vendredi 3 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2225863 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET COBLENCE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 12 décembre 2022, le 12 juillet 2023, le 8 et le 26 septembre 2023, le 2 et le 19 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Coppinger demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2022 du préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris accordant un permis de construire à la République de Cuba pour la démolition d'un bâtiment provisoire et l'extension de l'ambassade avec la construction d'un bâtiment du sous-sol au R+7 pour le consulat de Cuba sur une parcelle cadastrée DL n°16 située 14 rue de Presles dans le 15ème arrondissement de Paris ;
2°) d'annuler la décision du 13 octobre 2022 rejetant son recours gracieux ;
3°) d'ordonner sans délai la remise en état de la parcelle cadastrée DL n°16 dans l'état où elle se trouvait avant les travaux réalisés sans autorisation, au besoin sous astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat et de la République de Cuba une somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable car il justifie d'un intérêt à agir et que les délais de recours et formalités du R. 600-1 du code de l'urbanisme ont été respectés ;
- le permis de construire attaqué a été obtenu par fraude ;
- il vise à régulariser des travaux effectués sans autorisation d'urbanisme ;
- le dossier de permis de construire est incomplet et comprend de nombreuses inexactitudes ;
- l'arrêté attaqué méconnaît l'article UG 2.2.3 du plan local d'urbanisme ;
- il méconnaît l'article UG 10 relatif au gabarit-enveloppe du plan local d'urbanisme ;
- il méconnaît l'article UG 7.1 et UG 11 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que le projet porte atteinte à l'aspect du paysage urbain et au bâti environnant ;
- l'arrêté attaqué méconnaît R. 111-2 du code de l'urbanisme dès lors que le projet porte atteinte à la sécurité publique ;
- le projet porte atteinte aux conditions d'éclairement de sa propriété.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2023, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'elle s'en remet aux écritures du préfet de Paris.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 10 juillet et le 8 septembre 2023, le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le règlement du plan local d'urbanisme de la ville de Paris ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Voillemot, premier conseiller ;
- les conclusions de Mme de Schotten, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Verrecchia, substituant Me Coppinger, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. La République de Cuba est propriétaire d'un terrain cadastré DL 16 au 12 et 14 rue de Presles à Paris (75015). Cette parcelle DL 16 a été divisée en deux parcelles DL 16 A et DL 16 B par un permis d'aménager accordé à la République de Cuba par un arrêté du préfet de la Région Ile-de-France, préfet de Paris du 11 février 2022. Sur la parcelle DL 16 A, cette même autorité administrative a, par un arrêté du 1er juillet 2022, accordé à la République de Cuba un permis de construire valant permis de démolir en vue de la démolition du bâtiment provisoire et de l'extension de l'ambassade, avec la création d'un bâtiment du sous-sol au R + 7, dont le rez-de-chaussée est destiné à devenir le consulat de Cuba. Sur la parcelle DL 16 B, la société Linkcity Ile-de-France a sollicité de la maire de Paris un permis de construire un bâtiment à R + 5 à destination d'habitation après démolition totale du local technique existant. Par un arrêté du 4 mai 2022, la maire de Paris a accordé un permis de construire valant permis de démolir à la société Linkcity Ile-de-France. Le requérant a formé un recours gracieux, rejeté le 13 octobre 2022. Il demande l'annulation de l'arrêté accordant à la République de Cuba le permis de construire du 1er juillet 2022 et de la décision de rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la fraude :
S'agissant de travaux effectués sans autorisation :
2. Le requérant soutient que le permis de construire a été obtenu par fraude dès lors que la modification de la parcelle, des constructions et des aménagements ont été réalisés sans autorisation.
3. Toutefois, d'une part, si le requérant fait état de travaux effectués sans autorisation d'urbanisme, tels que l'abattage d'arbre, la suppression de pelouse ou encore la pose d'un espace bitumé, il n'établit pas que ces modifications ou travaux auraient été effectués sur la parcelle DL 16 A, seule concernée par le projet autorisé par le permis de construire attaqué et qui est occupé par le consulat abrité dans une construction modulaire adossée au bâtiment existant de l'ambassade. Ainsi, en l'absence de tout travaux sur la parcelle DL 16 A, créée par l'arrêté attaqué du 1er juillet 2022, la réalisation des travaux évoqués par le requérant ne constitue pas un élément de nature à établir que le permis attaqué aurait été obtenu au moyen de la fraude. D'autre part, le requérant soutient que l'implantation de l'actuel consulat sur la parcelle DL 16 A n'a pas été effectuée conformément à l'autorisation d'urbanisme qui lui a été délivré en 1975 mais cet élément est sans incidence sur la légalité du permis attaqué et ne démontre pas, en tout état de cause, l'existence de manœuvres frauduleuses destinées à tromper l'administration dès lors que ce bâtiment est précisément décrit dans l'état initial du terrain et représenté dans le dossier de demande de permis de construire et fait d'ailleurs l'objet d'une demande de démolition pour la construction de l'extension de l'ambassade de Cuba. Enfin, les prétendus travaux effectués en 2022 consistant en la pose de caméras sans autorisation préalable de la commission nationale de l'informatique et des libertés, en vertu de l'indépendance des législations, ne sont pas davantage de nature, en tout état de cause, à établir la fraude invoquée.
