de l'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : / 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé par référence au barème mentionné au II du même article, ainsi que les décès provoqués par ces infections nosocomiales (). ".
8. Il résulte de ces dispositions que l'ONIAM est tenu d'assurer la réparation au titre de la solidarité nationale des dommages résultant des infections nosocomiales, qu'elles soient exogènes ou endogènes, à la seule condition qu'elles aient entraîné un taux d'incapacité permanente supérieur à 25% ou le décès du patient. Doit être regardée comme présentant un caractère nosocomial, au sens de ces dispositions, une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.
9. D'une part, il résulte de l'expertise demandée par la CCI que l'intervention du 14 décembre 2018 s'est compliquée d'une infection profonde du site opératoire, diagnostiquée le 31 décembre 2018 par la réalisation d'un scanner du site opératoire faisant évoquer une atteinte infectieuse, confirmée le 4 janvier 2019 par la réalisation de prélèvements positifs à Providencia stuartii sauvage et S. anginosus et Peptostreptococcus, et le 10 janvier à P. mirabilis. Cette infection a nécessité trois réinterventions successives de lavage du site opératoire, les 4 janvier, 10 janvier et 17 janvier 2019. Les experts ont indiqué que cette infection était directement associée à la chirurgie du 14 décembre 2018. Cette infection, qui n'était ni présente ni en incubation lors de l'admission de Mme D H, doit dès lors être regardée comme trouvant sa cause dans sa prise en charge médicale et présente ainsi le caractère d'une infection nosocomiale.
10. D'autre part, il résulte de l'instruction que les experts ont fixé le taux de déficit fonctionnel permanent de Mme D H à 60%, dont 15% sont imputables à son état antérieur, et 45% sont directement et certainement imputables à l'infection nosocomiale dont elle a souffert. Ce taux d'atteinte permanente à son intégrité physique ou psychique est supérieur à celui ouvrant droit à réparation au titre de la solidarité nationale, en application des dispositions précitées de l'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique. Par conséquent, il y a lieu d'engager la responsabilité de l'ONIAM au titre de cette infection nosocomiale sur le fondement de l'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique.
11. Il résulte en outre de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise, que dans les suites de l'infection nosocomiale qu'elle a subie, Mme D H a souffert d'un hématome de la cavité opératoire, conséquence du lavage effectué le 10 janvier 2019. Par la compression rachidienne qu'il a provoquée, cet hématome est à l'origine du dommage neurologique survenu. Toutefois, il résulte de l'instruction que cet accident médical non fautif résulte de l'infection nosocomiale, qui a rendu nécessaire le lavage du 10 janvier 2019. Par suite, les préjudices imputables à cet hématome ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale, dès lors qu'ils doivent être regardés comme ayant été causés par l'infection nosocomiale contractée par Mme D H.
Sur l'engagement de la responsabilité de l'AP-HP :
12. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. ".
13. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que l'indication opératoire était justifiée, que l'opération a été réalisée par un chirurgien qualifié dans un établissement agréé et que la technique employée a été conforme aux règles de l'art. Les experts ont toutefois relevé, en ce qui concerne l'antibioprophylaxie, que la dose reçue par Mme D H était inférieure de moitié à la dose recommandée dans son cas, et que cette antibioprophylaxie a été administrée simultanément à l'incision chirurgicale, alors qu'elle aurait dû précéder l'intervention d'environ trente minutes. Ils concluent ainsi à une méconnaissance des recommandations en matière d'antibioprophylaxie. En outre, les experts ont relevé que, bien qu'un scanner réalisé le 13 janvier 2019 ait mis en évidence un hématome de la cavité opératoire, conséquence de l'intervention de lavage du 10 janvier 2019, l'intervention d'évacuation de cet hématome n'a été réalisée que le 17 janvier, soit quatre jours après sa détection. Les experts concluent en conséquence à l'existence d'un retard dans la prise en charge de la complication dont a été victime Mme D H. Ainsi, l'AP-HP doit être regardée comme ayant commis, dans la survenue et la prise en charge de l'infection contractée par Mme H, des fautes de nature à engager sa responsabilité.
