mardi 10 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2222692 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET ADDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 octobre 2022, la société Focus et You, représentée par Me Khatri et Me Ménard, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 26 septembre 2022 par laquelle la Caisse des dépôts et consignation a suspendu son référencement sur le service dématérialisé mentionné à l'article L. 6323-9 du code du travail, pour une durée de neuf mois ;
2°) à titre subsidiaire, de réformer cette décision en ramenant la durée de la suspension à un mois ;
3°) d'enjoindre à la Caisse des dépôts et consignations de rétablir son référencement sur le service dématérialisé mentionné à l'article L. 6323-9 du code du travail sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de condamner la Caisse des dépôts et consignations à lui verser la somme de 512 177euros à titre de réparation des préjudices ayant résulté pour elle de l'illégalité de la décision attaquée ;
5°) de mettre à la charge de la Caisse des dépôts et consignations la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente pour ce faire ;
- la consultation prévue à l'article 4.2.2 des conditions particulières applicables aux organismes de formation n'a pas été mise en œuvre ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- la procédure contradictoire telle qu'elle a été mise en œuvre n'est pas conforme aux dispositions législatives et réglementaires ;
- la décision attaquée méconnaît le principe de sécurité juridique ;
- l'une des obligations qu'il lui est reproché d'avoir méconnues n'existait pas à la date à laquelle a été engagée la procédure contradictoire ;
- la Caisse des dépôts et consignations ne disposait pas de la compétence pour établir cette obligation ;
- la décision attaquée n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;
- elle n'a pas méconnu les obligations pesant sur elle ;
- la sanction illégale qui lui a été infligée est fautive et à l'origine, pour elle, d'un préjudice financier.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 septembre 2023, la Caisse des dépôts et consignations conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires de la requête et, subsidiairement, à leur rejet au fond, au rejet au fond des conclusions à fin d'annulation, et à ce que le tribunal mette à la charge de la société requérante la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le contentieux indemnitaire n'a pas été préalablement lié ;
- aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Marthinet,
- les conclusions de Mme Marcus, rapporteure publique,
- et les observations de Me Monfront, représentant la Caisse des dépôts et consignations.
Considérant ce qui suit :
1. La société Focus et You dispense des formations en matière d'aide à la création et reprise d'entreprise. A ce titre, elle était référencée sur le service dématérialisé prévu à l'article L. 6323-8 du code du travail. Par une décision du 26 septembre 2022, la Caisse des dépôts et consignations a, à titre de sanction, suspendu ce référencement pour une durée de neuf mois. La société Focus et You demande au tribunal d'annuler cette décision et de condamner la Caisse des dépôts et consignations à lui verser la somme de 512 177 euros à titre de réparation des préjudices ayant résulté pour elle de l'illégalité de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le cadre juridique du litige :
2. Aux termes du II de l'article L. 6323-6 du code du travail : " Sont () éligibles au compte personnel de formation, dans des conditions définies par décret : () / 4° Les actions de formation d'accompagnement et de conseil dispensées aux créateurs ou repreneurs d'entreprises ayant pour objet de réaliser leur projet de création ou de reprise d'entreprise et de pérenniser l'activité de celle-ci () ". En vertu de l'article D. 6323-7, l'opérateur peut refuser de dispenser à la personne les actions de formation, d'accompagnement et de conseil éligibles au compte personnel de formation mentionnées au 4° du II de l'article L. 6323-6, soit en raison du manque de consistance ou de viabilité économique du projet de création ou de reprise d'entreprise, soit lorsque le projet du créateur ou du repreneur ne correspond pas au champ de compétences de l'opérateur.
3. Aux termes de l'article L. 6323-9 du code du travail : " La Caisse des dépôts et consignations gère le compte personnel de formation, le service dématérialisé, ses conditions générales d'utilisation et le traitement automatisé mentionnés à l'article L. 6323-8 dans les conditions prévues au chapitre III du titre III du présent livre. Les conditions générales d'utilisation précisent les engagements souscrits par les titulaires du compte et les prestataires mentionnés à l'article L. 6351-1 ". Ces conditions revêtent le caractère d'un acte réglementaire.
