mardi 28 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2300244 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | HAJJI |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2300244, le 4 janvier 2023, la société EMT Bâtiment, représentée par Me Hajji, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 novembre 2022 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a décidé de lui appliquer la contribution spéciale d'un montant de 112 800 euros pour l'emploi de salariés de nationalité étrangère sans titre de travail ainsi que la contribution forfaitaire pour un montant de 10 620 euros représentative de frais de réacheminement des travailleurs étrangers dans leur pays d'origine ;
2°) d'annuler les titres de perception émis le 10 novembre 2022 en vue du recouvrement de la somme de 112 800 euros au titre de la contribution spéciale ainsi que le titre de perception émis le 10 novembre 2022 en vue du recouvrement de la somme de 10 620 euros au titre de la contribution forfaitaire ;
3°) à titre subsidiaire, de réduire le montant de la contribution spéciale à 1 000 fois le taux horaire minimum d'un salarié ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 3 500 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société soutient que :
Sur la décision du 3 novembre 2022 :
- la décision de l'OFII a été prise par une autorité incompétente pour en connaître ;
- elle n'a pas été destinataire du procès-verbal établi par l'inspection du travail de Paris sur lequel se fonde la décision de l'OFII du 3 novembre 2022 ;
- la procédure a été irrégulière en raison de l'absence d'information de la possibilité de demander la communication du dossier dans le courrier d'information du 9 septembre 2022 ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision méconnaît l'article L. 8253-1 du code du travail et les articles
L 822-2 à L 822-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est de bonne foi et elle n'a commis aucune faute s'agissant de son obligation de vigilance lors du recrutement de MM D J, B C, G H, K H D, I H et E A ; tous les salariés ont été enregistrés sur le registre unique du personnel de la société dès le début de leur contrat de travail ; les déclarations d'embauche ont été effectuées ; elle s'est acquittée de son obligation de vigilance s'agissant de la vérification des pièces d'identité présentées par ses employés lors des embauches et n'était pas en mesure de vérifier que ces cartes d'identité étaient fausses ; au regard de la nationalité des salariés qui ont été embauchés en tant que ressortissant italien, belge et espagnol la requérante était dispensée lors de son embauche des obligations de vérifications auprès des administrations compétente et notamment l'autorisation de travail :
- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; l'OFII s'est appuyé sur des éléments de fait inexacts et a estimé que la société EMT Bâtiment a employé 6 travailleurs étrangers démunis d'un titre l'autorisant à exercer une activité salariée sur le territoire français ;
- le procès-verbal du 12 juillet 2022 cite deux travailleurs démunis de titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France, à savoir M. E et M. D or, la pièce d'identité italienne de M. E est authentique et la pièce d'identité de M. D mentionne sa nationalité italienne ;
- la décision de l'OFII en date 3 novembre 2022 méconnaît l'article R. 8253-2 du code de travail qui permet à la société requérante de bénéficier de la réduction 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti.
Sur les titres de perception :
- les titres de perception du 10 novembre 2022 adressés à la société EMT Bâtiment ne comportent aucune signature ; ils ne mentionnent pas la qualité de l'ordonnateur ;
- ils ont été édités à l'encontre de la requérante, sans que le retour de ces travailleurs soit effectif.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 mai 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La direction départementale des finances publiques d'Essonne a produit un mémoire en défense le 26 avril 2024 par lequel elle demande à être mise hors de cause.
La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur qui n'a pas produit de mémoire en défense.
II. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2304506 du 1er mars 2023, la société EMT Bâtiment, représentée par Me Hajji, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 novembre 2022 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a décidé de lui appliquer la contribution spéciale d'un montant de 112 800 euros pour l'emploi de salariés de nationalité étrangère sans titre de travail ainsi que la contribution forfaitaire pour un montant de 10 620 euros représentative de frais de réacheminement des travailleurs étrangers dans leur pays d'origine ;
2°) d'annuler les titres de perception émis le 10 novembre 2022 en vue du recouvrement de la somme de 112 800 euros au titre de la contribution spéciale ainsi que le titre de perception émis le 10 novembre 2022 en vue du recouvrement de la somme de 10 620 euros au titre de la contribution forfaitaire ;
3°) d'annuler la décision du 6 janvier 2023 par laquelle le directeur général de l'OFII a ramené le montant de la contribution spéciale à la somme de 45 120 euros ;
4°) de prononcer la décharge de la société EMT Bâtiment du paiement à l'OFII de la contribution spéciale d'un montant de 45 120 euros et de la contribution forfaitaire pour un montant de 10 620 euros ;
5°) à défaut, de réduire le montant de la contribution spéciale à 1 000 fois le taux horaire minimum d'un salarié ;
6°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 3 500 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société EMT Bâtiment soutient que :
Sur les décisions du 3 novembre 2022 et du 6 janvier 2023 :
- la décision de l'OFII a été prise par une autorité incompétente pour en connaître ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- la procédure a été irrégulière en raison de l'absence d'information de la possibilité de demander la communication du dossier dans le courrier d'information du 9 septembre 2022 ;
- elle n'a pas été destinataire du procès-verbal établi par l'inspection du travail de Paris sur lequel se fonde la décision de l'OFII du 3 novembre 2022 ;
- elle méconnaît l'article L. 8253-1 du code du travail et les articles L 822-2 à
L 822-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est de bonne foi et elle n'a commis aucune faute s'agissant de son obligation de vigilance lors du recrutement de Messieurs : D J, B C, G H, K H D, I H et E A ; tous les salariés ont été enregistrés sur le registre unique du personnel de la société dès le début de leur contrat de travail ; les déclarations d'embauche ont été effectuées ; elle s'est acquittée de son obligation de vigilance s'agissant de la vérification des pièces d'identité présentées par ses employés lors des embauches et n'était pas en mesure de vérifier que ces cartes d'identité étaient fausses ; au regard de la nationalité des salariés qui ont été embauchés en tant que ressortissant italien, belge et espagnol la requérante était dispensée lors de son embauche des obligations de vérifications auprès des administrations compétente et notamment l'autorisation de travail :
- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; l'OFII s'est appuyé sur des éléments de fait inexacts et a estimé que la société EMT bâtiment a employé 6 travailleurs étrangers démunis d'un titre l'autorisant à exercer une activité salariée sur le territoire français ;
- le procès-verbal du 12 juillet 2022 cite deux travailleurs démunis de titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France, à savoir M. E et M. D or, la pièce d'identité italienne de M. E est authentique et la pièce d'identité de M. D mentionne sa nationalité italienne ;
- la décision de l'OFII en date 3 novembre 2022 méconnaît l'article R. 8253-2 du code de travail qui permet à la société requérante de bénéficier de la réduction 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti.
Sur les titres de perception :
- les titres de perception du 10 novembre 2022 adressés à la société EMT Bâtiment ne comportent aucune signature ; ils ne mentionnent pas la qualité de l'ordonnateur ;
- ils ont été édités à l'encontre de la requérante, sans que le retour de ces travailleurs soit effectif.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 juillet 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La direction départementale des finances publiques d'Essonne a produit un mémoire en défense le 26 avril 2024 par lequel elle demande à être mise hors de cause.
La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées le 7 mai 2024 que le tribunal est susceptible, de relever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation des titres exécutoires, faute du recours préalable obligatoire prévu par les articles 117 et 118 du décret 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique.
La société EMT Bâtiment a répondu au moyen soulevé d'office le 8 mai 2024.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Renvoise ;
- les conclusions de Mme Beugelmans-Lagane, rapporteure publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. La société EMT Bâtiment, dont le siège social est sis au 150, rue Legendre à Paris (75017), a pour activité la réalisation de tous travaux de bâtiment. A l'issue d'un contrôle, les services de l'inspection du travail de Paris ont établi un procès-verbal à son encontre le 29 janvier 2022 pour emploi de salariés de nationalité étrangère sans titre de travail. L'OFII a, par une décision du 3 novembre 2022, appliqué à la société EMT Bâtiment, d'une part, la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 112 800 euros à raison de l'emploi irrégulier d'un ressortissant étrangers dépourvu de titre l'autorisant à travailler en France et non déclaré et, d'autre part, la contribution forfaitaire des frais de réacheminement prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour un montant de 10 620 euros, pour l'emploi irrégulier de ce ressortissant étranger démuni de titre autorisant le séjour. Deux titres exécutoires ont été émis le 10 novembre 2022 contre lesquels la société a formé une réclamation préalable rejetée implicitement.
2. A la suite d'un recours gracieux du 5 décembre 2022, le directeur de l'OFII a le 6 janvier 2023 rejeté la demande de la requérante tendant à l'annulation de la décision du 3 novembre 2022 et a décidé de ramener le montant de la contribution spéciale à la somme de 45 120 euros et de maintenir la somme de 10 620 euros au titre de la contribution forfaitaire.
3. Par les présentes requêtes, la société EMT Bâtiment demande au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur la jonction :
4. Les requêtes susvisées nos2300244 et 2304506 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions relatives aux des décisions du 3 novembre 2022 et du 6 janvier 2023 et sans qu'il soit besoin de statuer sur l'ensemble des moyens des requêtes :
5. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les mesures mentionnées à l'article L. 121-1 à caractère de sanction ne peuvent intervenir qu'après que la personne en cause a été informée des griefs formulés à son encontre et a été mise à même de demander la communication du dossier la concernant ". Aux termes de l'article L. 121-1 du même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire
préalable ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction () ".
6. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. () ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux. / L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et fixer le montant de cette contribution pour le compte de l'Etat () ". Aux termes de l'article L. 8271-17 du même code : " Outre les agents de contrôle de l'inspection du travail mentionnés à l'article L. 8112-1, les agents et officiers de police judiciaire, les agents de la direction générale des douanes et les agents du Conseil national des activités privées de sécurité commissionnés par son directeur et assermentés sont compétents pour rechercher et constater, au moyen de procès-verbaux transmis directement au procureur de la République, les infractions aux dispositions de l'article L. 8251-1 relatif à l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler et de l'article L. 8251-2 interdisant le recours aux services d'un employeur d'un étranger non autorisé à travailler. () ". Aux termes de l'article R. 8253-3 du même code : " Au vu des procès-verbaux qui lui sont transmis en application de l'article L. 8271-17, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration indique à l'employeur, par lettre recommandée avec avis de réception ou par tout autre moyen permettant de faire la preuve de sa date de réception par le destinataire, que les dispositions de l'article L. 8253-1 sont susceptibles de lui être appliquées et qu'il peut présenter ses observations dans un délai de quinze jours ". Enfin, l'article R. 8253-4 de ce code dispose : " A l'expiration du délai fixé, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration décide, au vu des observations éventuelles de l'employeur, de l'application de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1, la liquide et émet le titre de perception correspondant. "
7. Si ni les articles L. 8253-1 et suivants du code du travail, ni l'article L. 8271-17 du même code ne prévoient expressément que le procès-verbal constatant l'infraction aux dispositions de l'article L. 8251-1 relatif à l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler en France, et fondant le versement de la contribution spéciale, soit communiqué au contrevenant, le respect du principe général des droits de la défense suppose, s'agissant des mesures à caractère de sanction, ainsi d'ailleurs que le précise l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration, que la personne en cause soit informée, avec une précision suffisante et dans un délai raisonnable avant le prononcé de la sanction, des griefs formulés à son encontre et mise à même de demander la communication des pièces au vu desquelles les manquements ont été retenus. Par suite, l'OFII est tenu d'informer l'intéressé de son droit de demander la communication du procès-verbal d'infraction sur la base duquel ont été établis les manquements qui lui sont reprochés.
8. En deuxième lieu, si un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de celle-ci ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.
9. En l'espèce, d'une part, il est constant que le courrier du 9 septembre 2022 par lequel le directeur général de l'OFII a avisé la société requérante de son intention de mettre à sa charge une contribution spéciale et une contribution forfaitaire ne précisait pas que la société avait la possibilité de solliciter la communication du procès-verbal du 29 janvier 2022 sur lequel l'OFII s'était fondé pour prononcer les sanctions contestées. A cet égard, le directeur général de l'OFII a avisé la société EMT Bâtiment de son intention de mettre à sa charge une contribution spéciale et une contribution forfaitaire et a seulement précisé : " si vous avez adressé une demande de communication du procès-verbal à l'adresse électronique plciir@ofii.fr, le délai de 15 jours court à compter de la réception de ce document ". Une telle formulation ne peut être regardée comme satisfaisant à l'obligation à laquelle était tenu l'OFII d'informer en temps utile de façon claire et non ambigüe, la société requérante de son droit à demander la communication des pièces au vu desquelles les manquements ont été retenus. D'autre part, le vice de procédure tiré de cette absence d'information préalable de la société EMT Bâtiment est de nature à l'avoir privée d'une garantie et constitue, dès lors, une irrégularité de nature à entacher la légalité des décisions attaquées.
10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la société EMT Bâtiment est fondée à demander l'annulation des décisions du 3 novembre 2022 et du 6 janvier 2023 par lesquelles l'OFII a mis en œuvre desdites contributions.