Sur la charge de l'indemnisation :
14. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
15. Si les dispositions du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique font obstacle à ce que l'ONIAM supporte au titre de la solidarité nationale la charge de réparations incombant aux personnes responsables d'un dommage, elles n'excluent toute indemnisation par l'office que si le dommage est entièrement la conséquence directe d'un fait engageant leur responsabilité. Dans l'hypothèse où un accident médical non fautif est à l'origine de conséquences dommageables mais où une faute commise a fait perdre à la victime une chance d'échapper à l'accident ou de se soustraire à ses conséquences, le préjudice en lien direct avec cette faute est la perte de chance d'éviter le dommage corporel advenu et non le dommage corporel lui-même, lequel demeure tout entier en lien direct avec l'accident non fautif. Par suite, un tel accident ouvre droit à réparation au titre de la solidarité nationale, l'indemnité due par l'ONIAM étant seulement réduite du montant de celle mise, le cas échéant, à la charge du responsable de la perte de chance, égale à une fraction du dommage corporel correspondant à l'ampleur de la chance perdue.
16. D'une part, les experts ont indiqué que la non-conformité dans la mise en œuvre de l'antibioprophylaxie était à l'origine, pour Mme D H, d'une perte de chance de 50 % d'éviter l'infection du site opératoire, et donc le dommage observé. En outre, ils indiquent que le retard de la prise en charge de l'hématorrhachis infecté est à l'origine d'une perte de chance à hauteur de 50 % d'éviter les séquelles neurologiques. Compte tenu de ces taux de perte de chance, le taux global de perte de chance d'éviter le dommage subi est de 50 + (50 % x 50 %), soit 75 %.
17. Par conséquent, les consorts H sont fondés à demander la réparation de l'entier préjudice résultant des conséquences de l'infection dont Mme D H a été victime, la somme leur étant due par l'ONIAM à ce titre devant être réduite de la fraction correspondant à la chance que les fautes commises par l'hôpital européen Georges Pompidou lui a fait perdre d'échapper aux conséquences dommageables de l'infection, égale, compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, à 75 %, qui doit être mise à la charge de l'AP-HP. Dans ces conditions, il y a lieu de mettre à la charge de l'ONIAM au titre de la solidarité nationale, en raison du caractère nosocomial de l'infection, la réparation de 25% des préjudices subis par la victime directe et par les victimes indirectes, et à la charge de l'AP-HP 75% des mêmes préjudices.
18. D'autre part, il résulte de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale que le recours de la caisse de sécurité sociale, subrogée dans les droits de la victime d'un dommage corporel, s'exerce contre les auteurs responsables de l'accident. Si, en application des dispositions des articles L. 1142-1-1 et L. 1142-22 du code de la santé publique, l'ONIAM doit indemniser au titre de la solidarité nationale les victimes des infections nosocomiales les plus graves, cet établissement public ne peut être regardé comme le responsable des dommages que ces infections occasionnent. Il suit de là que la caisse qui a versé des prestations à la victime d'une telle infection ne peut exercer un recours subrogatoire contre l'ONIAM.
19. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la CPAM de Paris est seulement fondée à demander la condamnation de l'AP-HP à hauteur de 75 % des débours qu'elle a exposés.
Sur l'évaluation des préjudices :
En ce qui concerne les préjudices de la victime directe :
20. Il résulte de l'instruction que la date de consolidation de l'état de santé de Mme D H doit être fixée au 5 mars 2020.
S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux temporaires :
Quant au déficit fonctionnel temporaire :
21. Il résulte de l'instruction que Mme D H a subi un déficit fonctionnel temporaire total du 14 décembre 2018 au 24 juin 2019, période au cours de laquelle elle a subi une hospitalisation continue, à l'hôpital européen Georges Pompidou du 14 au 24 décembre 2018, au centre hospitalier intercommunal de Meulan du 24 décembre 2018 au 2 janvier 2019, à l'hôpital européen Georges Pompidou du 2 janvier au 1er mars 2019, au centre hospitalier intercommunal de Meulan du 1er au 24 mars 2019, à l'hôpital européen Georges Pompidou du 24 mars au 9 mai 2019, et à la clinique Saint-Louis du 10 mai 2019 au 24 juin 2019. D'une part, il résulte du rapport d'expertise que, si l'hospitalisation de Mme H s'est poursuivie au-delà du 24 juin 2019, cette hospitalisation était sans rapport avec la complication litigieuse. D'autre part, il résulte du rapport d'expertise qu'en l'absence de complication, était prévue une hospitalisation pour cinq jours, suivie d'un transfert en centre de rééducation, avec port d'un corset en coutil baleiné pendant trois mois. Ainsi, le déficit fonctionnel temporaire aurait été total du 14 décembre 2018 au 14 février 2019 et de 20% du 15 février au 23 mars 2019. Le déficit fonctionnel temporaire imputable au dommage s'élève donc à 80% du 15 février au 23 mars 2019, à 100% du 24 mars au 24 juin 2019 et à 45% du 25 juin 2019 au 5 mars 2020. Sur la base d'un forfait journalier de 20 euros, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en le fixant à 4 747 euros.
