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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2222779

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2222779

jeudi 14 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2222779
TypeOrdonnance
PublicationC
Avocat requérantLAUNOIS FLACELIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 octobre 2022, Mme A B, représentée par Me Launois, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 septembre 2021 par laquelle la commission de médiation de Paris a rejeté le recours amiable qu'elle avait déposé dans les conditions prévues au III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, en vue de se voir reconnue prioritaire pour bénéficier d'une offre d'hébergement ;

2°) d'enjoindre à la commission de médiation de Paris de la reconnaître prioritaire pour l'attribution d'un logement, ou à titre subsidiaire pour un hébergement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision litigieuse est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen approfondi de sa situation personnelle ;

- eu égard à son état de santé et à son handicap, il incombait à la commission de médiation de vérifier si l'hébergement dont elle bénéficie était adapté ou, s'il n'était pas possible d'identifier une telle possibilité d'hébergement, de la reconnaître comme prioritaire pour l'attribution d'un logement ; ainsi, en estimant que sa demande n'était pas fondée au seul motif qu'elle était hébergée, la commission de médiation a ajouté un critère non prévu par la loi et a commis une erreur de droit ;

- la commission a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation au regard de son handicap ; elle aurait dû, soit constater que la solution d'hébergement était inadaptée, soit qu'il convenait de la reconnaître comme prioritaire pour se voir proposer une offre de logement ;

- elle a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le 2 mai 2023, le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris a communiqué le dossier de l'intéressée, sur le fondement de l'article R. 772-8 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 juillet 2023, le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une décision du 23 août 2022, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à Mme B le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Raimbault, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes mentionnées à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Raimbault a été entendu au cours de l'audience publique.

L'instruction a été clôturée après appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a formé le 19 août 2021 un recours amiable devant la commission de médiation de Paris, en vue de se voir reconnue prioritaire pour bénéficier d'une offre d'hébergement. Par une décision du 30 septembre 2021, dont Mme B demande l'annulation, la commission a rejeté son recours au motif qu'elle était déjà hébergée.

2. Aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation :

" II. - La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. () Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement, ainsi que, le cas échéant, les mesures de diagnostic ou d'accompagnement social nécessaires. () III. - La commission de médiation peut également être saisie, sans condition de délai, par toute personne qui, sollicitant l'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande. () IV. - () Lorsque la commission de médiation, saisie d'une demande d'hébergement ou de logement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale dans les conditions prévues au III, estime qu'un tel accueil n'est pas adapté et qu'une offre de logement doit être faite, elle peut, si le demandeur remplit les conditions fixées aux deux premiers alinéas du II, le désigner comme prioritaire pour l'attribution d'un logement en urgence et transmettre au représentant de l'Etat dans le département ou, en Ile-de-France, au représentant de l'Etat dans la région cette demande aux fins de logement ".

3. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, Mme B était hébergée dans une résidence hôtelière à vocation sociale avec ses deux enfants nés en 2001 et 2003. L'ensemble de la famille ne disposait que de deux pièces, situées à l'étage et inaccessibles par ascenseur, alors que la requérante souffre de handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles, ainsi qu'il ressort notamment des certificats médicaux produits et des décisions de la commission départementale des droits et de l'autonomie des personnes handicapées, qui a tenu compte d'un taux d'incapacité situé entre 50 et 80%. La commission de médiation a rejeté le recours amiable de Mme B au seul motif qu'elle était déjà hébergée, sans examiner si ces modalités d'hébergement étaient adaptées à sa demande ni si une offre de logement devait lui être faite sur le fondement des dispositions précitées du IV de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitat. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que la commission de médiation de Paris a omis de procéder à un examen approfondi de sa situation personnelle et, pour ce motif et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, à en obtenir l'annulation.

4. Eu égard aux motifs du présent jugement, il y a seulement lieu d'enjoindre à la commission de médiation de Paris de réexaminer la situation de Mme B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre la somme de 1 000 euros à la charge de l'Etat à verser à Me Launois au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à condition que Me Launois renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 30 septembre 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commission de médiation de Paris de réexaminer la situation de Mme B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Me Launois au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à condition que Me Launois renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à Me Launois.

Copie en sera adressée au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

G. Raimbault

La greffière,

J. Iannizzi

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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