lundi 6 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2221816 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | SELLAM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 octobre 2022, Mme D H A E, agissant pour le compte de sa fille, Mme C G, ayant pour avocat Me Sellam, doit être regardée comme demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 juin 2022 par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer une carte nationale d'identité et un passeport pour le compte de sa fille, Mme C G, ensemble la décision du 17 août 2022 portant rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte nationale d'identité et un passeport pour le compte de sa fille, Mme C G, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Elle soutient que :
- la décision attaquée du 22 juin 2022 n'est pas suffisamment motivée ;
- le préfet de police a entaché la décision attaquée d'une erreur d'appréciation en considérant qu'il existe un doute sérieux sur la nationalité française de sa fille, alors que celle-ci est française du fait de la possession d'état de française depuis sa naissance, que la preuve de la prétendue fraude commise par l'enfant n'est rapportée, que la reconnaissance de paternité n'a jamais été contestée judiciairement, que le certificat de nationalité française qui lui a été remis fait foi jusqu'à son inscription pour faux et que le jugement ayant condamné pénalement pour reconnaissance frauduleuse de paternité son père n'est pas opposable à l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993,
- le décret n° 55-1397 du 22 octobre 1955,
- le décret n° 2005-1726 du 30 décembre 2005,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Marzoug,
- les conclusions de M. Thulard, rapporteur public,
- et les observations de Me Sellam pour Mme A E.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A E, de nationalité camerounaise, a demandé, le 23 février 2022, la délivrance d'une carte nationale d'identité et d'un passeport pour le compte de sa fille, qui était alors mineure, Mme C G, née le 19 octobre 2004 en France. Par une décision du 22 juin 2022, le préfet de police a refusé de lui délivrer ces titres d'identité. La requérante a formé, le 13 juillet 2022, un recours gracieux à l'encontre de cette décision, lequel a été explicitement rejeté par le préfet de police par une décision du 17 août 2022. Mme A E doit être regardée comme demandant l'annulation de ces deux décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la décision du 22 juin 2022 par laquelle le préfet de police a rejeté la demande de délivrance de titres d'identité présentée pour Mme C G mentionne les textes sur lesquels elle se fonde, à savoir l'article 4-1 du décret du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité, l'article 5-1 du décret du 30 décembre 2005 relatif aux passeports ainsi que l'article 18 du code civil et indique également, avec suffisamment de précisions, les éléments de fait ayant justifié ce refus tenant à l'existence d'un " doute raisonnable " sur la nationalité française de Mme C G. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée du 22 juin 2022 doit être écarté.
3. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article 18 du code civil : " Est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français ". Aux termes de l'article 30 du même code : " La charge de la preuve, en matière de nationalité française, incombe à celui dont la nationalité est en cause. / Toutefois, cette charge incombe à celui qui conteste la qualité de Français à un individu titulaire d'un certificat de nationalité française délivré conformément aux articles 31 et suivants ". Aux termes de l'article 31-2 du même code : " Le certificat de nationalité indique en se référant aux chapitres II, III, IV et VII du présent titre, la disposition légale en vertu de laquelle l'intéressé a la qualité de français, ainsi que les documents qui ont permis de l'établir. Il fait foi jusqu'à preuve du contraire () ".
4. D'autre part, en vertu de l'article 2 du décret du 22 octobre 1955 instituant une carte nationale d'identité et de l'article 4 du décret relatif aux passeports, la carte nationale d'identité et le passeport sont délivrés sans condition d'âge, à tout Français qui en fait la demande. Aux termes du II de l'article 4 du décret du 22 octobre 1955 instituant une carte nationale d'identité et du II de l'article 5 du décret relatif aux passeports, la preuve de la nationalité française du demandeur peut être établie à partir de l'extrait d'acte de naissance portant en marge l'une des mentions prévues aux articles 28 et 28-1 du code civil, à défaut, ces titres d'identité sont délivrés sur production de l'une des pièces justificatives mentionnées aux articles 34 ou 52 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 modifié relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, à défaut le demandeur peut justifier d'une possession d'état de Français de plus de dix ans et enfin, à défaut, lorsque le demandeur ne peut produire aucune des pièces prévues dans les cas précédents afin d'établir sa qualité de Français, celle-ci peut être établie par la production d'un certificat de nationalité française.
5. Il résulte de ces dispositions que la preuve de la nationalité française du demandeur peut être établie à partir de l'extrait d'acte de naissance portant en marge l'une des mentions prévues aux articles 28 et 28-1 du code civil ou, lorsque l'extrait d'acte de naissance ne suffit pas à établir la nationalité française du demandeur, par la production de l'une des pièces justificatives mentionnées aux articles 34 ou 52 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, ou à défaut par la justification d'une possession d'état de Français de plus de dix ans ou, lorsque ne peut être produite aucune de ces pièces, par la production d'un certificat de nationalité française.