Quant aux souffrances endurées :
22. Les experts évaluent les souffrances endurées par Mme H à 4 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en le fixant à une somme de 8 000 euros.
Quant au préjudice esthétique temporaire :
23. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en le fixant à une somme de 3 500 euros.
S'agissant des préjudices patrimoniaux temporaires :
Quant aux dépenses de santé actuelles :
24. Mme D H, qui n'a présenté aucun élément à ce titre, n'établit pas qu'elle aurait exposé des frais médicaux restés à sa charge pour la période allant du 14 décembre 2018 au 5 mars 2020. Par suite, il y a lieu de rejeter la demande présentée par Mme D H tendant à ce que ce chef de préjudice soit réservé.
Quant aux frais divers :
25. La requérante fait valoir qu'elle a eu besoin de recourir à la compétence d'un médecin conseil pour l'assister durant les opérations d'expertise. En réponse à la demande de précisions que lui a adressée le tribunal pour compléter l'instruction, Mme D H a justifié de l'absence de prise en charge de cette dépense par une mutuelle ou par un contrat de protection juridique. En outre, il n'y a pas lieu de faire droit aux demandes de l'ONIAM et l'AP-HP qui font valoir que ces frais doivent être plafonnés à 700 euros, en application du référentiel de l'ONIAM. Par suite, une somme de 3 900 euros, justifiée par la note d'honoraires produite, sera allouée à Mme D H.
Quant à l'aide temporaire d'une tierce personne :
26. Lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.
27. Il résulte de l'instruction que jusqu'au 5 novembre 2019, l'état de Mme D H, qui était hospitalisée, ne nécessitait pas d'assistance par une tierce personne. A compter de son hospitalisation en hôpital de jour, le 6 novembre 2019, et jusqu'au 5 mars 2020, date de consolidation, l'infection nosocomiale contractée par Mme D H a nécessité, selon le rapport d'expertise, le recours à une assistance par tierce personne à hauteur de 1 heure 30 par jour. L'intéressée fait valoir que son état nécessitait le recours à une assistance quatre heures par jour, chiffre également retenu par la CCI dans son avis du 14 avril 2022. Il résulte de l'instruction que, compte tenu de son état imputable à l'infection nosocomiale et aux fautes commises par l'AP-HP, le besoin doit être fixé à deux heures par jour. S'agissant d'heures d'assistance pour les actes de la vie courante, il y a lieu de retenir, au regard du caractère non spécialisé de cette assistance, un taux horaire de 20,50 euros, correspondant au salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) comprenant les cotisations sociales, les congés payés, les dimanches et les jours fériés. Il résulte de l'instruction de Mme D H n'a pas bénéficié de prestations ou d'aides financières pour cette période. Sur cette base, le préjudice indemnisable de Mme D H au titre du besoin d'assistance par une tierce personne jusqu'à la date de consolidation, le 5 mars 2020, peut être fixé à une somme de 4 961 euros.
S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux permanents :
Quant au déficit fonctionnel permanent :
28. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que Mme D H demeure atteinte d'un déficit fonctionnel permanent de 45% imputable à l'infection nosocomiale et à ses complications, consistant en des troubles moteurs séquellaires modérés des deux membres inférieurs sans troubles sensitifs avec difficulté à la marche mais maintien d'une autonomie pour les transferts. Eu égard à l'âge de la requérante à la date de consolidation du dommage, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en lui accordant une somme de 68 091 euros.
