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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2300996

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2300996

mardi 21 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2300996
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre - R.222-13
Avocat requérantDRIDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 16 janvier 2023, le 11 février 2023, le 24 janvier 2024 et le 18 avril 2024, Mme A C, représentée par Me Dridi, dans le dernier état de ses écritures :

1°) forme opposition à la contrainte délivrée le 15 décembre 2022 par la caisse d'allocations familiales de Paris pour le recouvrement d'un montant de 5 978,85 euros correspondant au solde d'un indu de prime pour l'activité de 352,07 euros au titre de la période du 1er septembre 2016 au 31 janvier 2017, de deux indus d'allocation de logement sociale de 2 763 euros pour la période du 1er septembre 2016 au 31 mai 2017 et de 2 558,88 euros pour la période du 1er septembre 2017 au 30 novembre 2018 et de deux indus de prime exceptionnelle de fin d'année 2017 et 2018 de 152,45 euros chacun ;

2°) doit être regardée come demandant au tribunal d'annuler la décision du 24 mai 2019 par laquelle la maire de Paris a rejeté son recours administratif formé contre la décision du 26 mars 2019 de la caisse d'allocations familiales de Paris portant fin de droits au revenu de solidarité active ;

3°) demande au tribunal, d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de Paris de lui restituer les sommes indûment prélevées au titre des indus d'aide personnalisée au logement, de prime d'activité, de prime exceptionnelle de fin d'année et l'allocation de logement social et à la Ville de Paris de lui verser les sommes dues au titre du revenu de solidarité active pour la période de janvier 2019 à juin 2021 ;

4°) demande au tribunal de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de Paris la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la contrainte est entachée de nullité dès lors que la mise en demeure ne lui est pas annexée en méconnaissance de l'article R. 133-3 du code de la sécurité sociale ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- le principe du contradictoire a été méconnu ;

- elle n'a commis aucune fraude ;

- les créances relatives à la prime d'activité, l'allocation de logement sociale et les primes exceptionnelles de fin d'année sont prescrites ;

- la procédure de levée de la prescription biennale est entachée d'irrégularité en l'absence de demande d'autorisation de levée de prescription, en violation du principe du contradictoire et dès lors que l'acte de demande de levée de prescription comme l'acte de levée de prescription sont entachées d'incompétence ;

- elle n'a pas été informée de la limitation des absences du territoire français à trois mois ;

- elle justifie du motif de son absence du territoire français dès lors qu'au cours des années 2017 et 2018, elle faisait des allers-retours entre la France et la Serbie afin de s'occuper de son père qui souffrait d'une grave maladie ;

- le motif de son absence constitue un cas de force majeure au sens de l'article R. 831-1 du code de l'action sociale et des familles qui est applicable à sa situation ;

- elle remplit les conditions pour bénéficier du revenu de solidarité active de janvier 2019 à juillet 2021.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 20 septembre 2023 et le 15 avril 2024, la caisse d'allocations familiales de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2024, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la décision du 24 mai 2019 par laquelle la maire de Paris a rejeté le recours administratif formé par la requérante contre la décision de fin de droits au revenu de solidarité active du 26 mars 2019 est devenue définitive ;

- Mme C n'a pas exercé de recours contre la décision implicite par laquelle la Ville de Paris a rejeté sa demande du 29 octobre 2019 de bénéficier un rétablissement de ses droits au revenu de solidarité active ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles,

- le code de la construction et de l'habitation,

- le code de la sécurité sociale,

- le décret n° 2017-1785 du 27 décembre 2017,

- le décret n° 2018-1150 du 14 décembre 2018,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Deniel, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Deniel,

