vendredi 18 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2223560 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET FABRE & ASSOCIEES, SOCIÉTÉ D'AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 novembre 2022, et un mémoire complémentaire, enregistré le 3 septembre 2024, Mme F I veuve B, Mme D B épouse J, M. C B, M. H B et Mme A B épouse G, représentés par la Selarl Fabre et associées, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) à verser à Mme F I épouse B la somme globale de 137 178,11 euros, à Mme D B épouse J la somme globale de 110 500 euros, à Mme A B épouse G la somme globale de 70 300 euros, à M. C B la somme globale de 50 000 euros et à M. H B la somme globale de 50 000 euros, en réparation de leurs préjudices propres résultant du décès de M. E B, dont la responsabilité incombe selon eux à l'AP-HP ;
2°) de dire que ces sommes seront majorées des intérêts de droit au taux légal à compter du 22 octobre 2021 ;
3°) d'ordonner la capitalisation des intérêts ;
4°) de condamner l'AP-HP à leur verser la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- M. E B est décédé suite à un changement de sonde d'intubation entrepris sans les précautions élémentaires établies par la société française d'anesthésie et de réanimation (SFAR) ;
- il n'est pas décédé de son infection à la Covid 19 ;
- la responsabilité de l'AP-HP est engagée, à défaut de justifier des précautions prises avant le changement de sonde ainsi que des manœuvres de réanimation pratiquées sur la victime ;
- il existe un lien direct et certain entre la faute commise au cours du changement de sonde et le décès de M. E B ;
- Mme F I épouse B a subi un préjudice d'affection, évalué à la somme de 100 000 euros, et a pris en charge des frais d'obsèques à hauteur de la somme de 37 178,11 euros ;
- Mme D B épouse J a subi un préjudice d'affection, évalué à la somme de 100 000 euros, ainsi qu'un préjudice économique, évalué à la somme de 10 500 euros ;
- Mme A B épouse G a subi un préjudice d'affection, évalué à la somme de 70 000 euros, ainsi qu'un préjudice économique évalué à la somme de 300 euros ;
- M. C B et M. H B ont subi un préjudice d'affection, évalué à la somme de 50 000 euros chacun.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2024, l'AP-HP conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- à titre liminaire, la requête est irrecevable ;
- à titre principal, sa responsabilité n'est pas engagée, aucune faute ne pouvant être mise à sa charge ;
- en tout état de cause, il n'y a pas de lien de causalité entre le manquement allégué et le décès du patient ;
- à titre subsidiaire, si le tribunal devait retenir un manquement dans la prise en charge de M. E B, il conviendrait de faire application de la théorie de la perte de chance et de retenir un taux de 5% compte tenu de la gravité de l'état du patient.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris qui n'a pas produit d'observations.
Par une ordonnance du 3 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lambert,
- les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public,
- et les observations de Me Tordjman pour les requérants.
Considérant ce qui suit :
1. M. E B, alors âgé de soixante-sept ans, a été admis le 27 mars 2020 à l'hôpital Saint-Antoine, qui relève de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), pour une pneumopathie causée par la Covid-19. En état de détresse respiratoire, il a été transféré le 29 mars 2020 en service de soins intensifs. A compter du 5 avril 2020, son état a nécessité une intubation orotrachéale avec ventilation mécanique. Le 8 avril 2020, M. E B a fait un choc septique à staphylococcus aureus. Le 15 avril 2020, il a déclenché une hémorragie digestive haute. M. E B est décédé le 18 avril 2020 d'un arrêt cardio-respiratoire au cours d'une manœuvre de changement de sa sonde respiratoire.
2. L'épouse de M. E B et ses quatre enfants ont saisi le 22 octobre 2021 la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) d'Ile-de-France d'une demande indemnitaire. L'expert infectiologue-réanimateur désigné par la CCI a remis son rapport le 22 février 2022. Sur la base de l'avis rendu par la CCI le 21 avril 2022 qui retient la responsabilité de l'AP-HP, les consorts B ont adressé une demande indemnitaire à l'AP-HP, que celle-ci a rejeté par courrier reçu le 13 septembre 2022. Les consorts B demandent au tribunal la condamnation de l'AP-HP à les indemniser de leurs préjudices.
Sur la responsabilité de l'AP-HP :
3. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
4. Pour les requérants, la responsabilité de l'AP-HP est engagée du fait de la réalisation des manœuvres de changement de sonde. Selon eux, en présence d'un patient œdémateux à l'instar de M. E B, il convenait, préalablement à la manœuvre de désintubation, de mettre en place un mandrin afin d'éviter qu'au retrait de la sonde les voies respiratoires ne s'obstruent et d'avoir à disposition un charriot d'intubation difficile, comme le recommande la société française d'anesthésie réanimation. Ils allèguent également que face à l'échec de la ré-intubation, une trachéotomie aurait dû être réalisée pour éviter le décès de M. E B.