4. Aux termes de l'article L. 6323-9-1 du même code : " Les prestataires mentionnés à l'article L. 6351-1 adressent à la Caisse des dépôts et consignations une demande de référencement sur le service dématérialisé mentionné à l'article L. 6323-9. / Ces prestataires sont référencés sur le service dématérialisé à condition : / () 2° De satisfaire aux conditions d'exercice dans le cadre du service dématérialisé, notamment à celles liées à l'éligibilité des actions prévues à l'article L. 6323-6 et à celles liées à la détention des autorisations et des certifications nécessaires, dont celles mentionnées à l'article L. 6316-1 du présent code et à l'article L. 1221-3 du code général des collectivités territoriales, ainsi que des habilitations délivrées par les ministères et les organismes certificateurs mentionnés à l'article L. 6113-2 du présent code () / 5° De satisfaire aux conditions prévues par les conditions générales d'utilisation du service dématérialisé prévues à l'article L. 6323-9 () / Lorsque les conditions de référencement mentionnées au présent article cessent d'être remplies, la Caisse des dépôts et consignations procède au déréférencement du prestataire () ". Aux termes de l'article R. 6333-6 du même code : " Lorsque la Caisse des dépôts et consignations constate un manquement de l'un des prestataires mentionnés à l'article L. 6351-1 aux engagements qu'il a souscrits, elle peut, selon la nature du manquement, lui prononcer un avertissement, refuser le paiement des prestations, demander le remboursement des sommes qu'elle lui a indûment versées et suspendre temporairement son référencement sur le service dématérialisé mentionné à l'article L. 6323-9. Ces mesures, proportionnées aux manquements constatés, sont prises après application d'une procédure contradictoire et selon des modalités que les conditions générales d'utilisation du service dématérialisé précisent. / La décision précise la ou les sanctions prononcées, et, en cas de déréférencement temporaire du prestataire mentionné à l'article L. 6351-1, sa date d'effet et sa durée qui ne peut excéder douze mois () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été prise à titre de sanction, en application de l'article R. 6333-6 du code du travail, et non, en application des dispositions précitées du neuvième alinéa de l'article L. 6323-9-1, en conséquence du simple constat de ce que les conditions de référencement auraient cessé d'être remplies.
6. Enfin, aux termes de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction () ". Aux termes de l'article 13.1.1 des conditions générales d'utilisation du service dématérialisé mentionné à l'article L. 6323-8 du code du travail : " En présence de tout différend entre la CDC d'une part et les OF ou Titulaires de compte d'autre part, les Parties conviennent d'appliquer la présente procédure aux fins de tenter de trouver un accord amiable. La CDC adresse par tout moyen physique ou dématérialisé permettant d'en garantir la date de réception, à la partie en manquement, une lettre d'observations. / A réception de la lettre d'observations, le Titulaire du compte ou l'Organisme de formation concerné bénéficie d'une période d'échange et de dialogue pour discuter des constats et observations adressés. Cette période est dite " Période Contradictoire " () "
En ce qui concerne la légalité externe :
7. Il ressort des pièces du dossier que, préalablement à l'adoption de la décision du
26 septembre 2022, la Caisse des dépôts et consignations a adressé à la société requérante, le 5 mai 2022, un courrier non nominatif et non daté intitulé " notification d'ouverture de la procédure contradictoire prévue à l'article 13 des Conditions générales d'utilisation de Mon compte formation " par lequel, après avoir procédé à l'énoncé d'un certain nombre de règles s'appliquant, selon elle, aux organismes référencés prodiguant des formations à la création et à la reprise d'entreprises, elle a informé son destinataire de ce qu'il était " constant que les actions de formation à la création et reprise d'entreprise [qu'elle propose] ne rempliss[ai]ent pas ces critères " et qu'elle disposait d'un délai de cinq jours pour mettre ses offres en conformité en procédant à leur modification ou à leur suppression.
8. Par ailleurs, par un courrier du 26 septembre 2022, la Caisse des dépôts et consignation, après avoir rappelé à la société Focus et You qu'étaient attendues de sa part, à la suite du précédent courrier, des justifications " de la viabilité économique du projet du stagiaire et sa capacité à l'accompagner dans son projet ", " de la réalité du suivi pédagogique mis en œuvre " et " du contenu de la formation ACRE, laquelle doit garantir l'apprentissage de compétence entrepreneuriales, à l'exception des gestes métiers ", s'est bornée à constater que " les justificatifs fournis ne sont pas conformes à ce qui était attendu " et, sur ce fondement, a prononcé la sanction litigieuse.