Quant au préjudice esthétique permanent :
29. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que Mme D H subit un préjudice esthétique permanent, que les experts évaluent à 4 sur 7. Il en sera fait une juste appréciation en lui accordant une somme de 5 000 euros.
Quant au préjudice d'agrément :
30. Le préjudice d'agrément est celui qui résulte d'un trouble spécifique distinct du déficit fonctionnel permanent lié à l'impossibilité pour la victime de continuer à pratiquer certaines activités sportives et de loisirs.
31. La requérante, qui fait valoir qu'elle ne peut plus faire de promenades, ne démontre pas l'existence d'un préjudice distinct du déficit fonctionnel permanent par ailleurs déjà indemnisé. Cette demande doit ainsi être rejetée.
Quant au préjudice sexuel :
32. Il résulte de l'instruction que Mme D H souffre d'un préjudice sexuel dont il sera fait une juste appréciation en l'évaluant à la somme de 1 000 euros.
S'agissant des préjudices patrimoniaux permanents :
Quant aux dépenses de santé futures :
33. D'une part, Mme D H ne produit aucun justificatif établissant que des dépenses de santé seraient restées à sa charge entre la date de la consolidation et la date du présent jugement. Par suite, sa demande doit être rejetée pour la période échue.
34. D'autre part, pour la période à échoir, ainsi que le demande Mme D H, le poste de préjudice correspondant aux dépenses de santé futures, qu'elle a expressément exclu de sa demande indemnitaire, doit être réservé.
Quant à l'assistance par une tierce personne :
35. Les experts ont estimé le besoin d'assistance de Mme D H à 1 heure 30 par jour à partir de la date de consolidation, la CCI ayant retenu dans son avis un besoin de quatre heures par jour. Il résulte de l'instruction que, compte tenu de l'état de Mme D H imputable à l'infection nosocomiale dont elle a été victime et aux fautes commises par l'AP-HP, son besoin doit ainsi être fixé à deux heures par jour. En retenant un taux horaire de 20,50 euros jusqu'au 31 décembre 2022, et un taux horaire de 23 euros du 1er janvier 2023 au jour du présent jugement, déterminé dans les mêmes conditions qu'au point 27 du présent jugement, il sera fait une exacte appréciation du préjudice subi entre la date de consolidation fixée par les experts au 5 mars 2020 et le prononcé du présent jugement en lui accordant une somme de 72 856 euros.
36. Par ailleurs, si, en vertu des principes qui régissent l'indemnisation par une personne publique des victimes des dommages dont elle doit répondre, il y a lieu de déduire de l'indemnisation allouée à la victime d'un dommage corporel au titre d'un préjudice patrimonial le montant des prestations dont elle bénéficie par ailleurs et qui ont pour objet la prise en charge de tels frais, cette déduction ne trouve à s'appliquer que dans la mesure requise pour éviter une double indemnisation de la victime. En l'espèce, il résulte de l'instruction que Mme H a bénéficié, à compter du 1er janvier 2023, du versement de l'allocation personnalisée d'autonomie à domicile versée par le département des Yvelines pour un montant mensuel de 736 euros, allocation accordée jusqu'au 31 décembre 2027. Il s'ensuit qu'elle a bénéficié, entre le 5 mars 2020 et le prononcé du présent jugement, de la somme de 40 869,17 euros, qu'il convient de déduire de l'indemnité à mettre à la charge de l'ONIAM et de l'AP-HP, qui s'élève par conséquent à une somme de 31 986,83 euros.
37. S'agissant des préjudices futurs, Mme D H sollicite le versement d'un capital au titre de la période commençant à la date du jugement et allant jusqu'à son décès. Il appartient toutefois au juge de décider si la réparation doit prendre la forme du versement d'un capital ou d'une rente, selon que l'un ou l'autre de ces modes d'indemnisation assure à la victime, dans les circonstances de l'espèce, la réparation la plus équitable, sans que le choix ne soit subordonné à l'accord du responsable. En l'espèce, compte tenu de l'âge de Mme D H à la date du présent jugement et de son état de santé, il y a lieu de réparer ce poste de préjudice sous forme d'une rente annuelle. Sur la base d'un taux horaire revalorisé à 23 euros, déterminé dans les mêmes conditions qu'au point 27 du présent jugement, et de deux heures d'assistance par jour, le coût annuel futur de l'assistance par tierce personne s'établit à 16 790 euros. Pour obtenir le versement de cette rente, il appartiendra à Mme H de joindre à sa demande l'ensemble des justificatifs relatifs aux aides qu'elle aura le cas échéant perçues sur l'année écoulée. Ce montant de 16 790 euros sera revalorisé annuellement par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.
