lundi 25 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2300198 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SCP D AVOCATS SAIDJI ET MOREAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 janvier et 11 août 2023, le centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) de Paris, représenté par le cabinet Saidji et Moreau, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion de M. B du logement qu'il occupe sans droit ni titre dans la résidence universitaire Delphine Seyrig sis 11 rue Delphine Seyrig à Paris (75019) et de tout occupant de son chef ;
2°) d'enjoindre à M. B de quitter le logement dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de M. B une somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le directeur général du CROUS justifie de son habilitation à agir en justice par le procès-verbal du conseil d'administration du CROUS de Paris du 6 juillet 2021 ;
- le juge administratif est compétent pour connaître d'une demande d'expulsion qui vise à assurer le fonctionnement normal et la continuité du service public administratif dont il a la charge ;
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que l'occupation irrégulière l'empêche d'assurer le bon fonctionnement du service public dont il a la charge ;
- sa demande ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que la décision de non-réadmission du 10 novembre 2022 est devenue définitive et, alors que cette décision n'est pas soumise à obligation de motivation ni au respect d'une procédure contradictoire, M. C reconnaît avoir été informé du motif résultant de la perte de sa qualité d'étudiant qui entraîne automatiquement une décision de non-réadmission et il n'a pas entrepris de démarche afin d'informer le CROUS de sa situation personnelle et de sa vulnérabilité ;
- la décision unilatérale d'admission prévoit que l'occupation n'est consentie que pour une durée d'un an et le règlement intérieur des résidences universitaires du CROUS prévoit qu'un bénéficiaire ne peut occuper un logement dans une résidence universitaire s'il n'a pas préalablement fait l'objet d'une décision expresse d'admission ou de réadmission.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2023, M. B, représenté par Me Aude Aboukhater, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, au rejet de la requête, à titre infiniment subsidiaire, à ce qu'il lui soit accordé un délai de six mois pour quitter les lieux et, en tout état de cause, à la condamnation du CROUS de Paris à verser à Me Aboukhater la somme de 1500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le CROUS de Paris ne justifie pas de sa qualité à agir à défaut d'une autorisation donnée par le conseil d'administration ;
- le CROUS ne justifie pas de l'urgence à l'expulser alors qu'il paye une partie de sa redevance et qu'il est suivi pour de graves problèmes de santé physiques et psychiatriques ;
- il existe une contestation sérieuse car la décision de non réadmission du 10 novembre 2022 est entachée d'illégalité en raison de l'insuffisance de sa motivation, de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le directeur général du CROUS compte tenu de ses problèmes de santé et de l'absence de solution de relogement et de l'atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 13 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'éducation ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Seulin pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Buissereth, greffière d'audience, Mme Seulin a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Ben Hamouda, représentant le CROUS de Paris, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ;
- les observations de Me Aboukhater, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que ses précédentes écritures par les mêmes moyens en insistant sur le défaut de qualité à agir du CROUS car le procès-verbal du conseil d'administration date du 23 novembre 2021 alors que la requête a été enregistrée le 4 janvier 2023, sur l'absence de démonstration de l'urgence faute de chiffres récents sur l'insuffisance des logements étudiants, sur le paiement par M. B d'une partie du loyer de la résidence et sur sa situation de vulnérabilité particulière du fait de sa qualité de réfugié politique marocain et des problèmes de santé dont il souffre ; Me Aboukhater soutient encore que les problèmes de santé de M. C sont constitutifs d'un cas de force majeure à l'origine de la perte de sa qualité d'étudiant, qu'il ne peut pas se reloger dans le parc privé car il ne touche que le RSA et qu'il convient d'exercer un contrôle de proportionnalité entre l'atteinte à la vie privée de l'étudiant, qui se trouve moins protégé par cette procédure d'expulsion qu'un occupant sans titre d'une propriété privée, et les nécessités du fonctionnement du service public géré par le CROUS de Paris.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. " Lorsque le juge des référés est saisi d'une demande d'expulsion d'un occupant du domaine public, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, cette demande présente un caractère d'urgence, d'utilité et ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
2. Il ressort du procès-verbal du 23 novembre 2021 que le conseil d'administration du centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) de Paris a autorisé, à l'unanimité, le directeur général du CROUS de Paris à ester en justice, sans limitation de durée. Le moyen tiré défaut de qualité à agir du directeur général du CROUS de Paris doit donc être écarté.
3. Les centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires sont des établissements publics à caractère administratif chargés de remplir une mission de service public en vertu des articles L. 822-1, R. 822-1 et R. 822-14 du code de l'éducation, en accordant notamment, par décision unilatérale, des logements aux étudiants. Même dans le cas où la résidence universitaire ne peut pas être regardée comme une dépendance du domaine public, toute demande d'expulsion du CROUS vise à assurer le fonctionnement normal et la continuité du service public administratif dont il a la charge et ressortit en conséquence à la compétence de la juridiction administrative.