9. Ni le courrier du 5 mai 2022, ni la décision du 26 septembre suivant, tous deux rédigés en des termes stéréotypés, ne comportent l'énoncé précis des griefs retenus à l'encontre de la société Focus et You et qui ont fondé la décision en litige. Par ailleurs, ni le courrier du 5 mai 2022 ni la décision attaquée ne font mention des dispositions législatives ou réglementaires instituant les obligations dont la méconnaissance est imputée à la société requérante. Celle-ci n'a ainsi pas été mise à même de contester utilement les faits qui lui sont reprochés, dont la nature demeure largement indéterminée, et est, par suite, fondée à soutenir que la procédure contradictoire instituée par les conditions générales d'utilisation du service dématérialisé mentionné à l'article L. 6323-8 du code du travail a été méconnue, de même que l'obligation de motivation résultant de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la sanction attaquée doit être annulée, sans qu'il soit nécessaire d'examiner les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions indemnitaires :
11. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".
12. Il ne résulte pas de l'instruction que la société requérante ait adressé à la Caisse des dépôts et consignations une demande indemnitaire préalable tendant à l'indemnisation du préjudice subi par elle en raison de l'illégalité de la sanction qui lui a été infligée. En l'absence, au jour du présent jugement, de toute décision de la Caisse des dépôts et consignations rejetant une telle demande, les conclusions présentées par la société Focus et You et tendant à la condamnation de la Caisse des dépôts et consignations doivent être rejetées comme étant irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. En raison des motifs qui la fondent, et à défaut de précisions quant au respect par la société requérante, à la date du présent jugement, des conditions générales d'utilisation du service dématérialisé mentionné à l'article L. 6323-9 du code du travail, l'annulation de la décision attaquée n'implique pas que la Caisse des dépôts et consignations rétablisse le référencement de la société Focus et You.
Sur les frais du litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société requérante, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la Caisse des dépôts et consignations demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la Caisse des dépôts et consignations une somme de 1 800 euros à verser à la société Focus et You en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 26 septembre 2022 par laquelle la Caisse des dépôts et consignation a suspendu le référencement de la société Focus et You sur le service dématérialisé mentionné à l'article L. 6323-9 du code du travail pour une durée de neuf mois est annulée.
Article 2 : La Caisse des dépôts et consignations versera à la société Focus et You la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par la Caisse des dépôts et consignations sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Focus et You et à la Caisse des dépôts et consignations.
Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Bailly, présidente,
- M. Marthinet, premier conseiller,
- Mme Madé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.
Le rapporteur,
L. Marthinet
La présidente,
P. Bailly La greffière,
P. Tardy-Panit
La République mande et ordonne au Premier ministre, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2609180
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. D... C... visant à annuler le refus d'enregistrement de sa liste pour l'élection des conseillers des Français de l'étranger. Le tribunal a jugé que la déclaration de candidature, bien que déposée par courriel avant l'heure limite, n'avait été effectivement reçue et enregistrée par le consulat qu'après cette échéance, constituant ainsi un dépôt hors délai. La décision s'appuie sur les dispositions de l'article 19 de la loi n°2013-659 du 22 juillet 2013, qui fixe les conditions et délais de dépôt des candidatures.
28/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2609330
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de Mme C... visant à annuler le refus d'enregistrement de sa liste pour l'élection des conseillers des Français de l'étranger. Le tribunal a jugé que l'ambassadeur, en situation de compétence liée par la loi du 22 juillet 2013, devait refuser le récépissé définitif car la déclaration de candidature, déposée après l'heure limite locale (18h) et incomplète, ne satisfaisait pas aux conditions impératives de l'article 19 de cette loi. Les moyens invoqués par la requérante, notamment sur la confusion horaire ou les circonstances exceptionnelles, n'ont pas été retenus comme de nature à affecter cette appréciation légale.
28/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2609315
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler le refus d'enregistrement de sa liste pour l'élection des conseillers des Français de l'étranger en Algérie. Le tribunal a jugé que le consul général, agissant en situation de compétence liée, devait légalement refuser l'enregistrement car le dossier complet et conforme a été reçu après l'heure limite de dépôt fixée à 18h par l'article 19 de la loi du 22 juillet 2013. Les moyens invoqués par le requérant, notamment une erreur matérielle dans l'envoi, n'ont pas été retenus pour faire échec à cette obligation de rejet.
28/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2609178
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours en plein contentieux visant l'annulation du refus d'enregistrement d'une liste candidate aux élections des conseillers des Français de l'étranger pour la circonscription de Monaco. Le tribunal a annulé la décision du chef de poste consulaire, considérant que ce dernier avait excédé son pouvoir de contrôle en vérifiant des conditions non prévues par la loi, telle que l'inscription sur la liste électorale consulaire. La décision s'appuie sur l'article 19 de la loi n°2013-659 du 22 juillet 2013, qui limite strictement les motifs de refus d'enregistrement d'une candidature.
28/03/2026