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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2225832

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2225832

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2225832
TypeDécision
PublicationC
Formation3e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET ADDEN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et trois mémoires enregistrés les 13 décembre 2022, 22 mai 2024, 20 juin 2024 et 25 juillet 2024, la société IPR Formations, représentée par Me Richard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 15 juin 2022 par laquelle la Caisse des dépôts et consignation a suspendu son référencement sur le service dématérialisé mentionné à l'article L. 6323-9 du code du travail, pour une durée de neuf mois, ensemble la décision du 17 octobre 2022 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la Caisse des dépôts et consignations de rétablir son référencement sur le service dématérialisé mentionné à l'article L. 6323-9 du code du travail ;

3°) de condamner la Caisse des dépôts et consignations à lui verser la somme de 571 063 euros à titre de réparation des préjudices ayant résulté pour elle de l'illégalité des décisions attaquées ;

4°) de mettre à la charge de la Caisse des dépôts et consignations la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la consultation prévue à l'article 4.2.2 des conditions particulières applicables aux organismes de formation n'a pas été mise en œuvre ;

- la procédure contradictoire telle qu'elle a été mise en œuvre n'est pas conforme aux dispositions législatives et réglementaires ;

- la Caisse des dépôts et consignations ne dispose pas de la compétence pour établir l'une des règle qu'elle lui reproche de n'avoir pas respectée ;

- elle n'a pas méconnu les obligations pesant sur elle ;

- la sanction qui lui a été infligée est disproportionnée ;

- la sanction illégale qui lui a été infligée est fautive et à l'origine, pour elle, d'un préjudice financier et moral.

Par trois mémoires en défense enregistrés les 22 avril, 5 juin et 12 juillet 2024, la Caisse des dépôts et consignations, représentée par Me Nahmias, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires de la requête et, subsidiairement, à leur rejet au fond, au rejet au fond des conclusions à fin d'annulation, et à ce que le tribunal mette à la charge de la société requérante la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le contentieux indemnitaire n'a pas été préalablement lié ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Marthinet,

- les conclusions de Mme Marcus, rapporteure publique,

- et les observations de Me Richard, représentant la société IPR Formations, et de Me Monfront, représentant la Caisse des dépôts et consignations.

Considérant ce qui suit :

1. La société IPR Formations dispense notamment des formations en matière d'aide à la création et reprise d'entreprise. A ce titre, elle était référencée sur le service dématérialisé prévu à l'article L. 6323-8 du code du travail. Par une décision du 15 juin 2022, la Caisse des dépôts et consignations a, à titre de sanction, suspendu ce référencement pour une durée de neuf mois. La société IPR Formations demande au tribunal d'annuler cette décision, ensemble celle du 17 octobre 2022 portant rejet de son recours gracieux, et de condamner la Caisse des dépôts et consignations à lui verser la somme de 571 063 euros à titre de réparation des préjudices ayant résulté pour elle de l'illégalité de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le cadre juridique du litige :

2. Aux termes du II de l'article L. 6323-6 du code du travail : " Sont () éligibles au compte personnel de formation, dans des conditions définies par décret : () / 4° Les actions de formation d'accompagnement et de conseil dispensées aux créateurs ou repreneurs d'entreprises ayant pour objet de réaliser leur projet de création ou de reprise d'entreprise et de pérenniser l'activité de celle-ci () ". En vertu de l'article D. 6323-7, l'opérateur peut refuser de dispenser à la personne les actions de formation, d'accompagnement et de conseil éligibles au compte personnel de formation mentionnées au 4° du II de l'article L. 6323-6, soit en raison du manque de consistance ou de viabilité économique du projet de création ou de reprise d'entreprise, soit lorsque le projet du créateur ou du repreneur ne correspond pas au champ de compétences de l'opérateur.

3. Aux termes de l'article L. 6323-9 du code du travail : " La Caisse des dépôts et consignations gère le compte personnel de formation, le service dématérialisé, ses conditions générales d'utilisation et le traitement automatisé mentionnés à l'article L. 6323-8 dans les conditions prévues au chapitre III du titre III du présent livre. Les conditions générales d'utilisation précisent les engagements souscrits par les titulaires du compte et les prestataires mentionnés à l'article L. 6351-1 ". Ces conditions revêtent le caractère d'un acte réglementaire.

4. Aux termes de l'article L. 6323-9-1 du même code : " Les prestataires mentionnés à l'article L. 6351-1 adressent à la Caisse des dépôts et consignations une demande de référencement sur le service dématérialisé mentionné à l'article L. 6323-9. / Ces prestataires sont référencés sur le service dématérialisé à condition : / () 2° De satisfaire aux conditions d'exercice dans le cadre du service dématérialisé, notamment à celles liées à l'éligibilité des actions prévues à l'article L. 6323-6 et à celles liées à la détention des autorisations et des certifications nécessaires, dont celles mentionnées à l'article L. 6316-1 du présent code et à l'article L. 1221-3 du code général des collectivités territoriales, ainsi que des habilitations délivrées par les ministères et les organismes certificateurs mentionnés à l'article L. 6113-2 du présent code () / 5° De satisfaire aux conditions prévues par les conditions générales d'utilisation du service dématérialisé prévues à l'article L. 6323-9 () / Lorsque les conditions de référencement mentionnées au présent article cessent d'être remplies, la Caisse des dépôts et consignations procède au déréférencement du prestataire () ". Aux termes de l'article R. 6333-6 du même code : " Lorsque la Caisse des dépôts et consignations constate un manquement de l'un des prestataires mentionnés à l'article L. 6351-1 aux engagements qu'il a souscrits, elle peut, selon la nature du manquement, lui prononcer un avertissement, refuser le paiement des prestations, demander le remboursement des sommes qu'elle lui a indûment versées et suspendre temporairement son référencement sur le service dématérialisé mentionné à l'article L. 6323-9. Ces mesures, proportionnées aux manquements constatés, sont prises après application d'une procédure contradictoire et selon des modalités que les conditions générales d'utilisation du service dématérialisé précisent. / La décision précise la ou les sanctions prononcées, et, en cas de déréférencement temporaire du prestataire mentionné à l'article L. 6351-1, sa date d'effet et sa durée qui ne peut excéder douze mois () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été prise à titre de sanction, en application de l'article R. 6333-6 du code du travail, et non, en application des dispositions précitées du neuvième alinéa de l'article L. 6323-9-1, en conséquence du simple constat de ce que les conditions de référencement auraient cessé d'être remplies.

