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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2222440

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2222440

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2222440
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET BIROT-RAVAUT ET ASSOCIES - 33000

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée, sous le numéro 2222440, le 27 octobre 2022, et des mémoires complémentaires, enregistrés les 31 mai 2024 et 19 août 2024, M. G C, Mme A C et Mme F C épouse B, représentés par Me Scribe, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner solidairement l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) et l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) à verser :

- à M. G C, Mme A C et Mme F C épouse B en leur qualité d'ayants droit de Mme E D H épouse C, la somme globale de 35 320 euros en réparation des préjudices subis par celle-ci ;

- à M. G C, la somme globale de 327 601,18 euros en réparation de ses préjudices propres ;

- à Mme A C et à Mme F C épouse B la somme globale de 18 000 euros chacune en réparation de leurs préjudices propres ;

2°) d'assortir toutes ces condamnations des intérêts au taux légal à compter du 28 juin 2019 ;

3°) de débouter l'ONIAM et l'AP-HP de l'ensemble de leurs demandes ;

4°) de déclarer le jugement à intervenir commun et opposable à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Aube ;

5°) de mettre à la charge solidaire de l'ONIAM et de l'AP-HP les entiers dépens ainsi que la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le décès de Mme E D H épouse C a été causé par une dysfonction cardiaque postopératoire, en lien avec une circulation extracorporelle prolongée ;

- son décès est dû à un défaut de réalisation de la suture d'une bioprothèse, résultant d'une maladresse chirurgicale directement imputable au chirurgien, qui engage la responsabilité de l'AP-HP ;

- l'AP-HP ne leur a fait aucune proposition d'indemnisation ;

- aucun accord amiable n'a été trouvé avec l'ONIAM ;

- les préjudices de la victime directe sont constitués de ses souffrances endurées et de la conscience de mort imminente, évalués à 35 000 euros, ainsi que de son déficit fonctionnel total durant une période de seize jours, correspondant à une somme de 320 euros ;

- les préjudices de M. G C, époux de la victime, sont constitués de la perte de revenus du foyer, évaluée à la somme de 232 411,95 euros, de son préjudice économique lié au remboursement d'un emprunt, évalué à la somme de 44 024,87 euros, des frais d'obsèques, évalués à la somme de 10 890,16 euros, des frais d'avocat en lien avec la procédure amiable, évalués à la somme de 2 074,20 euros, des frais d'assistance, évalués à la somme de 700 euros, de son préjudice d'accompagnement, évalué à la somme de 10 000 euros et de son préjudice d'affection, évalué à la somme de 27 500 euros ;

- les préjudices de Mme F C épouse B et de Mme A C, filles de la victime, sont constitués de leur préjudice d'accompagnement, évalué pour chacune à la somme de 5 000 euros et de leur préjudice d'affection, évalué pour chacune à la somme de 13 000 euros ;

- les sommes qui seront alloués porteront intérêt au taux légal à compter du 28 juin 2019, date de réception de leur demande de réparation par la Commission de conciliation et d'indemnisation (CCI).

Par un mémoire en défense enregistré le 10 janvier 2023, l'ONIAM, représenté par la SELARL Birot-Ravaut et associés, demande au tribunal :

1°) de le mettre hors de cause ;

2°) d'ordonner l'intervention de l'AP-HP à l'instance et de la condamner à indemniser les consorts C des dommages consécutifs au décès de Mme E D H épouse C ;

3°) de condamner les consorts C à lui verser une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- il ne peut en aucun cas être condamné en substitution de l'assureur du responsable en dehors de la procédure de règlement amiable devant la CCI ;

- le décès de Mme E D H épouse C est directement imputable à la faute commise par le chirurgien, qui engage la seule responsabilité de l'AP-HP.

Par quatre mémoires en défense, enregistrés les 15 avril 2024, 17 juin 2024, 23 août 2024 et 18 septembre 2024, l'AP-HP demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de joindre les procédures numéros 2222440 et 2309035 ;

2°) d'évaluer les préjudices de Mme E D H épouse C à la somme de 833 euros, les préjudices propres de M. G C à la somme globale de 21 914,36 euros et les préjudices propres de Mme A C et de Mme F C épouse B à la somme de 5 200 euros chacune ;

3°) de limiter la somme qui sera allouée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à 1 000 euros ;

4°) de rejeter la demande relative au point de départ des intérêts.

