mardi 4 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2223179 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET WILLIAM AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 novembre 2022 et 31 janvier 2024, M. B C, représenté par Me William, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 8 septembre 2022 par laquelle l'inspecteur du travail a autorisé son licenciement pour motif économique ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, l'inspecteur du travail ayant limité son analyse de la situation économique de l'entreprise au secteur de la banque au détail ;
- l'inspecteur du travail a examiné la demande d'autorisation sur le fondement des difficultés économiques alors que celui-ci n'était pas invoqué par l'employeur ; il n'en a, par ailleurs, pas contrôlé la réalité ;
- l'inspecteur du travail n'a pas réellement examiné la situation économique de l'employeur ;
- la désignation de l'emploi occupé par le requérant est matériellement inexacte ;
- l'inspecteur du travail a commis une erreur de droit en omettant de vérifier la suppression de l'emploi occupé par le requérant ;
- l'exécution loyale et sérieuse des efforts de reclassement n'a pas été contrôlée ;
- la proposition de reclassement qui a été faite à le requérant ne satisfait pas aux exigences de l'article D. 1233-2-1 du code du travail et n'a pas respecté le périmètre légal ;
- la proposition de reclassement n'a pas respecté le périmètre légal ;
- la nécessité de mesures de sauvegarde de la compétitivité n'est pas établie, ni davantage l'effet sur sa situation économique des menaces pesant sur sa compétitivité;
- l'entretien préalable au licenciement s'est déroulé de manière irrégulière.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 avril 2023, le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités conclut au rejet des conclusions de la requête tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et s'en remet, pour le surplus, à la sagesse du tribunal.
Il s'en remet à la sagesse du tribunal pour ce qui concerne les moyens tirés de l'erreur de droit consistant dans la limitation de l'analyse de la situation économique de l'entreprise au secteur de la banque au détail et celui tiré de l'erreur matérielle dans la désignation du poste occupé par le requérant, et soutient que les autres moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 mai 2023, la société ING Bank, représentée par Me Merville, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. C la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Marthinet,
- les conclusions de Mme Castéra, rapporteure publique,
- et les observations de Me William, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. M. C a été recruté par la société ING Bank le 8 décembre 2009, en qualité de chargé de clientèle Senior, par un contrat à durée indéterminée. Il occupait, à la date de la décision attaquée, le poste de " chargé qualité et projet ". Il a été élu, le 27 septembre 2018, membre titulaire de la délégation du personnel au comité social et économique de l'entreprise. Par un courrier du 7 juillet 2022, son employeur a sollicité de l'inspecteur du travail l'autorisation de le licencier pour motif économique. Par une décision du 8 septembre 2022, l'inspecteur du travail a autorisé ce licenciement. M. C demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés protégés, qui bénéficient, dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle, est subordonné à une autorisation de l'inspecteur du travail dont dépend l'établissement. Lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, ce licenciement ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. Dans le cas où la demande d'autorisation de licenciement est fondée sur un motif de caractère économique, il appartient à l'inspecteur du travail et, le cas échéant, au ministre de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si la situation de l'entreprise justifie le licenciement, en tenant compte notamment de la nécessité des réductions envisagées d'effectifs et de la possibilité d'assurer le reclassement du salarié dans l'entreprise ou au sein du groupe auquel appartient cette dernière.
3. D'une part, aux termes de l'article L. 2411-5 du code du travail : " Le licenciement d'un membre élu de la délégation du personnel du comité social et économique, titulaire ou suppléant ou d'un représentant syndical au comité social et économique, ne peut intervenir qu'après autorisation de l'inspecteur du travail ". Aux termes de l'article R. 2421-12 du code du travail : " la décision de l'inspecteur du travail est motivée () ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 1233-3 du code du travail : " Constitue un licenciement pour motif économique le licenciement effectué par un employeur pour un ou plusieurs motifs non inhérents à la personne du salarié résultant d'une suppression ou transformation d'emploi ou d'une modification, refusée par le salarié, d'un élément essentiel du contrat de travail, consécutives notamment : / 1° A des difficultés économiques () 3° A une réorganisation de l'entreprise nécessaire à la sauvegarde de sa compétitivité () / Les difficultés économiques, les mutations technologiques ou la nécessité de sauvegarder la compétitivité de l'entreprise s'apprécient au niveau de cette entreprise si elle n'appartient pas à un groupe et, dans le cas contraire, au niveau du secteur d'activité commun à cette entreprise et aux entreprises du groupe auquel elle appartient, établies sur le territoire national () ".
5. En premier lieu, la décision attaquée ne mentionne ni le plan de sauvegarde de l'emploi sur lequel s'appuie la demande d'autorisation de licenciement, ni la date de la validation de ce plan. Elle ne fait pas davantage apparaître clairement la nature du motif économique sur le fondement duquel la demande a été examinée, l'article L. 1233-3 précité n'étant pas visé et les motifs faisant état, dans un premier temps, de " difficultés économiques " puis, dans un second, d'une " perte de compétitivité ". M. C est, dès lors, fondé à soutenir que la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée au regard des exigences de l'article R. 2421-12 du code du travail.
