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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2226874

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2226874

vendredi 20 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2226874
TypeDécision
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET MARTIN ET ASSOCIES (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 26 décembre 2022, 9 janvier 2023 et 27 juin 2023, M. E B et Mme C B, représentés par Me Raoul, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 mai 2022 par lequel la maire de Paris a délivré à la société à responsabilité limitée (SARL) JAPI un permis de construire portant sur la surélévation d'un niveau avec un niveau de combles de bâtiments à R+1 sur un niveau de sous-sol pour la création de huit logements, après dépose de la toiture existante et de sa charpente et dépose du plancher haut, pour un immeuble situé 22, rue de la Providence et 26-26b rue de l'Espérance à Paris (75013), et la décision implicite de rejet de leur recours administratif ;

2°) de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté a été signé par une autorité qui ne bénéficie pas d'une délégation de signature régulière ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, les travaux en cause sont subordonnés à l'autorisation de l'assemblée générale de la copropriété et le pétitionnaire ne justifie pas de cet accord, il s'est livré à une manœuvre frauduleuse dès lors qu'il n'était pas habilité à déposer la demande ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé car il ne comporte pas les considérations juridique et factuelle permettant de comprendre la dérogation au plan de zonage pluvial ;

- si l'architecte des bâtiments de France a émis un avis les 23 août et 18 novembre 2021, la SARL JAPI a déposé des pièces complémentaires relatives à l'instruction de son dossier le 18 janvier 2022, ce qui nécessitait de consulter à nouveau l'architecte des bâtiments de France ;

- le dossier de permis de construire comporte plusieurs incomplétudes, premièrement les informations figurant dans le formulaire cerfa méconnaissent les dispositions des articles R. 431- 5 et R. 431-6 du code de l'urbanisme, le dossier de permis de construire ne précise pas, par référence aux destinations et sous-destinations visées aux articles R.151-27 et R.151-28 du code de l'urbanisme, les surfaces de plancher existants avant travaux et les surfaces de plancher qui seront créées, la destination déclarée ne correspond pas à la destination réelle ; deuxièmement, en méconnaissance des articles R. 431-8 et R. 431-10 du code d'urbanisme, la notice architecturale ne précise pas suffisamment l'aspect architectural des constructions avoisinantes, ne justifie pas de l'insertion du projet dans son environnement et l'état initial du terrain n'est pas décrit ; troisièmement, le dossier ne comporte pas l'accord du gestionnaire du domaine public pour engager la procédure d'autorisation d'occupation temporaire de ce domaine, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme ; selon les plans de coupe et de façade, le projet donnera lieu à des corniches surplombant le domaine public, le dossier est incomplet dès lors que le plan de masse et le plan de toiture ne mentionnent pas ces éléments ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions des articles UG. 2.2.1, UG. 3.1, UG.7.1, UG.12.3, UG.15.1, UG.15.3.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris, ainsi que les articles L. 152-3 et R. 111-2 du code de l'urbanisme et le règlement d'assainissement de la Ville de Paris.

Par des mémoires en défense, enregistré les 28 avril et 28 août 2023, la SARL JAPI, représentée par Me Pupponi, conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à la mise en œuvre des articles L. 600-5 ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ;

3°) de mettre à la charge de M. et Mme B la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2023, la Ville de Paris conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à la mise en œuvre des articles L. 600-5 ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le règlement du plan local d'urbanisme de Paris ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Blusseau, conseiller,

- les conclusions de M. Grandillon, rapporteur public,

- et les observations de Me Raoul, avocat de M. et Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Le 6 août 2021, la société à responsabilité limitée (SARL) JAPI a déposé une demande de permis de construire portant sur la surélévation d'un niveau avec un niveau de combles de bâtiments à R+1 sur un niveau de sous-sol pour la création de huit logements, après dépose de la toiture existante et de sa charpente et dépose du plancher haut, pour un immeuble situé 22, rue de la Providence et 26-26b rue de l'Espérance à Paris (75013). Par un arrêté du 20 février 2022, la maire de Paris a refusé de faire droit à cette demande. La SARL JAPI a formé un recours gracieux, reçu le 11 mars 2022, contre cet arrêté. Par un arrêté du 13 mai 2022, la maire de Paris a retiré l'arrêté du 20 février 2022 et a accordé à la SARL JAPI le permis de construire demandé. M. et Mme B ont formé un recours gracieux, reçu le 31 août 2022, contre cet arrêté. Du silence de l'administration, une décision implicite de rejet est née. M. et Mme B demandent au tribunal d'annuler cet arrêté et la décision implicite de rejet de leur recours administratif.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la compétence de l'auteur de l'arrêté :

