jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2226666 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | DAVID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 décembre 2022, M. B C, représenté par Me David, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 21 juillet 2022 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a ordonné son transfert du centre pénitentiaire de Roanne (Loire) vers le centre pénitentiaire de Villefranche-sur-Saône (Rhône) ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 600 euros au bénéfice de son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- sa requête est recevable dès lors que la décision litigieuse porte atteinte de manière substantielle à ses droits fondamentaux, en affectant sa sécurité en détention et en restreignant son droit de recevoir des visites ;
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine préalable du procureur de la République et du juge d'application des peines ;
- elle méconnaît le principe du contradictoire ;
- elle est entachée d'erreur de droit ;
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle viole les stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à son profil en détention.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 avril 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- à titre principal, la requête de M. C est irrecevable ;
- à titre subsidiaire, aucun des moyens soulevés n'est fondé.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code pénitentiaire ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pény,
- et les conclusions de M. Cicmen, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, né le 13 mai 1987, condamné à la réclusion criminelle, détenu au centre de détention de Roanne (Loire) depuis le 4 mars 2021, a été transféré vers le centre pénitentiaire de Villefranche-sur-Saône (Rhône) par une décision du 21 juillet 2022 du garde des sceaux, ministre de la justice. M. C demande l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, d'une part, en vertu de l'article D. 211-8 du code pénitentiaire, le garde des sceaux, ministre de la justice, était compétent pour prendre la décision attaquée, dès lors que M. C cumule dix-neuf condamnations, représentant un total de vingt-trois ans et six mois de peines, soit un quantum supérieur à dix ans et une durée de détention restant à exécuter supérieure à cinq ans. D'autre part, la décision attaquée a été prise par Mme D A, directrice des services pénitentiaires, laquelle avait reçu délégation de signature par arrêté du directeur de l'administration pénitentiaire du 3 juin 2022, publié au Journal Officiel le 12 juin 2022, pour signer, au nom du garde des sceaux, ministre de la justice, tous actes, arrêtés et décisions. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit donc être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article D. 211-28 du code pénitentiaire : " () La décision de changement d'affectation est prise, sauf urgence, après avis du juge de l'application des peines et du procureur de la République du lieu de détention ".
5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le procureur de la République et le juge d'application des peines aient été saisis avant que ne soit prise la décision en litige du 21 juillet 2022. Toutefois, en l'espèce, le transfert, à titre transitoire, de M. C vers le centre pénitentiaire de Villefranche-sur-Saône était justifié par des impératifs de sécurité à la suite de sa tentative d'évasion du 13 juillet 2022 et des multiples incidents disciplinaires qui avaient émaillé son incarcération au centre de détention de Roanne au cours des semaines précédentes, nécessitant un transfert à très brève échéance dans un autre établissement. Par suite, compte tenu de l'urgence, dans les circonstances de l'espèce, le ministre n'a pas entaché sa décision d'un vice de procédure.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 de ce code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles () / ".
7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C ait été mis à même de présenter ses observations préalablement à l'édiction de la décision attaquée. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 5, le transfert de l'intéressé était justifié par un motif d'urgence, lequel permettait de se dispenser d'une procédure contradictoire. Le moyen doit donc être écarté.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 211-3 du code pénitentiaire : " Les personnes condamnées exécutent leur peine dans un établissement pour peines. / Cependant, les personnes condamnées à l'emprisonnement d'une durée inférieure ou égale à deux ans peuvent, à titre exceptionnel, être maintenues en maison d'arrêt et détenues, dans ce cas, dans un quartier distinct, lorsque des conditions tenant à la préparation de leur libération, leur situation familiale ou leur personnalité le justifient. / Peuvent également, dans les mêmes conditions, être affectées, à titre exceptionnel, en maison d'arrêt, les personnes condamnées auxquelles il reste à exécuter une peine d'une durée inférieure à un an. / Toute personne condamnée détenue en maison d'arrêt à laquelle il reste à exécuter une peine d'une durée supérieure à deux ans peut, à sa demande, obtenir son transfèrement dans un établissement pour peines dans un délai de neuf mois à compter du jour où sa condamnation est devenue définitive. / Cependant, elle peut être maintenue en maison d'arrêt lorsqu'elle bénéficie d'un aménagement de peine ou est susceptible d'en bénéficier rapidement. / Les personnes condamnées peuvent également être affectées en maison d'arrêt au sein d'un quartier spécifique dans les conditions prévues par les dispositions des articles L. 224-1 à L. 224-4 ".
9. Si. M. C soutient qu'eu égard à son profil pénitentiaire, il aurait dû être affecté en établissement pour peine, dès lors qu'il n'entre dans aucune des catégories mentionnées par les dispositions précitées permettant de l'affecter en maison d'arrêt. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 5, l'affectation du requérant au centre pénitentiaire de Villefranche-sur-Saône, dans le quartier d'isolement, dont il n'est pas contesté qu'il est rattaché à la maison d'arrêt, a été prise à titre transitoire, au regard d'impératifs de sécurité nécessitant un transfert à très brève échéance dans un autre établissement, avant une nouvelle affectation dans un établissement pour peine correspondant à son profil pénal et pénitentiaire. Dans ces conditions, eu égard au caractère temporaire de l'affectation de M. C, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 211-3 du code pénitentiaire, et, en tout état de cause, de la circulaire JUSK1240006C du 21 février 2012 relative à l'orientation en établissement pénitentiaire des personnes détenue, dont le point 1.2 se borne à réitérer ces mêmes dispositions, ne peut qu'être écarté.