S'agissant des informations manquantes ou erronées du dossier de permis de construire :
4. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
5. Aux termes de l'article R. 431-8 du même code : " Le projet architectural comprend une notice précisant : 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ". Aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. Lorsque le terrain n'est pas directement desservi par une voie ouverte à la circulation publique, le plan de masse indique l'emplacement et les caractéristiques de la servitude de passage permettant d'y accéder. Lorsque le projet est situé dans une zone inondable délimitée par un plan de prévention des risques, les cotes du plan de masse sont rattachées au système altimétrique de référence de ce plan. ".
6. Le requérant soutient que le dossier de permis de construire comporte des erreurs et des imprécisions révélant des manœuvres frauduleuses. Il fait notamment valoir que le plan de situation et le plan cadastral mentionnent une situation antérieure aux changements opérés sur la parcelle avant la demande de permis de construire. Toutefois, d'une part, le plan de situation permet de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune et, en tout état de cause, les changements opérés ne concernent pas la parcelle objet du permis de construire attaqué. D'autre part, si le plan cadastral ne comporte pas un élément pourtant présent sur la parcelle, cette circonstance ne démontre pas une intention frauduleuse du pétitionnaire qui, par ailleurs, décrit précisément l'état initial de la parcelle dans les autres pièces du dossier de permis de construire. En outre, si le requérant fait état d'erreurs relatives à sa propriété sur le plan de masse, les erreurs qu'il mentionne ne concernent pas le plan masse du permis de construire attaqué. De même, il n'est pas établi que les autres inexactitudes évoquées, qui concernent pour la grande majorité la parcelle destinée à accueillir l'immeuble de logements et non la parcelle objet du permis de construire attaqué dans la présente instance, et à les supposer même établies, auraient empêché l'administration d'apprécier la conformité du projet au regard de la règlementation applicable. Dans ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'administration n'a pas pu apprécier la conformité du projet au regard de la règlementation applicable et que le pétitionnaire aurait transmis des éléments comportant des erreurs ou des imprécisions dans le but de tromper l'administration et de se voir délivrer le permis de construire attaqué de manière frauduleuse.
S'agissant de la méconnaissance de l'article UG 2.2.3 du plan local d'urbanisme :
7. Aux termes du VIII intitulé " Définitions " du règlement du plan local d'urbanisme de Paris : " () / Pour la détermination de la destination d'un ensemble de locaux présentant par leurs caractéristiques une unité de fonctionnement et relevant d'un même gestionnaire, il est tenu compte exclusivement de la destination principale de ces locaux, sous réserve des dispositions particulières précisées ci-après (logements de fonction, ateliers d'artistes, commerce, entrepôts, artisanat). / Habitation : / Cette destination comprend tous les logements, y compris les logements de fonction et les chambres de service. Elle exclut les logements visés dans la définition de l'hébergement hôtelier. Elle inclut les chambres d'hôtes et les logements mis à disposition occasionnellement en cas d'absence de durée limitée de leurs occupants en titre. / () / CINASPIC (constructions et installations nécessaires aux services publics ou d'intérêt collectif) et Locaux nécessaires aux services publics ou d'intérêt collectif : / Ces constructions et locaux recouvrent les destinations correspondant aux catégories suivantes : / les () ambassades, consulats, () ; ". En vertu de l'article UG 2.2.3 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris : " 1 - Dans la zone de déficit en logement social délimitée aux documents graphiques du règlement, tout projet de construction neuve, de restructuration lourde ou de changement de destination, entrant dans le champ d'application du permis de construire ou de la déclaration préalable portant sur la création de surfaces d'habitation doit prévoir d'affecter au logement locatif social* au moins 30 % de la surface de plancher relevant de la destination* Habitation, créée, transformée ou objet du changement de destination. / Ces dispositions ne sont pas applicables : / si la surface de plancher d'habitation est inférieure à 800 m² ; / (). En cas de division d'un terrain, l'obligation s'applique globalement audit terrain. / () ".
8. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement du document PC04a qui présente le projet d'extension de l'ambassade de Cuba sur la parcelle DL 16 A que si le rez-de-chaussée du bâtiment est destiné à accueillir le nouveau consulat de cet Etat, implanté au rez-de-chaussée, les autres niveaux du bâtiment, qui constituent l'extension de l'ambassade et sont accessibles par une entrée privée et indépendante sur la rue, accueilleront des unités d'accueil de passage pour le personnel diplomatique cubain. Le requérant soutient que la surface de plancher de ces unités d'accueil relève de la destination " Habitation " au sens du règlement du plan local d'urbanisme de Paris, si bien qu'elle doit être prise en compte pour l'application de l'article UG 2.2.3 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris relatif à la création de surface de logement locatif social. Toutefois, d'une part, le projet de construction assis sur la parcelle DL 16 A constitue, en ce qui concerne ses étages et comme cela a été indiqué précédemment, une extension de l'ambassade de la république de Cuba, si bien qu'elle relève de la destination de CINASPIC au sens et pour l'application du règlement du plan local d'urbanisme de Paris. Si ces étages sont organisés en unités d'accueil, celles-ci visent uniquement à recevoir temporairement le personnel cubain de passage à Paris dans le cadre de l'exercice de fonctions diplomatiques et ne sont donc pas détachables de la destination générale de l'ambassade. La circonstance que la commission de sécurité de la préfecture de police a, dans son avis du 24 mai 2022, qualifié ces unités d'accueil d'habitation au sens de la législation du code de la construction et de l'habitation est sans incidence, dès lors que cette qualification est sans influence sur la détermination, par l'autorité administrative compétente pour l'application des règles d'urbanisme, de la destination du bâtiment au regard des règles du droit de l'urbanisme. De même, si le requérant soutient que les unités d'accueil de passage constituent en réalité des logements de fonctions et n'auront aucun caractère diplomatique, cet élément n'est pas établi par les pièces du dossier. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les surfaces de plancher créées dans les étages du bâtiment assis sur la parcelle DL 16 A constitueraient des surfaces de plancher relevant de la destination " Habitation " au sens des dispositions invoquées du plan local d'urbanisme de la Ville de Paris. Ainsi, sur le terrain divisé formé des parcelles DL 16 A et DL 16 B, seul le bâtiment assis sur cette dernière parcelle et dont la construction a été autorisée par l'arrêté du 4 mai 2022 présente des surfaces de plancher destinées à l'habitation, celles-ci s'élevant d'ailleurs à une surface totale de 798 m2. Le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué a méconnu les dispositions de l'article UG 2.2.3 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris en autorisant le projet de construction alors qu'il ne prévoit pas la création de logements sociaux. Ce moyen doit donc être écarté.
En ce qui concerne l'atteinte aux conditions d'éclairement :
S'agissant de la méconnaissance de l'article UG 7.1 du règlement du plan local d'urbanisme :
9. Aux termes de l'article UG 7.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris : " Nonobstant les dispositions du présent article UG.7 et de l'article UG.10.3, l'implantation d'une construction en limite séparative peut être refusée si elle a pour effet de porter gravement atteinte aux conditions d'éclairement d'un immeuble voisin ou à l'aspect du paysage urbain, et notamment à l'insertion de la construction dans le bâti environnant. () ". Au sens de ces dispositions, l'atteinte grave aux conditions d'éclairement suppose une obstruction significative de la lumière, qui ne saurait se réduire à une simple perte d'ensoleillement.
10. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'étude d'évolution du niveau de luminosité réalisée le 28 septembre 2023 que les pertes de luminosité liées au projet oscillent entre 54,24 et 58,82 %. Le requérant produit également une étude d'ensoleillement réalisée le 22 mars 2022 mentionnant une perte d'ensoleillement annuel variant de 65,36% à 84,82 %. Toutefois, d'une part, la simple perte d'ensoleillement ne suffit pas à démontrer l'existence d'une atteinte grave aux conditions d'éclairement. D'autre part, ces études se basent sur l'évolution du niveau de luminosité engendrée par la construction de l'extension de l'ambassade mais également par la construction de l'immeuble de logements en R+5 qui doit être édifié sur la parcelle mitoyenne à celle du requérant. Elle n'est donc pas pertinente pour établir l'éventuelle atteinte aux conditions d'éclairement engendrée par la construction faisant l'objet du permis de construire attaqué dans la présente instance, qui n'est pas mitoyenne à la propriété du requérant. En outre, ces études ne portent que sur trois ouvertures de la maison de M. B, la fenêtre de toit du bâtiment sur rue, la toiture verrière reliant les deux bâtiments de sa propriété et la fenêtre gauche du 1er étage du bâtiment en fond de parcelle, et ne contiennent aucune indication sur les pièces concernées par les pertes de luminosité. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le projet porterait gravement atteinte aux conditions d'éclairement de la maison du requérant au sens de l'article UG.7.1 du règlement du plan local d'urbanisme, doit être écarté.