Elle fait valoir que :

- elle ne conteste pas le principe de sa responsabilité mais demande une plus juste évaluation des préjudices subis par les consorts C ;

- la réparation des préjudices de la victime directe seront limités à la somme de 833 euros au titre des souffrances endurées ;

- M. G C n'a subi aucun préjudice économique du fait du décès de son épouse ;

- les frais d'obsèques ne sont établis qu'à hauteur de la somme de 7 640,16 euros ;

- les frais d'assistance ne sont pas établis ;

- la réparation du préjudice d'accompagnement doit être limitée à la somme de 200 euros compte tenu de la courte période écoulée entre l'intervention chirurgicale et le décès de la victime ;

- la réparation du préjudice d'affection sera limitée à la somme de 12 000 euros, conformément à la jurisprudence ;

- la réparation des préjudices de Mme A C et de Mme F C épouse B sera limitée à la somme de 200 euros chacune au titre de leur préjudice d'accompagnement compte tenu de la courte période écoulée entre l'intervention et le décès de leur mère et la réparation de leur préjudice d'affection sera limitée à la somme de 5 000 euros chacune, conformément à la jurisprudence ;

- le point de départ des intérêts doit être fixé à la date du jugement.

La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Aube qui n'a pas produit d'observations.

Par une ordonnance du 12 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 septembre 2024.

II. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2309035, le 20 avril 2023, et des mémoires complémentaires, enregistrés les 31 mai 2024 et 19 août 2024, M. G C, Mme A C et Mme F C épouse B, représentés par Me Scribe, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner l'AP-HP à verser :

- à M. G C, Mme A C et Mme F C épouse B, en leur qualité d'ayants droit de Mme E D H épouse C, la somme globale de 35 320 euros en réparation des préjudices subis par celle-ci ;

- à M. G C, la somme globale de 327 601,18 euros en réparation de ses préjudices propres ;

- à Mme A C et à Mme F C épouse B, la somme globale de 18 000 euros chacune en réparation de leurs préjudices propres ;

2°) d'assortir toutes ces condamnations des intérêts au taux légal à compter du 28 juin 2019 ;

3°) de débouter l'AP-HP de l'ensemble de ses demandes ;

4°) de déclarer le jugement à intervenir commun et opposable à la CPAM de l'Aube ;

5°) de mettre à la charge de l'AP-HP les entiers dépens de l'instance ainsi que la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le décès de Mme E D H épouse C a été causé par une dysfonction cardiaque postopératoire, en lien avec une circulation extracorporelle prolongée ;

- son décès est dû à un défaut de réalisation de la suture d'une bioprothèse, résultant d'une maladresse chirurgicale directement imputable au chirurgien, qui engage la responsabilité de l'AP-HP ;

- l'AP-HP ne leur a fait aucune proposition d'indemnisation ;

- aucun accord amiable n'a été trouvé avec l'ONIAM ;

- les préjudices de la victime directe sont constitués de ses souffrances endurées et de la conscience de mort imminente, évalués à 35 000 euros, ainsi que de son déficit fonctionnel total durant une période de seize jours, correspondant à une somme de 320 euros ;

- les préjudices de M. G C, époux de la victime, sont constitués de la perte de revenus du foyer, évaluée à la somme de 232 411,95 euros, de son préjudice économique lié au remboursement d'un emprunt, évalué à la somme de 44 024,87 euros, des frais d'obsèques, évalués à la somme de 10 890,16 euros, des frais d'avocat en lien avec la procédure amiable, évalués à la somme de 2 074,20 euros, des frais d'assistance, évalués à la somme de 700 euros, de son préjudice d'accompagnement, évalué à la somme de 10 000 euros et de son préjudice d'affection, évalué à la somme de 27 500 euros ;

- les préjudices de Mme F C épouse B et de Mme A C, filles de la victime, sont constitués de leur préjudice d'accompagnement, évalué pour chacune à la somme de 5 000 euros et de leur préjudice d'affection, évalué pour chacune à la somme de 13 000 euros ;

- les sommes qui seront alloués porteront intérêt au taux légal à compter du 28 juin 2019, date de réception de leur demande de réparation par la Commission de conciliation et d'indemnisation (CCI).

