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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2224052

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2224052

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2224052
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET MEIER-BOURDEAU LÉCUYER & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire et un mémoire, enregistrés les 21 novembre et 7 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Guillaume Delarue, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du jury d'admission du centre national de la recherche scientifique (CNRS) relative à l'admission des candidats au concours de chargés de recherche à l'Institut des sciences humaines et sociales (concours n° 36/02 section 36) du 24 mai 2022 et la décision du 21 septembre 2022 par laquelle la présidente du jury d'admission a implicitement rejeté son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au CNRS de l'intégrer à un poste de chargé de recherche à l'Institut des sciences humaines et sociales, avec reconstitution de sa carrière et de ses droits sociaux ;

3°) de proposer une médiation aux parties ;

4°) de mettre à la charge du CNRS une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que les candidats du concours n'ont pas été informés de la composition du jury qui n'a pas fait l'objet d'une publication en méconnaissance des articles 22 du décret n° 83-1260 du 30 décembre 1983 et 1er du code civil ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît le principe d'égalité de traitement ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que le jury d'admission s'est prononcé sur des motifs étrangers à la valeur scientifique des candidats.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2023, le CNRS, représenté par Me Meier-Bourdeau, conclut au rejet de la requête au motif que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés. Il soutient également que les conclusions aux fins d'enjoindre au CNRS de l'intégrer sur un poste de chargé de recherche sont irrecevables et demande de mettre à la charge de M. A la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 83-1260 du 30 décembre 1983 fixant les dispositions statutaires communes aux corps de fonctionnaires des établissements publics scientifiques et technologiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gros, président,

- les conclusions de Mme Nikolic, rapporteure publique,

- et les observations Me Meier-Bourdeau, représentant le CNRS.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, recruté en qualité d'agent contractuel pour exercer les fonctions de chargé de recherche en sciences humaines et sociales au sein du CNRS à compter du 1er juin 2021, a candidaté au concours n° 36/02 (section 36 " Sociologie et sciences du droit ") organisé pour l'année 2022, pour l'accès au grade de chargé de recherche de classe normale du CNRS. M. A a été classé premier à l'issue de la délibération du jury d'admissibilité du 4 avril 2022 mais n'a pas été admis à l'issue de la délibération du jury d'admission du 24 mai 2022 contre laquelle il a formé un recours gracieux reçu le 21 juillet 2022. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de la délibération du jury d'admission du 24 mai 2022 et de la décision par laquelle la présidente du jury d'admission a implicitement rejeté son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 20 du décret n° 83-1260 du 30 décembre 1983 fixant les dispositions statutaires communes aux corps de fonctionnaires des établissements publics scientifiques et technologiques, dans sa rédaction applicable au litige : " Les concours de recrutement des chargés de recherche comportent une admissibilité et une admission ". Aux termes de l'article 21 du même décret, dans sa rédaction applicable au litige : " Le jury d'admissibilité est constitué des personnes de rang au moins égal à celui des emplois à pourvoir appartenant à l'instance d'évaluation de l'établissement compétente pour la discipline ou le groupe de disciplines dans lequel les emplois mis au concours sont à pourvoir. Le directeur général de l'établissement ou son représentant peut être entendu par le jury d'admissibilité. / Au sein du jury d'admissibilité, le directeur général de l'établissement peut constituer des sections de jury dont la compétence correspond à un domaine défini d'activités scientifiques. Des sections de jury peuvent également être constituées en raison du nombre de candidats. / Le jury ou, le cas échéant, la section de jury procède à l'examen des dossiers des candidats postulant au recrutement par concours. Ces dossiers comprennent notamment un relevé des diplômes, des titres et des travaux et un rapport sur le programme de recherche des candidats. Au terme de cet examen, le jury ou la section de jury établit un rapport sur l'ensemble des candidatures. Le jury, au vu des rapports, arrête la liste des candidats qui seront entendus. Le jury ou, le cas échéant, la section de jury procède à l'audition des candidats. / Toutefois, dans certaines disciplines fixées par arrêté du ministre chargé de la recherche et du ou des ministres chargés de la tutelle de l'établissement, dans lesquelles les recherches sont menées hors du territoire métropolitain, les concours pourront déroger à la règle de l'audition. / Au terme des auditions et au vu des rapports présentés par les sections, le jury établit la liste des candidats admissibles par ordre de mérite. Lorsque le nombre et la qualité des candidats auditionnés le permettent, la liste des candidats admissibles comprend un nombre de candidats au moins égal à une fois et demie le nombre de postes à pourvoir. Elle comprend au plus quatre fois ce nombre ". Aux termes de l'article 22 du même décret, dans sa rédaction applicable au litige : " Le jury d'admission est nommé par le directeur de l'établissement. Il est présidé par lui ou par son représentant. Il arrête la liste des candidats admis au vu des dossiers des candidats admissibles qui comportent notamment le rapport établi sur la candidature par le jury d'admissibilité. Il peut arrêter une liste d'admission complémentaire dans la limite de 10 p. 100 du nombre des postes prévus au concours ".

3. En premier lieu, la circonstance, à la supposer établie, que la décision nommant les membres du jury n'ait pas été publiée ou portée à la connaissance des candidats est sans influence sur la régularité des délibérations de ce jury et donc sur la légalité de la décision fixant la liste des candidats admis. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il n'appartient pas au juge administratif de contrôler l'appréciation faite par un jury de la valeur des candidats. Il lui appartient en revanche de vérifier que le jury a formé cette appréciation sans méconnaître les normes qui s'imposent à lui et que les notes qui ont été attribuées ne l'ont pas été sur le fondement d'autres considérations que la seule valeur des prestations des candidats.

5. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que le jury se serait fondé sur des éléments étrangers à l'appréciation de la valeur scientifique et aux mérites de M. A, nonobstant son classement en première position établi par le jury d'admissibilité dès lors que le jury d'admission porte une appréciation souveraine sur les mérites des candidats admissibles et n'est donc pas lié par la délibération du jury d'admissibilité. A cet égard, la seule circonstance que le jury d'admission se soit réunie durant quatre heures pour délibérer, n'est pas de nature à établir que l'appréciation de la candidature du requérant serait entachée d'une erreur d'appréciation ou empreinte de discrimination. En outre, il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire que le jury d'admission soit tenu de motiver ses délibérations, pas plus d'ailleurs que le déclassement de M. A du premier au huitième rang. Dès lors, l'appréciation portée par le jury sur la candidature de M. A, dont il n'est pas établi qu'elle ait été fondée sur des motifs autres que ceux tirés des mérites du candidat, n'est pas susceptible d'être remise en cause. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de l'erreur de droit, de la méconnaissance du principe d'égalité de traitement et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, sans qu'il y ait lieu de proposer préalablement une médiation aux parties.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le CNRS, les conclusions aux fins d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CNRS qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. A au titre des frais liés à l'instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du CNRS présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le CNRS au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au centre national de la recherche scientifique.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gros, président,

M. Feghouli, premier conseiller,

M. Rebellato, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 26 septembre 2024.

Le président-rapporteur,

L.GROSL'assesseur le plus ancien,

M. FEGHOULI

La greffière,

C. CHAKELIAN

La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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