5. Cependant, il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport de l'expert désigné par la CCI, que M. E B est décédé d'une " pneumopathie hypoxémiante gravissime à SARS Covid 19 ayant évolué vers un syndrome de détresse respiratoire aigüe réfractaire et une défaillance multiviscérale ". Selon l'expert, aucun manquement ne peut être mis à la charge de l'AP-HP, tant en ce qui concerne l'élaboration du diagnostic et des facteurs de risque de gravité, le traitement et la prise en charge du patient, conformes aux recommandations disponibles à ce stade de la connaissance de l'épidémie de Covid-19 et sa surveillance, comme en témoigne son transfert rapide en soins intensifs, qu'en ce qui concerne la manœuvre de désintubation - ré-intubation pratiquée le 18 avril 2020 en urgence en raison de l'obstruction de la sonde, manœuvre au cours de laquelle M. E B est décédé.
6. Il résulte également du rapport d'expertise qu'une manœuvre de ré-intubation " sur un patient curarisé profondément hypoxique est toujours à très haut risque d'arrêt cardio-respiratoire " et que la manœuvre de ré-intubation n'a pas été suivie d'un échec, mais d'un " arrêt hypoxique non récupéré lors de la ré-intubation ". Il s'ensuit qu'aucun manquement de l'équipe médicale au cours de la manœuvre de ré-intubation de M. E B n'est caractérisé.
7. En tout état de cause, dès lors que, selon l'expert, le décès de M. E B était " inéluctable à court terme ", en raison d'un état de santé particulièrement dégradé constitué d'une pneumopathie hypoxémiante gravissime à SARS Covid ayant évolué vers un syndrome de détresse respiratoire aigüe (SDRA) réfractaire et une défaillance multiviscérale, et que " le problème de sonde d'intubation n'a donc éventuellement été à l'origine d'une perte de chance de survie de quelques heures ou au mieux de quelques jours dans ce contexte ", les manœuvres de changement de sonde, à les supposer même fautives, sont sans lien avec les préjudices invoqués par les requérants, qui procèdent du décès de M. E B et non des quelques heures ou quelques jours de survie dont la ré-intubation l'aurait privés.
8. Par ailleurs, à supposer même que les requérants aient entendu soutenir que l'absence de traçabilité des manœuvres effectuées pour le changement de sonde, des précautions prises et des tentatives de réanimation soit fautive, cette absence de traçabilité, à la supposer établie, est en tout état de cause sans lien avec le dommage.
9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par l'AP-HP, que la requête des consorts B doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête des consorts B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F I veuve B, Mme D B épouse J, M. C B, M. H B, Mme A B épouse G, à l'Assistance publique-hôpitaux de Paris et à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris.
Délibéré après l'audience du 27 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Marzoug, présidente,
Mme Lambert, première conseillère,
Mme Berland, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.
La rapporteure,
F. Lambert
La présidente,
S. MarzougLa greffière,
K. Bak-Piot
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2223560/6-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2530541
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'une ressortissante ghanéenne. La juridiction a rejeté la requête, estimant que l'administration n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'état de santé de la requérante ne remplissait pas les conditions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir un titre de séjour. Le tribunal a également jugé que les autres moyens, notamment ceux relatifs à la durée de séjour et à la convention européenne des droits de l'homme, n'étaient pas fondés.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2419955
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société Cerballiance visant à annuler l'opposition de l'ARS Île-de-France au transfert d'un site de son laboratoire de biologie médicale. Le tribunal a jugé que l'ARS était compétente pour prendre cette décision et que son refus, fondé sur le risque de dépassement du seuil de 25% de l'offre d'examens dans la zone de Paris, n'était entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation. La décision s'appuie sur les dispositions du code de la santé publique relatives à la régulation de l'implantation des laboratoires.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2432036
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de requérants demandant l'annulation du refus du ministre de la justice d'approuver leur projet de recueil légal par kafala d'une enfant marocaine. Le tribunal a jugé que la décision attaquée, prise en application de l'article 33 de la convention de La Haye du 19 octobre 1996, était régulière en droit et que le ministre avait légalement exercé son pouvoir d'appréciation pour refuser l'approbation au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. Les moyens tirés de l'incompétence et de la méconnaissance des conventions internationales ont été écartés.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2525763
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B... A... visant à annuler son obligation de quitter le territoire français (OQTF). La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était régulier, notamment quant à la compétence de sa signataire et à sa motivation, et qu'il ne méconnaissait pas les articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après le rejet définitif de la demande d'asile de la requérante.
13/03/2026