4. Il incombe au juge administratif, saisi d'un litige relatif à l'expulsion d'un occupant d'un logement situé dans une résidence gérée par un CROUS, de prendre en compte, d'une part, la nécessité d'assurer le fonctionnement normal et la continuité du service public dont cet établissement public a la charge et, d'autre part, la situation de l'occupant en cause ainsi que les exigences qui s'attachent au respect de sa dignité et de sa vie privée et familiale. Il en va notamment ainsi lorsque, saisi d'une demande d'expulsion en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, le juge des référés apprécie, pour décider s'il y a lieu d'y faire droit, si les conditions d'utilité et d'urgence posées par cet article sont remplies.
5. Aux termes de l'article 1er du règlement intérieur des résidences universitaires du CROUS : " Un bénéficiaire ne peut occuper un logement dans une résidence universitaire s'il n'a pas préalablement fait l'objet d'une décision expresse d'admission ou de réadmission du directeur général ou de la directrice générale du Crous. " En outre, l'article 2 du même règlement prévoit que : " L'occupant qui ne dispose pas d'une décision expresse d'admission ou de réadmission ou qui perd son droit d'occupation en cours d'année devient sans droit ni titre. Son maintien illégal dans les lieux entraînera la mise en œuvre d'une procédure d'expulsion, sans préjudice du recouvrement des redevances d'occupation dont il pourrait être débiteur. " Enfin, aux termes de l'article 20.1 dudit règlement : " L'occupant reçoit une décision motivée de non-réadmission concernant la prochaine année universitaire. / En cas de maintien dans les lieux au-delà de l'échéance de la décision initiale, une mise en demeure de quitter les lieux lui sera notifiée. Il dispose d'un délai de quinze jours à compter de la notification pour quitter les lieux. / A défaut le Crous saisira la juridiction administrative aux fins d'expulsion. ".
6. Il résulte de l'instruction que, par une décision du directeur général du CROUS de Paris du 20 octobre 2021, M. B a été admis à occuper un logement pour la période courant du 1er septembre 2021 au 31 août 2022. Par un courriel du 8 septembre 2022, le CROUS l'a informé qu'il n'avait pas été réadmis en résidence pour l'année universitaire 2022-2023 et qu'à défaut de départ volontaire dans le délai de huit jours à compter du courriel, il saisirait le juge des référés à fin d'expulsion. Par une décision expresse du 10 novembre 2022, notifiée le 21 novembre suivant, devenue définitive, le directeur général du CROUS de Paris n'a pas renouvelé le droit d'occupation de M. B dans le logement de la résidence Delphine Seyrig en lui indiquant expressément le motif tiré de la perte de sa qualité d'étudiant. Puis, par un courrier du 1er décembre 2022, reçu le 9 décembre suivant, le directeur général du CROUS de Paris a mis M. C en demeure de quitter les lieux dans un délai de quinze jours à compter de la réception de la mise en demeure.
7. Il résulte de l'instruction que M. B occupe un logement dans la résidence Delphine Seyrig depuis le 3 septembre 2018. Malgré la décision de non-réadmission devenue définitive, qui n'est plus susceptible de recours contentieux et la mise en demeure de quitter les lieux qu'il a reçu respectivement les 21 novembre et 9 décembre 2022, il occupe toujours ce logement sans justifier d'un titre l'y habilitant. Les pièces de nature médicale qu'il produit ne suffisent pas à caractériser une vulnérabilité particulière liée à sa santé tandis que l'attestation de renouvellement régional d'une demande de logement locatif social du 23 juin 2023, indique que l'intéressé a déclaré un total de ressources mensuelles de 1053 euros. Dans ces conditions, et alors même que la décision expresse de non-réadmission a été prise postérieurement à la rentrée universitaire, la demande du CROUS de Paris ne se heurte à aucune contestation sérieuse. Par ailleurs, l'urgence et l'utilité de la mesure demandée sont caractérisées par la nécessité d'assurer le bon fonctionnement du service public dont est chargé le CROUS de Paris, qui se trouve empêché de disposer du logement occupé par l'intéressé pour satisfaire les demandes d'autres étudiants.
8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à M. B de libérer le logement qu'il occupe dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une l'astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
9. Le CROUS de Paris n'étant pas la partie perdante à l'instance, les conclusions de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande du CROUS de Paris présentée au même titre.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à M. B de libérer, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'il occupe sans droit ni titre dans la résidence universitaire Delphine Seyrig sis 11 rue Delphine Seyrig dans le 19ème arrondissement de Paris.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête du Centre régional des œuvres universitaires et scolaires de Paris est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au Centre régional des œuvres universitaires et scolaires de Paris et à M. D B.
Fait à Paris, le 25 septembre 2023.
Le juge des référés,
Anne Seulin
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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