2. Par un arrêté du 25 avril 2022, régulièrement publié au bulletin municipal officiel de la Ville de Paris du 29 avril suivant, Mme A D, adjointe au chef du service du Permis de Construire et du Paysage de la Rue, chargée de la coordination technique, signataire de l'arrêté attaqué, a reçu délégation de la maire de Paris à l'effet de signer les arrêtés, actes et décisions concernant les permis de construire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne le respect de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme :

3. Aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; () ". Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 431-5 du même code : " La demande comporte également l'attestation du ou des demandeurs qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R. 423-1 pour déposer une demande de permis ". Par ailleurs, si le permis est délivré sous réserve du droit des tiers, il vérifie la conformité du projet aux règles et servitudes d'urbanisme et ne vérifie pas si le projet respecte les autres réglementations et les règles de droit privé. Toute personne s'estimant lésée par la méconnaissance du droit de propriété ou d'autres dispositions de droit privé peut donc faire valoir ses droits en saisissant les tribunaux civils, même si le permis respecte les règles d'urbanisme.

4. Il résulte de ces dispositions que, sous réserve de la fraude, le pétitionnaire qui fournit l'attestation prévue à l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme selon laquelle il remplit les conditions fixées par l'article R. 423-1 du même code, doit être regardé comme ayant qualité pour présenter sa demande. Il résulte également de ces dispositions qu'une demande d'autorisation d'urbanisme concernant un terrain soumis au régime juridique de la copropriété peut être régulièrement présentée par son propriétaire, son mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par lui à exécuter les travaux, alors même que la réalisation de ces travaux serait subordonnée à l'autorisation de l'assemblée générale de la copropriété, une contestation sur ce point ne pouvant être portée, le cas échéant, que devant le juge judiciaire. Il suit de là qu'une contestation relative au défaut d'autorisation des travaux par l'assemblée générale de la copropriété ne saurait caractériser une fraude du pétitionnaire visant à tromper l'administration sur la qualité qu'il invoque à l'appui de sa demande d'autorisation d'urbanisme, l'absence d'une telle autorisation comme un refus d'autorisation des travaux envisagés par l'assemblée générale étant, par eux-mêmes, dépourvus d'incidence sur la qualité du copropriétaire à déposer une demande d'autorisation d'urbanisme et ne pouvant être utilement invoqués pour contester l'autorisation délivrée.

5. Il ressort des pièces du dossier que le dossier de permis de construire comprend le formulaire Cerfa signé par la pétitionnaire et attestant de sa qualité pour demander l'autorisation sollicitée. Par suite, et alors qu'aucune fraude n'est établie et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que les services instructeurs disposaient d'informations de nature à établir que la SARL JAPI ne possédait pas cette qualité, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, doit être écarté.

En ce qui concerne l'insuffisance de motivation :

6. Aux termes des dispositions de l'article R. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. () Il en est de même lorsqu'elle est assortie de prescriptions, oppose un sursis à statuer ou comporte une dérogation ou une adaptation mineure aux règles d'urbanisme applicables. () ".

7. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué qu'il vise la demande de dérogation au plan de zonage pluvial, la demande d'autorisation de rejet des eaux pluviales du 10 mars 2022 formulée par la société pétitionnaire, les pièces annexes qui y étaient jointes ainsi que l'avis du 28 mars 2022 du service technique de l'eau et de l'assainissement de la direction de la propreté et de l'eau faisant droit à cette demande d'autorisation et qui précise à la fois la teneur de cette dérogation au plan de zonage pluvial et les motifs de droit de cette dérogation. En outre, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que cet avis du 28 mars 2022 figure en annexe de l'arrêté. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne la consultation de l'architecte des bâtiments de France :

8. Aux termes de l'article R. 423-50 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente recueille auprès des personnes publiques, services ou commissions intéressés par le projet, les accords, avis ou décisions prévus par les lois ou règlements en vigueur ". Et aux termes des dispositions de l'article R. 423-54 du même code : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, l'autorité compétente recueille l'accord ou, pour les projets mentionnés à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine, l'avis de l'architecte des Bâtiments de France ".