Quant aux frais d'adaptation du logement :
38. Ainsi que le demande Mme D H le poste de préjudice correspondant aux frais d'adaptation de son logement, qui a été retenu par le rapport des experts et qu'elle a expressément exclu de sa demande indemnitaire, doit être réservé.
En ce qui concerne les préjudices des victimes indirectes :
39. Les dispositions du 1° de l'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique instituent un régime spécifique de prise en charge par la solidarité nationale des dommages résultant des infections nosocomiales les plus graves qui a vocation à réparer l'ensemble de ces dommages, qu'ils aient été subis par les patients victimes de telles infections ou par leurs proches.
S'agissant des frais de transport :
40. Il résulte de l'instruction que pendant l'hospitalisation de Mme D H, sa fille, Mme G H épouse J, lui a rendu visite tous les jours, à l'hôpital européen Georges Pompidou du 14 au 28 décembre 2018, du 5 janvier au 1er mars 2019 et du 25 mars au 9 mai 2019, au centre hospitalier intercommunal de Meulan-Les Mureaux du 25 décembre 2018 au 4 janvier 2019 et du 2 mars au 24 mars 2019 et à la clinique Saint-Louis de Poissy du 10 mai au 24 juin 2019. Compte tenu des distances qui séparent ces lieux de son domicile, la distance parcourue représente 1 298 km en 2018 et 9 976 km en 2019. Compte tenu du barème kilométrique fiscal applicable pour un véhicule de sept chevaux qui peut être pris en compte pour évaluer les frais induits par ces déplacements, Mme G H épouse J est fondée à obtenir le remboursement de ces frais à hauteur de 10 658 euros. En revanche, elle n'est pas fondée à demander l'indemnisation des frais de transport exposés à compter du 25 juin 2019, dès lors qu'il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport des experts, que les hospitalisations qu'a subies Mme D H postérieurement à cette date sont sans rapport avec la complication litigieuse. Enfin, elle n'est pas fondée à demander l'indemnisation des frais de transport pour la poursuite de la kinésithérapie postérieurement à la date de la consolidation, dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction, et en particulier du rapport des experts, que ce traitement ait été poursuivi en rapport avec la complication litigieuse.
S'agissant des frais d'adaptation du véhicule :
41. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport des experts, que Mme G H épouse J est fondée à demander la réparation du préjudice lié aux coûts afférents à l'aménagement de son véhicule pour permettre le transport de sa mère. Toutefois, il résulte également de l'instruction que le dommage subi par Mme D H consiste en des troubles moteurs séquellaires modérés des deux membres inférieurs, avec difficulté à la marche mais maintien d'une autonomie pour les transferts. Si Mme G H épouse J fait valoir que la situation de sa mère nécessite l'achat d'un véhicule permettant le transport en fauteuil roulant, elle n'établit pas que cette nécessité est liée au dommage litigieux. En outre, si elle fait valoir que son véhicule n'est pas adapté au transport d'un fauteuil roulant, elle ne l'établit pas, alors qu'il s'agit d'un véhicule BMW de type break comme l'indique la carte grise produite. Par suite, Mme G H épouse J est seulement fondée à demander l'indemnisation du coût de l'aménagement de ce véhicule, pour lequel elle produit un devis d'un montant de 2 219,72 euros. Il y a dès lors lieu de lui allouer cette somme au titre des frais d'adaptation du véhicule.
S'agissant des troubles dans les conditions d'existence :
42. Il résulte de l'instruction que Mme G H épouse J, fille de Mme D H, était déjà majeure et ne résidait pas au domicile familial au moment des faits. Elle fait valoir que son existence personnelle a été bouleversée par les difficultés de santé rencontrées par sa mère, dès lors qu'elle doit se rendre à son domicile quatre fois par semaine afin de l'aider dans les actes de la vie quotidienne, situation qui retentit sur sa vie familiale et professionnelle. Il s'ensuit qu'il sera fait une juste appréciation des troubles dans ses conditions d'existence en lui allouant une somme de 2 000 euros.