Par quatre mémoires en défense enregistrés les 15 avril 2024, 17 juin 2024, 23 août 2024 et 18 septembre 2024, l'AP-HP demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de joindre les procédures numéros 2222440 et 2309035 ;

2°) d'évaluer les préjudices de Mme E D H épouse C à la somme de 833 euros, les préjudices propres de M. G C à la somme globale de 21 914,36 euros et les préjudices propres de Mme A C et de Mme F C épouse B à la somme de 5 200 euros chacune ;

3°) de limiter la somme qui sera allouée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à 1 000 euros ;

4°) de rejeter la demande relative au point de départ des intérêts.

Elle fait valoir que :

- elle ne conteste pas le principe de sa responsabilité mais demande une plus juste évaluation des préjudices subis par les consorts C ;

- la réparation des préjudices de la victime directe seront limités à la somme de 833 euros au titre des souffrances endurées ;

- M. G C n'a subi aucun préjudice économique du fait du décès de son épouse ;

- les frais d'obsèques ne sont établis qu'à hauteur de la somme de 7 640,16 euros ;

- les frais d'assistance ne sont pas établis ;

- la réparation du préjudice d'accompagnement doit être limitée à la somme de 200 euros compte tenu de la courte période écoulée entre l'intervention chirurgicale et le décès de la victime ;

- la réparation du préjudice d'affection sera limitée à la somme de 12 000 euros, conformément à la jurisprudence ;

- la réparation des préjudices de Mme A C et de Mme F C épouse B sera limitée à la somme de 200 euros chacune au titre de leur préjudice d'accompagnement compte tenu de la courte période écoulée entre l'intervention et le décès de leur mère et la réparation de leur préjudice d'affection sera limitée à la somme de 5 000 euros chacune, conformément à la jurisprudence ;

- le point de départ des intérêts doit être fixé à la date du jugement.

La requête a été communiquée à la CPAM de l'Aube qui n'a pas produit d'observations.

Par une ordonnance du 12 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 septembre 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code civil,

- le code de la santé publique,

- le code de la sécurité sociale,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lambert, rapporteure,

- et les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E D H épouse C, alors âgée de soixante-quatre ans, atteinte d'une cardiopathie valvulaire à l'origine d'une insuffisance mitrale et d'une fibrillation atriale permanente, a été hospitalisée le 13 septembre 2018 à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière, qui relève de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), pour la réalisation d'une plastie de la valve mitrale. Au cours de l'intervention, la plastie mitrale ayant échoué, une prothèse biologique a été mise en place, puis remplacée par une autre bioprothèse en raison du dysfonctionnement de la première prothèse. A l'issue de cette intervention, au cours de laquelle la circulation sanguine extracorporelle a duré près de quatre heures, Mme E D H épouse C a présenté un choc cardiogénique et une défaillance bi-ventriculaire qui ont justifié son transfert au sein du service de réanimation sous assistance circulatoire. Au décours immédiat du sevrage de l'assistance circulatoire, décidé le 27 septembre 2018, un choc vasoplégique est survenu, entrainant une dégradation majeure de la fonction ventriculaire gauche accompagnée de plusieurs dysfonctions d'organes, non contrôlables. Mme E D H épouse C est décédée le 29 septembre 2018.