9. Il ressort des pièces du dossier que dans ses courriers des 23 août et 18 novembre 2021, l'architecte des bâtiments de France s'est borné à indiquer que l'immeuble n'étant pas situé dans le champ de vision d'un monument historique, son accord n'est pas obligatoire et à mentionner que ce projet n'appelle pas d'observation. Or, les requérants ne produisent aucun élément de nature à démontrer que les documents complémentaires déposées le 18 janvier 2022 par la SARL JAPI auraient modifié cette appréciation, alors qu'il ressort des pièces du dossier que ces documents étaient un rapport géotechnique et une notice de gestion des eaux pluviales. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

En ce qui concerne la complétude du dossier de permis de construire :

10. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

S'agissant du moyen tiré de la méconnaissance des articles R. 431-5 et R. 431-6 du code de l'urbanisme :

11. D'une part, aux termes des dispositions de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire précise : () e) La destination des constructions, par référence aux différentes destinations définies à l'article R*123-9 ; f) La surface de plancher des constructions projetées, s'il y a lieu répartie selon les différentes destinations définies à l'article R*123-9 ; () ". Et aux termes des dispositions de l'article R. 431-6 de ce code, dans sa rédaction alors applicable : " Lorsque le terrain d'assiette comporte des constructions, la demande précise leur destination, par référence aux différentes destinations définies à l'article R. 123-9, leur surface de plancher et indique si ces constructions sont destinées à être maintenues et si leur destination est modifiée par le projet ". Les dispositions des articles R. 123-1 à R. 123-14 du code de l'urbanisme dans leur rédaction en vigueur au 31 décembre 2015, restent applicables aux plans locaux d'urbanisme dont l'élaboration, la révision, la modification ou la mise en compatibilité a été engagée avant le 1er janvier 2016.

12. D'autre part, aux termes de l'antépénultième alinéa de l'article R. 123-9 du code de l'urbanisme, relatif aux règles que peut comprendre le règlement des plans locaux d'urbanisme, dans sa rédaction applicable jusqu'à son abrogation, le 1er janvier 2016 : " Les règles édictées dans le présent article peuvent être différentes, dans une même zone, selon que les constructions sont destinées à l'habitation, à l'hébergement hôtelier, aux bureaux, au commerce, à l'artisanat, à l'industrie, à l'exploitation agricole ou forestière ou à la fonction d'entrepôt () ".

13. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le plan local d'urbanisme de la Ville de Paris demeure régi par les dispositions de l'article R. 123-9 du code de l'urbanisme dans sa rédaction antérieure au 1er janvier 2016 et que la conformité du projet au plan local d'urbanisme s'apprécie donc au regard des anciennes destinations définies par ces dispositions. Il ressort aussi de ces pièces que le pétitionnaire a rempli la rubrique 5.5 du formulaire cerfa portant sur les destinations des constructions lorsque le projet de construction est situé dans une commune couverte par un plan local d'urbanisme appliquant l'article R. 123-9 dans sa rédaction antérieure au 1er janvier 2016. Dans ces conditions, les requérants ne peuvent utilement soutenir que le pétitionnaire n'a pas rempli la rubrique cerfa 5.6 portant sur les destinations et sous-destinations des constructions telles que définies depuis le 1er janvier 2016 par les articles R. 151-27 et R. 151- 28 du code de l'urbanisme. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.

14. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la rubrique 5.5 du formulaire cerfa précise les surfaces de plancher existants avant travaux et les surfaces de plancher qui seront créées. Par suite, le moyen tiré de ce que le dossier ne comporte pas les surfaces de plancher doit être écarté.

15. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que la société pétitionnaire a déclaré que la totalité de la surface de plancher créée est de 167 m², qu'elle est uniquement destinée à l'habitation et non au commerce. La seule circonstance que l'objet social de la SARL JAPI consiste en l'"acquisition, construction de biens immobiliers en vue de leur location meublée professionnelle ou non, location de logements meublés saisonniers touristiques ou annuels avec ou sans prestations de services ", n'est pas de nature à établir que cette surface de plancher créée de 167 m² serait destinée au commerce. Par suite, ce moyen doit être écarté.

S'agissant de la notice architecturale :

16. Aux termes des dispositions de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ". Et aux termes des dispositions de l'article R. 431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".

17. Il ressort des pièces du dossier que la notice architecturale, les photographies ainsi que les différents plans présentent avec suffisamment de précisions le projet architectural en litige, en particulier ils font état de l'état initial du terrain, de l'aspect architectural des constructions avoisinantes et justifient de l'insertion du projet dans son environnement proche et lointain. Par suite, le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de permis de construire au regard des prescriptions de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme doit être écarté.

S'agissant de l'insuffisance des plans de masse et de toiture :

18. Il ressort des pièces du dossier que les plans de coupe et les plans de façade font apparaître les deux saillies de l'immeuble, en particulier celle dont la construction est projetée. Dans ces conditions, la circonstance que les plans de masse et de toiture ne mentionnent pas ces éléments, n'a pas faussé l'appréciation du service. Par suite, le moyen doit être écarté.

S'agissant de l'accord du gestionnaire du domaine public :

19. Aux termes des dispositions de l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet de construction porte sur une dépendance du domaine public, le dossier joint à la demande de permis de construire comporte une pièce exprimant l'accord du gestionnaire du domaine pour engager la procédure d'autorisation d'occupation temporaire du domaine public ". Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'un projet de construction comprend des éléments en surplomb du domaine public, le dossier de demande de permis de construire doit comporter une pièce exprimant l'accord du gestionnaire du domaine public pour engager la procédure d'autorisation d'occupation temporaire de ce domaine.

20. Il ressort des pièces du dossier que si la construction projetée comprend la création d'une corniche, elle ne surplombe toutefois pas le domaine public compte tenu de sa très faible dimension et avancée. Par suite, les requérants ne peuvent utilement soutenir que l'arrêté attaqué méconnait les dispositions précitées.

En ce qui concerne le respect des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme de la Ville de Paris :

S'agissant du moyen tiré de la méconnaissance de l'article UG.2.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la Ville de Paris :

21. Aux termes des dispositions de l'article UG.2.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la Ville de Paris : " Dispositions visant au rééquilibrage territorial de l'habitat et de l'emploi : 1° Dispositions générales : Pour l'application des règles du présent article, le territoire de la zone UG est divisé en deux secteurs, repérés dans les documents graphiques du règlement : le secteur de protection de l'habitation, le secteur d'incitation à la mixité habitat-emploi. Les règles énoncées aux § 2° et 3° ci-après utilisent les définitions suivantes : La surface de plancher des destinations liées à la fonction résidentielle, notée SPH, est la surface de plancher globalement destinée à l'habitation () ; La surface de plancher des destinations liées à l'activité économique, notée SPE, est la surface de plancher globalement destinée au commerce, à l'artisanat, aux bureaux, à l'hébergement hôtelier, à l'industrie et à la fonction d'entrepôt. () 3°- Secteur d'incitation à la mixité habitat-emploi : Sur tout terrain, la SPH après travaux ne doit pas être inférieure à la SPH initiale () ".

22. Il ressort des pièces du dossier que la société pétitionnaire a déclaré que la totalité de la surface de plancher créée est de 167 m² et qu'elle est uniquement destinée à l'habitation et non au commerce. Il ressort également des pièces du dossier que la surface de plancher liée à l'habitation après travaux est de 337 m² et que la surface de plancher initiale liée à l'habitation est de 188m². La seule circonstance que l'objet social de la SARL JAPI consiste en l'" acquisition, construction de biens immobiliers en vue de leur location meublée professionnelle ou non, location de logements meublés saisonniers touristiques ou annuels avec ou sans prestations de services ", n'est pas de nature à établir que la surface de plancher créée de 167m² correspondrait à de la surface de plancher liée à l'activité économique. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article précité doit être écarté.

