lundi 6 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2225195 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET SOULIE COSTE-FLORET & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 décembre 2022 et le 11 décembre 2024, ce dernier non communiqué, la société Allianz Iard et la SCI Paris 08, représentées par Me Esquelisse (SCP Soulie et Coste Floret), demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à verser à la société Allianz Iard, subrogée dans les droits et actions de son assurée, la somme de 143 906,47 euros au titre des dommages subis par l'immeuble sis 11 avenue de Friedland à l'occasion de la manifestation des " Gilets jaunes " du
8 décembre 2018 ;
2°) de condamner l'Etat à verser à la SCI Paris 08 la somme de 2 160 euros, en remboursement de la franchise qu'elle a supportée au titre de la prise en charge, par son assureur, des dommages subis par l'immeuble sis 11 avenue de Friedland à l'occasion de la manifestation des " Gilets jaunes " du 8 décembre 2018 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à la société Allianz Iard de la somme de 2 000 € en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- les conditions d'engagement de la responsabilité de l'Etat sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure sont réunies ;
- à titre subsidiaire, la responsabilité de l'Etat sans faute pour rupture d'égalité devant les charges publiques peut être également engagée ;
- elle a versé à son assurée, dans les droits de laquelle elle est subrogée, la somme de 143 906,47 euros, au titre de la réparation des dommages causés par la manifestation des " gilets jaunes " du 8 décembre 2018 et comprenant une indemnité immédiate de 113 992,92 euros, une indemnité différée de 22 713,55 euros et des frais d'expertise de 7 200 euros ;
- l'assurée a conservé à sa charge une franchise de 2 160 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 novembre 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions indemnitaires de la SCI Paris 08 sont irrecevables faute de liaison du contentieux ;
- les conclusions indemnitaires de la société Allianz Iard sont irrecevables dès lors qu'elle ne justifie pas de sa qualité pour agir ;
- à titre subsidiaire, la responsabilité de l'Etat sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure ne saurait être engagée dès lors que les requérantes n'établissent pas que les dégradations dont elles se prévalent ont été occasionnées à l'occasion ou dans le prolongement du rassemblement ;
- les conditions d'engagement de la responsabilité de l'Etat pour rupture d'égalité devant les charges publiques ne sont pas réunies et les sociétés ne produisent aucun élément à l'appui de leur argumentation ;
- en tout état de cause, le préjudice allégué par les sociétés requérantes ne peut être indemnisé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des assurances ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Guglielmetti,
- les conclusions de Mme Castéra, rapporteure publique,
- les observations de Me Bacadi, représentant la société Allianz Iard et la SCI Paris 08,
- et les observations de M. A, représentant le préfet de police.
Considérant ce qui suit :
1. Le 8 décembre 2018, l'immeuble situé au 11 avenue de Friedland à Paris a fait l'objet de dégradations. La société Allianz Iard, assureur de l'immeuble, a versé à son assurée, la SCI Paris 08, la somme de 143 906,47 euros en réparation de ces dommages. Par un courrier du
16 juillet 2020, la société Allianz Iard, agissant en qualité de subrogée dans les droits de son assurée, a demandé au préfet de police le remboursement de la somme de 146 726,97 euros au titre des dégradations qu'elle impute à des débordements commis en marge de la manifestation dite des " gilets jaunes " qui s'est tenue à Paris le 8 décembre 2018. Du silence gardé sur cette demande indemnitaire préalable par le préfet de police est née une décision implicite de rejet. La société Allianz Iard demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 143 906,47 euros en réparation de dommages occasionnés à l'immeuble situé au 11 avenue de Friedland à Paris, en marge de la manifestation des " gilets jaunes " du 8 décembre 2018. Pour sa part, la SCI Paris 08 réclame à l'Etat le remboursement de la franchise d'un montant de 2 160 euros laissée à sa charge en lien avec ce sinistre.
Sur la responsabilité de l'Etat :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure : " L'Etat est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens ". L'application de ces dispositions est subordonnée à la condition que les dommages dont l'indemnisation est demandée résultent de manière directe et certaine de crimes ou de délits déterminés, commis par des rassemblements ou attroupements précisément identifiés. Ces dispositions ne trouvent pas à s'appliquer lorsque les crimes ou délits à l'origine des dommages ont été commis par un groupe constitué et organisé à seule fin de commettre des délits.