2. Son époux, M. G C, et ses deux filles, Mme A C et Mme F C épouse B, ont adressé une demande indemnitaire à la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) d'Ile-de-France le 28 juin 2019. Celle-ci a désigné un collège d'experts, constitué d'un chirurgien cardiovasculaire et d'un infectiologue réanimateur, qui a déposé son rapport le 26 décembre 2019. Sur la base de ce rapport, la CCI a rendu un avis le 3 mars 2020 selon lequel la réparation des préjudices liés au décès de Mme E D H épouse C incombe entièrement à l'AP-HP. Celle-ci n'ayant pas adressé de proposition d'indemnisation aux ayants droit de la victime dans le délai imparti par la CCI, ces derniers ont adressé à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) une demande de substitution sur le fondement de l'article l.1142-15 du code de la santé publique. Cependant, les parties ne sont pas parvenues à un accord. Les consorts C demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures, de condamner solidairement l'ONIAM et l'AP-HP ou l'AP-HP seule, à les indemniser en leur qualité d'ayants droit de Mme E D H épouse C des préjudices subis par celle-ci, ainsi que de leurs préjudices propres.

Sur la jonction :

3. Les deux requêtes susvisées concernent les mêmes parties, présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Dès lors, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul et même jugement.

Sur la responsabilité de l'AP-HP :

4. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".

5. Il résulte de l'instruction que Mme E D H épouse C est décédée d'une souffrance myocardique postopératoire ayant pour origine une circulation sanguine extracorporelle prolongée. Selon le rapport des experts désignés par la CCI, le diagnostic préopératoire était bien étayé, le choix de l'acte, à savoir une plastie mitrale, était bien indiqué et, en situation d'échec de la plastie, il n'existait pas d'autre alternative que la pose d'une valve biologique, laquelle, d'ailleurs, avait été anticipée. Cependant, le dysfonctionnement de cette bioprothèse constaté immédiatement après sa pose, lequel a nécessité son remplacement au cours de l'intervention, a entrainé un allongement de la procédure et, partant, une prolongation de la circulation extracorporelle, à l'origine, précisément, de l'atteinte myocardique. Se fondant sur le rapport d'analyse de matériovigilance du fabricant de la bioprothèse, la société Edwards Lifesciences, les experts affirment que le dysfonctionnement de la bioprothèse ne provient pas d'un défaut intrinsèque, mais d'un défaut de la suture, ainsi que le mettent en évidence les indentations présentes autour d'une des commissures de la bioprothèse. Selon les experts, " cette complication a imposé un changement de valve avec pour conséquence une CEC [circulation extra corporelle] extrêmement longue, à l'origine du dommage ".

6. Il résulte de ce qui précède que la durée excessivement longue de la circulation extracorporelle a été la cause directe et exclusive du décès de Mme E C. Si les experts retiennent une perte de chance d'éviter le décès fixée à 95%, ils ne donnent aucune explication étayée pour justifier ce taux. La maladresse fautive du chirurgien lors de la suture de la bioprothèse, laquelle a nécessité le remplacement de celle-ci, et partant, a conduit à la prolongation de la durée de la circulation sanguine extracorporelle, est ainsi de nature à engager la seule responsabilité de l'AP-HP. Par suite, il y a lieu de mettre l'ONIAM hors de cause.

Sur les préjudices :

En ce qui concerne les préjudices de la victime directe :

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :

7. Selon le rapport d'expertise, " le déficit fonctionnel temporaire se confond avec celui qui aurait été observé en dehors de toute complication ". La demande indemnitaire présentée au titre de ce chef de préjudice doit ainsi être rejetée.

S'agissant des souffrances endurées :

8. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice, évalué à 6 sur une échelle de 7 par les experts, en le fixant à une somme de 20 000 euros, qu'il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP.

En ce qui concerne les préjudices de M. G C :

S'agissant de la perte de revenus :

9. Le préjudice économique subi par une personne du fait du décès de son conjoint est constitué par la perte de revenus de la victime qui étaient consacrés à son entretien, compte tenu de ses propres revenus.

