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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2224429

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2224429

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2224429
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET DE LA GRANGE ET FITOUSSI AVOCATS (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 25 novembre 2022, le 13 mars 2024, le 15 avril 2024 et le 19 avril 2024, M. I B de G et Mme D de H, représentés par Me Duquesne-Clerc, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à verser à M. B de G la somme de 919 275,61 euros en réparation de ses préjudices ;

2°) de condamner l'ONIAM à verser à Mme A de H la somme de 30 000 euros en réparation de ses préjudices ;

3°) de mettre à la charge de l'ONIAM les entiers dépens ;

4°) de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- lors de son hospitalisation à l'hôpital Tenon à compter du 30 octobre 2019, M. B de G a été victime d'une infection présentant un caractère nosocomial à l'origine d'un déficit fonctionnel permanent évalué par les experts désignés par la commission de conciliation et d'indemnisation d'Ile-de-France à 33 %, lui ouvrant droit à la prise en charge de ses préjudices au titre de la solidarité nationale sur le fondement du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ;

- à titre subsidiaire, dans l'hypothèse où l'infection qu'il a contractée serait regardée comme une infection iatrogène, celle-ci a causé un dommage grave et anormal de sorte que l'ONIAM doit être déclaré responsable de la prise en charge de ses préjudices au titre de la solidarité nationale sur le fondement du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ;

- M. B de G a subi les préjudices suivants :

* déficit fonctionnel temporaire qui doit être réparé à hauteur de 6 448,80 euros ;

* souffrances endurées évaluées à la somme de 15 000 euros ;

* préjudice esthétique temporaire à hauteur de 6 000 euros ;

* assistance à tierce personne à hauteur de 22 447,50 euros ;

* perte de gains professionnels actuels évaluée à 36 302,28 euros ;

* déficit fonctionnel permanent à hauteur de 123 420 euros ;

* préjudice d'agrément à hauteur de 20 000 euros ;

* préjudice esthétique permanent pour 7 000 euros ,

* préjudice sexuel pour 10 000 euros ;

* dépenses de santé au titre des arrérages futurs pour 700 euros ;

* frais de véhicule adapté pour 23 328,25 euros ;

* perte de gains professionnels futurs à hauteur de 598 628,78 euros à parfaire ;

* incidence professionnelle pour 50 000 euros ;

* les postes de préjudice des dépenses de santé actuelles et futures au titre des arrérages non échus, du préjudice lié à une pathologie évolutive et de la perte de droits à retraite seront réservés ;

- Mme A de H a subi un préjudice moral, un préjudice d'accompagnement et un préjudice sexuel qui doivent être réparés à hauteur de 10 000 euros chacun.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 février, 12 avril, 16 avril et 24 avril 2024, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par la Selarl De la Grange et Fitoussi Avocats, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge des requérants de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à titre subsidiaire, à ce que l'indemnisation de M. B de G soit ramenée à de plus justes proportions et au rejet des demandes de Mme A de H et, à titre infiniment subsidiaire, à ce que l'indemnisation des frais d'assistance à tierce personne soit fixée à hauteur de 19 448 euros et de la perte de gains futurs à la somme de 129 428 euros et au rejet des autres demandes.

Il soutient que :

- les conditions d'une indemnisation au titre de la solidarité nationale ne sont pas remplies, dès lors que l'infection contractée par le requérant ne présente pas de caractère nosocomial et que, si elle est qualifiée d'infection iatrogène, elle ne remplit pas la condition d'anormalité ;

- à titre subsidiaire, l'indemnisation du déficit fonctionnel temporaire se limitera à la somme de 4 478,34 euros, celle du préjudice esthétique temporaire à 3 000 euros, celle de la perte de gains professionnels actuels à 17 745,28 euros, celle de l'assistance à tierce personne à 19 448 euros, celle du déficit fonctionnel permanent à 73 467 euros, celle du préjudice esthétique permanent à 3 500 euros, celle du préjudice sexuel à 3 000 euros, celle de l'incidence professionnelle à 10 000 euros et les autres demandes seront rejetées ;

- à titre infiniment subsidiaire, l'indemnisation des frais d'assistance à tierce personne sera fixée à la somme de 19 448 euros et de la perte de gains futurs à la somme de 129 428 euros et les autres demandes seront rejetées.

Par ordonnance du 16 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 avril 2024.

