mardi 28 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2225743 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET SOULIE COSTE-FLORET & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 décembre 2022, la société Allianz Iard et la société Bank of China, représentées par Me Esquelisse, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à verser à la société Allianz Iard la somme de 22 149,78 euros au titre des dommages subis par son assurée, la société Bank of China, qu'elle a indemnisée et dans les droits de laquelle elle est subrogée ;
2°) de condamner l'Etat à verser à la société Bank of China la somme de 750 euros au titre de la franchise restée à sa charge ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à la société Allianz Iard en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- les trois conditions pour engager la responsabilité sans faute de l'Etat, sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure, sont réunies ;
- à titre subsidiaire, et en tout état de cause, ces désordres n'ont pu avoir été causés qu'en raison de la défaillance des autorités de police qui n'ont pas mis les moyens nécessaires pour éviter de telles dégradations ; l'Etat a créé une situation de rupture d'égalité devant les charges publiques ;
- conformément aux dispositions de l'article L. 121-1 du code des assurances et de l'article 1251 du code civil, la société Allianz Iard est subrogée dans les droits de son assurée, la société Bank of China, à concurrence de la somme de 20 709,78 euros qu'elle lui a réglée après déduction de la franchise contractuelle ;
- la société Allianz Iard est également fondée à solliciter le remboursement des frais et honoraires, d'un montant de 1 440 euros, exposés pour l'expertise en lien avec l'indemnisation des dommages ;
- la société Bank of China, assurée de la société Allianz Iard, est fondée à solliciter le règlement de la franchise restée à sa charge d'un montant de 750 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mars 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 27 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 26 avril 2024.
Par un courrier du 7 mai 2024, les parties ont été informées que le tribunal est susceptible de relever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires présentées par la société Bank of China concernant la franchise, faute d'avoir été précédées d'une demande indemnitaire préalable.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code des assurances ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Renvoise,
- les conclusions de Mme Beugelmans-Lagane, rapporteure publique,
- et les observations de Mme A pour le préfet de police, les sociétés requérantes n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. La société Allianz Iard a versé à la société Bank of China, son assurée, une somme de 20 709,78 euros en réparation des dégradations causées à une de ses agences bancaires, située 11 place d'Italie, dans le 13e arrondissement à Paris, et imputées à des débordements commis en marge de la manifestation des " gilets jaunes " du 16 novembre 2019. Par un courrier du 25 juillet 2022, reçu par la préfecture de police le 27 juillet 2022, la société Allianz Iard, agissant en qualité de subrogée dans les droits de son assurée, a demandé au préfet de police le remboursement de cette somme et de celle de 1 440 euros acquittée au titre des frais d'expertise. Elle a également demandé au préfet de police le remboursement à son assurée d'une somme de 750 euros correspondant au montant de la franchise contractuelle. Par la présente requête, d'une part, la société Allianz Iard demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 20 709,78 euros, au titre de la réparation des dommages subis par son assurée, et celle de 1 440 euros, au titre des frais d'expertise, soit une somme totale de 22 149,78 euros et, d'autre part, la société Bank of China demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une somme de 750 euros, en réparation des dommages subis qui n'ont pas été indemnisés par son assureur correspondant au montant de la franchise.
Sur les conclusions indemnitaires présentées par la société Bank of China :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ". La condition tenant à l'existence d'une décision de l'administration doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle, régularisant ce faisant la requête.
3. La société Bank of China se prévaut de la garantie de protection juridique qu'elle a souscrite dans son contrat d'assurance pour considérer que la société Allianz était habilitée à présenter la demande indemnitaire préalable en son nom. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que la société Bank of China ait présenté une déclaration de sinistre mentionnant cette garantie et donnant mandat à l'assureur pour former la réclamation indemnitaire en son nom pour ce sinistre. Ainsi, en l'absence, au jour du présent jugement de toute décision du préfet de police rejetant une demande indemnitaire de la société Bank of China, les conclusions présentées par cette dernière, tendant à la condamnation de l'Etat doivent être rejetées comme étant irrecevables.
Sur la responsabilité de l'Etat :
4. Aux termes de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure : " L'Etat est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens. " L'application de ces dispositions est subordonnée à la condition que les dommages dont l'indemnisation est demandée résultent de manière directe et certaine de crimes ou de délits déterminés, commis par des rassemblements ou attroupements précisément identifiés. Ces dispositions ne trouvent pas à s'appliquer lorsque les crimes ou délits à l'origine des dommages ont été commis par un groupe constitué et organisé à seule fin de commettre des délits.
