jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2300020 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | MORLOT-DEHAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 2 janvier 2023, le 11, le 13 et le 31 mars 2023, le 8 mai 2023, le 29 et le 30 juin 2023, le 30 juillet 2023, le 14 février et le 1er avril 2024, M. B A, représenté par Me Morlot Dehan, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) annuler la décision implicite du préfet de police née du silence gardé sur sa demande tendant à la délivrance d'un duplicata de sa carte de résidence ;
2°) condamner le préfet de police à lui verser une somme de 75 000 euros à titre de dommages et intérêts ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et la somme 2 500 euros à verser à son conseil en application de ces mêmes dispositions et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relatives à l'aide juridique.
4°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.
Il soutient que :
- la décision du préfet de police refusant de lui délivrer un duplicata de sa carte de résident est illégale et constitue une faute de l'administration qui engage la responsabilité de l'Etat dès lors que le délai de délivrance du duplicata de carte de résident est anormalement long ;
- cette faute a porté atteinte à sa vie familiale dès lors qu'elle a empêché le requérant de rejoindre sa famille en Algérie ;
- il a également subi un préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence devant être évalués à 15 000 euros.
Par des mémoires enregistrés le 27 février 2023, le 30 juin 2023 et le 20 mars 2024, le préfet de police, conclut au rejet de la requête.
Il oppose une fin de non-recevoir tirée de ce que la requête n'a pas été présentée conformément aux dispositions de l'article R. 431-2 du code de justice administrative et soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 avril 2023.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Desmoulière,
- les conclusions de M. Grandillon, rapporteur public,
- et les observations de Me Morlot Dehan, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 1e juillet 1956, est titulaire d'une carte de résident valide du 14 octobre 2014 au 13 octobre 2024, carte qu'il indique avoir perdue. M. A a sollicité, le 3 mai 2022, la délivrance d'un duplicata de sa carte de résident. Il a à nouveau sollicité, le 4 novembre 2022, la délivrance d'un duplicata de cette carte. Le 25 novembre 2022, M. A a formé une demande indemnitaire préalable auprès du préfet de police en vue d'obtenir réparation des préjudices matériel et moral résultant de l'absence de délivrance du duplicata sollicité. M. A demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet du préfet de police de lui délivrer un duplicata de son titre de séjour et de condamner l'Etat à lui verser la somme de 75 000 euros en réparation des préjudices matériel et moral que lui aurait causés cette décision.
Sur la fin de non-recevoir opposé par le préfet de police :
2. Considérant qu'aux termes de l'article R. 431-2 du code de justice administrative : " Les requêtes et les mémoires doivent, à peine d'irrecevabilité, être présentés soit par un avocat, soit par un avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, lorsque les conclusions de la demande tendent au paiement d'une somme d'argent, à la décharge ou à la réduction de sommes dont le paiement est réclamé au requérant ou à la solution d'un litige né d'un contrat. () " ; que suite à l'invitation qui lui a été faite, M. A, a, par son mémoire susvisé enregistré le 30 juillet 2023 présenté par ministère d'avocat, régularisé sa requête ; que la fin de non-recevoir tirée de la méconnaissance des dispositions précitées du code de justice administrative doit, dès lors, être écartée.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
3. Il ressort des pièces du dossier que, si M. A fait valoir que le duplicata de sa carte de résident ne lui a pas été délivré, ce titre de séjour lui a été remis le 19 juin 2023. Dès lors, en tant qu'elle tend à l'annulation de la décision par laquelle le préfet de police a implicitement rejeté sa demande de délivrance d'un duplicata de sa carte de résident, la requête est devenue sans objet et il n'y a plus lieu, dans cette mesure, d'y statuer.
Sur la responsabilité :
4. Aux termes de l'article L231-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Par dérogation à l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : () 2° Lorsque la demande ne s'inscrit pas dans une procédure prévue par un texte législatif ou réglementaire ou présente le caractère d'une réclamation ou d'un recours administratif. "
5. Le refus implicite du préfet de police de délivrer au requérant en remplacement de son titre de séjour perdu un duplicata de ce dernier pour la durée de sa validité restant à courir ne constitue pas en l'espèce le retrait, même implicite, de la décision créatrice de droit par laquelle il a été admis à résider en France pour une durée de dix années. En l'absence d'un tel retrait l'autorité administrative devait tirer les conséquences légales de la décision toujours en vigueur autorisant l'intéressé à résider en France et dès lors, à défaut d'autre motif invoqué y faisant obstacle, le mettre en possession d'une carte de résident remplaçant matériellement pour la durée restant à courir le document perdu. Si en l'espèce, la préfecture a délivré au requérant un duplicata de sa carte de résident le 19 juin 2023, une décision implicite de refus est née le 3 juillet 2022, au terme d'un délai de deux mois à compter de la demande de duplicata du 3 mai 2022. Un délai anormalement long d'un an et un mois s'est écoulé entre cette demande et la délivrance de ce document, alors que le préfet n'évoque ni ne justifie aucun problème technique ou matériel sérieux empêchant la remise du titre de séjour dans un délai raisonnable. La circonstance que la longueur de ce délai serait dû à la consultation, dont les motifs ne sont pas seulement précisés, " du parquet des Hauts-de-Seine ", n'est pas de nature à exonérer l'Etat de la faute commise. En ne délivrant ce duplicata dans le délai de plus d'une année, alors que le requérant y avait droit, le préfet a commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat. Ainsi M. A est fondé à solliciter la réparation des préjudices ayant un lien de causalité direct et certain avec la faute commise.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne les préjudices allégués au titre de la vie privée et familiale :
6. M. A fait valoir qu'il a subi un préjudice moral du fait de l'absence de délivrance du duplicata de sa carte de résident qui a fait obstacle à des déplacements en Algérie pour assister à l'enterrement de son frère et retardé la procédure qu'il avait engagée en vue de l'introduction en France des membres de sa famille. D'une part, il n'est pas établi que les obsèques du frère de M. A aient eu lieu au cours de la période au cours de laquelle le requérant était dépourvu de titre de séjour et en tout état de cause ce dernier était muni d'un passeport en cours de validité au cours de cette même période. D'autre part, si l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration chargé de l'instruction de la procédure d'introduction en France des membres de la famille du requérant, lui a signalé par un courrier du 8 mars 2023 l'incomplétude de son dossier, il résulte de l'instruction que son titre de séjour n'était pas le seul document signalé comme manquant. En tout état de cause le dossier de M. A a été transmis à la préfecture en septembre 2023. Par suite, le requérant n'établit pas l'existence d'un lien direct et certain entre le délai de délivrance du duplicata de sa carte de résident et les préjudices qu'il invoque.
