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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2223315

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2223315

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2223315
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET KCP KARBOWSKI CASANOVAS-VESCHEMBES DE PRITTWITZ (AARPI)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 novembre 2022, et un mémoire complémentaire, enregistré le 22 février 2024, M. B A, représenté par Me de Prittwitz, demande au tribunal :

1°) d'ordonner à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Assistance publique-hôpitaux de Paris) :

- de lui communiquer les radiographies pré et post-implantatoires qu'il y a effectuées ;

- de lui transmettre une nouvelle facture, sans erreur ni mention manuscrite, relative aux soins dentaires effectués ainsi qu'un devis non raturé ;

- de l'informer sur le décompte de l'examen médical du régime obligatoire de la sécurité sociale ;

- de lui attribuer un nouveau rendez-vous pour la suite des soins ;

2°) de condamner l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Assistance publique-hôpitaux de Paris) à lui payer la somme de 3 000 euros à titre de dommages intérêts en réparation de son préjudice ;

3°) de mettre à la charge de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Assistance publique-hôpitaux de Paris) les entiers dépens de l'instance et la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'hôpital ne lui a pas remis ses radiographies pré et post-implantatoires, en méconnaissance de l'obligation de communication des informations prévue à l'article L. 1111-7 du code de la santé publique ;

- l'hôpital ne lui a pas remis de feuille de soins ni de décompte du régime obligatoire de la sécurité sociale et lui a délivré une facture erronée ainsi qu'un devis raturé, en méconnaissance des dispositions des articles L. 1111-3-4 du code de la santé publique et R. 161-40 du code de la sécurité sociale ;

- les manquements de l'hôpital font obstacle au remboursement de ses soins dentaires par sa mutuelle ;

- il est dans l'attente d'un nouveau rendez-vous pour poursuivre ses soins ;

- il est fondé à demander l'indemnisation de ses préjudices causés par les manquements de l'hôpital.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2023, l'Assistance publique - hôpitaux de Paris (AP-HP) conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- une nouvelle facture sans erreur ni mention manuscrite et un devis non raturé ont été transmis à M. A le 16 mai 2022 ;

- un contact a été pris avec l'organisme complémentaire de M. A ;

- aucun décompte du régime obligatoire de la sécurité sociale n'a pu être réalisé dès lors que les soins dont a bénéficié M. A ne sont pas pris en charge par l'assurance maladie ;

- les examens radiologiques de M. A lui ont déjà été communiqués ;

- M. A a poursuivi ses soins à l'hôpital.

Par ordonnance du 22 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 mars 2024.

Par une lettre du 19 septembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur trois moyens relevés d'office tirés, d'une part, de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la communication des radiographies en tant qu'elles sont tardives, d'autre part, de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la communication de la facture, du devis, de la feuille de soins et du décompte du régime obligatoire de la sécurité sociale en tant que ces conclusions n'ont pas été précédées du recours obligatoire devant le commission d'accès aux documents administratifs, enfin, de l'irrecevabilité des conclusions tendant à enjoindre à l'administration de donner un rendez-vous à M. A en tant qu'il s'agit d'une injonction présentée à titre principal.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique,

- le code de la sécurité sociale,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lambert,

- et les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a fait l'objet, respectivement le 7 octobre 2019 et le 17 mars 2021, de la pose de deux vis de cicatrisation puis de deux implants osseux sur ses dents n°24 et n°26 à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, qui relève de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP). Il a demandé à sa mutuelle la prise en charge du coût de ces soins, s'établissant à la somme globale de 1 060 euros. Par un courrier du 30 mars 2021, la mutuelle de M. A lui a demandé de produire des pièces médicales et financières permettant de justifier de la réalité des soins. Par un courrier daté du 18 juillet 2021, M. A a demandé à l'AP-HP les pièces manquantes et l'AP-HP ne lui a pas répondu. M. A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle l'AP-HP a rejeté sa demande de communication de pièces. Il demande également au tribunal de condamner l'AP-HP à lui payer la somme de 3 000 euros en réparation de son préjudice.