Par lettre du 22 mai 2024, une pièce a été demandée aux requérants en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.

Cette pièce a été enregistrée le 22 mai 2024 et communiquée aux autres parties.

Vu :

- le code de la santé publique,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Deniel,

- les conclusions de M. Thulard, rapporteur public,

- et les observations de Me Vallès, représentant M. B de G et Mme A H.

Considérant ce qui suit :

1. M. B de G, qui souffrait d'un cancer du testicule droit métastasé au niveau pulmonaire, médiastinal et hépatique, a été pris en charge à l'hôpital européen Georges Pompidou, où il a subi une cure de chimiothérapie à compter du 17 janvier 2019 et une orchidectomie le 8 mai 2019. Une métastase cérébrale ayant été diagnostiquée, il a été pris en charge à compter du 24 septembre 2019 au sein de l'hôpital Tenon pour une cure de chimiothérapie de seconde ligne et intensification par greffe autologue. Au cours du deuxième cycle de chimiothérapie, M. B de G a contracté une aspergillose invasive avec atteinte des sinus maxillaire et sphénoïdal étendue à l'orbite gauche. Le 6 décembre 2019, il a subi une maxillectomie supérieure avec excentration orbitaire gauche et une sphénoïdoctomie nécessitant par la suite la pose d'une prothèse oculaire et plusieurs lipofillings de la cavité orbitaire gauche. M. B de G a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) d'Ile-de-France le 3 septembre 2021, laquelle a désigné deux experts qui ont rendu leur rapport le 11 décembre 2021. Dans un avis du 5 mai 2022, la CCI a conclu à l'absence de responsabilité de l'Assistance publique-hôpitaux de A et de prise en charge de la réparation du dommage au titre de la solidarité nationale. Le 4 octobre 2022, M. B de G a présenté une demande d'indemnisation préalable à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), qui a été rejetée par une décision du 6 octobre suivant. M. B de G et son épouse, Mme A de H, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures, de condamner l'ONIAM à verser en réparation de leurs préjudices la somme de 919 275,61 euros à M. B de G, d'une part, et la somme de 30 000 euros à Mme A de H, d'autre part.

Sur la réparation au titre de la solidarité nationale :

2. Selon le deuxième alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. ". Aux termes de l'article L. 1142-1-1 du même code : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : / 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé par référence au barème mentionné au II du même article, ainsi que les décès provoqués par ces infections nosocomiales () ".

3. Doit être regardée comme présentant un caractère nosocomial au sens de ces dispositions une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge. Il n'y a pas lieu de tenir compte de ce que la cause directe de cette infection a un lien avec une pathologie préexistante ou l'état initial du patient.

4. Il est constant qu'au cours de son hospitalisation à l'hôpital Tenon du 29 octobre au 23 décembre 2019, M. B de G a présenté une aspergillose invasive. Dans son avis du 5 mai 2022, la CCI a estimé que cette infection ne présentait pas de caractère nosocomial dès lors qu'elle est " survenue chez un patient présentant un déficit immunitaire majeur induit par l'intensification thérapeutique avec greffe vitale dans le cadre de son cancer ". Elle a conclu que cette infection était " indissociable de la gravité de sa pathologie et de la lourdeur des traitements qui lui sont inhérents ". Toutefois, alors même que les experts ont indiqué que la porte d'entrée de cette infection n'était pas déterminable dans le cadre de l'aplasie thérapeutique, ils ont conclu qu'il s'agissait d'une " infection associée aux soins survenue au cours de l'intensification thérapeutique avec greffe de CSH " et que le dommage subi par l'intéressé était totalement dû à cette infection. Alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que cette infection aurait été présente ou en incubation au début de cette prise en charge, la circonstance que la rechute tumorale de M. B de G ait nécessité une aplasie thérapeutique par greffes de cellules souches induisant un état d'immunodépression le rendant particulièrement vulnérable aux infections, ne suffit pas à priver cette infection de son caractère nosocomial quand bien même, ainsi que le fait valoir l'ONIAM, les complications infectieuses étaient très difficiles à prévenir. Dans ces conditions, l'ONIAM n'établissant pas que l'aspergillose invasive aurait une autre origine que la prise en charge à l'hôpital Tenon, cette infection doit être regardée comme présentant un caractère nosocomial.

5. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise du 11 décembre 2021, que M. B de G présente un déficit fonctionnel permanent de 33 % en lien direct et exclusif avec l'infection nosocomiale contractée à l'hôpital Tenon, résultant d'une cécité de l'œil gauche, de larmoiements et de problèmes psychologiques nés d'une altération de son image personnelle. Ce taux d'atteinte permanente à son intégrité physique ou psychique est supérieur à celui ouvrant droit à réparation au titre de la solidarité nationale, en application des dispositions précitées de l'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique. Il en résulte que M. B G est fondé à soutenir que la réparation de son dommage relève de la solidarité nationale et incombe à l'ONIAM.

Sur l'indemnisation des préjudices :

En ce qui concerne M. B de G :

6. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que l'état de santé de M. B de G, né le 25 août 1991, est consolidé depuis le 8 octobre 2021.

S'agissant des préjudices patrimoniaux temporaires :

Quant aux dépenses de santé :

7. M. B de G justifie que la somme de 700 euros, correspondant à dix séances chez un psychologue clinicien entre le 23 juin et le 27 octobre 2020, est restée à sa charge. Il est par suite fondé à en demander l'indemnisation.

8. Ainsi que le demande M. B de G, le poste de préjudice correspondant aux autres dépenses de santé restées à sa charge, qu'il a expressément exclues de sa requête indemnitaire, doit être réservé.

Quant à l'assistance à tierce personne :

9. Lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.

10. Il résulte de l'instruction que l'infection nosocomiale contractée par M. B G a nécessité, du 24 décembre 2019 au 8 octobre 2021, le recours à une assistance par tierce-personne, à hauteur de deux heures par jour pour l'aide à la vie quotidienne et les courses notamment, et de deux heures par semaine pour le ménage. En retenant un montant horaire égal au salaire minimum interprofessionnel de croissance augmenté des cotisations sociales, sur la base d'une année de 412 jours pour tenir compte des congés payés et des jours fériés, soit 20,50 euros en moyenne, le préjudice indemnisable de M. B de G au titre du besoin d'assistance par une tierce personne jusqu'à la date de consolidation, le 8 octobre 2021, peut être fixé à une somme de 30 680 euros.

Quant à la perte de gains professionnels actuels :

11. Il résulte de l'instruction que M. B de G exerçait en qualité d'avocat au sein d'un cabinet dont il était collaborateur et bénéficiait d'une rétrocession d'honoraires fixe d'un montant mensuel de 9 500 euros hors taxes. Il a été placé en arrêt de travail du 1er janvier au 1er juin 2020 puis a repris à mi-temps thérapeutique du 2 juin au 31 août 2020. Les experts ont relevé dans leur rapport qu'en dehors de toute complication infectieuse, son arrêt de travail aurait pris fin le 31 décembre 2019. Dans ces conditions, M. B de G a droit à l'indemnisation de la perte de ses gains professionnels du 1er janvier au 31 août 2020.

12. Compte tenu d'une part, de la rétrocession d'honoraires qu'il aurait perçue au cours de cette période, qu'il y a lieu d'évaluer à la somme de 76 000 euros, d'autre part, des honoraires perçus au titre de cette même période soit un montant de 14 250 euros et, enfin, des indemnités servies par son régime de prévoyance à hauteur de 7 028,72 euros, par celui du barreau de A à hauteur de 5 753 euros et son assureur Generali à hauteur de 25 016 euros, il sera fait une exacte appréciation de la perte de gains professionnels de l'intéressé en la fixant à la somme de 23 952,28 euros.

S'agissant des préjudices patrimoniaux permanents :

Quant aux frais de véhicule adapté :

13. Il résulte de l'instruction qu'en raison du dommage qu'il a subi, M. B de G doit acquérir un véhicule adapté à la vision monoculaire avec système de contrôle des angles morts et systèmes de sécurité anticollision renforcé. Il résulte du devis comparatif produit par les requérants que le surcoût de tels aménagements peut être évalué à la somme de 1 000 euros. Dans ces conditions, il y a lieu d'allouer à M. B de G une somme de 1 000 euros au titre d'une première acquisition en 2021. En outre, afin de prendre en compte la nécessité d'un renouvellement de véhicule tous les sept ans, et compte tenu de son âge à la date de cet achat et du taux de l'euro de rente viagère fixé à 49.940 conformément au barème de capitalisation 2022 publié à la Gazette du Palais avec un taux d'intérêt nul pour un homme de cet âge, il sera fait une juste appréciation du préjudice futur subi par M. B de G en lui allouant une indemnité de 7 134 euros. Il s'ensuit que les frais de véhicule adapté dont l'indemnisation doit être mis à la charge de l'ONIAM s'élèvent à la somme totale de 8 134 euros.

