lundi 29 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2300822 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | ESCARD DE ROMANOVSKY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 12 janvier, le 17 juillet, le 26 septembre et le 9 décembre 2023, l'association SOS Chrétiens d'Orient, représentée par Me Triomphe, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le Cercle national des armées à lui verser la somme de 197,81 euros au titre des intérêts au taux légal sur les arrhes immobilisées du 8 avril 2021 jusqu'à leur remboursement le 14 décembre 2022, la somme de 144,93 euros au titre des intérêts à taux légal assortis à la somme de 3 775,50 euros du 17 février 2022 au 17 avril 2023, la somme de 22 936,12 euros au titre de l'indemnisation de son préjudice matériel, et la somme de 5 000 euros au titre de l'indemnisation de son préjudice moral ;
2°) de porter la clause pénale à la somme de 22 936,12 euros dans le cas de sa seule application ;
3°) de mettre à la charge du Cercle national des armées la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité pour faute du Cercle national des armées est engagée du fait de la rupture du contrat conclu avec l'association et de sa mauvaise foi ;
- elle a droit aux intérêts au taux légal sur les arrhes ayant été remboursées avec dix mois de retard, ainsi que sur la somme de 3 775,50 euros qui lui a été versée le 17 avril 2023 au lieu du 17 févier 2022 ;
- la rupture brutale des liens contractuels lui a causé un préjudice matériel et un préjudice moral ;
- si la clause pénale était appliquée, il y aurait lieu de la majorer pour couvrir son préjudice moral ;
- à titre subsidiaire, la responsabilité extracontractuelle du cercle national des armées est engagée.
Par un mémoire en défense et un mémoire en réplique, enregistrés le 29 mai et le 27 septembre 2023, le Cercle national des armées, représenté par Me de Romanovsky, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de l'association SOS Chrétiens d'Orient sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que le juge administratif n'est pas compétent pour connaître d'un contrat conclu entre deux personnes privées et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. D'une part, aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents de tribunal administratif () et les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () / 2º Rejeter les requêtes ne relevant manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative () / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens () / 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours (), les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. ".
Sur la responsabilité contractuelle du Cercle national des armées :
2. Les contrats conclus entre personnes privées sont en principe des contrats de droit privé, hormis le cas où l'une des parties agit pour le compte d'une personne publique ou celui dans lequel ils constituent l'accessoire d'un contrat de droit public.
3. Il résulte de l'instruction que, le 25 avril 2019, l'exploitation des trois sites du Cercle national des armées a été confiée par un contrat de concession à la société Compass group France, dont la société Eurest Sports et Loisirs est une filiale. En l'espèce, un devis concernant une prestation de location de salle au Cercle National des armées a été émis au profit de M. B A, directeur des opérations de l'association SOS Chrétiens d'Orient, le 22 mars 2021, confirmé par un bon de confirmation de commande signé par M. A le 8 avril 2021. Or, d'une part, le devis ainsi que le bon de commande signé par le représentant de l'association SOS Chrétiens d'Orient comportent, en bas de page, la mention " Eurest Sports et Loisirs ", le numéro d'immatriculation de cette société dans le registre du commerce et des sociétés ainsi que l'adresse de son siège social. D'autre part, le bon de confirmation de commande stipule que son signataire a pris connaissance et accepté les conditions générales de ventes, lesquelles prévoient à l'article 1 que " le prestataire " désigne " la société Eurest Sports et Loisirs ou toute société mandatée par elle pour exécuter la prestation ". De même, les arrhes ont été versées au profit de la société Eurest Sports et Loisirs. Enfin, la société Eurest Sports et Loisirs ne saurait avoir agi en tant que mandataire du Cercle national des armées, dès lors qu'elle a bénéficié, en application de l'article 6-1 du contrat du 25 avril 2019, d'une cession à son profit du contrat de concession de sa société mère, la société Compass group France, et que la convention qui la lie au Cercle National des armées a le caractère d'un contrat de concession, de sorte que la société concessionnaire, personne morale de droit privé, agit pour son propre compte et non pour celui de la personne publique, et que les contrats conclus par elle avec des personnes privées sont des contrats de droit privé.
4. Il résulte de ce qui précède que le litige fondé sur le contrat litigieux relève de la compétence des juridictions judiciaires.
Sur la responsabilité extra-contractuelle du Cercle national des armées :
5. Si l'association SOS Chrétiens d'Orient soutient que le Cercle national des armées a engagé sa responsabilité extra-contractuelle, ce moyen a été invoqué pour la première fois dans un mémoire enregistré le 9 décembre 2023, soit plus de deux mois après l'expiration du délai de recours contentieux qui a commencé à courir au plus tard le 12 janvier 2023, date d'enregistrement de la requête, laquelle ne contenait que des moyens relatifs à la responsabilité contractuelle. Par suite, ce moyen, qui se rattache à une cause juridique distincte, et n'est pas d'ordre public, est irrecevable.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de l'association SOS Chrétiens d'Orient ne peut qu'être rejetée dans toutes ses conclusions en application des 2°, 5° et 7° de l'article R. 222-1 du code de la justice administrative.
Sur conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par le Cercle national des armées :
7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'association SOS Chrétiens d'Orient la somme demandée par le Cercle national des armées sur le fondement des dispositions de l'article L. 776-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'association SOS Chrétiens d'Orient est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du Cercle national des armées présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association SOS Chrétiens d'Orient et au Cercle national des armées.
Fait à Paris, le 29 juillet 2024.
Le vice-président de la 3e section,
J.-Ch. GRACIA
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2324771/3-3