- et les observations de Me Dridi, représentant Mme C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C était bénéficiaire de l'allocation de logement sociale à compter de janvier 2005, du revenu minimum d'insertion à compter du mois de février 2005 puis du revenu de solidarité active et de la prime d'activité à compter du mois de janvier 2016. A la suite d'un contrôle de sa situation par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales de Paris le 30 mars 2019, la caisse d'allocations familiales a relevé qu'elle avait omis de déclarer qu'elle avait résidé à l'étranger 218 jours en 2017 et 337 jours en 2018. Après avoir procédé à la régularisation de sa situation, la caisse d'allocations familiales de Paris lui a notifié, par une décision du 9 juillet 2019, un indu de revenu de solidarité active de 9 556,57 euros au titre de la période de janvier 2017 à novembre 2018 (INK 2) et un indu d'allocation de logement sociale de 4 535 euros au titre de la période de septembre 2017 à novembre 2018 (IN4 1). Par deux décisions du 17 juillet 2019, la caisse d'allocations familiales de Paris lui a également notifié deux indus de prime exceptionnelle de fin d'année 2017 et 2018 d'un montant de 152,45 euros chacun. Par une lettre du 8 août 2019, Mme C a sollicité une remise gracieuse de ses créances de revenu de solidarité active et d'allocation de logement sociale. La caisse d'allocations familiales de Paris a émis une contrainte le 15 décembre 2022 pour le recouvrement d'un montant de 5 978,85 euros du solde d'un indu de prime d'activité de 352,07 euros au titre de la période du 1er septembre 2016 au 31 janvier 2017, de deux indus d'allocation de logement sociale dont le solde s'élève à 2 558,88 euros pour la période du 1er septembre 2017 au 30 novembre 2018 et de 2 763 euros pour la période du 1er septembre 2016 au 31 mai 2017 et de deux indus de prime de fin d'année 2017 et 2018 de 152,45 euros chacun. Le 26 mars 2019, la caisse d'allocations familiales de Paris a notifié à Mme C une décision de fin de droits de revenu de solidarité active qu'elle a contesté le 11 avril 2019. Par une décision du 24 mai 2019 la Ville de Paris a rejeté ce recours. Dans le dernier état de ses écritures, Mme C forme opposition à la contrainte émise le 15 décembre 2022 et doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 24 mai 2019 de la Ville de Paris.

Sur l'opposition à contrainte :

En ce qui concerne la régularité de la contrainte :

2. En premier lieu, la caisse d'allocations familiales de Paris justifie de la délégation donnée le 4 décembre 2017 et reconduite le 1er août 2019, à Mme B, signataire de la contrainte litigieuse, à effet de signer les " contraintes notifiées directement par la CAF aux débiteurs ". Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte doit dès lors être écarté.

3. En deuxième lieu, le moyen tiré de la violation du principe du contradictoire n'est pas assorti de précisions suffisantes pour en apprécier le bienfondé.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale : " Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée (), le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixées par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère notamment le bénéfice de l'hypothèque judiciaire ". Selon le second alinéa de l'article R. 133-9-2 du même code, à l'expiration du délai de deux mois qui suit la décision de récupération ou notification de payer, ou après notification d'une décision de rejet du recours préalable obligatoire exercé par l'allocataire : " () le directeur de l'organisme créancier compétent, en cas de refus du débiteur de payer, lui adresse par tout moyen permettant de rapporter la preuve de sa date de réception une mise en demeure de payer dans le délai d'un mois qui comporte le motif, la nature et le montant des sommes demeurant réclamées, la date du ou des versements indus donnant lieu à recouvrement, les voies et délais de recours et le motif qui, le cas échéant, a conduit à rejeter totalement ou partiellement les observations présentées ". Aux termes de l'article R. 133-3 de ce code : " () Le débiteur peut former opposition par inscription au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort duquel il est domicilié ou pour les débiteurs domiciliés à l'étranger, au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort de l'organisme créancier par lettre recommandée avec demande d'avis de réception adressée au secrétariat dudit tribunal dans les quinze jours à compter de la notification ou de la signification. L'opposition doit être motivée ; une copie de la contrainte contestée doit lui être jointe. Le secrétariat du tribunal informe l'organisme créancier dans les huit jours de la réception de l'opposition ".

5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que préalablement à l'émission d'une contrainte l'organisme compétent doit adresser une mise en demeure qui a pour objet principal d'informer l'allocataire sur la nature exacte des sommes qui sont exigées de lui, sur l'origine de sa dette, sur le délai qui lui est imparti pour s'en acquitter et sur les conséquences qui s'attacheraient à un défaut de réponse de sa part. Si le destinataire conteste qu'une telle mise en demeure lui a bien été notifiée, il incombe à l'administration d'établir qu'une telle notification lui a été régulièrement adressée.

6. En l'espèce, il résulte de l'instruction que Mme C a été destinataire d'une première mise en demeure préalable à la contrainte en litige, datée du 4 novembre 2020 et distribuée avec accusé réception le 10 novembre suivant. Mettant en demeure la requérante de payer sous le délai d'un mois, ce document comportait la mention du montant de la créance soit 3 115,07 euros et de sa nature, soit le versement d'un trop perçu d'allocation de logement sociale du 1er septembre 2016 au 31 mai 2017 et un trop perçu de prime d'activité au titre de la période du 1er septembre 2016 au 31 janvier 2017. Mme C a également été destinataire d'une seconde mise en demeure préalable à la contrainte en litige, datée du 1er décembre 2020 et distribuée avec accusé réception le 8 décembre suivant. Elle mettait en demeure la requérante de payer sous le délai d'un mois la somme de 4 839,90 euros correspondant à un indu d'allocation de logement sociale pour la période du 1er septembre 2017 au 30 novembre 2018 et de deux indus de prime exceptionnelle de fin d'année 2017 et 2018 de 152,45 euros chacun. Aucune disposition législative, ni règlementaire ne faisait obligation à la caisse d'allocations familiales de joindre à la contrainte en litige la copie de ces deux mises en demeure auxquelles elle fait référence, alors même que les accusés de réception de ces mises en demeures ont été retournés à l'administration avec la mention " pli avisé non réclamé ". Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

