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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2225320

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2225320

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2225320
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 1re Chambre
Avocat requérantRIOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 décembre 2022, M. C B, représenté par Me Riou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er juin 2022 par lequel le préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris a prescrit des mesures pour mettre fin au danger ponctuel et imminent pour la santé publique constaté dans son logement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris de lui restituer sans délai l'ensemble de ses effets personnels présents dans son appartement au moment où ils ont été débarrassés, le cas échéant sous astreinte ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché de vices de procédure dès lors, d'une part, que le rapport du service technique de l'habitat de la Ville de Paris du 31 mai 2022 et le constat d'huissier dressé le 13 janvier 2022 ne lui ont pas été transmis et, d'autre part, que la commission départementale compétence en matière d'environnement n'a pas été préalablement consulté ;

- il est entaché d'une erreur de droit, d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2023, le préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lautard-Mattioli,

- les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique,

- et les observations de Me Riou, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B est locataire d'un appartement dans un immeuble situé 61, rue du Chardon Lagache à Paris 16ème. Par un arrêté du 1er juin 2022, le préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris a prescrit des mesures pour mettre fin au danger ponctuel et imminent pour la santé publique constaté dans ce logement dans le délai de quinze jours. En l'absence d'exécution par M. B dans ce délai, la ville de Paris a fait procéder d'office aux travaux d'office, lesquels se sont déroulés du 11 août 2022 au 25 août 2022. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté et à ce qu'il soit enjoint de lui restituer ses biens mobiliers débarrassés lors de ces travaux.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 75-2021-25-0001 publié au recueil des actes administratifs spécial n° 75-2021-581 du 25 octobre 2021, le préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris a donné à M. D A, directeur de la délégation départementale de Paris de l'agence régionale de santé Île-de-France, délégation à l'effet de signer les décisions relevant, en matière d'habitait, de l'injonction d'exécution immédiate en cas d'urgence, notamment de danger ponctuel imminent pour la santé publique, des mesures prescrites par les règles d'hygiène prévue à l'article L.1311-4 du code de la santé publique, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 1311-4 du code de la santé publique : " En cas d'urgence, notamment de danger ponctuel imminent pour la santé publique, le représentant de l'Etat dans le département peut ordonner l'exécution immédiate, tous droits réservés, des mesures prescrites par les règles d'hygiène prévues au présent chapitre. () " Aux termes de l'article 23 de l'arrêté du 23 novembre 1979 portant règlement sanitaire du département de Paris : " Les habitations et leurs dépendances doivent être tenues, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, dans un état constant de propreté ". Aux termes de l'article 23-1 du même arrêté : " Dans chaque immeuble, le mode de vie des occupants des logements ne doit pas être la cause d'une dégradation des bâtiments ou de la création de conditions d'occupation contraires à la santé. (). Dans les logements et leurs dépendances, tout occupant ne doit entreposer ou accumuler ni détritus, ni déjections, ni objets ou substances diverses pouvant attirer et faire proliférer insectes, vermine et rongeurs ou créer une gêne, une insalubrité, un risque d'épidémie, d'accident ou d'incendie. / Dans le cas où l'importance de l'insalubrité et les dangers définis ci-dessus sont susceptibles de porter une atteinte grave à la santé ou à la salubrité et à la sécurité du voisinage, il est enjoint aux occupants et propriétaires de faire procéder d'urgence au déblaiement, au nettoyage, à la désinfection, à la dératisation et à la désinsectisation des locaux et de procéder à tous travaux afin d'éviter tout nouveau dépôt. / En cas d'inobservation de cette disposition et après mise en demeure adressée aux occupants et aux propriétaires, il peut être procédé d'office à l'exécution des mesures nécessaires dans les conditions fixées par le Code de la santé publique () ". Aux termes de l'article 121 du même arrêté : " () Les occupants des logements et autres locaux doivent les maintenir propres et prendre toutes précautions en vue d'éviter le développement et la prolifération des insectes ou vermine (blattes, punaises, moustiques, puces, mouches, etc.). / Ils sont tenus de faire désinsectiser et, éventuellement, désinfecter leurs locaux dès l'apparition de ces parasites. / Ils ne peuvent s'opposer aux mesures de désinsectisation et de désinfection générales prévues à l'article 23-1 () ".

4. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du rapport établi par le service technique de l'habitat de la Ville de Paris, dont les conclusions sont corroborées par les photographies réalisées par cet inspecteur et par l'huissier mandaté par le propriétaire, que le logement de M. B était encombré sur toute sa hauteur de divers objets, papiers, vêtements et matériel, qui constituaient un foyer d'incendie potentiel et présentaient un risque sanitaire justifiant la mise en œuvre en urgence d'une injonction d'exécution immédiate des mesures prescrites par les règles d'hygiène. Par suite, c'est par une exacte application des dispositions précitées de l'article L. 1311-4 du code de la santé publique que le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris a prescrit les mesures d'assainissement de l'appartement de M. B rendues nécessaires par l'état des lieux.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° () constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 121-1 de ce code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". L'article L. 121-2 de ce même code dispose toutefois que " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : 1° En cas d'urgence () ". Il résulte de ces dispositions que les mesures de police constitutives d'une décision administrative individuelle défavorable n'ont pas à être précédées d'une procédure contradictoire lorsqu'elles sont prises en urgence.

6. D'une part, il ne résulte d'aucun principe ni d'aucun texte que le rapport du service technique de l'habitat en date du 31 mai 2022 ou le constat de l'huissier mandaté par le propriétaire de M. B et daté du 13 janvier 2022 auraient dû lui être transmis avant l'édiction de l'arrêté attaqué, fondé sur l'article L.1311-14 du code de la santé publique, lequel prévoit une procédure d'urgence. D'autre part, il résulte de ce qui précède que l'encombrement manifestement excessif de l'appartement justifiait la mise en œuvre d'une procédure d'urgence. Par suite, le moyen tiré du défaut de procédure contradictoire en l'absence de transmission des deux documents précités doit être écarté.

7. En quatrième lieu, il ne résulte d'aucun texte ni d'aucun principe que le préfet aurait été dans l'obligation de saisir pour avis la commission départementale compétente en matière d'environnement et des risques sanitaires et technologiques. Par suite, le requérant ne peut utilement soulever le moyen tiré du défaut de consultation de cette commission.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 1er juin 2022. Par suite, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de paris, préfet de la région d'Île-de-France.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Weidenfeld, présidente,

M. Rezard, premier conseiller,

M. Lautard-Mattioli, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

Le rapporteur,

B. Lautard-Mattioli

La présidente,

K. WeidenfeldLe greffier,

A. Lemieux

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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