mardi 19 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2224148 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | BEN LAKHAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 22 novembre 2022 et 3 avril 2023, Mme A, Victoria C, représentée par Me Ben Lakhal, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 29 septembre 2022 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a rejeté sa demande tendant à être autorisée à substituer à son nom de " C " celui d'" Evans " ;
2°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, de procéder au changement de nom ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme C soutient que :
- le garde des sceaux, ministre de la justice a méconnu l'article 61 du code civil et entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en ne lui reconnaissant pas un intérêt légitime à changer de nom ;
- il a commis une erreur de droit et méconnu le principe d'égalité en lui opposant que le nom proposé n'est ni un nom de famille français ni un patronyme issu de son onomastique familiale ;
- l'article 61-3-1 du code civil méconnait l'article 6 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;
- la décision litigieuse méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré 6 mars 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 4 avril 2023 la clôture de l'instruction a été fixée au 20 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 portant loi organique sur le Conseil Constitutionnel ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D ;
- les conclusions de M. Gualandi, rapporteur public ;
- et les observations de Me Bouzenoune, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, Victoria C, née le 16 août 1986, a été adoptée le 9 juin 1993 par M. B C E. Le 13 mai 2022, elle a demandé au garde des sceaux, ministre de la justice, de l'autoriser à substituer à son nom celui d'" Evans ". Par une décision du 29 septembre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, a rejeté sa demande. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de cette décision.
2. Aux termes de l'article 61 du code civil : " Toute personne qui justifie d'un intérêt légitime peut demander à changer de nom. / La demande de changement de nom peut avoir pour objet d'éviter l'extinction du nom porté par un ascendant ou un collatéral du demandeur jusqu'au quatrième degré ".
3. En premier lieu, la volonté d'abandonner un nom déshonoré constitue un intérêt légitime à changer de nom.
4. La requérante fait valoir que son père, M. B C E, producteur connu de télévision, de musique, de cinéma et de spectacles français, a fait l'objet de plusieurs accusations pour viols sur mineurs. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait été condamné après les accusations dont il a fait l'objet. En outre, ainsi que l'admet Mme C, son père est médiatiquement connu sous le seul nom de E, sans que n'est d'incidence à cet égard la circonstance que quelques articles puissent faire mention de son nom complet. La requérante ne conteste d'ailleurs pas que le nom de C est relativement répandu en France, ainsi que le précise la décision litigieuse. Par ailleurs, si elle justifie avoir été agressée en décembre 2021, il ne ressort pas des pièces du dossier que ce serait en raison du rapprochement qui a pu être fait entre son nom et celui de son père et qu'elle serait liée aux accusations dont il a fait l'objet. Enfin, Mme C ne produit aucun élément de nature à démontrer que son nom l'empêcherait de bénéficier d'opportunités professionnelles, ainsi qu'elle l'allègue. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que le garde des sceaux, ministre de la justice, a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation en considérant que l'intéressée ne justifiait pas d'un intérêt légitime sur ce fondement.
5. En deuxième lieu, la possession d'état qui résulte du caractère constant et ininterrompu, pendant plusieurs dizaines d'années, de l'usage d'un nom, peut caractériser l'intérêt légitime requis par les dispositions de l'article 61 du code civil.
6. Si la requérante fait valoir qu'elle fait un usage constant et ininterrompu du nom d'Evans tant dans sa vie personnelle que professionnelle, elle ne l'établit pas en se bornant à produire deux factures d'électricité au nom d'Evans d'octobre 2022 et mars 2023, deux documents médicaux d'août 2021, un RIB ainsi que des captures d'écrans de ses adresses électroniques et de son compte professionnel sur le réseau social Youtube au nom de " Victoria Evans ". Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le garde des sceaux, ministre de la justice, a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation en considérant qu'elle ne justifiait pas d'un intérêt légitime sur ce fondement.
7. En troisième lieu, une personne dont la demande de changement de nom a été rejetée ne peut utilement invoquer devant le juge, à l'appui de son recours contre ce refus, un motif différent de celui qu'elle avait initialement invoqué devant l'administration.
8. Dans son mémoire en réplique, la requérante fait valoir des motifs d'ordre affectif à changer de nom compte tenu de la plainte qu'elle a déposée contre son père le 29 septembre 2022, soit à la date de la décision attaquée, pour agression sexuelle sur mineurs de 15 ans par une personne ayant autorité. Toutefois, ce motif étant différent de ceux qu'elle avait initialement invoqués devant l'administration, elle ne peut utilement s'en prévaloir.