3. Il résulte des déclarations du gestionnaire de l'immeuble de bureaux situé au
11 avenue de Friedland à Paris, qui sont consignées dans le procès-verbal de dépôt de plainte établi le 21 décembre 2018, que l'immeuble a fait l'objet de dégradations et de vols de mobilier de bureaux le samedi 8 décembre 2018 en marge du mouvement des " Gilets jaunes " entre 18h et 20h. Le même procès-verbal fait cependant mention de ce que le site n'a pas fait l'objet de constatations de la police nationale et d'une incertitude sur l'état de fonctionnement des caméras de vidéosurveillance. Par ailleurs, le procès-verbal d'ambiance établi par la préfecture de police à l'issue de la manifestation du mouvement des " Gilets jaunes " du 8 décembre, s'il fait mention de quelques faits de violences commis ce jour-là entre 18h et 19h15 par des manifestants au niveau de la rue Pierre Charron, du croisement de l'avenue Georges V et de l'avenue des Champs-Elysées et de la rue Lincoln, il ne fait nulle mention de la constitution ou de la présence d'attroupements dans le secteur de l'immeuble avenue de Friedland dans la tranche horaire alléguée par la société requérante. En l'absence de tout autre élément apporté par la société, permettant d'établir la concomitance géographique et temporelle entre les dégradations commises et le passage de manifestants à cet endroit, ces dommages ne peuvent pas être regardés comme ayant été causés dans le cadre de la manifestation ou dans son prolongement immédiat.
4. Dans ces conditions, il résulte de l'instruction que les dommages dont les requérantes demandent réparation doivent être attribués à des individus violents animés de la seule intention de commettre des délits et ne peuvent donc être regardés comme ayant résulté de crimes et délits commis par des attroupements ou rassemblements au sens de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure. La société Allianz Iard n'est pas, par suite, fondée à demander, sur le fondement de cet article, la condamnation de l'Etat.
5. D'autre part, en se bornant, à soutenir que " l'Etat a fait le choix de ne pas user de la force publique pour empêcher les dégradations ", les sociétés requérantes ne sont pas non plus fondées à rechercher la responsabilité de ce dernier pour rupture du principe d'égalité devant les charges publiques.
6. Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée, en toutes ses conclusions, et, en tout état de cause, s'agissant des conclusions indemnitaires présentées par la SCI Paris 08, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Allianz Iard et de la SCI Paris 08 est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Allianz Iard, à la SCI Paris 08 et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 12 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Salzmann, présidente,
- Mme Armoët, première conseillère,
- Mme Guglielmetti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 janvier 2025.
La rapporteure,
S. Guglielmetti
La présidente,
M. SalzmannLa greffière,
P. Tardy-Panit
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2404071
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête d'Air France visant à annuler une amende de 10 000 euros infligée par le ministre de l'intérieur. La société était sanctionnée pour avoir débarqué un passager dépourvu de document de voyage valable en provenance de Bangkok, malgré ses allégations d'un contrôle à l'embarquement. Le tribunal a jugé que l'obligation de vérification des documents, prévue aux articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 6421-2 du code des transports, incombe au transporteur et que la preuve d'un contrôle effectif n'était pas rapportée en l'espèce.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2407258
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de la société Air France, qui contestait une amende de 10 000 euros pour avoir transporté un passager muni d'un passeport contrefait. La juridiction estime que l'irrégularité du document était manifeste et décelable par un examen attentif lors de l'embarquement, et que la procédure suivie par le ministre de l'intérieur était régulière. La décision s'appuie sur les articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article L. 6421-2 du code des transports.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2328289
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme F... visant à annuler l'arrêté ministériel du 11 octobre 2023 autorisant son licenciement pour motif disciplinaire. La juridiction a estimé que les moyens soulevés, notamment ceux relatifs à la procédure disciplinaire et à l'appréciation des faits, n'étaient pas fondés. Elle a également déclaré irrecevables les conclusions de l'employeur demandant une amende pour recours abusif, relevant qu'il s'agit d'un pouvoir propre du juge. La décision s'appuie sur les dispositions du code du travail, notamment après le renvoi préjudiciel au Conseil constitutionnel concernant l'article L. 1232-3.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406708
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société Air France, qui contestait une amende de 10 000 euros pour avoir débarqué une passagère brésilienne munie d'un passeport manifestement altéré (pages manquantes). Le tribunal a jugé que l'irrégularité du document (l'absence de pages) constituait un élément d'irrégularité manifeste que les agents de la compagnie auraient dû déceler lors d'un examen normalement attentif au moment de l'embarquement, conformément aux articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à l'article L. 6421-2 du code des transports. La décision du ministre de l'intérieur a donc été confirmée.
30/03/2026