En ce qui concerne les dépenses de santé exposées par la CPAM de Paris :
43. D'une part, il résulte de l'instruction, et notamment de l'attestation de son médecin conseil, que la CPAM de Paris a exposé des dépenses de santé en lien avec les complications dont a été victime Mme D H à hauteur de 63 947,40 euros, correspondant à des frais hospitaliers du 15 février au 24 mars 2019, à des frais médicaux exposés le 29 janvier 2020 et à des frais d'appareillage avant consolidation, du 6 novembre 2019 au 26 février 2020. Elle est par conséquent en droit de demander le remboursement de cette somme à l'AP-HP à hauteur de 75%, ainsi qu'il a été dit au point 19 du présent jugement, soit 47 960,55 euros.
44. D'autre part, il résulte de l'instruction, et notamment de l'attestation d'imputabilité et de l'attestation de débours produites, que la CPAM de Paris a engagé après consolidation et antérieurement au présent jugement des dépenses de santé déjà échues en lien avec le dommage subi par Mme D H pour un montant de 86,10 euros de frais d'appareillage. Elle est par conséquent en droit de demander le remboursement de cette somme à l'AP-HP à hauteur de 75%, ainsi qu'il a été dit au point 19 du présent jugement, soit 64,58 euros.
45. Enfin, elle demande un capital représentatif des frais futurs d'appareillage et de matériel d'un montant de 4 262,52 euros. Toutefois, faute pour l'AP-HP d'avoir donné son accord à cette modalité de versement, cette dernière doit seulement être condamnée à rembourser à la CPAM de Paris, au titre des frais futurs, à échéance annuelle et sur justificatifs, les frais médicaux, pharmaceutiques, d'appareillage et de transport qu'elle aura engagés pour Mme D H postérieurement à la lecture du présent jugement.
46. Il résulte de tout ce qui précède que le préjudice indemnisable de Mme D H doit être fixé à une somme globale de 131 185,83 euros et que celui de Mme G H épouse J doit être fixé à une somme globale de 14 877,72 euros. En conséquence, il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP le versement d'une somme de 98 389,37 euros à Mme D H et de 11 158,29 euros à Mme G H épouse J. Il y a lieu de mettre à la charge de l'ONIAM le versement d'une somme de 32 796,46 euros à Mme D H et de 3 719,43 euros à Mme G H épouse J. En outre, en ce qui concerne le versement de la rente pour assistance par une tierce personne, il y a lieu de mettre le versement de cette rente à la charge de l'AP-HP à hauteur de 12 592,50 euros et à la charge de l'ONIAM à hauteur de 4 197,50 euros, sous réserve des sommes qui seraient le cas échant perçues par Mme D H au titre de l'allocation personnalisée d'autonomie (APA) ou de la prestation de compensation du handicap qu'il conviendra de déduire de cette rente. Enfin, il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP une somme globale de 48 025,13 euros au profit de la CPAM de Paris.
Sur les intérêts :
47. En premier lieu, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1153 du code civil courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine. La somme allouée au point 46 du présent jugement à la CPAM de Paris portera intérêt au taux légal à compter du 26 janvier 2024, date d'enregistrement de son mémoire.
48. En second lieu, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 26 janvier 2024 par la CPAM de Paris. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 26 janvier 2025, date à laquelle sera due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :
49. Le neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale dispose que : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée ". Aux termes de l'article 1 de l'arrêté interministériel visé ci-dessus du 18 décembre 2023 : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 118 € et 1 191 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2024. ".
50. La CPAM de Paris a droit à une indemnité de 1 191 euros, qui doit être mise à la charge de l'AP-HP dès lors que le tiers de la somme dont elle obtient le remboursement en vertu du présent jugement est supérieur au montant maximal fixé par les dispositions qui viennent d'être citées.
