vendredi 6 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2224343 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET THEMIS AVOCATS & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 novembre 2022, M. A C, représenté par Me Ciaudo, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 14 juin 2022 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a interdit l'accès des personnes détenues au numéro 55 de la publication l'Envolée du mois de mai 2022 dans l'ensemble des établissements pénitentiaires ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 à verser à Me Ciaudo.
Il soutient que :
- la décision en litige est entachée du vice d'incompétence de son signataire ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les propos qu'elle vise ne sont pas diffamatoires en tant qu'ils ont été prononcés lors d'un procès ;
- aucune plainte en diffamation n'a été déposée par le ministre de la justice.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.
Par une ordonnance du 8 octobre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 octobre 2024.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 26 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code pénitentiaire,
- la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lambert,
- et les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 14 juin 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice a interdit l'accès des personnes détenues au numéro 55 du journal l'Envolée du mois de mai 2022 dans l'ensemble des établissements pénitentiaires. M. C, détenu au centre de détention de Joux-la-Ville et abonné à ce journal, demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe de la décision attaquée :
2. Aux termes de l'article R. 370-5 du code pénitentiaire : " L'interdiction pour les personnes détenues d'accéder à une publication écrite ou audiovisuelle contenant des menaces graves contre la sécurité des personnes et des établissements pénitentiaires ou des propos ou signes injurieux ou diffamatoires à l'encontre des agents et collaborateurs du service public pénitentiaire ou des personnes détenues est prise par le garde des sceaux, ministre de la justice, lorsqu'elle concerne l'ensemble des établissements pénitentiaires ou, dans les autres cas, par le directeur interrégional des services pénitentiaires territorialement compétent. ".
3. Le signataire de la décision attaquée, M. C B, a été nommé directeur de l'administration pénitentiaire à compter du 8 mars 2021 par décret du Président de la République, régulièrement publié au Journal officiel de la République française du 18 février 2021. Il a reçu délégation de signature, par décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement, à l'effet de signer au nom du garde des sceaux, ministre de la justice, tous actes relatifs aux affaires des services placés sous son autorité à l'exception des décrets. Par suite, M. B était compétent pour signer au nom du garde des sceaux, ministre de la justice, la décision en litige. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne de la décision attaquée :
4. Aux termes de l'article L. 370-1 du code pénitentiaire : " Les personnes détenues ont accès aux publications écrites et audiovisuelles. / Toutefois, l'autorité administrative peut interdire l'accès des personnes détenues aux publications contenant des menaces graves contre la sécurité des personnes et des établissements ou des propos ou signes injurieux ou diffamatoires à l'encontre des agents et collaborateurs du service public pénitentiaire ainsi que des personnes détenues. () ".
5. Pour prendre la décision attaquée, le garde des sceaux, ministre de la justice a, après avoir relevé que l'article litigieux, intitulé " Distribution de permis de tuer au tribunal de La Rochelle ", paru dans le numéro 55 du journal l'Envolée aux pages 24 à 29, contenait des propos alléguant que l'administration pénitentiaire enseigne à ses personnels des gestes professionnels portant atteinte à la dignité de la personne humaine, qualifiés par l'auteur de l'article de " arsenal habituel " et de " horreur tellement banale et généralisée ", tels que " étranglement, pliage, pose de bâillon ", et que cet article imputait le décès d'une personne détenue survenu en détention à des gestes professionnels qui ont été " enseignés à l'école de la matonnerie de Fleury ", estimé que de tels propos, qui portent une atteinte grave à la crédibilité et à l'honneur de l'administration pénitentiaire et de ses personnels en ce qu'ils imputent à la formation enseignée aux personnels pénitentiaires des contenus contraires à la dignité de la personne humaine, revêtaient un caractère diffamatoire à l'égard de l'administration pénitentiaire ainsi qu'à l'encontre des agents dont elle assure la formation.
6. M. C soutient que les propos litigieux ne sont pas diffamatoires, dès lors qu'il s'agit de propos retraçant les éléments du procès qui s'est déroulé au tribunal correctionnel de La Rochelle du 9 novembre au 1er décembre 2021, procès au cours duquel ont été jugés sept agents pénitentiaires impliqués dans le décès d'un détenu à la maison centrale de Saint Martin de Ré le 9 août 2016. Toutefois, la circonstance que les propos en cause auraient été tenus par les agents pénitentiaires poursuivis pénalement lors de leur procès et qu'ils aient été relayés par des articles de presse ne suffit pas à établir qu'ils ne présenteraient pas un caractère diffamatoire. Par ailleurs, la circonstance qu'aucune plainte en diffamation n'aurait été déposée par le garde des sceaux, ministre de la justice est sans incidence sur l'appréciation de la légalité de la décision attaquée, dès lors qu'il ne ressort ni des dispositions précitées de l'article L. 370-1 du code pénitentiaire ni d'aucun autre texte législatif ou réglementaire ni d'aucun principe que l'autorité administrative, à laquelle il appartient d'apprécier, sous le contrôle du juge administratif, le caractère diffamatoire à l'origine de la mesure de police portant interdiction d'accès des détenus à une publication sur le fondement des dispositions de l'article L. 370-1 du code pénitentiaire, est tenue, avant l'édiction d'une telle mesure par laquelle elle interdit l'accès des personnes détenues à une publication au sein des établissements pénitentiaires, de saisir le juge judiciaire d'une plainte pénale ou d'une action civile en vue de faire reconnaître le caractère diffamatoire des propos motivant cette décision. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que les propos sur lesquels est fondée la décision attaquée ne seraient pas diffamatoires, voire injurieux, au sens et pour l'application de l'article L. 370-1 du code pénitentiaire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.
Sur les frais d'instance :
7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Ciaudo et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 15 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Marzoug, présidente,
Mme Lambert, première conseillère,
Mme Berland, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.
La rapporteure,
F. Lambert
La présidente,
S. Marzoug
La greffière,
K. Bak-Piot
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2224343/6-2
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2530541
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'une ressortissante ghanéenne. La juridiction a rejeté la requête, estimant que l'administration n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'état de santé de la requérante ne remplissait pas les conditions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir un titre de séjour. Le tribunal a également jugé que les autres moyens, notamment ceux relatifs à la durée de séjour et à la convention européenne des droits de l'homme, n'étaient pas fondés.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2419955
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société Cerballiance visant à annuler l'opposition de l'ARS Île-de-France au transfert d'un site de son laboratoire de biologie médicale. Le tribunal a jugé que l'ARS était compétente pour prendre cette décision et que son refus, fondé sur le risque de dépassement du seuil de 25% de l'offre d'examens dans la zone de Paris, n'était entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation. La décision s'appuie sur les dispositions du code de la santé publique relatives à la régulation de l'implantation des laboratoires.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2432036
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de requérants demandant l'annulation du refus du ministre de la justice d'approuver leur projet de recueil légal par kafala d'une enfant marocaine. Le tribunal a jugé que la décision attaquée, prise en application de l'article 33 de la convention de La Haye du 19 octobre 1996, était régulière en droit et que le ministre avait légalement exercé son pouvoir d'appréciation pour refuser l'approbation au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. Les moyens tirés de l'incompétence et de la méconnaissance des conventions internationales ont été écartés.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2525763
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B... A... visant à annuler son obligation de quitter le territoire français (OQTF). La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était régulier, notamment quant à la compétence de sa signataire et à sa motivation, et qu'il ne méconnaissait pas les articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après le rejet définitif de la demande d'asile de la requérante.
13/03/2026