Sur les conclusions aux titres exécutoires :
11. En vertu de l'article 117 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Les titres de perception émis en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales peuvent faire l'objet de la part des redevables : / 1° Soit d'une contestation portant sur l'existence de la créance, son montant ou son exigibilité ; () ". Aux termes de l'article 118 du même décret : " En cas de contestation d'un titre de perception, avant de saisir la juridiction compétente, le redevable doit adresser cette contestation, appuyée de toutes pièces ou justifications utiles, au comptable chargé du recouvrement de l'ordre de recouvrer. / Le droit de contestation d'un titre de perception se prescrit dans les deux mois suivant la notification du titre ou, à défaut, du premier acte de poursuite qui procède du titre en cause. / Le comptable compétent accuse réception de la contestation en précisant sa date de réception ainsi que les délais et voies de recours. Il la transmet à l'ordonnateur à l'origine du titre qui dispose d'un délai pour statuer de six mois à compter de la date de réception de la contestation par le comptable. A défaut d'une décision notifiée dans ce délai, la contestation est considérée comme rejetée. / La décision rendue par l'administration en application de l'alinéa précédent peut faire l'objet d'un recours devant la juridiction compétente dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de cette décision ou, à défaut de cette notification, dans un délai de deux mois à compter de la date d'expiration du délai prévu à l'alinéa précédent. " Enfin aux termes de l'article 119 de ce décret : " Le débiteur peut saisir la juridiction compétente dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de la décision prise sur sa réclamation ou, à défaut de cette notification, dans un délai de deux mois à compter de la date d'expiration des délais prévus à l'article 118. ". Il résulte de ces dispositions qu'elles instituent avant tout recours contentieux devant le juge administratif notamment un recours préalable obligatoire appuyé de toutes justifications utiles devant le comptable chargé du recouvrement lorsqu'un redevable entend contester un titre de perception émis à son encontre et rendu exécutoire. Ainsi, le juge administratif ne peut être valablement saisi que de la décision prise par l'administration sur cette opposition à poursuite.
12. Il résulte de l'instruction que la société requérante a justifié, suite à l'envoi du moyen relevé d'office, du recours préalable devant être adressé au comptable chargé du recouvrement prévu à l'article 118 du décret du 7 novembre 2012.
13. Compte tenu du motif d'annulation retenu au point 9, la société EMT Bâtiment est fondée, par voie de conséquence, à demander l'annulation des titres de perception émis à son encontre le 10 novembre 2022, qui se trouvent dépourvus de base légale, et la décharge des sommes mises à sa charge au titre des contributions spéciale et forfaitaire.
Sur les frais d'instance :
14. Il y a lieu de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, faute de dépens dans la présente instance, lesdites conclusions ne peuvent qu'être rejetées.
DECIDE
Article 1er : Les décisions de mise en œuvre des contributions spéciales et forfaitaires représentatives de frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration les 3 novembre 2022 et 6 janvier 2023 à l'encontre de la société EMT Bâtiment, sont annulées.
Article 2 : Les titres de perception émis le 10 novembre 2022 sont annulés.
Article 3 : La société EMT Bâtiment est déchargée des sommes correspondantes, d'un montant de 45 120 euros au titre de la contribution spéciale et d'un montant de 10 620 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative de frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine.
Article 4 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à la société EMT Bâtiment la somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros), en application de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la société EMT Bâtiment, au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à la direction départementale des finances publiques de l'Essonne et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 14 mai 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Gracia, président,
- Mme Merino, première conseillère,
- Mme Renvoise, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024.
La rapporteure,
T. RENVOISE
Le président,
J-Ch. GRACIALa greffière,
S. TIMITE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2-2304506
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2535565
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour et ordonnant son éloignement. Le tribunal a jugé que le préfet avait légalement appliqué l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en fondant son refus sur la condamnation de l'intéressée pour des faits relevant des articles 222-34 à 222-40 du code pénal. Il a également estimé que les circonstances invoquées (emploi stable, sursis) étaient sans incidence sur la légalité de la décision et n'ont pas constaté de méconnaissance de l'article 8 de la CEDH.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2534617
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant le renouvellement du titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'une ressortissante brésilienne. La juridiction a retenu que le préfet avait méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne procédant pas à une appréciation individuelle et concrète de la situation de l'intéressée, notamment au regard de son état de santé et de son droit au respect de la vie privée et familiale (article 8 de la CEDH). Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour dans un délai de deux mois.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2411323
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours pour excès de pouvoir contre le refus du préfet de police de délivrer un titre de séjour à un ressortissant algérien. Le tribunal a annulé la décision attaquée, considérant que l'administration n'avait pas procédé à l'examen de la situation personnelle du requérant au regard de son pouvoir discrétionnaire de régularisation exceptionnelle. Cette solution s'appuie sur l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, qui régit le séjour des ressortissants algériens sans interdire une telle régularisation.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2428408
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant le renouvellement d'une carte de séjour "talent" à une artiste-interprète. La juridiction a relevé d'office que le refus, fondé sur un seuil de ressources fixé par un arrêté ministériel (annexe 10 du CESEDA), était entaché d'incompétence, car ce seuil relève d'un décret en Conseil d'État selon l'article L. 421-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a enjoint au préfet de reconsidérer la demande dans un délai de quatre mois.
26/03/2026