vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2226515 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 4e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET PROTAT (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 22 décembre 2022, 21 avril et 6 juin 2023, et un mémoire récapitulatif, enregistré le 3 juillet 2023, la société Shopper Union France, représentée par l'AARPI Protat, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 décembre 2022 par laquelle la commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP) a refusé de renouveler l'inscription de " francesoir.fr " en qualité de service de presse en ligne dans ses registres ;
2°) d'enjoindre à la CPPAP de renouveler cette inscription, de façon rétroactive à compter du 30 novembre 2022, sous astreinte de 20 000 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la CPPAP était irrégulièrement composée ;
- sa décision a été prise au terme d'une procédure irrégulière en méconnaissance, d'une part, des règles de convocation de ses membres fixées par les articles 2 et 4 de son règlement intérieur et, d'autre part, du principe du contradictoire ;
- elle méconnaît les principes d'indépendance, d'impartialité et de publicité ;
- la CPPAP a méconnu l'étendue de sa compétence en s'estimant en situation de compétence liée à l'égard de l'avis de la direction générale de la santé (DGS) ;
- la décision attaquée méconnaît l'obligation de secret professionnel définie et sanctionnée par l'article 226-13 du code pénal ;
- elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur de droit ;
- elle méconnaît les articles 39 bis A et 39 bis B du code général des impôts ;
- elle est inconventionnelle en raison de l'inconventionnalité, invoquée par voie d'exception, des alinéas 2 et 3 de l'article 1er de la loi n° 86-897 du 1er août 1986, des articles 1 et 7 du décret n° 97-1065 du 20 novembre 1997 et des articles 1 et 2 du décret n° 2009-1340 du 29 octobre 2009 au regard des articles 6, 10 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 11.2 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle méconnaît l'article 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.
Par une intervention, enregistrée le 4 janvier 2023, Mmes E C et Caroline Porteu de la Morandière, représentées par l'AARPI Protat, demandent que le tribunal fasse droit aux conclusions de la requête de la société Shopper Union France.
Elles soutiennent que :
- la CPPAP était irrégulièrement composée ;
- sa décision n'a pas été régulièrement publiée ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière en méconnaissance du principe du contradictoire ;
- elle méconnaît la liberté de communication des pensées et des opinions ainsi que le principe du pluralisme des médias ;
- elle instaure une discrimination fondée sur les opinions politiques en méconnaissance de l'article 21 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
Par une intervention, enregistrée le 27 janvier 2023, Mme D A, représentée par l'AARPI Protat, demande que le tribunal fasse droit aux conclusions de la requête de la société Shopper Union France.
Elle soutient que :
- la décision de la CPPAP est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière en méconnaissance du principe du contradictoire ;
- la CPPAP a méconnu l'étendue de sa compétence en s'estimant en situation de compétence liée à l'égard de l'avis de la direction générale de la santé (DGS) ;
- la décision attaquée méconnaît l'article 1er du décret n° 2009-1340 du 29 octobre 2009 et est entachée d'erreur de droit, d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation ;
- elle est entachée d'un détournement de pouvoir.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 mars 2023 et 22 mai 2023, la ministre de la culture conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- les interventions volontaires de Mme A, d'une part, et de Mmes C et Porteu de la Morandière, d'autre part, sont irrecevables dès lors qu'elles ne justifient pas d'un intérêt suffisant eu égard à la nature et à l'objet du litige ;
- les moyens de la requête et des mémoires en intervention volontaire ne sont pas fondés.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 86-897 du 1er août 1986 ;
- le décret n° 2009-1340 du 29 octobre 2009 ;
- le règlement intérieur de la commission de la commission paritaire des publications et agences de presse ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Medjahed, premier conseiller ;
- les conclusions de M. Degand, rapporteur public ;
- et les observations de Me Protat représentant la société Shopper Union France, et de Mme B, représentant la ministre de la culture.
Une note en délibéré, enregistrée le 18 juin 2024, a été présentée par la ministre de la culture et n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. La société Shopper Union France, éditrice du service en ligne " francesoir.fr ", s'est vue inscrite le 21 septembre 2017 par la commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP) sur ses registres en qualité de service de presse en ligne (SPEL) pour une durée de cinq ans. Le 5 décembre 2022, la CPPAP a refusé de renouveler cette inscription au motif qu'après avis de la direction générale de la santé, elle a estimé que les contenus publiés sur " francesoir.fr " sont susceptibles de détourner les citoyens de certains dispositifs médicaux et, par là même, de constituer un danger pour la santé publique et que " francesoir.fr " ne présente pas, par suite, le caractère d'intérêt général requis. Par la présente requête, la société Shopper Union France demande l'annulation de la décision de la CPPAP lui refusant la reconnaissance de " francesoir.fr " en qualité de service de presse en ligne (SPEL).