Sur les conclusions à fin d'injonction présentées à titre principal :

2. Aux termes de l'article L. 911-1 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

3. Il résulte des dispositions précitées que le juge administratif ne dispose pas de pouvoirs d'injonction à titre principal, mais seulement du pouvoir de prescrire à l'administration de prendre les mesures d'exécution nécessairement impliquées par une de ses décisions. La demande par laquelle M. A demande au tribunal d'ordonner à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière de lui " attribuer un nouveau rendez-vous " est sans lien avec la décision dont l'annulation est demandée par le requérant. S'agissant d'une demande d'injonction présentée à titre principal, elle est irrecevable. Il y a donc lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction de la requête.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite portant refus de communication de documents :

En ce qui concerne les radiographies pré et post-implantatoires :

4. Aux termes de l'article R. 343-3 du code des relations entre le public et l'administration : " La commission [d'accès aux documents administratifs] notifie son avis à l'intéressé et à l'administration mise en cause, dans un délai d'un mois à compter de l'enregistrement de la demande au secrétariat. Cette administration informe la commission, dans le délai d'un mois qui suit la réception de cet avis, de la suite qu'elle entend donner à la demande. ". Aux termes de l'article R. 343-4 du même code : " Le silence gardé pendant le délai prévu à l'article R. 343-5 par l'administration mise en cause vaut décision de refus. ". Enfin, selon l'article R. 343-5 de ce code : " Le délai au terme duquel intervient la décision implicite de refus mentionnée à l'article R. 343-4 est de deux mois à compter de l'enregistrement de la demande de l'intéressé par la commission. ".

5. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier d'un courriel de l'AP-HP adressé à la commission d'accès aux documents administratifs (CADA) le 4 avril 2022 que, le 27 février 2022 au plus tard, cette commission a émis un avis favorable à la communication du dossier médical de M. A. Par suite, en application des dispositions citées ci-dessus, il appartenait à M. A, dans l'hypothèse où la communication de son dossier médical était incomplète, de saisir le tribunal dans le délai de deux mois suivant la décision de la CADA, soit le 28 avril 2022 au plus tard. Les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de l'AP-HP en tant qu'elle a rejeté sa demande de communication de pièces du dossier médical, introduites devant le tribunal le 9 novembre 2022, sont donc tardives. Il y a lieu de les rejeter.

En ce qui concerne les autres documents :

S'agissant de la facture et du devis :

6. D'une part, aux termes de l'article L. 342-1 du code des relations entre le public et l'administration : " La Commission d'accès aux documents administratifs émet des avis lorsqu'elle est saisie par une personne à qui est opposé un refus de communication ou un refus de publication d'un document administratif en application du titre Ier, un refus de consultation ou de communication des documents d'archives publiques, à l'exception des documents mentionnés au c de l'article L. 211-4 du code du patrimoine et des actes et documents produits ou reçus par les assemblées parlementaires, ou une décision défavorable en matière de réutilisation d'informations publiques. () ". Ces dispositions instituent un recours administratif préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux dirigé contre un refus de communication de documents administratifs.

7. Il est constant que la facture et le devis relatifs aux soins dentaires dont a bénéficié M. A sont des documents administratifs, dont le refus opposé à la demande de communication doit faire l'objet, avant la saisine du tribunal, d'un recours préalable obligatoire prévu par les dispositions précitées. Par suite, il appartenait à M. A de saisir la CADA préalablement à l'exercice de son recours contentieux. Les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite de l'AP-HP en tant qu'elle porte refus de communication de ces documents sont donc irrecevables et doivent être rejetées.

S'agissant de la feuille de soins et du " décompte de la sécurité sociale " :

8. L'AP-HP fait valoir qu'elle n'est pas en mesure d'émettre ces documents, dès lors que les soins dont a bénéficié M. A ne sont pas pris en charge par l'assurance maladie. Au soutien de cette affirmation, elle fait valoir que l'arrêté tarifaire d'odontologie applicable au 1er mars 2019 indique que le tarif en vigueur de cet acte est classifié " tarif hors nomenclature / non remboursable ". M. A ne conteste pas sérieusement cette affirmation. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de l'AP-HP en tant qu'elle a rejeté cette demande de communication de pièces doivent être rejetées. Au surplus, M. A n'établit pas avoir saisi la CADA préalablement à l'exercice de son recours contentieux.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

9. M. A ne qualifie pas ses préjudices. Sa demande indemnitaire, qui est donc dépourvue des précisions permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé, doit être rejetée.

Sur les frais du litige :

10. L'AP-HP n'étant pas la partie perdante, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de M. A présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Assistance publique - hôpitaux de Paris.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Marzoug, présidente,

Mme Lambert, première conseillère,

Mme Berland, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

La rapporteure,

F. Lambert

La présidente,

S. Marzoug

La greffière,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2223315/6-

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