En ce qui concerne la méconnaissance des règles relatives au gabarit-enveloppe :
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article UG 10.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris : " Le gabarit-enveloppe se compose successivement : () 2°- Voies de largeur égale ou supérieure à 8 mètres et inférieure à 12 mètres : () a - d'une verticale de hauteur H égale au prospect P sur voie augmenté de 4 mètres, / b - d'une oblique de pente 2/1 limitée par une horizontale située à 4,50 mètres au-dessus de la verticale ". Aux termes de l'article UG 11.1 du même règlement, seul applicable au projet : " Notamment, pour éviter de créer ou de laisser à découvert des murs pignons, la hauteur d'une construction projetée en bordure de voie peut être soit réduite, soit augmentée, nonobstant les dispositions de l'article UG.10.2, sans créer de décalage supérieur, en principe, à la hauteur moyenne d'un étage par rapport aux constructions contiguës. "
12. Il ressort des pièces du dossier que le projet présente un dépassement de gabarit applicable le long de la rue de Presles. Toutefois, le pétitionnaire a ainsi bénéficié d'une faculté offerte par le règlement prévoyant d'autoriser un dépassement du gabarit-enveloppe en vue de combler le mur pignon d'un bâtiment jusqu'à une hauteur n'allant pas, en principe, au-delà de la hauteur moyenne d'un étage, ce décalage étant indicatif. En l'espèce, la construction projetée évitera de laisser à découvert le mur pignon de l'immeuble mitoyen de l'actuel ambassade de Cuba. Si, comme l'envisage le requérant, le projet autorisé par le permis de construire délivré le 4 mai 2022 à la société Linkcity n'était pas réalisé, le mur pignon laissé à découvert par la construction de l'extension de l'ambassade sera toujours réduit par rapport à celui existant actuellement. Dans l'hypothèse inverse, la construction de l'extension de l'ambassade de Cuba n'engendrera plus qu'un mur pignon d'un seul niveau. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles UG 10.2.1 et UG 11.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris doit être écarté.
En ce qui concerne l'insertion de la construction dans le bâti environnant :
13. Aux termes de l'article UG.11.1 : " () / L'autorisation de travaux peut être refusée ou n'être accordée que sous réserve de prescriptions si la construction, l'installation ou l'ouvrage, par sa situation, son volume, son aspect, son rythme ou sa coloration, est de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. () ". Aux termes du 2° de l'article UG.11.1.3 relatif aux façades sur rues : " ()La bonne transition volumétrique et architecturale de la construction projetée nécessite que soient prises en compte les caractéristiques des bâtiment voisins (nus de façades, hauteurs des niveaux, modénature () ". Aux termes des dispositions du 1° de l'article UG.11.1.4 du même règlement, relatives au traitement des rez-de-chaussée : " () Le traitement des ouvertures (halls d'entrée, parcs de stationnement, portes et baies) doit privilégier une implantation dans le plan de la façade ; les retraits ne sont admis qu'en raison d'une expression architecturale répondant à une meilleure insertion dans l'environnement ou pour des impératifs de sécurité justifiés ; les transparences entre la rue et les espaces libres doivent être privilégiées. / Les rez-de-chaussée doivent présenter des façades les plus ouvertes possible en évitant l'implantation directement en façade sur voies de locaux aveugles (locaux techniques, de service) ; les parties pleines doivent être les plus limitées possibles de façon à éviter l'affichage ou la mise en œuvre de graffitis. ". Aux termes de l'article UG 7.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris : " Nonobstant les dispositions du présent article UG.7 et de l'article UG.10.3, l'implantation d'une construction en limite séparative peut être refusée si elle a pour effet de porter gravement atteinte () à l'aspect du paysage urbain, et notamment à l'insertion de la construction dans le bâti environnant. ()".