6. Pour l'application de l'ensemble de ces dispositions, il appartient aux autorités administratives de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que les pièces produites à l'appui d'une demande de passeport ou d'une carte nationale d'identité sont de nature à établir l'identité et la nationalité du demandeur, seul un doute suffisant sur l'identité ou la nationalité de l'intéressé permettant de justifier le refus de délivrance ou de renouvellement de titres d'identité.
7. Pour refuser, par la décision attaquée du 22 juin 2022, de délivrer les titres d'identité demandés, le préfet de police s'est fondé sur le motif tiré de ce qu'il existe un doute raisonnable sur la nationalité de la fille de Mme A E, Mme C G, dès lors que celle-ci a été déclarée " de nationalité française par filiation paternelle établie à l'égard de M. F B ", que par " un jugement du 2 février 2012, le tribunal judiciaire de Paris a constaté que M. F B a été reconnu coupable pour des faits d'aide à l'entrée, à la circulation ou séjour irréguliers d'un étranger en France et d'obtention frauduleuse de document administratif, notamment en procédant à des reconnaissances d'enfant en l'absence de toute paternité " et que le nom de la requérante est " cité dans ce jugement comme une personne ayant bénéficié de son aide pour obtenir ou tenter d'obtenir d'une administration publique la délivrance indue de titre de séjour en France, de documents d'identité français ou de la nationalité française ".
8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. F B, qui a reconnu être le père de Mme C G, a été condamné par jugement définitif du tribunal de grande instance de Paris en date du 2 février 2012, lequel a été versé aux débats par le préfet de police, à une peine de douze mois d'emprisonnement avec sursis pour avoir procédé à des reconnaissances frauduleuses de paternité et avoir permis l'entrée, la circulation ou le séjour irrégulier en France des mères des enfants qu'il a reconnus et que Mme A E est mentionnée dans ce jugement comme ayant bénéficié des pratiques frauduleuses en cause. En se fondant sur ce jugement, le préfet de police a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, alors même, comme le fait valoir la requérante, que Mme C G n'aurait elle-même commis aucune fraude et que la reconnaissance de paternité et le certificat de nationalité française dont elle est titulaire n'auraient pas été contestés en justice, retenir l'existence d'un doute suffisant sur la nationalité de l'intéressée. D'autre part, si la requérante soutient que sa fille justifie de la possession d'état de Française, les pièces qu'elle produit à l'appui de cette allégation, à savoir l'acte de naissance, le certificat de nationalité française, le relevé de notes du baccalauréat et l'inscription à l'université de Mme C G, ne suffisent pas à en établir la réalité. Au surplus, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette dernière aurait souscrit la déclaration prévue à l'article 21-13 du code civil pour réclamer, à ce titre, la nationalité française.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation de la requête, alors que Mme C G était majeure à la date d'introduction de celle-ci, que ces conclusions doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A E, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction de la requête doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D H A E, à Mme C G et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police de Paris.
Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Marzoug, présidente,
Mme Lambert, première conseillère,
Mme Deniel, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2024.
La présidente-rapporteure,
S. Marzoug
L'assesseure la plus ancienne,
F. Lambert
La greffière,
K. Bak-Piot
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2221816/6-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2530541
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'une ressortissante ghanéenne. La juridiction a rejeté la requête, estimant que l'administration n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'état de santé de la requérante ne remplissait pas les conditions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir un titre de séjour. Le tribunal a également jugé que les autres moyens, notamment ceux relatifs à la durée de séjour et à la convention européenne des droits de l'homme, n'étaient pas fondés.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2419955
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société Cerballiance visant à annuler l'opposition de l'ARS Île-de-France au transfert d'un site de son laboratoire de biologie médicale. Le tribunal a jugé que l'ARS était compétente pour prendre cette décision et que son refus, fondé sur le risque de dépassement du seuil de 25% de l'offre d'examens dans la zone de Paris, n'était entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation. La décision s'appuie sur les dispositions du code de la santé publique relatives à la régulation de l'implantation des laboratoires.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2432036
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de requérants demandant l'annulation du refus du ministre de la justice d'approuver leur projet de recueil légal par kafala d'une enfant marocaine. Le tribunal a jugé que la décision attaquée, prise en application de l'article 33 de la convention de La Haye du 19 octobre 1996, était régulière en droit et que le ministre avait légalement exercé son pouvoir d'appréciation pour refuser l'approbation au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. Les moyens tirés de l'incompétence et de la méconnaissance des conventions internationales ont été écartés.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2525763
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B... A... visant à annuler son obligation de quitter le territoire français (OQTF). La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était régulier, notamment quant à la compétence de sa signataire et à sa motivation, et qu'il ne méconnaissait pas les articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après le rejet définitif de la demande d'asile de la requérante.
13/03/2026