10. En sixième lieu, si M. C soutient que le ministre a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant à son profil en détention dès lors qu'il était précédemment affecté dans un centre de détention voué à la réinsertion, il ressort des pièces du dossier que le parcours de l'intéressé a été marqué par de nombreux incidents disciplinaires, dont notamment la possession d'objets interdits et des altercations répétées avec le personnel pénitentiaire, ayant justifié plusieurs transfèrements successifs. Il a ainsi notamment fait l'objet de poursuites disciplinaires le 8 juin 2022 pour avoir agressé un surveillant avec une arme artisanale et pour avoir été retrouvé en possession de substances interdites. Dans ces conditions, le moyen ne peut qu'être écarté.
11. En septième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. Contrairement à ce que soutient M. C, la décision en litige l'affectant temporairement au centre pénitentiaire de Villefranche-sur-Saône n'a ni pour effet de le priver de visites, ni de rendre très difficile ou impossible les visites de sa famille, qui réside à Lunel (Hérault). De la même manière, la circonstance alléguée selon laquelle il n'aurait pas accès à une unité de vie familiale ne le prive pas, en tout état de cause, de recevoir des visites de sa famille, y compris de sa fille mineure, âgée de trois ans. Par ailleurs, la circonstance qu'il soit placé à l'isolement ne le prive pas d'un accès à la cour de promenade et la diminution des objets personnels autorisés en cellule ne constitue pas un élément de nature à bouleverser substantiellement ses conditions de détention. Dès lors, et eu égard au caractère temporaire du transfert vers cet établissement, la décision attaquée ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée au droit, apprécié au regard des conditions inhérentes à la détention, du requérant à mener une vie familiale normale. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
13. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
14. Si M. C soutient que son placement à l'isolement le prive de visites de sa jeune fille âgée de trois ans, la mesure de transfert litigieuse, ainsi qu'il a été dit au point 9, n'a pas pour effet d'interdire à sa famille de lui rendre visite. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la requête, que les conclusions de la requête de M. C doivent être rejetées, y compris celles fondées sur les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au garde des sceaux, ministre de la justice et à Me David.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Delesalle, président,
- M. Pény, premier conseiller,
- M. Doan, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.
Le rapporteur,
A. Pény
Le président,
H. Delesalle
La greffière,
A. Cardon
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2226666/6-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2525597
**Sujet principal** : La requérante, une ressortissante salvadorienne, demande l'annulation du rejet implicite de sa demande de titre de séjour et l'injonction au préfet de police de lui délivrer un titre. **Juridiction** : Le Tribunal Administratif de Paris (6e Section - 3e Chambre). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la requête. Il estime que la requête dirigée contre un rejet implicite est irrecevable, car un refus exprès (un arrêté du 25 mars 2025) avait déjà été notifié. Le tribunal considère que les moyens au fond, invoquant notamment les articles L. 423-23, L. 435-1 et L. 435-4 du CESEDA, ne sont pas de nature à justifier la délivrance d'un titre. **Textes appliqués** : Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), notamment ses articles L. 423-23, L. 435-1 et L. 435-4, ainsi que le code de justice administrative.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2524412
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A..., un ressortissant algérien, qui contestait les décisions du préfet du Val-de-Marne l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et lui interdisant le retour pour douze mois. La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était suffisamment motivé et fondé sur un examen sérieux de la situation personnelle de l'intéressé, qui était entré et séjournait irrégulièrement en France. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur la Convention européenne des droits de l'homme et l'accord franco-algérien de 1968.
19/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2414908
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours en excès de pouvoir concernant la responsabilité de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris pour une infection nosocomiale survenue après une intervention chirurgicale. La juridiction a reconnu la responsabilité de l'établissement et a procédé à une évaluation des préjudices du requérant, en se fondant notamment sur une expertise médicale ordonnée par le tribunal. La décision implicite de rejet de la demande d'indemnisation est annulée, et l'AP-HP est condamnée à verser une indemnité, dont le montant est déterminé par le tribunal en application des principes de responsabilité administrative.
19/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2419249
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté comme irrecevable la requête de M. B... visant à annuler le refus de renouvellement de sa carte professionnelle d'agent de sécurité privée. La juridiction a jugé que le recours contre la décision implicite de rejet était devenu sans objet, une décision expresse de rejet ayant été prise avant l'introduction de la requête et le recours contre cette dernière ayant fait l'objet d'un désistement. Le tribunal s'est fondé sur les règles de procédure du code de justice administrative pour constater l'irrecevabilité, sans avoir à examiner le fond du litige.
19/03/2026