S'agissant du moyen tiré de la méconnaissance de l'article UG.3.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la Ville de Paris :

23. Aux termes de l'article UG. 3 du règlement du plan local d'urbanisme de la Ville de Paris : " Conditions de desserte des terrains par les voies* publiques ou privées et conditions d'accès aux voies* ouvertes au public () UG.3.1 - Desserte et accès : () 1 °- accès piétons : Les constructions neuves doivent être aménagées de manière à permettre l'accès des bâtiments aux personnes à mobilité réduite () ".

24. Ces dispositions sont relatives aux conditions de desserte et d'accès des terrains par les voies publiques ou privées et non pas aux conditions d'accès des bâtiments construits en cœur d'îlot. Le requérant ne peut ainsi utilement soutenir, sur le fondement de ces dispositions, que la construction projetée ne permet pas un accès du bâtiment aux personnes à mobilité réduite ou impacterait la circulation des piétons et des véhicules dans l'îlot. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

S'agissant du moyen tiré de la méconnaissance de l'article UG.7.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la Ville de Paris :

25. Aux termes des dispositions de l'article UG.7.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la Ville de Paris : " Nonobstant les dispositions du présent article UG.7 et de l'article UG.10.3, l'implantation d'une construction en limite séparative peut être refusée si elle a pour effet de porter gravement atteinte aux conditions d'éclairement d'un immeuble voisin ou à l'aspect du paysage urbain, et notamment à l'insertion de la construction dans le bâti environnant. () ". Au sens de ces dispositions, l'atteinte grave aux conditions d'éclairement suppose une obstruction significative de la lumière, qui ne saurait se réduire à une simple perte d'ensoleillement.

26. Il ressort des pièces du dossier que le projet en litige se situe dans le prolongement de la façade sur rue de l'immeuble des requérants et consiste uniquement en la surélévation d'un immeuble de R+1 à R+2 + combles. Dans ces conditions, d'une part, il ne limite pas la source d'éclairement provenant des fenêtres qui donnent sur la rue, d'autre part, il ne limite que faiblement la source d'éclairement provenant de la cour intérieure, qui ne sera pas fermée par le projet. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

S'agissant du moyen tiré de la méconnaissance de l'article UG.12.3 du règlement du plan local d'urbanisme de la Ville de Paris :

27. Aux termes des dispositions de l'article UG12.3 du règlement du plan local d'urbanisme de la Ville de Paris : " Stationnement des vélos et poussettes : 1°- Dispositions générales. Les normes déterminant ci-après la surface des aires de stationnement des vélos et des poussettes ou le nombre d'emplacements s'appliquent à la création de surfaces de plancher de plus de 250 m² () ".

28. Il ressort des pièces du dossier que le permis de construire attaqué porte sur une création de surface de plancher de 167 m². Par suite, la société requérante ne peut utilement invoquer la méconnaissance des normes relatives aux aires de stationnement des vélos et des poussettes. Ce moyen est inopérant et doit donc être écarté.

S'agissant du moyen tiré de la méconnaissance de l'article UG.15.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la Ville de Paris :

29. Aux termes des dispositions de l'article L. 2224-10 du code général des collectivités territoriales : " Les communes ou leurs établissements publics de coopération délimitent, après enquête publique réalisée conformément au chapitre III du titre II du livre Ier du code de l'environnement : () 3° Les zones où des mesures doivent être prises pour limiter l'imperméabilisation des sols et pour assurer la maîtrise du débit et de l'écoulement des eaux pluviales et de ruissellement ; () ".

30. Aux termes des dispositions de l'article L. 152-3 du code de l'urbanisme : " Les règles et servitudes définies par un plan local d'urbanisme : 1° Peuvent faire l'objet d'adaptations mineures rendues nécessaires par la nature du sol, la configuration des parcelles ou le caractère des constructions avoisinantes ; 2° Ne peuvent faire l'objet d'aucune autre dérogation que celles prévues par les dispositions de la présente sous-section ".