9. En quatrième lieu, comme le soutient la requérante, le ministre de la justice, garde des sceaux ne pouvait, sans commettre d'erreur de droit, s'opposer au nom qu'elle proposait aux motifs tirés de ce qu'il n'est ni un nom de famille français, ni un patronyme issu de son onomastique familiale. Toutefois, la décision attaquée est également fondée sur le motif, opposé à bon droit, tiré de l'absence d'intérêt légitime au sens de l'article 61 du code civil et il résulte de l'instruction que le garde des sceaux, ministre de la justice, aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur ce seul motif.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Si, en tant que moyen d'identification personnelle et de rattachement à une famille, le nom d'une personne concerne sa vie privée et familiale, les stipulations précitées ne font pas obstacle à ce que les autorités compétentes de l'État puissent en réglementer l'usage, notamment pour assurer une stabilité suffisante de l'état civil.
11. Il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu de ce qui a été dit aux points 4 et 6, et alors que la plainte de la requérante est toujours en cours d'instruction devant le juge judiciaire, que la décision attaquée refusant le changement de nom sollicité par Mme C porterait au droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte excessive au regard de l'intérêt public qui s'attache au respect des principes de dévolution et de fixité du nom établis par la loi.
12. En sixième lieu, aux termes de l'article 23-1 de l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 portant loi organique sur le Conseil Constitutionnel : " Devant les juridictions relevant du Conseil d'Etat ou de la Cour de cassation, le moyen tiré de ce qu'une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution est, à peine d'irrecevabilité, présenté dans un écrit distinct et motivé. ". Aux termes de l'article R. 771-4 du code de justice administrative : " L'irrecevabilité tirée du défaut de présentation, dans un mémoire distinct et motivé, du moyen visé à l'article précédent peut être opposée sans qu'il soit fait application des articles R 611-7 et R 612-1 ".
13. La requérante soutient que la décision attaquée méconnait le principe d'égalité, tel que garanti par l'article 6 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, dès lors qu'elle ne peut bénéficier, en ayant fait l'objet d'une adoption plénière par un seul parent, des dispositions de l'article 61-3-1 du code civil qui permettent aux personnes majeures de choisir entre le nom de leur père et leur mère. Par ce moyen, la requérante doit être regardée comme remettant en cause la conformité de dispositions législatives au regard d'une disposition constitutionnelle. Toutefois, l'inconstitutionnalité de la loi ne peut être invoquée devant le juge en dehors de la procédure de la question prioritaire de constitutionnalité. Or, ce moyen n'a pas été présenté par un mémoire distinct de la requête introductive d'instance. Par suite, il est irrecevable.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A, Victoria C et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Philippe Séval, président,
Mme Chloé Hombourger, première conseillère,
Mme Sybille Mareuse, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.
La rapporteure,
S. D
Le président,
J.-P Séval
La greffière,
S. Rahmouni
La République mande et ordonne au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/4-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401325
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... contre la décision de non-opposition à la déclaration préalable de la société SFR pour l’implantation d’antennes de radiotéléphonie mobile à Paris 13e. Le tribunal a d’abord jugé que M. B... ne justifiait pas d’un intérêt à agir suffisant au sens de l’article L. 600-1-2 du code de l’urbanisme, car il n’a pas démontré que le projet affecterait directement ses conditions de jouissance de son bien. Par suite, la requête a été déclarée irrecevable, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens, notamment ceux tirés de l’absence d’avis de l’architecte des bâtiments de France ou de la méconnaissance de l’article R. 111-27 du code de l’urbanisme.
06/01/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2324980
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... contestant son expulsion du territoire français en urgence absolue, décidée par le ministre de l'intérieur le 22 octobre 2023. Le tribunal a jugé que la procédure d'urgence absolue, prévue à l'article L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dispensait de consulter la commission spéciale d'expulsion, et que les autres moyens, notamment le détournement de procédure et la méconnaissance des articles L. 631-3 et L. 252-1, n'étaient pas fondés.
06/01/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2431132
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui demandait l’annulation d’un arrêté d’expulsion du 21 octobre 2024 et de la décision d’assignation à résidence prise le même jour par le préfet de police. Le tribunal a jugé que l’arrêté d’expulsion était suffisamment motivé et que le préfet n’avait pas commis d’erreur d’appréciation en considérant la présence de l’intéressé comme une menace grave pour l’ordre public, au vu de ses condamnations pénales. La solution retenue s’appuie sur les articles L. 631-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ainsi que sur les articles 8 de la Convention européenne des droits de l’homme et 3-1 de la Convention internationale des droits de l’enfant, sans que ces derniers soient méconnus.
06/01/2026