Quant à la perte de gains professionnels futurs :

14. M. B de G soutient qu'il a subi, en lien avec son dommage, une altération de sa capacité de travail et qu'il a été contraint de mettre fin à son activité professionnelle d'avocat au sein d'un cabinet où il avait le statut de collaborateur pour conclure, à compter du 1er mai 2022, un contrat de travail en qualité de juriste en entreprise. Toutefois, les experts ont relevé que M. B de G n'avait aucune inaptitude professionnelle à exercer son activité professionnelle antérieure et que le dommage n'était pas à l'origine d'une perte d'emploi, ni de la nécessité de travailler à temps partiel. S'ils ont reconnu la nécessité d'adapter son poste à la perte d'un œil s'agissant du travail sur ordinateur, il ne résulte pas de l'instruction que cet aménagement n'aurait pas été possible dans son précédent emploi. Dans ces conditions, le lien de causalité entre le dommage subi par M. B de G et son changement d'emploi n'est pas démontré et la demande d'indemnisation de la perte de gains professionnels en résultant doit être rejetée.

Quant à l'incidence professionnelle :

15. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que malgré la consolidation de son état de santé, M. B de G subit une fatigabilité visuelle qui accroit la pénibilité de son travail. Par ailleurs, les experts ont indiqué que le dommage était à l'origine d'une perte de chance de fonder un cabinet ou d'accéder au statut d'associé en raison d'une altération de son image. Dès lors, compte tenu de l'âge de la victime à la date de consolidation, il y a lieu de faire une juste appréciation de son préjudice en l'évaluant à une somme de 10 000 euros.

Quant aux dépenses de santé futures, au poste de préjudice lié à une pathologie évolutive et à la perte de droits à retraite :

16. Ainsi que le demande M. B de G, les postes de préjudice correspondant aux dépenses de santé futures, au préjudice lié à une pathologie évolutive et à la perte de droits à retraite, qu'il a expressément exclus de sa requête indemnitaire, doivent être réservés.

S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux temporaires :

Quant au déficit fonctionnel temporaire :

17. Le rapport d'expertise mentionne comme directement imputable à l'infection nosocomiale un déficit fonctionnel temporaire total pour la période d'hospitalisation du 18 novembre au 23 décembre 2019 et les journées des 17 août 2020, 14 octobre 2020, 9 juin 2021 et 8 septembre 2021 correspondant à la pose d'une prothèse oculaire et la réalisation de lipofillings, un déficit fonctionnel temporaire de 50 % du 24 décembre 2019 au 1er juin 2020 et de 33 % du 2 juin 2020 au 8 octobre 2021. Dans ces conditions, en retenant une base de 20 euros par jour pour un déficit fonctionnel temporaire total, rapporté au nombre de jours concernés et au taux retenu, il sera fait une juste évaluation de ce poste de préjudice en accordant à M. B de G une somme de 5 670 euros.

Quant aux souffrances endurées :

18. Il résulte du rapport d'expertise que les douleurs physiques et psychiques subies par M. B de G avant la date de consolidation de son état de santé liées notamment à des interventions maxillofaciales itératives ainsi qu'au traitement anti-aspergillaire prolongé, lesquels sont imputables à l'infection nosocomiale dont il a été victime, peuvent être évaluées à 4,5 sur une échelle de 1 à 7. Il y a lieu d'allouer au requérant, pour ce chef de préjudice, une somme de 10 000 euros.

Quant au préjudice esthétique temporaire :

19. M. B de G demande à être indemnisé de son préjudice esthétique temporaire, que les experts ont évalué à 4 sur 7 en raison de l'aspect de l'hémiface gauche, d'une dissymétrie faciale et du port d'une prothèse oculaire. Il en sera fait une juste évaluation en octroyant au requérant une somme de 4 000 euros au titre de l'indemnisation de ce chef de préjudice.