31. Aux termes des dispositions de l'article UG.15.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la Ville de Paris : " Les dispositions relatives à la gestion des eaux pluviales s'appliquent sans préjudice des dispositions particulières qui pourraient être prises en application de l'article L.2224-10 du code général des collectivités territoriales ".

32. Le point 2.4 du règlement d'assainissement de la Ville de Paris prévoit que dans certains cas, le service en charge de l'assainissement pluvial peut adapter les objectifs et prévoir des prescriptions dérogatoires, notamment lorsqu'il existe une " a) une impossibilité technique ou des contraintes liées à la préservation du patrimoine architectural ou à l'insertion urbaine, interdisant l'application des objectifs a minima du zonage d'assainissement pluvial, lorsqu'il est démontré qu'aucune solution technique de gestion pluviale sur le terrain ne peut être mise en œuvre ou que le surcoût excessif des installations nécessaires à l'atteinte de cet objectif empêcherait la réalisation du projet ".

33. Il ressort des pièces du dossier que l'absence d'abattement suffisant du volume d'eau de pluie est établie par une insuffisance technique liée à la nature du sol de la parcelle ne permettant pas d'infiltration en surface et que, afin d'assurer une cohérence architecturale, aucune solution technique de gestion pluviale sur le terrain ne peut être mise en œuvre. Il ressort également des pièces du dossier que c'est pour ce motif d'absence d'abattement suffisant, par rapport aux règles du plan de zonage, que la société pétitionnaire a demandé une dérogation à l'administration sur le fondement du point 2.4 du règlement d'assainissement et que le service technique de l'eau et de l'assainissement lui a accordé la dérogation le 28 mars 2022 afin de rejeter dans le réseau d'assainissement l'excédent du volume de pluie non abattu. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

S'agissant du moyen tiré de la méconnaissance de l'article UG.15.3.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la Ville de Paris :

34. Aux termes des dispositions de l'article UG. 15.3.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la Ville de Paris : " Les dispositions des § 1° et 2° ci-après s'appliquent en cas de réhabilitation, modification ou surélévation de constructions existantes. 1° Caractéristiques thermiques et énergétiques : L'installation dans les constructions de dispositifs d'économie d'énergie est obligatoire, sauf impossibilité technique ou contraintes liées à la préservation du patrimoine architectural ou à l'insertion dans le cadre bâti environnant. () 2° Matériaux : Tout projet doit recourir à des matériaux naturels, renouvelables, recyclables ou biosourcés*, dont l'utilisation doit être privilégiée () ".

35. Il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit le recours à une toiture terrasse et le recours au bois, au zinc et à l'aluminium. En outre, la société pétitionnaire produit l'attestation RT 2012 certifiant de la prise en compte de la réglementation thermique. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

En ce qui concerne le respect des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme :

36. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

37. Il ressort des pièces du dossier que la localisation du projet au-dessus d'une ancienne carrière a été prise en compte par l'inspection générale des carrières qui a émis un avis le 28 janvier 2022 dans lequel elle ne s'oppose pas à la réalisation du projet en cause mais prescrit la réalisation de fondations profondes par puits, pieux forés ou micro pieux. En outre, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que la SARL JAPI devra se conformer aux prescriptions formulées par l'inspection générale des carrières. Or, les requérants ne produisent aucun élément de nature à démontrer que la localisation de la carrière ou la prescription des travaux par l'inspection générale serait de nature à porter atteinte à la sécurité publique. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué méconnaîtrait les dispositions précitées doit être écarté.

38. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. et Mme B doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

39. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la Ville de Paris, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme au titre des frais exposés par M. et Mme B et non compris dans les dépens.

40. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge solidaire de M. et Mme B le versement à la SARL JAPI d'une somme de 2 000 euros au titre de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : M. et Mme B verseront solidairement à la SARL JAPI une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et Mme C B, à la Ville de Paris et à la SARL JAPI.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Anne Seulin, présidente,

M. Gaël Raimbault, premier conseiller,

M. Arnaud Blusseau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2023.

Le rapporteur,

A. Blusseau

La présidente,

A. Seulin

La greffière,

L. Thomas

La République mande et ordonne au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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