vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2222512 |
| Type | Décision |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | FALALA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 28 octobre 2022, 27 mars 2023, 31 mai 2023, 2 juin 2023 et 7 juin 2023, la SARL STP Optique, représentée par Me Violette, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 septembre 2022 par laquelle le directeur de la caisse primaire d'assurance maladie de Paris lui a infligé une pénalité financière de 4 643 euros ;
2°) à titre subsidiaire, de ramener cette pénalité à de plus justes proportions ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'un vice de forme en l'absence de mention de la qualité de son signataire ;
- elle est insuffisamment motivée en fait et en droit ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de transmission du procès-verbal de contrôle, méconnaissance des droits de la défense ;
- elle est entachée d'un défaut de base légale ;
- elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur de droit ;
- elle est disproportionnée par rapport à la gravité des faits reprochés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2023, la Caisse primaire d'assurance maladie de Paris, représentée par Me Falala, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la SARL STP Optique ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de la sécurité sociale,
- l'arrêté du 3 décembre 2018 portant modification des modalités de prise en charge de dispositifs médicaux et prestations associées pour la prise en charge d'optique médicale au chapitre 2 du titre II de la liste prévue à l'article L. 165-1 (LPP) du code de la sécurité sociale,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C
- les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique,
- et les observations de Me Violette, représentant la SARL STP Optique, et de Me Falala, représentant la caisse primaire d'assurance maladie de Paris.
Considérant ce qui suit :
1. La société STP Optique exploite un magasin d'optique, situé au 57 rue du Faubourg Saint-Antoine dans le onzième arrondissement de Paris. Par une décision du 2 septembre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de Paris lui a infligé une pénalité financière d'un montant de 4 643 euros en application des dispositions des articles L. 165-1-4 et R. 165-86 du code de la sécurité sociale. La société STP Optique demande au tribunal d'annuler cette décision ou, à défaut, de réduire le montant de la pénalité financière.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, par décision du 31 mars 2022, le directeur général de la Caisse nationale de l'assurance maladie a nommé M. B A, directeur général de la caisse primaire d'assurance maladie de Paris à compter du 12 juillet 2022. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le signataire de la décision attaquée n'était pas compétent, faute de rapporter la preuve de sa nomination à la date de cette décision.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L212-1 alinéa 1 du code de la justice administrative : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ".La décision attaquée comporte la mention lisible de la qualité de son auteur, contrairement à ce que soutient la requérante. Le moyen tiré du vice de forme doit, par suite, être écarté.
4. En troisième lieu, d'une part, une pénalité financière prononcée en application de l'article L. 165-1-4 du code de la sécurité sociale constitue une décision administrative infligeant une sanction qui doit être motivée au sens de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration. D'autre part, aux termes du II de l'article R. 165-86 du code de la sécurité sociale dans sa version applicable au litige : " Le directeur de l'organisme d'assurance maladie compétent notifie au fabricant ou au distributeur, par tout moyen donnant date certaine à sa réception, les motifs qui justifient le principe et le montant de la pénalité, le délai de règlement ainsi que les voies et délais de recours () ".
5. En l'espèce, la décision litigieuse, après avoir fait mention des textes applicables, se réfère de manière détaillée aux manquements constatés par l'agent agréé et assermenté de la caisse primaire d'assurance maladie de Paris lors du contrôle du 8 avril 2022, en précisant le nombre de montures de lunettes de classe A exigées par la règlementation, le nombre exposé en magasin et le nombre disponible en magasin, y compris en réserve, de montures pour adultes d'une part, et de montures pour enfants, d'autre part. Elle permet ainsi d'apprécier la gravité, la durée et la réitération éventuelle des manquements dont elle indique qu'ils justifient une pénalité financière. Si la décision attaquée vise l'article L. 165-1-4 IV du code de la sécurité sociale, sans citer expressément son 1° qui prévoit que le montant de la pénalité prononcée par la caisse ne peut être supérieur à 5 % du chiffre d'affaires hors taxes réalisé en France par l'entreprise, il ressort des pièces du dossier que cette précision avait été apportée à la société STP Optique par le courrier du 7 juin 2022 auquel la décision attaquée fait référence. Dans ces conditions, la décision attaquée énonce avec suffisamment de précisions les éléments de droit et de fait sur lesquels la caisse primaire d'assurance maladie s'est fondée pour prononcer à l'encontre de la société requérante une pénalité de 4 643 euros. Le moyen tiré de son insuffisante motivation, ne peut, dès lors, qu'être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes du I de l'article R. 165-86 du code de la sécurité sociale, dans sa version applicable au litige : " Lorsque le directeur de l'organisme d'assurance maladie compétent envisage de prononcer une des pénalités prévues au IV de l'article L. 165-1-4, il en informe, par tout moyen donnant date certaine à sa réception, le fabricant ou le distributeur concerné, en lui précisant les motifs pour lesquels une pénalité est envisagée. Dans le délai d'un mois suivant la réception de cette information, le fabricant ou le distributeur peut adresser ses observations écrites au directeur de l'organisme d'assurance maladie ou demander à être entendu par celui-ci ou par son représentant. ".
7. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'avis de réception de lettre recommandée versée au dossier, que le directeur général de la caisse primaire d'assurance maladie de Paris a notifié à la société requérante, par lettre du 7 juin 2022, dont la requérante a accusé réception par courrier daté du 15 juin suivant, les anomalies qui avaient été constatées lors d'un contrôle du 8 avril 2022 en application des dispositions des articles L. 165-1-4 et R. 165-86 du code de la sécurité sociale, en lui précisant que ces anomalies l'exposaient à une pénalité financière d'un montant de 5 % de son chiffre d'affaires hors taxes réalisé en France conformément aux dispositions de l'article L. 165-1-4 IV du code de la sécurité sociale. Cette lettre invitait la société STP Optique à présenter ses observations par écrit dans un délai d'un mois et lui indiquait qu'elle pouvait également demander à être entendue par le département de la caisse " Lutte contre la Fraude " dans le même délai. En réponse à cette notification, la société requérante a formulé des observations écrites par courrier du 15 juin 2022. La circonstance que le procès-verbal du contrôle effectué le 8 avril 2022, dont il ressort des pièces du dossier qu'il a été signé par la requérante, ne lui ait pas été ultérieurement transmis est en tout état de cause sans incidence sur la régularité de la procédure, alors qu'aucune disposition ni législative ni réglementaire n'impose au directeur de l'organisme d'assurance maladie la transmission de cette pièce au fabricant ou distributeur qui fait l'objet d'une sanction en application des dispositions susvisées du code de la sécurité sociale. Dans ces circonstances, la société STP Optique n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait été prise aux termes d'une procédure irrégulière.
8. En cinquième lieu, aux termes du I de l'article L. 165-1-4 du code de la sécurité sociale dans sa version applicable au présent litige : " I.- Les règles de distribution mentionnées au premier alinéa de l'article L. 165-1 peuvent comporter l'obligation, pour l'exploitant ou pour le distributeur au détail, de proposer et de disposer de certains produits ou prestations appartenant aux classes à prise en charge renforcée définies en application du deuxième alinéa du même article L. 165-1 () ". L'article VI.2 de l'arrêté du 3 décembre 2018 portant modification des modalités de prise en charge de dispositifs médicaux pour la prise en charge d'optique médicale prévue à l'article L. 165-1 du code de la sécurité sociale dispose : " Présence d'un nombre minimum de montures de classe A au sein de chaque point de distribution. / Chaque opticien-lunetier, qu'il soit physique ou virtuel en ligne, présente dans son point de vente au moins 35 montures de classe A pour adultes et de 20 montures de classe A pour enfants. Pour satisfaire ce seuil, un même modèle de montures ne peut être comptabilisé que jusqu'à 2 fois, pour deux coloris différents. Au moins 17 modèles différents doivent être disponibles pour les adultes, et au moins 10 modèles différents pour les enfants. L'ensemble de ces montures doivent être exposées au sein du point de vente, qu'il soit physique ou non, et accessibles au patient. Si le point de vente est destiné exclusivement à la vente d'équipements pour les adultes, d'une part, ou pour les enfants (jusqu'à 16 ans), d'autre part, seules les obligations de présentation de lunettes respectivement pour les adultes, ou pour les enfants, sont applicables. ".
9. D'une part, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus au point 6 que la décision attaquée se fonde sur les dispositions de l'article L. 165-1-4 IV du code de la sécurité sociale précitées. Le moyen tiré de ce qu'elle serait entachée d'un défaut de base légale doit dont être écarté.
10. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal de constatation dressé le 8 avril 2022 par un agent agréé et assermenté de la caisse primaire d'assurance maladie de Paris, qu'aucune monture de classe A n'était exposée lors du contrôle au sein du magasin exploité par la société requérante. Si cette dernière fait valoir qu'il n'a été tenu compte ni de l'impossibilité physique de mettre en présentation l'ensemble des montures nécessaires en raison de l'exiguïté du magasin ni des corrections apportées immédiatement, ces allégations ne sont en tout état de cause étayées par aucun élément. En outre, si la requérante fait valoir que 40 montures pour adultes étaient disponibles en réserve, alors que seules 35 devaient être exposées, elle ne conteste cependant pas le fait qu'aucune de ces montures n'était exposée, en méconnaissance des dispositions susvisées, et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles étaient accessibles aux clients. Il en est de même s'agissant des 6 montures pour enfants qui étaient également disponibles en réserve seulement, et dont le nombre est en tout état de cause inférieur à celui de 20 montures pour enfants devant être exposées conformément à la réglementation applicable. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le directeur général de la caisse primaire d'assurance maladie de Paris a prononcé à l'égard de la société requérante une sanction sur le fondement du I de l'article L. 165-1-4 du code de la sécurité sociale ne peut lui être imputé, qui n'est entachée ni d'erreur de fait, ni en tout état de cause d'erreur de droit.