Sur les frais liés au litige :
En ce qui concerne les dépens :
51. Aucun dépens n'ayant été exposé dans la présente instance, les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :
52. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge exclusive de l'AP-HP, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par Mme D H et Mme G H épouse J et non compris par les dépens. Par ailleurs, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la CPAM de Paris et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les droits de Mme D H au titre des postes de préjudice correspondant aux dépenses de santé futures postérieures à la date du présent jugement et aux frais de logement adapté sont réservés.
Article 2 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris versera à Mme D H une somme de 98 389,37 euros en réparation de ses préjudices.
Article 3 : L'ONIAM versera à Mme D H une somme de 32 796,46 euros en réparation de ses préjudices.
Article 4 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris versera à Mme D H une rente annuelle de 12 592,50 euros, revalorisée annuellement par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale, sous réserve des sommes perçues par Mme D H au titre de l'allocation personnalisée d'autonomie ou de la prestation de compensation du handicap, qu'il conviendra de déduire de cette rente.
Article 5 : L'ONIAM versera à Mme D H une rente annuelle de 4 197,50 euros, revalorisée annuellement par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale, sous réserve des sommes perçues par Mme D H au titre de l'allocation personnalisée d'autonomie ou de la prestation de compensation du handicap, qu'il conviendra de déduire de cette rente.
Article 6 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris versera à Mme G H épouse J une somme de 11 158,29 euros en réparation de ses préjudices.
Article 7 : L'ONIAM versera à Mme G H épouse J une somme de de 3 719,43 euros en réparation de ses préjudices.
Article 8 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris versera la somme de 48 025,13 euros à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris, assortie des intérêts au taux légal à compter du 26 janvier 2024. Les intérêts échus le 26 janvier 2025 sur cette somme seront capitalisés à compter de cette date pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 9 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris est condamnée à rembourser à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris, au titre des frais futurs, à échéance annuelle et sur justificatifs, les frais médicaux, pharmaceutiques, d'appareillage et de transport qu'elle aura engagés pour Mme D H postérieurement à la lecture du présent jugement.
Article 10 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris versera à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris la somme de 1 191 euros au titre de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
Article 11 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris versera à Mme D H et Mme G H épouse J une somme globale de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 12 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris versera à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 13 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 14 : Le présent jugement sera notifié à Mme D H, à Mme G H épouse J, à Mme A H épouse I, à Mme E H épouse B, à Mme C H épouse L, à Mme F H épouse J, à M. K H, à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris, à l'Assistance publique - hôpitaux de Paris et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Délibéré après l'audience du 27 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Marzoug, présidente,
Mme Lambert, première conseillère,
Mme Berland, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.
La rapporteure,
F. Berland
La présidente,
S. MarzougLa greffière,
K. Bak-Piot
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2221675/6-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2530541
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'une ressortissante ghanéenne. La juridiction a rejeté la requête, estimant que l'administration n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'état de santé de la requérante ne remplissait pas les conditions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir un titre de séjour. Le tribunal a également jugé que les autres moyens, notamment ceux relatifs à la durée de séjour et à la convention européenne des droits de l'homme, n'étaient pas fondés.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2419955
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société Cerballiance visant à annuler l'opposition de l'ARS Île-de-France au transfert d'un site de son laboratoire de biologie médicale. Le tribunal a jugé que l'ARS était compétente pour prendre cette décision et que son refus, fondé sur le risque de dépassement du seuil de 25% de l'offre d'examens dans la zone de Paris, n'était entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation. La décision s'appuie sur les dispositions du code de la santé publique relatives à la régulation de l'implantation des laboratoires.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2432036
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de requérants demandant l'annulation du refus du ministre de la justice d'approuver leur projet de recueil légal par kafala d'une enfant marocaine. Le tribunal a jugé que la décision attaquée, prise en application de l'article 33 de la convention de La Haye du 19 octobre 1996, était régulière en droit et que le ministre avait légalement exercé son pouvoir d'appréciation pour refuser l'approbation au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. Les moyens tirés de l'incompétence et de la méconnaissance des conventions internationales ont été écartés.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2525763
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B... A... visant à annuler son obligation de quitter le territoire français (OQTF). La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était régulier, notamment quant à la compétence de sa signataire et à sa motivation, et qu'il ne méconnaissait pas les articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après le rejet définitif de la demande d'asile de la requérante.
13/03/2026