En ce qui concerne les autres préjudices :
7. En premier lieu, M. A soutient que le fait d'être privé du duplicata de sa carte de résident l'a freiné dans sa recherche d'emploi. Toutefois, le requérant est sans emploi depuis 2016 et n'établit pas avoir effectué au cours de la période pendant laquelle il était privé de tout document attestant de la régularité de son séjour en France des démarches de recherche d'emploi. Dans ces conditions, le requérant n'établit pas l'existence d'un lien direct et certain entre la faute et la perte alléguée de chance d'obtenir un emploi.
8. En deuxième lieu, il ressort de l'instruction que la dissolution du lien conjugal invoquée est liée à son absence prolongée de sa famille, qui réside en Algérie, ainsi qu'il ressort des motifs du jugement du divorce de M. A. S'il ressort de l'instruction qu'en janvier 2023, l'ex épouse de M. A alléguait qu'il n'avait pas rendu visite à sa famille " depuis plus de quatre ans ", soit depuis au moins janvier 2019, le lien entre cette absence et la faute commise par le préfet de police peut être établi du 3 mai 2022 au 8 janvier 2023, date de dépôt de la demande de divorce. Toutefois, en se bornant à indiquer sans aucune précision ni justification que le divorce pour dissolution du lien conjugal est une conséquence directe de la rétention de sa carte de séjour, le requérant ne justifie pas de la réalité de ce préjudice.
9. En revanche, M. A est fondé à soutenir que la privation de tout document pour justifier son séjour régulier en France a été, par nature, compte tenu de la précarité de sa situation administrative au cours de toute la période depuis la perte de sa carte de résident jusqu'à la délivrance d'un duplicata de ce titre, à l'origine d'un préjudice direct et certain. Il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence de M. A, en condamnant l'Etat à lui verser la somme de 1 500 euros en réparation de ce préjudice.
Sur les frais liés au litige :
10. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Toutefois, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à ce conseil de la somme demandée en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A la somme de 1 500 euros
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de police et à Me Morlot Dehan.
Délibéré après l'audience du 13 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Simonnot, président,
M. Blusseau, premier conseiller,
Mme Desmoulière, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.
La rapporteure,
P. Desmoulière
Le président,
J.-F. Simonnot
La greffière,
L. Thomas
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/4-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2320047
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de la SCI Janus visant à annuler un arrêté de sursis à statuer opposé par la maire de Paris à une déclaration préalable pour un changement de destination de locaux en hébergement touristique. La juridiction a jugé que le sursis à statuer, fondé sur l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme, était légal car le projet était susceptible de compromettre l'exécution du futur plan local d'urbanisme (PLU) en cours d'élaboration. Les moyens soulevés, notamment l'incompétence, le vice de procédure et l'erreur de droit, ont été écartés.
19/02/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2320316
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par une association d'un recours pour excès de pouvoir visant à annuler un arrêté municipal de mise en demeure avec astreinte, concernant des travaux réalisés sans autorisation d'urbanisme. Le tribunal a rejeté la requête de l'association, considérant que la motivation de l'arrêté attaqué était suffisante et que la procédure suivie, notamment l'établissement d'un procès-verbal d'infraction, était régulière. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'urbanisme, en particulier celles relatives aux mises en demeure et aux astreintes.
19/02/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2520263
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour et ordonnant son éloignement. Le tribunal a jugé que la décision était suffisamment motivée et que le préfet avait procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de l'intéressé, notamment au regard de son état de santé et de son intégration. Les textes appliqués incluent le code des relations entre le public et l'administration et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
19/02/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2527910
Le Tribunal administratif de Paris a annulé un arrêté préfectoral refusant le renouvellement du titre de séjour d'une ressortissante tunisienne et lui enjoignant de quitter le territoire. La juridiction a jugé que le préfet avait commis une erreur de droit en appliquant le code de l'entrée et du séjour des étrangers, alors que la situation de l'intéressée, épouse d'un Français, devait être examinée exclusivement au regard des dispositions de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer sa demande dans un délai de trois mois et a condamné l'État à lui verser 1 200 euros au titre des frais exposés.
19/02/2026