14. Eu égard à la teneur des dispositions de l'article UG.11 précitées, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, d'apprécier si l'autorité administrative a pu légalement autoriser la construction projetée, compte tenu de ses caractéristiques et de celles des lieux avoisinants, sans méconnaître les exigences résultant de cet article. Dans l'exercice de ce contrôle, le juge doit tenir compte de l'ensemble des dispositions de cet article et de la marge d'appréciation qu'elles laissent à l'autorité administrative pour accorder ou refuser de délivrer une autorisation d'urbanisme.
15. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le projet s'adaptera aux niveaux des immeubles voisins pour créer une construction homogène, s'insérant avec une descente progressive entre la hauteur de l'immeuble de l'actuelle ambassade en R+8 et la maison individuelle en R+1 du requérant, seule construction de cette hauteur dans la rue de Presles. La construction autorisée par le permis de construire attaqué s'inscrit dans une rue comportant des constructions de tailles et de styles hétérogènes et non, comme il est allégué par le requérant, uniquement de style post-haussmannien. En outre, la circonstance que son architecture soit contemporaine, comme la plupart des immeubles de cette rue, ne permet pas de démontrer que le projet est de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants alors que les façades sont traitées de façon homogène garantissant une bonne insertion dans le tissu architectural existant notamment grâce aux matériaux et couleurs choisis. Enfin, contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des pièces du dossier, notamment du plan PC39-40, que le local de stockage de déchet sera situé en retrait, derrière une clôture, et ne constituera ainsi pas un local aveugle implanté directement en façade sur voie. En tout état de cause, l'implantation directement en façade sur voies de locaux aveugles en rez-de-chaussée doit être évitée mais n'est pas interdite. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UG 11 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'article UG 7.1 du même règlement relatives à l'insertion de la construction dans le bâti environnant doit être écarté.
En ce qui concerne la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme :
16. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".
17. Si M. B soutient que l'implantation de l'actuel ambassade de Cuba a engendré des problèmes de sécurité dans sa propriété, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet autorisé par le permis de construire attaqué, prévoyant l'installation d'un consulat en rez-de-chaussée et des unités d'accueil pour les représentants cubains de passage dans les étages, serait de nature à porter atteinte à la sécurité publique.
18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions du requérant tendant à l'annulation de l'arrêté du 1er juillet 2022 et du rejet de son recours gracieux doivent être rejetées ainsi que celle tendant au prononcé d'une injonction de remise en état de la parcelle.
Sur les frais liés au litige :
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat et de la République de Cuba, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que demande le requérant au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à l'ambassadeur de la République de Cuba à Paris, au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris et à la Ville de Paris.
Délibéré après l'audience du 10 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Simonnot, président,
Mme Voillemot, première conseillère,
M. Paret, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2024.
Le rapporteur,
C. VOILLEMOT
Le président,
J-F. SIMONNOT
La greffière,
S. RAHMOUNI
La République mande et ordonne au préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401325
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... contre la décision de non-opposition à la déclaration préalable de la société SFR pour l’implantation d’antennes de radiotéléphonie mobile à Paris 13e. Le tribunal a d’abord jugé que M. B... ne justifiait pas d’un intérêt à agir suffisant au sens de l’article L. 600-1-2 du code de l’urbanisme, car il n’a pas démontré que le projet affecterait directement ses conditions de jouissance de son bien. Par suite, la requête a été déclarée irrecevable, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens, notamment ceux tirés de l’absence d’avis de l’architecte des bâtiments de France ou de la méconnaissance de l’article R. 111-27 du code de l’urbanisme.
06/01/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2324980
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... contestant son expulsion du territoire français en urgence absolue, décidée par le ministre de l'intérieur le 22 octobre 2023. Le tribunal a jugé que la procédure d'urgence absolue, prévue à l'article L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dispensait de consulter la commission spéciale d'expulsion, et que les autres moyens, notamment le détournement de procédure et la méconnaissance des articles L. 631-3 et L. 252-1, n'étaient pas fondés.
06/01/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2431132
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui demandait l’annulation d’un arrêté d’expulsion du 21 octobre 2024 et de la décision d’assignation à résidence prise le même jour par le préfet de police. Le tribunal a jugé que l’arrêté d’expulsion était suffisamment motivé et que le préfet n’avait pas commis d’erreur d’appréciation en considérant la présence de l’intéressé comme une menace grave pour l’ordre public, au vu de ses condamnations pénales. La solution retenue s’appuie sur les articles L. 631-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ainsi que sur les articles 8 de la Convention européenne des droits de l’homme et 3-1 de la Convention internationale des droits de l’enfant, sans que ces derniers soient méconnus.
06/01/2026