5. En l'espèce, il ressort du rapport d'expertise, comme du procès-verbal de constat, que la devanture de l'agence bancaire de la société Bank of China a fait l'objet de dégradations le 16 novembre 2019 lors de la manifestation du mouvement protestataire des " Gilets Jaunes ", notamment au niveau du distributeur de billets et des vitres blindées. Il est constant que ces dégradations dont il est demandé réparation résultent d'actes commis à force ouverte ou par violence, qui constituent des délits. En outre, il résulte de l'instruction que la manifestation des " Gilets Jaunes " qui s'est tenue le 16 novembre 2019 à Paris a revêtu un caractère particulièrement violent et a donné lieu à des affrontements entre les forces de l'ordre et les manifestants et à la commission par ces derniers de nombreuses dégradations, notamment dans le 13e arrondissement dans le quartier de la place d'Italie où l'agence bancaire dégradée se situe. Si le préfet de police fait valoir en défense que " les dégradations commises sont le fait d'un petit groupe d'individus violents, distincts des manifestants " et " sont imputables à de petits groupes de casseurs ", il n'établit pas, par les pièces qu'il produit, que les dommages faisant l'objet du présent recours auraient été causés par un groupe distinct, constitué et organisé à seule fin de commettre des infractions. Dans ces conditions, compte-tenu des nombreuses exactions commises par les manifestants au cours de la manifestation du 16 novembre 2019, et en l'absence d'éléments de nature à exclure le rattachement à la manifestation des dommages dont la société Allianz et la société Bank of China demandent réparation à l'Etat, ceux-ci sont de nature à engager la responsabilité sans faute de l'Etat sur le fondement des dispositions précitées de l'article
L. 211-10 du code de la sécurité intérieure.
Sur l'évaluation des préjudices :
6. Il résulte de ce qui précède que la société Allianz Iard est fondée à demander à l'Etat la réparation des préjudices subis, du fait des dommages occasionnés le 16 novembre 2019, sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure.
7. Aux termes de l'article L. 121-12 du code des assurances : " L'assureur qui a payé l'indemnité d'assurance est subrogé, jusqu'à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de l'assuré contre les tiers qui, par leur fait, ont causé le dommage ayant donné lieu à la responsabilité de l'assureur () ". Il appartient à l'assureur qui demande à bénéficier de la subrogation prévue par ces dispositions de justifier par tout moyen du paiement effectif de l'indemnité à son assuré.
En ce qui concerne les dommages matériels :
8. Il résulte de l'instruction que le montant des préjudices correspondant aux dommages matériels occasionnés à la vitrine du local a été évalué par l'expert mandaté par la société Allianz Iard à hauteur de 20 437,89 euros. La société Allianz Iard établit, par la production de la quittance d'indemnité, qu'elle a versé la somme de 20 709,78 euros à son assurée, dans les droits de laquelle elle est subrogée à due concurrence de l'indemnité versée. Toutefois, aucune pièce ne justifie la différence entre la somme retenue par l'expert et la somme versée par la requérante. Il convient également de retirer le montant correspondant à la franchise, soit 750 euros. Il y a donc lieu de condamner l'Etat à verser à la société Allianz Iard la somme de 19 687,89 euros.
En ce qui concerne les frais d'expertise :
9. La société Allianz Iard établit, par la production de la note d'honoraires du cabinet d'expertise du 30 septembre 2020 et du justificatif de règlement versé à l'instruction, qu'elle a acquitté des frais d'expertise de 1 440 euros, en lien direct avec le dommage. Il y a lieu de condamner l'Etat à lui rembourser cette somme.
10. Ainsi, il résulte de ce qui précède que l'Etat est condamné à verser à la société Allianz Iard la somme totale de 21 127,89 euros.
Sur les frais liés au litige :
11. . Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à la société Allianz Iard d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à la société Allianz Iard la somme de 19 687,89 euros au titre des sommes versées à la société Bank of China et la somme de 1 440 euros au titre des frais d'expertise.
Article 2 : Les conclusions de la société Bank of China sont rejetées.
Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à la société Allianz Iard au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Allianz Iard, à la société Bank of China et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 14 mai 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Gracia, président ;
- Mme Merino, première conseillère ;
- Mme Renvoise, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024.
La rapporteure,
T. RENVOISELe président
J-Ch. GRACIA
La greffière,
S. TIMITE
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2535565
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour et ordonnant son éloignement. Le tribunal a jugé que le préfet avait légalement appliqué l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en fondant son refus sur la condamnation de l'intéressée pour des faits relevant des articles 222-34 à 222-40 du code pénal. Il a également estimé que les circonstances invoquées (emploi stable, sursis) étaient sans incidence sur la légalité de la décision et n'ont pas constaté de méconnaissance de l'article 8 de la CEDH.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2534617
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant le renouvellement du titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'une ressortissante brésilienne. La juridiction a retenu que le préfet avait méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne procédant pas à une appréciation individuelle et concrète de la situation de l'intéressée, notamment au regard de son état de santé et de son droit au respect de la vie privée et familiale (article 8 de la CEDH). Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour dans un délai de deux mois.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2411323
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours pour excès de pouvoir contre le refus du préfet de police de délivrer un titre de séjour à un ressortissant algérien. Le tribunal a annulé la décision attaquée, considérant que l'administration n'avait pas procédé à l'examen de la situation personnelle du requérant au regard de son pouvoir discrétionnaire de régularisation exceptionnelle. Cette solution s'appuie sur l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, qui régit le séjour des ressortissants algériens sans interdire une telle régularisation.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2428408
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant le renouvellement d'une carte de séjour "talent" à une artiste-interprète. La juridiction a relevé d'office que le refus, fondé sur un seuil de ressources fixé par un arrêté ministériel (annexe 10 du CESEDA), était entaché d'incompétence, car ce seuil relève d'un décret en Conseil d'État selon l'article L. 421-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a enjoint au préfet de reconsidérer la demande dans un délai de quatre mois.
26/03/2026