Sur les interventions volontaires :
2. Est recevable à former une intervention, toute personne qui justifie d'un intérêt suffisant eu égard à la nature et à l'objet du litige.
En ce qui concerne l'intervention de Mme A :
3. Mme A est directrice adjointe de la rédaction de " francesoir.fr ". A ce titre, elle justifie d'un intérêt suffisant pour intervenir au soutien de la requête formée par la société Shopper Union France. Son intervention est, par suite, contrairement à ce que soutient la ministre de la culture, recevable.
En ce qui concerne l'intervention conjointe de Mmes C et Porteu de la Morandière :
4. Mmes C et Porteu de la Morandière sont donatrices au bénéfice de " francesoir.fr ". Eu égard à la nature et l'objet des questions soulevées par le litige, elles justifient d'un intérêt suffisant pour intervenir dans la présente instance, au soutien de la requête de la société Shopper Union France. Leur intervention est, par suite, contrairement à ce que soutient la ministre de la culture, recevable.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Aux termes de l'article 1er de la loi n° 86-897 du 1er août 1986 : " Au sens de la présente loi, l'expression "publication de presse" désigne tout service utilisant un mode écrit de diffusion de la pensée mis à la disposition du public en général ou de catégories de publics et paraissant à intervalles réguliers. / On entend par service de presse en ligne tout service de communication au public en ligne édité à titre professionnel par une personne physique ou morale qui a la maîtrise éditoriale de son contenu, consistant en la production et la mise à disposition du public d'un contenu original, d'intérêt général, renouvelé régulièrement, composé d'informations présentant un lien avec l'actualité et ayant fait l'objet d'un traitement à caractère journalistique, qui ne constitue pas un outil de promotion ou un accessoire d'une activité industrielle ou commerciale. / Un décret précise les conditions dans lesquelles un service de presse en ligne peut être reconnu, en vue notamment de bénéficier des avantages qui s'y attachent. () ". Aux termes de l'article 1er du décret n° 2009-1340 du 29 octobre 2009 pris pour application de l'article 1er de la loi n° 86-897 du 1er août 1986 portant réforme du régime juridique de la presse : " Sont reconnus par la commission paritaire des publications et agences de presse, prévue à l'article 1er du décret du 20 novembre 1997 susvisé, les services de presse en ligne, au sens de l'article 1er de la loi du 1er août 1986 susvisée, répondant aux conditions suivantes : /()/ 6° Le contenu publié par l'éditeur du service de presse en ligne présente un caractère d'intérêt général quant à la diffusion de la pensée : instruction, éducation, information, récréation du public ; () ".
6. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.
7. En premier lieu, lorsque la CPPAP envisage de prendre une décision de non-renouvellement de la reconnaissance d'un service de presse en ligne en se fondant sur la circonstance que le service ne satisfait plus aux conditions fixées par l'article 1er du décret du 29 octobre 2009 pris pour l'application de l'article 1er de la loi du 1er août 1986, en particulier à la condition que son contenu présente un caractère d'intérêt général quant à la diffusion de la pensée prévue par le 6° de cet article 1er, une telle décision, eu égard à sa nature et à ses effets, ne peut régulièrement intervenir, alors même qu'elle est prise sur la demande de l'éditeur du service, sans qu'aient été communiqués au préalable à celui-ci, lorsqu'ils ne résultent pas du dossier de demande de renouvellement lui-même, les éléments sur lesquels entend se fonder la CPPAP.
8. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des visas de la décision du 5 décembre 2022 par laquelle la CPPAP a refusé de renouveler la reconnaissance de " francesoir.fr " en qualité de service de presse en ligne, que la commission, pour estimer que le service ne satisfaisait plus à la condition du caractère d'intérêt général quant à la diffusion de la pensée, s'est fondée sur un avis de la direction générale de la santé du ministère de la santé et de la prévention selon lequel la publication présente un danger pour la santé publique, qu'elle a demandé mais qui n'a pas été communiqué préalablement à la société Shopper Union France. Il s'ensuit que la société Shopper Union France est fondée à soutenir que la décision de la CPPAP a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard à la teneur de cet avis et à son importance, son absence de communication préalable a privé la société requérante d'une garantie. Dès lors, l'irrégularité dans la procédure suivie entache la décision attaquée d'illégalité.