6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la société ING Bank a mis en place une réorganisation de sa succursale française consistant en l'abandon de son activité de banque au détail, pour ne plus conserver que son activité de banque d'investissement. Cette société appartenant à un groupe dont aucune autre entreprise n'est établie sur le territoire national, le motif économique, quel qu'il soit, s'apprécie au niveau de l'ensemble des activités de cette succursale. Il ressort cependant des motifs mêmes de la décision attaquée que l'inspecteur du travail, quelle que soit la cause économique qu'il a entendu retenir, l'a appréciée sur un périmètre limité à la seule activité de banque au détail de la succursale française de la société ING Bank. Par suite, M. C est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit.
7. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'activité de banque au détail de la succursale française de la société ING Bank était, à la date de la décision attaquée, en difficulté en raison, notamment, de la faiblesse de la part de marché détenue, de la persistance de taux d'intérêt négatifs diminuant fortement sa rentabilité, du coût très important de sa mise en conformité avec de nouvelles réglementations et d'un déficit persistant et croissant.
8. Cependant, l'activité de banque d'investissement de la même succursale était, pour sa part, à la même date, très profitable et résiliente, alors même que l'expert-comptable désigné par le comité social et économique a, dans un rapport rendu en juin 2021, souligné qu'une " partie non négligeable des produits issus de l'activité [de banque d'investissement] en France et/ou des clients français est comptabilisée à l'étranger " et que cette activité " génère autant de revenus à l'étranger qu'en France ". Par ailleurs, ni l'administration ni la société ING Bank n'ont produit le moindre élément prospectif relatif aux résultats attendus de l'activité de banque d'investissement pour les années 2021 et suivantes. Dans ces conditions, quand bien même le bénéfice dégagé en 2020 par l'activité de banque d'investissement n'a, pour la première fois, pas été suffisant pour compenser le déficit engendré par l'activité de banque au détail, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette situation, à la date de la décision attaquée, ait été de nature à laisser augurer des difficultés semblables dans les années suivantes ni, par suite, que les difficultés structurelles rencontrées par l'activité de banque de détail aient, à cette même date, été de nature à compromettre la compétitivité de la succursale française. M. C est, par suite, fondé à soutenir que la décision attaquée, à la supposer fondée sur la nécessité de sauvegarder la compétitivité de l'entreprise, est, à cet égard, entachée d'une erreur d'appréciation.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 8 septembre 2022 par laquelle l'inspecteur du travail a autorisé le licenciement pour motif économique de M. C doit être annulée.
Sur les frais du litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du requérant, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme réclamée par la société ING Bank au titre des frais du litige. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 8 septembre 2022 par laquelle l'inspecteur du travail a autorisé le licenciement pour motif économique de M. C est annulée.
Article 2 : L'Etat versera à M. C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de la société ING Bank tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à la société ING Bank et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Copie en sera adressée au directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités.
Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Bailly, présidente,
- M. Marthinet, premier conseiller,
- Mme Marcus, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.
Le rapporteur,
L. Marthinet
La présidente,
P. Bailly Le greffier,
Y. Fadel
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2609180
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. D... C... visant à annuler le refus d'enregistrement de sa liste pour l'élection des conseillers des Français de l'étranger. Le tribunal a jugé que la déclaration de candidature, bien que déposée par courriel avant l'heure limite, n'avait été effectivement reçue et enregistrée par le consulat qu'après cette échéance, constituant ainsi un dépôt hors délai. La décision s'appuie sur les dispositions de l'article 19 de la loi n°2013-659 du 22 juillet 2013, qui fixe les conditions et délais de dépôt des candidatures.
28/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2609330
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de Mme C... visant à annuler le refus d'enregistrement de sa liste pour l'élection des conseillers des Français de l'étranger. Le tribunal a jugé que l'ambassadeur, en situation de compétence liée par la loi du 22 juillet 2013, devait refuser le récépissé définitif car la déclaration de candidature, déposée après l'heure limite locale (18h) et incomplète, ne satisfaisait pas aux conditions impératives de l'article 19 de cette loi. Les moyens invoqués par la requérante, notamment sur la confusion horaire ou les circonstances exceptionnelles, n'ont pas été retenus comme de nature à affecter cette appréciation légale.
28/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2609315
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler le refus d'enregistrement de sa liste pour l'élection des conseillers des Français de l'étranger en Algérie. Le tribunal a jugé que le consul général, agissant en situation de compétence liée, devait légalement refuser l'enregistrement car le dossier complet et conforme a été reçu après l'heure limite de dépôt fixée à 18h par l'article 19 de la loi du 22 juillet 2013. Les moyens invoqués par le requérant, notamment une erreur matérielle dans l'envoi, n'ont pas été retenus pour faire échec à cette obligation de rejet.
28/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2609178
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours en plein contentieux visant l'annulation du refus d'enregistrement d'une liste candidate aux élections des conseillers des Français de l'étranger pour la circonscription de Monaco. Le tribunal a annulé la décision du chef de poste consulaire, considérant que ce dernier avait excédé son pouvoir de contrôle en vérifiant des conditions non prévues par la loi, telle que l'inscription sur la liste électorale consulaire. La décision s'appuie sur l'article 19 de la loi n°2013-659 du 22 juillet 2013, qui limite strictement les motifs de refus d'enregistrement d'une candidature.
28/03/2026