10. En l'espèce, il résulte de l'instruction que Mme E D H épouse C, âgée de soixante-quatre ans à la date de son décès, était retraitée et vivait avec son époux, M. G C, également retraité. Le revenu net du couple, avant le décès de Mme E D H épouse C, correspondait à la somme de 37 780 euros, les revenus de cette dernière s'élevant à la somme de 18 855 euros et ceux de M. G C à la somme de 18 925 euros, selon leur avis d'imposition 2018 sur les revenus pour l'année 2017. Après déduction de la part d'autoconsommation de Mme E D H épouse C, qu'il y a lieu de fixer à 35%, le revenu annuel du foyer auquel M. G C doit pouvoir prétendre s'établit à 24 557 euros.

11. D'une part, selon ses avis d'imposition versés à l'instance, les revenus de M. G C, postérieurs au décès de son épouse, compte tenu de ses propres pensions de retraite et des pensions de réversion de son épouse, s'établissaient à 23 385 euros en 2019, soit une perte de revenus de 1 172 euros, à 24 212 euros en 2020, soit une perte de revenus de 345 euros, à 23 933 euros en 2021, soit une perte de revenus de 624 euros et à 24 406 euros en 2022, soit une perte de revenus de 151 euros. S'agissant de sa perte de revenus au titre des années 2023 et 2024, pour lesquelles M. G C ne produit pas de justificatifs, il y a lieu de faire application de la perte de revenus annuelle moyenne des trois dernières années justifiées (2020 à 2022), soit 373 euros. Il résulte de ce qui précède que la perte de revenus de M. G C de la date du décès de son épouse jusqu'à la date du présent jugement, soit durant six ans, doit être évaluée à une somme de 3 038 euros.

12. D'autre part, sur la base de 373 euros de perte de revenus annuelle et d'un taux de l'euro de rente viagère fixé à 18.579 conformément au barème de capitalisation 2022 publié à la Gazette du Palais avec un taux d'intérêt nul correspondant à une femme de 70 ans à la date du présent jugement, le préjudice de M. G C résultant de sa perte de revenus future doit être fixé à une somme de 6 930 euros.

13. Il résulte de ce qui précède que l'indemnisation de la perte de revenus de M. G C doit être fixée à une somme de 9 968 euros, qu'il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP.

S'agissant du remboursement du prêt :

14. M. G C se prévaut d'un préjudice économique en lien avec un prêt souscrit par le couple en 2018 pour un montant en capital de 88 049,75 euros, qu'il est dorénavant seul à devoir rembourser, en l'absence de garantie de l'emprunt par un contrat d'assurance emprunteur. Il résulte de l'instruction que les époux C ont souhaité garantir les mensualités de remboursement de leur emprunt en cas de décès, et que, le 20 juillet 2018, la société d'assurance Metlife leur a adressé un projet d'assurance individuelle emprunteur. Si cette société d'assurance a accepté le 6 septembre 2018 de garantir M. G C, il résulte de l'instruction que Mme E D H épouse C n'a pas quant à elle renvoyé le questionnaire de santé complété, pourtant indispensable à la finalisation du contrat, et ce avant sa prise en charge le 13 septembre 2018 à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière. Par suite, l'absence de garantie de l'emprunt en cas de décès de Mme E D H épouse C n'est pas en lien direct et certain avec la faute de l'AP-HP. La demande indemnitaire présentée au titre du remboursement du prêt doit ainsi être écartée.

S'agissant des frais d'obsèques :

15. M. G C justifie avoir réglé la somme de 10 891,16 euros pour les prestations réalisées par les pompes funèbres lors des obsèques de son épouse, ainsi que pour la réalisation d'un caveau de deux places. L'AP-HP ne peut être tenue de rembourser les frais engagés par M. G C, certes au moment du décès de son épouse, mais qui ne la concernent pas exclusivement, à savoir la réalisation d'une seconde place dans le caveau. Par suite, il y a lieu de défalquer du total des factures présentées une somme de 770 euros, correspondant à la moitié du coût de fourniture et d'installation du caveau deux places. L'indemnisation de ce poste de préjudice doit ainsi être fixée à une somme de 10 121,16 euros, qui sera mise à la charge de l'AP-HP.

S'agissant des frais d'avocat :

16. Les frais de conseil et d'assistance des consorts C, dont l'utilité pendant la procédure amiable n'est pas remise en cause par l'AP-HP, sont établis par la production de deux relevés de frais et d'honoraires, pour la somme globale de 2 074,20 euros, qu'il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP.