9. En second lieu, aux termes de l'article 4 du règlement intérieur de la CPPAP : " Le président de la commission convoque par lettre ordinaire ou recommandée, ou par voie électronique avec accusé de réception, les membres, titulaires et suppléants, de la commission et des sous-commissions huit jours au moins avant la date de la séance ". Aux termes de l'article 5 du même règlement : " L'ordre du jour provisoire de chaque séance de la commission accompagné, s'il y a lieu, des documents qui s'y rapportent, est joint aux convocations. L'ordre du jour peut être communiqué par voie électronique. / Préalablement à l'ordre du jour de chaque séance plénière, la liste actualisée des services en ligne pour lesquels une demande de reconnaissance a été adressée au secrétariat est transmise aux membres par voie électronique. Elle comporte l'adresse électronique des services concernés et, le cas échéant, les indications permettant d'accéder aux espaces réservés au sein de ces services. ".
10. Il ressort des pièces du dossier que les membres de la commission ont été convoqués le 28 novembre 2022 à 19 heures 40 à une séance ayant lieu le 30 novembre à 9 heures 30. En outre, ils n'ont reçu aucun document leur permettant de préparer la séance, notamment pas l'avis de la direction générale de la santé à l'origine de la décision de refus. Par suite, la procédure suivie est entachée d'irrégularité. Ces irrégularités, qui ont eu pour effet de les priver d'un temps suffisant et des documents utiles pour préparer la séance et délibérer de manière suffisamment éclairée, ont été susceptibles d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise. Il s'ensuit que la société Shopper Union France est fondée à soutenir que ces irrégularités entachent la décision attaquée d'illégalité.
11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision de la CPPAP du 5 décembre 2022 doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement que la demande de renouvellement d'inscription de " francesoir.fr " en qualité de service de presse en ligne présentée par la société Shopper Union France soit réexaminée. Par suite, en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, il y a lieu d'enjoindre à la CPPAP de procéder au réexamen de cette demande dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie perdante dans la présente instance, le versement à la société Shopper Union France d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les interventions de Mme A et de Mmes C et Porteu de la Morandière sont admises.
Article 2 : La décision de la CPPAP du 5 décembre 2022 est annulée.
Article 3 : Il est enjoint à la CPPAP de réexaminer la demande de renouvellement de l'inscription de " francesoir.fr " dans ses registres en qualité de service de presse en ligne dans un délai de trois mois à compter du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera à la société Shopper Union France une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la société Shopper Union France est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la ministre de la culture, à la société Shopper Union France, à Mme D A et à Mme E C, première dénommée des intervenantes.
Copie en sera adressée à la commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP).
Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Aubert, présidente,
M. Julinet, premier conseiller,
M. Medjahed, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
Le rapporteur,
N. MEDJAHED
La présidente,
S. AUBERT La greffière,
A. LOUART
La République mande et ordonne à la ministre de la culture, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2304140
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A, agent contractuel, qui contestait une retenue sur son traitement de 250 euros pour un indu de prime exceptionnelle liée à la pandémie. La requérante invoquait un défaut de motivation et une faute de l'administration, mais le tribunal a jugé que la décision de retenue était fondée sur l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 et le décret n° 2020-570 du 14 mai 2020. Il a estimé que l'administration avait établi le bien-fondé de l'indu, car Mme A ne remplissait pas les conditions pour bénéficier de la prime, et qu'aucune faute n'était caractérisée. Les conclusions indemnitaires et subsidiaires ont également été rejetées.
25/09/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2305883
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé le compte rendu d'entretien professionnel de Mme B..., capitaine de police, établi le 23 janvier 2023 au titre de l'année 2017. La requérante soutenait notamment que l'évaluation avait été réalisée par une autorité incompétente et sans entretien préalable. Le tribunal a fait droit à sa demande en se fondant sur l'autorité de la chose jugée attachée à un précédent jugement du 25 mars 2022, qui avait déjà annulé un premier compte rendu pour les mêmes motifs (absence d'entretien et évaluation partielle). La décision s'appuie sur les dispositions de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 et du décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 relatifs à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires.
25/09/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2307997
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B A, réserviste opérationnel, qui demandait l'annulation de la décision du 18 janvier 2023 de la commission de recours de l'invalidité lui refusant une pension militaire d'invalidité pour une affection non imputable au service. Le tribunal a jugé que M. A n'apportait pas la preuve, exigée par les articles L. 121-1 et suivants du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, que son infirmité était directement causée par l'exercice de ses fonctions de réserviste. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête, incluant la demande de pension et celle au titre des frais de justice.
25/09/2025