6. Enfin, aux termes de l'article 13.1.1 des conditions générales d'utilisation du service dématérialisé mentionné à l'article L. 6323-8 du code du travail : " En présence de tout différend entre la CDC d'une part et les OF ou Titulaires de compte d'autre part, les Parties conviennent d'appliquer la présente procédure aux fins de tenter de trouver un accord amiable. La CDC adresse par tout moyen physique ou dématérialisé permettant d'en garantir la date de réception, à la partie en manquement, une lettre d'observations. / A réception de la lettre d'observations, le Titulaire du compte ou l'Organisme de formation concerné bénéficie d'une période d'échange et de dialogue pour discuter des constats et observations adressés. Cette période est dite " Période Contradictoire " () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que, préalablement à l'adoption de la décision du

15 juin 2022, la Caisse des dépôts et consignations a adressé à la société requérante, le 5 mai 2022, un courrier non nominatif et non daté intitulé " notification d'ouverture de la procédure contradictoire prévue à l'article 13 des Conditions générales d'utilisation de Mon compte formation " par lequel, après avoir procédé à l'énoncé d'un certain nombre de règles s'appliquant, selon elle, aux organismes référencés prodiguant des formations à la création et à la reprise d'entreprises, elle a informé son destinataire de ce qu'il était " constant que les actions de formation à la création et reprise d'entreprise [qu'elle propose] ne rempliss[ai]ent pas ces critères " et qu'elle disposait d'un délai de cinq jours pour mettre ses offres en conformité en procédant à leur modification ou à leur suppression.

8. Ce courrier - rédigé en des termes stéréotypés et que la Caisse des dépôts regarde elle-même, dans sa lettre du 17 octobre 2022, comme participant d'une opération de contrôle sur pièces - ne comporte pas l'énoncé précis des griefs retenus à l'encontre de la société IPR Formations et qui ont fondé la décision en litige. Il ne fait, par ailleurs, aucune mention des dispositions législatives ou réglementaires instituant les obligations dont la méconnaissance est imputée à la société requérante. Celle-ci n'a ainsi pas été mise à même de contester utilement les faits qui lui étaient reprochés, dont la nature demeure largement indéterminée, et est, par suite, fondée à soutenir que la procédure contradictoire instituée par les conditions générales d'utilisation du service dématérialisé mentionné à l'article L. 6323-8 du code du travail a été méconnue.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la sanction attaquée doit être annulée, sans qu'il soit nécessaire d'examiner les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions indemnitaires :

10. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".

11. Il ne résulte pas de l'instruction que la société requérante ait adressé à la Caisse des dépôts et consignations une demande indemnitaire préalable tendant à l'indemnisation du préjudice subi par elle en raison de l'illégalité de la sanction qui lui a été infligée. En l'absence, au jour du présent jugement, de toute décision de la Caisse des dépôts et consignations rejetant une telle demande, les conclusions présentées par la société IPR Formations et tendant à la condamnation de la Caisse des dépôts et consignations doivent être rejetées comme étant irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. En raison des motifs qui la fondent, et à défaut de précisions quant au respect par la société requérante, à la date du présent jugement, des conditions générales d'utilisation du service dématérialisé mentionné à l'article L. 6323-9 du code du travail, l'annulation de la décision attaquée n'implique pas que la Caisse des dépôts et consignations rétablisse le référencement de la société IPR Formations.

Sur les frais du litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société requérante, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la Caisse des dépôts et consignations demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la Caisse des dépôts et consignations une somme de 1 800 euros à verser à la société IPR Formations en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 15 juin 2022 par laquelle la Caisse des dépôts et consignation a suspendu le référencement de la société IPR Formations sur le service dématérialisé mentionné à l'article L. 6323-9 du code du travail pour une durée de neuf mois et la décision du 17 octobre portant rejet du recours gracieux formé contre cette sanction sont annulées.

Article 2 : La Caisse des dépôts et consignations versera à la société IPR Formations une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la Caisse des dépôts et consignations sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société IPR Formations et à la Caisse des dépôts et consignations.

Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bailly, présidente,

- M. Marthinet, premier conseiller,

- Mme Madé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.

Le rapporteur,

L. Marthinet

La présidente,

P. Bailly La greffière,

P. Tardy-Panit

La République mande et ordonne au Premier ministre, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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