11. En dernier lieu aux termes du IV de l'article L. 165-14 du code de la sécurité sociale dans sa version applicable au litige : " Le directeur de l'organisme d'assurance maladie compétent peut prononcer à l'encontre du prescripteur, de l'exploitant ou du distributeur au détail, après que celui-ci a été mis en mesure de présenter ses observations, une pénalité financière : / 1° D'un montant maximal de 5 % du chiffre d'affaires hors taxes total réalisé en France en cas de méconnaissance des obligations mentionnées au I ;() Le montant de la pénalité est fixé en fonction de la gravité, de la durée et de la réitération éventuelle des manquements. ".
12. La caisse primaire d'assurance maladie indique, sans être contredite, que le montant de 4 643 euros qu'elle a retenu correspond à 0,43 % du chiffre d'affaires annuel en France de la société requérante. Compte tenu de la circonstance qu'il s'agit d'un premier manquement, que le constat a été réalisé au cours d'une seule journée de contrôle et de ce que les obligations règlementaires d'exposition n'étaient aucunement satisfaites, il n'apparaît pas que le montant de 4 643 euros retenu pour ces motifs présente un caractère disproportionné. A cet égard, la circonstance, au demeurant non démontrée, de ce que cette sanction ferait peser une charge financière trop importante sur la requérante et de ce que celle-ci s'est, postérieurement à la sanction attaquée, conformée à ses obligations ainsi que cela ressort du procès-verbal d'audition établi le 1er juin 2023 à la suite d'un nouveau contrôle de la caisse primaire d'assurance, est sans incidence sur la démonstration du caractère disproportionné de la sanction attaquée.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la société STP Optique n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 2 septembre 2022 lui infligeant une pénalité financière, ni en tout état de cause la réduction du montant de cette pénalité.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la caisse primaire d'assurance maladie de Paris, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse à la société STP Optique une somme au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société requérante le versement de la somme de 1 500 euros à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société STP Optique est rejetée.
Article 2 : La société STP Optique versera la somme de 1 500 euros à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société STP Optique et à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris.
Copie en sera adressée à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Katia Weidenfeld, présidente,
Mme Katia de Schotten, première conseillère,
M. Amaury Rezard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.
La rapporteure,
K. C La présidente,
K. Weidenfeld
La greffière,
A. Cardon
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités., en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/6-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2411510
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la demande d'indemnisation du fils d'un tirailleur sénégalais décédé lors du massacre de Thiaroye en 1944. Le tribunal a jugé que l'action en responsabilité était prescrite, le délai de cinq ans prévu par la loi du 31 décembre 1945 étant écoulé depuis la connaissance du décès. La juridiction a ainsi fait primer les règles de prescription sur la reconnaissance historique des faits par les autorités françaises.
27/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401235
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B... D... visant à annuler la décision du conseil départemental de l'ordre des médecins de Paris refusant de poursuivre disciplinairement un médecin. Le tribunal a jugé que la décision ordinale, relevant d'un large pouvoir d'appréciation sur l'opportunité d'engager des poursuites, n'était pas une décision administrative individuelle défavorable à l'égard de la plaignante et n'avait donc pas à être motivée. Les moyens tirés du défaut de motivation et des vices de procédure ont été écartés.
20/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2600963
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté préfectoral ordonnant l'éloignement et l'interdiction de retour d'un ressortissant algérien titulaire d'un titre de séjour portugais valide. La juridiction a retenu que le préfet avait commis une erreur de fait et d'appréciation en considérant que l'intéressé séjournait irrégulièrement en France et menaçait l'ordre public. Elle a également enjoint l'administration de procéder à l'effacement du signalement Schengen dans un délai d'un mois.
20/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2527029
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour à une ressortissante malienne et lui enjoignant de quitter le territoire. La juridiction a annulé la décision du préfet de police, considérant que le refus de titre de séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) constituait une erreur manifeste d'appréciation au regard de la durée et des conditions d'intégration de l'intéressée en France. Le tribunal a enjoint à l'administration de réexaminer la situation de la requérante dans un délai de deux mois.
20/03/2026