S'agissant du préjudice d'accompagnement :

17. Ce poste répare les bouleversements de la vie quotidienne qui atteignent les proches de la victime directe de l'accident, jusqu'au décès de celle-ci.

18. Ainsi qu'il a été dit au point 7 du présent jugement, la durée de l'hospitalisation de Mme E D H épouse C, jusqu'à son décès le 29 septembre 2018, n'a pas excédé celle qui aurait été nécessaire, en l'absence de complication. Dans ces conditions, M. G C ne peut se prévaloir d'un bouleversement dans sa vie quotidienne du fait de l'hospitalisation de son épouse. Ce poste de préjudice sera donc écarté.

S'agissant du préjudice d'affection :

19. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection de M. G C, en le fixant à une somme de 25 000 euros, qu'il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP.

En ce qui concerne les préjudices de Mme A C et de Mme F C épouse B :

S'agissant du préjudice d'accompagnement :

20. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 18 du présent jugement, il y a lieu de rejeter cette demande.

S'agissant du préjudice d'affection :

21. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection des filles de la victime en le fixant à une somme de 6 000 euros chacune, qu'il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP.

Sur les intérêts :

22. Les sommes mentionnées aux points 8, 13, 15, 16, 19 et 21 du présent jugement seront assortie des intérêts à compter 28 juin 2019, date de la saisine de la CCI.

Sur les dépens :

23. La présente instance ne comporte aucuns dépens. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par les requérants doivent être rejetées.

Sur les frais non compris dans les dépens :

24. Il y a de lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser aux requérants.

25. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter la demande présentée par l'ONIAM sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1er : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales est mis hors de cause.

Article 2 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris versera à M. G C, à Mme A C et Mme F C épouse B, en leur qualité d'ayants droit de Mme E D H épouse C, une somme globale de 20 000 euros.

Article 3 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris versera à M. G C une somme de 47 163,36 euros en réparation de ses préjudices propres.

Article 4 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris versera à Mme A C une somme de 6 000 euros en réparation de ses préjudices propres.

Article 5 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris versera à Mme F C épouse B une somme de 6 000 euros en réparation de ses préjudices propres.

Article 6 : Ces sommes seront assorties des intérêts au taux légal à compter du 28 juin 2019.

Article 7 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris versera à M. G C, Mme A C et Mme F C épouse B une somme globale de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 9 : Le présent jugement sera notifié à M. G C, à Mme A C, à Mme F C épouse B, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à l'Assistance publique-hôpitaux de Paris et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Aube.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Marzoug, présidente,

Mme Lambert, première conseillère,

Mme Berland, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

La rapporteure,

F. Lambert

La présidente,

S. Marzoug

La greffière,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2222440/6-2 et 2309035/6-

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Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2530541

Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'une ressortissante ghanéenne. La juridiction a rejeté la requête, estimant que l'administration n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'état de santé de la requérante ne remplissait pas les conditions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir un titre de séjour. Le tribunal a également jugé que les autres moyens, notamment ceux relatifs à la durée de séjour et à la convention européenne des droits de l'homme, n'étaient pas fondés.

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Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2419955

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société Cerballiance visant à annuler l'opposition de l'ARS Île-de-France au transfert d'un site de son laboratoire de biologie médicale. Le tribunal a jugé que l'ARS était compétente pour prendre cette décision et que son refus, fondé sur le risque de dépassement du seuil de 25% de l'offre d'examens dans la zone de Paris, n'était entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation. La décision s'appuie sur les dispositions du code de la santé publique relatives à la régulation de l'implantation des laboratoires.

13/03/2026

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Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2432036

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13/03/2026

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Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2525763

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B... A... visant à annuler son obligation de quitter le territoire français (OQTF). La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était régulier, notamment quant à la compétence de sa signataire et à sa motivation, et qu'il ne méconnaissait pas les articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après le rejet définitif de la demande d'asile de la requérante.

13/03/2026

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