S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux permanents :

Quant au déficit fonctionnel permanent :

20. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que M. B G demeure atteint d'un déficit fonctionnel permanent de 33 % imputable à l'infection nosocomiale du fait d'une cécité de l'œil gauche, de larmoiements et de problèmes psychologiques nés d'une altération de son image personnelle. Eu égard à l'âge du requérant à la date de consolidation du dommage, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en lui accordant une somme de 80 000 euros.

Quant au préjudice esthétique permanent :

21. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que M. B de G subit un préjudice esthétique permanent, que les experts évaluent à 3 sur 7. Il en sera fait une juste appréciation en lui accordant une somme de 3 500 euros.

Quant au préjudice d'agrément :

22. Il résulte de l'instruction que le requérant pratiquait plusieurs activités, dont la marche, la randonnée et le vélo de manière occasionnelle. L'interruption de ces activités résulte de l'infection nosocomiale que le requérant a contractée qui est à l'origine de pseudo-vertiges et de troubles de l'équilibre. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en accordant à M. B de G une somme de 3 000 euros.

Quant au préjudice sexuel :

23. Le rapport d'expertise fait état de ce que M. B de G a subi un préjudice sexuel, tenant à une diminution importante de la libido, imputable à l'infection nosocomiale. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en allouant à la victime une somme de 3 000 euros à titre de réparation.

En ce qui concerne Mme A de H :

24. Les dispositions du 1° de l'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique instituent un régime spécifique de prise en charge par la solidarité nationale des dommages résultant des infections nosocomiales les plus graves qui a vocation à réparer l'ensemble de ces dommages, qu'ils aient été subis par les patients victimes de telles infections ou par leurs proches. Par suite, contrairement à ce qui est soutenu par l'ONIAM dans ses écritures en défense, Mme A H, épouse de la victime, a droit à la réparation des préjudices qu'elle a subis du fait de l'infection nosocomiale dont M. B de G a été victime.

25. Il résulte de l'instruction que Mme A de H a subi un préjudice d'affection qui lui est propre dans la mesure où elle a assisté aux souffrances de son époux, un préjudice d'accompagnement et un préjudice sexuel en lien avec l'infection nosocomiale, préjudices dont il sera fait une juste appréciation en fixant leur indemnisation à hauteur de 3 000 euros chacun.

26. Il résulte de tout ce qui précède que M. B de G et Mme A de H sont fondés à demander que l'ONIAM leur verse les sommes respectives de 182 636,28 euros et de 9 000 euros en réparation des préjudices qu'ils ont subis.

Sur les frais liés au litige :

En ce qui concerne les dépens :

27. Aucuns dépens n'ayant été exposé dans la présente instance, les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :

28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B de G et Mme A de H une somme au titre des frais exposés par l'ONIAM et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'ONIAM une somme globale de 2 500 euros à verser conjointement à M. B de G et Mme A de H au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les droits de M. B de G au titre des postes de préjudice correspondant aux dépenses de santé restées à sa charge dans les conditions prévues au point 8 du présent jugement, aux dépenses de santé futures, au préjudice lié à une pathologie évolutive et à la perte de droits à retraite sont réservés.

Article 2 : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales versera à M. B de G une somme de 182 636,28 euros en réparation de ses préjudices.

Article 3 : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales versera une somme de 9 000 euros à Mme A de H en réparation de ses préjudices.

Article 4 : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales versera une somme totale de 2 500 euros à M. B de G et à Mme A de H au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. I B de G, à Mme D de H et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.

Délibéré après l'audience du 10 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Marzoug, présidente,

Mme Lambert, première conseillère,

Mme Deniel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

La rapporteure,

C. Deniel

La présidente,

S. Marzoug

La greffière,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2224429/6-

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TA75Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2432036

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de requérants demandant l'annulation du refus du ministre de la justice d'approuver leur projet de recueil légal par kafala d'une enfant marocaine. Le tribunal a jugé que la décision attaquée, prise en application de l'article 33 de la convention de La Haye du 19 octobre 1996, était régulière en droit et que le ministre avait légalement exercé son pouvoir d'appréciation pour refuser l'approbation au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. Les moyens tirés de l'incompétence et de la méconnaissance des conventions internationales ont été écartés.

13/03/2026

TA75Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2525763

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B... A... visant à annuler son obligation de quitter le territoire français (OQTF). La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était régulier, notamment quant à la compétence de sa signataire et à sa motivation, et qu'il ne méconnaissait pas les articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après le rejet définitif de la demande d'asile de la requérante.

13/03/2026

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