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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2300965

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2300965

vendredi 21 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2300965
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 1re Chambre
Avocat requérantORHANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 16 janvier 2023 et 2 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Orhant, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 16 novembre 2022 portant cessation des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de le rétablir dans son droit aux conditions matérielles d'accueil et de lui verser rétroactivement l'allocation de demandeur d'asile depuis la suspension de son versement, ce dans un délai de trois jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Orhant en cas d'admission définitive à l'aide juridictionnelle sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat ou, à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle, de condamner l'Etat à verser au requérant une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen au regard de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il n'a pas fait l'objet d'un entretien sur sa vulnérabilité en méconnaissance de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation eu égard à sa vulnérabilité.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 octobre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés et en tout état de cause, sollicite qu'il soit substitué aux dispositions du 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les dispositions du 3° de l'article L. 551-15 du même code, la décision devant être regardée comme une décision de refus des conditions matérielles d'accueil pour réexamen.

Par une décision du 5 mai 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a rejeté la demande d'aide juridictionnelle déposée le 5 avril 2023 par M. B.

Par ordonnance du 3 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 17 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique modifiée

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Kanté,

- et les conclusions de Mme Lambrecq, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant afghan né le 1er janvier 2000, a présenté une demande d'asile enregistrée au guichet unique des demandeurs d'asile le 7 décembre 2021, placée en procédure Dublin. Il a accepté, le 8 décembre 2021, l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Transféré vers l'Autriche, pays responsable de l'examen de sa demande d'asile, à son retour en France, le 6 septembre 2022, M. B s'est présenté aux autorités françaises pour solliciter l'asile et a vu sa demande à nouveau placée en procédure Dublin, avant d'être placée le 9 novembre 2022, en procédure accélérée. Par courrier du 30 septembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a notifié son intention de mettre fin à son bénéfice des conditions matérielles d'accueil pour non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile. Par courrier du 4 octobre 2022, M. B a présenté ses observations. Par une décision du 16 novembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait au motif qu'il n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers l'Etat membre responsable de l'instruction de sa demande. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. B n'est pas fondé à demander son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sa demande d'aide juridictionnelle déposée le 5 avril 2023 ayant été rejetée par une décision du 5 mai 2023 du bureau d'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; ". Et aux termes de l'article L. 551-16 du même code : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; ".

4. Il ressort des pièces du dossier qu'à son retour en France, M. B a présenté une nouvelle demande d'asile enregistrée au guichet unique des demandeurs d'asile le 6 septembre 2022, placée en procédure Dublin, avant d'être placée le 9 novembre 2022 en procédure accélérée. Les autorités françaises étaient ainsi devenues responsables de l'examen de la demande d'asile de l'intéressé, laquelle enregistrée ainsi qu'il a été dit, en procédure accélérée, avant que n'intervienne la décision litigieuse, ne peut être regardée comme une demande de réexamen mais constitue bien une première demande. Dans ces conditions, en décidant de la cessation des conditions matérielles d'accueil de M. B le 16 novembre 2022 pour non-respect de ses obligations dans le cadre de la procédure Dublin antérieure, l'OFII a commis une erreur de motif sans qu'il ne soit possible de lui substituer, ainsi que le sollicite le défendeur, le motif fondé sur le 3° de l'article L. 551-5 concernant une demande de réexamen. Par suite, M. B est fondé à soutenir que le motif opposé à sa demande en ce qu'il n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers l'Etat membre responsable de l'instruction de sa demande, est erroné et à soutenir que la décision du 16 novembre 2022 est entachée d'erreur de droit.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, la décision du 16 novembre 2022 doit être annulée.

Sur les conclusions à fins d'injonction sous astreinte :

6. L'exécution du présent jugement implique que le directeur général de l'OFII rétablisse M. B dans ses conditions matérielles d'accueil à compter du 6 septembre 2022, date de sa demande. Il lui est enjoint d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 000 euros à verser à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 16 novembre 2022 par laquelle l'OFII portant cessation des conditions matérielles d'accueil est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au directeur général de l'OFII de rétablir M. B dans ses conditions matérielles d'accueil à compter du 6 septembre 2022, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à M. B la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Orhant.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ho Si Fat, président,

Mme Kanté, première conseillère,

M. Hélard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2024.

La rapporteure,

C. KantéLe président,

F. Ho Si Fat

La greffière,

V. Lagrède

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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