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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2226633

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2226633

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2226633
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantSINGH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 décembre 2022, M. A B, représenté par Me Singh, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de police a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale et de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale, de lui remettre une attestation de demande d'asile et un formulaire de saisine de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans un délai de trois jours, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Singh au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, s'il est admis à l'aide juridictionnelle à titre définitif, ou à lui-même au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

-il n'a pas été informé des cas et conditions dans lesquels le délai de transfert peut être prolongé et le délai de dix-huit mois ne lui est pas opposable ;

-il n'est pas établi que les autorités italiennes auraient été informées de la prolongation du délai de transfert en méconnaissance de l'article 9.2 du règlement CE n° 1560/2003 ;

-la décision est entachée d'incompétence ;

-elle est entachée d'une erreur d'appréciation en l'absence de fuite.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2023, le préfet de police, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

-à titre principal, la requête est irrecevable, M. B ne se prévalant d'aucune circonstance de fait ou de considération de droit nouvelle, pertinente et postérieure à la décision de transfert ;

-à titre subsidiaire, aucun moyen de la requête n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

-le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Dousset.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant érythréen né le 15 mai 1992 à Gash-Barka, a sollicité l'asile en France et a été placé en procédure dite " Dublin ". Par un arrêté du 22 mars 2022, le préfet de police a prononcé son transfert aux autorités italiennes en charge de l'examen de sa demande d'asile. M. B a formé un recours contre cette décision qui a été rejeté par un jugement du présent tribunal du 13 mai 2022. M. B ne s'étant pas présenté à l'aéroport Roissy Charles de Gaulle le 5 septembre 2022 afin d'exécuter la mesure de transfert, il a été considéré comme en fuite. Le requérant s'est présenté au guichet de la préfecture de police le 21 novembre 2022 afin que sa demande d'asile soit enregistrée en procédure normale. Il demande l'annulation de la décision de refus qui lui a été opposée.

2. Lorsqu'un demandeur d'asile fait l'objet d'une décision de transfert vers l'Etat membre responsable de l'examen de sa demande en application des dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, la décision de transfert emporte celle refusant de faire application à son bénéfice des dispositions du paragraphe 2 de l'article 3 et du paragraphe 1 de l'article 17 de ce règlement qui, respectivement, prévoient qu'il est " impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeur " et permettent à chaque Etat de " décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans [ce] règlement. ". L'article 29 de ce règlement prévoit que le transfert s'effectue dans un délai de six mois, qui peut être porté à dix-huit mois maximum si la personne concernée prend la fuite.

3. Lorsque, postérieurement à la décision ordonnant son transfert dans l'Etat responsable de sa demande, l'intéressé demande à l'autorité compétente que sa demande d'asile soit instruite " en procédure normale ", il doit être regardé comme demandant à cette autorité de reconnaître la compétence de la France pour examiner sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de dépôt de cette demande lui permettant de suivre la procédure devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.

4. Le refus opposé à une telle demande constitue une décision susceptible de recours. Les conclusions d'annulation dirigées contre cette décision sont toutefois irrecevables s'il apparaît, en l'absence de circonstances de fait ou de considérations de droit nouvelles, pertinentes et postérieures à la décision de transfert, que ce refus se borne à confirmer purement et simplement celui de faire application des dispositions mentionnées ci-dessus du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, en particulier de la clause dite " discrétionnaire " de l'article 17 de ce règlement, implicitement mais nécessairement inclus dans la décision de transfert. Une telle irrecevabilité doit, en particulier, être opposée à ces conclusions lorsque le demandeur soutient, sans l'établir, qu'ayant été considéré, à tort, comme étant en fuite pour l'application du paragraphe 2 de l'article 29 de ce règlement, le délai de transfert de six mois prévu au paragraphe 1 de cet article n'a pas été prolongé et que la décision de transfert ne peut plus, dès lors, être exécutée.

5. En l'espèce, il est constant que M. B ne s'est pas présenté le 5 septembre 2022 à 6h15 à l'aéroport Paris-Charles de Gaulle (Roissy) en vue d'exécuter la décision de transfert vers l'Italie. M. B soutient qu'il a voulu honorer cette convocation mais qu'il a été orienté par erreur par un agent de la RATP vers l'aéroport d'Orly et que lorsqu'il s'est rendu compte de cette erreur, il est allé à l'aéroport Paris-Charles de Gaulle mais y est arrivé trop tard. Toutefois, alors, au demeurant, que la convocation mentionne clairement à deux reprises l'aéroport Charles de Gaulle, M. B n'établit pas s'être effectivement rendu à l'aéroport d'Orly par la seule production de tickets RATP concernant un aller Antony/Roissy à 7h59 et un retour Roissy/Paris à 9h54. En outre, M. B se prévaut du fait qu'il a justifié de son absence auprès des services de la préfecture de police et produit une lettre datée du 19 octobre 2022. Toutefois, d'une part, il n'établit pas que cette lettre aurait effectivement été reçue par les services de la préfecture. D'autre part, cette lettre a été rédigée près d'un mois et demi après la convocation à l'aéroport et M. B ne démontre pas qu'il aurait été dans l'impossibilité d'adresser ce courrier au préfet plus tôt. Dans ces conditions, M. B n'établit pas que c'est à tort que le préfet de police l'a placé en fuite. Dès lors et en l'absence de circonstance de fait ou de droit nouvelle, pertinente et postérieure à la décision de transfert du 22 mars 2022, la décision litigieuse doit être regardée comme confirmant cette première décision et ne constitue pas, ainsi que le fait valoir le préfet de police, une décision susceptible de recours. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de cette décision sont irrecevables.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Singh et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rohmer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Lenoir, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.

La rapporteure,

A. DOUSSET

Le président,

B. ROHMER

La greffière,

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./1-3

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