En ce qui concerne la prescription :

7. Aux termes de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service ". Aux termes de l'article L. 845-4 du même code : " L'article L. 553-1 est applicable à la prime d'activité ". Aux termes des dispositions de l'article R. 351-11 du code de la construction et de l'habitation, reprises à compter du 1er septembre 2019 à l'article L. 821-7 du code de la construction et de l'habitation : " L'action pour le paiement de l'aide personnelle au logement et pour le recouvrement des sommes indûment payées se prescrit dans les conditions prévues à l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale. La prescription est interrompue par l'une des causes prévues par le code civil ". Aux termes de l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale : " L'action de l'allocataire pour le paiement des prestations se prescrit par deux ans. / Cette prescription est également applicable à l'action intentée par un organisme payeur en recouvrement des prestations indûment payées, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausse déclaration, l'action de l'organisme se prescrivant alors par cinq ans. / La prescription est interrompue tant que l'organisme débiteur des prestations familiales se trouve dans l'impossibilité de recouvrer l'indu concerné en raison de la mise en œuvre d'une procédure de recouvrement d'indus relevant des articles () L. 845-3 () du code de la sécurité sociale () ou L. 823-9 du code de la construction et de l'habitatio. ".

8. Aux termes de l'article 2224 du code civil : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer ". Il résulte de ces dispositions que le délai de prescription court à compter du paiement de la prestation, seule l'existence d'une fraude ou de fausses déclarations étant de nature à reporter, à la date de découverte de celles-ci, le point de départ de la prescription de l'action en répétition de l'indu. La notion de manœuvre frauduleuse ou de fausse déclaration doit s'entendre comme visant les inexactitudes ou omissions délibérément commises par l'allocataire dans l'exercice de son obligation déclarative.

9. D'une part, Mme C ne peut utilement se prévaloir des moyens tirés de l'irrégularité de la procédure de levée de la prescription biennale entre la caisse d'allocations familiales et la Ville de Paris s'agissant du revenu de solidarité active à l'appui d'une opposition à contrainte émise par la caisse d'allocations familiales pour le recouvrement de créances d'allocation de logement social, de prime d'activité et de prime exceptionnelle de fin d'année. Par ailleurs, il ne résulte d'aucune disposition législative, ni règlementaire que le recouvrement des indus en litige auprès de la requérante aurait dû être précédé d'une procédure contradictoire ou d'une notification de la levée de la prescription biennale.

10. D'autre part, il résulte de l'instruction, et n'est pas contesté, que Mme C a résidé à l'étranger du 21 août 2016 au 15 mai 2017, du 19 septembre au 4 décembre 2017, du 24 décembre 2017 au 4 avril 2018, du 26 avril au 25 novembre 2018 puis du 1er décembre 2018 au 3 mars 2019 soit un total de 218 jours en 2017 et 337 jours en 2018. Si elle soutient que ces séjours en Serbie étaient justifiés par l'état de santé de son père qui nécessitait son assistance, il est constant qu'elle n'a pas averti la caisse d'allocations familiales de ce changement dans sa situation, qui n'a été découvert qu'à l'occasion d'un contrôle de la caisse d'allocations familiales de Paris. Mme C ne pouvait ignorer son obligation d'informer la caisse d'allocations familiales de la réalité de sa situation personnelle, notamment sa résidence à l'étranger, et de tout changement dans celle-ci. Dans ces conditions, les indus en litige doivent être regardés comme résultant de fausses déclarations, faisant obstacle à l'application de la prescription biennale prévue par les dispositions de l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale. Il résulte de l'instruction que cette situation a été découverte par la caisse d'allocations familiales à l'occasion d'un contrôle réalisé en mars 2019. Le point de départ du délai de prescription quinquennale a dès lors été reporté à cette date. Par suite, à la date de la contrainte en litige, le 15 décembre 2022, les créances n'étaient pas prescrites.

En ce qui concerne le bienfondé de la contrainte :

11. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article R. 842-1 du même code : " Pour l'application de l'article L. 842-1, est considérée comme résidant en France de manière stable et effective la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois ".

12. Aux termes de l'article R. 831-1 du code de la sécurité sociale applicable au présent litige : " L'allocation de logement prévue aux articles L. 831-1 et suivants est attribuée aux personnes qui sont locataires ou qui accèdent à la propriété d'un local à usage exclusif d'habitation et constituant leur résidence principale. Elle peut être attribuée également aux sous-locataires et occupants à titre onéreux. La notion de résidence principale doit être entendue au sens du logement effectivement occupé au moins huit mois par an soit par le bénéficiaire, soit par son conjoint ou concubin sauf obligation professionnelle, raison de santé ou cas de force majeure ".

13. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité () ". L'article R. 262-5 du même code précise que, pour l'application de ces dispositions : " est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ". Les décrets des 27 décembre 2017 et 14 décembre 2018 prévoient l'attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre des mois de novembre 2017 et 2018 ou à défaut, des mois de décembre de ces mêmes années, sous réserve notamment que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul.

14. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'enquête du 18 mars 2019, que Mme C a résidé en Serbie du 21 août 2016 au 15 mai 2017, du 19 septembre au 4 décembre 2017, du 24 décembre 2017 au 4 avril 2018, du 26 avril au 25 novembre 2018 puis du 1er décembre 2018 au 3 mars 2019. En se bornant à soutenir que ces séjours en Serbie étaient justifiés par l'état de santé de son père, la requérante ne produit aucun élément de nature de nature à remettre en cause les mentions du rapport de contrôle et à établir sa résidence stable et effective en France au cours de la période en litige. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que Mme C remplissait la condition de résidence stable et effective en France au sens des dispositions précitées pour bénéficier du revenu de solidarité active aux mois de novembre et décembre 2017 et 2018, ni de la prime d'activité. Elle ne remplissait pas davantage la condition d'occupation effective de son logement pendant au moins huit mois par an pour bénéficier de l'allocation de logement sociale. Si, ainsi qu'il a été dit, Mme C soutient que ces séjours étaient justifiés par l'état de santé de son père qui est décédé en septembre 2018, les éléments qu'elle produit sont insuffisants pour caractériser un cas de force majeure au sens des dispositions de l'article R. 831-1 du code de la sécurité sociale. Par suite, c'est à bon droit que la caisse d'allocations familiales de Paris a mis à sa charge un indu de prime d'activité de 352,07 euros pour la période de septembre 2016 à janvier 2017, un indu d'allocation de logement sociale de 2 763 euros au titre de la période de septembre 2016 à mai 2017 et de 4 535 euros pour la période de septembre 2017 à novembre 2018 et deux indus de prime exceptionnelle de fin d'année 2017 et 2018 de 152,45 euros chacun. Il s'ensuit, en tout état de cause, que Mme C n'est pas fondée à contester le bienfondé des indus dont le recouvrement est poursuivi par la contrainte en litige.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'opposition à contrainte de Mme C doivent être rejetées.

Sur les droits au revenu de solidarité active :

16. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement.

17. Aux termes de l'article R. 262-35 du code de l'action sociale et des familles dispose que : " Le revenu de solidarité active cesse d'être dû à compter du premier jour du mois civil au cours duquel les conditions d'ouverture du droit cessent d'être réunies () ". Aux termes des dispositions de l'article R. 262-40 de ce code : " Le président du conseil départemental met fin au droit au revenu de solidarité active et procède à la radiation de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active, selon les cas : 1° Dans les délais fixés à l'article R. 262-35 lorsque les conditions d'ouverture du droit cessent d'être réunies ; () ". Il résulte de ces dispositions qu'il peut être mis fin au bénéfice du revenu de solidarité active lorsque l'allocataire cesse de remplir les conditions d'ouverture du droit, notamment s'il ne justifie plus résider en France de manière stable et effective, dès le premier jour du mois civil au cours duquel les conditions d'ouverture cessent d'être réunies.

18. Il résulte de ce qui a été dit au point 14 du présent jugement que Mme C ne remplissait pas la condition de résidence stable et effective en France au mois de janvier 2019. Par ailleurs, il résulte du rapport d'enquête du 10 mai 2022 que Mme C a présenté à l'agent assermenté de la caisse d'allocations familiales un passeport serbe délivré le 2 février 2021 indiquant une entrée en France le 2 juillet 2021. Par une lettre du 2 août 2023, la caisse d'allocations familiales de Paris a demandé à l'intéressée de communiquer ses dates de séjour en Serbie antérieurement à cette dernière entrée sur le territoire français. Malgré une relance du 5 septembre 2023, Mme C n'a pas répondu à cette demande d'informations. Mme C ne produit aucun élément sur sa résidence en France au cours de la période concernée. Dans ces conditions, c'est à bon droit que la Ville de Paris a estimé que l'intéressée ne remplissait pas, au 1er janvier 2019, la condition de résidence stable et effective en France au sens des dispositions précitées et a mis fin à son droit au revenu de solidarité active, rétabli au mois de juillet 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

19. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par la requérante, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à la caisse d'allocations familiales de Paris de lui restituer les sommes indûment prélevées au titre des indus d'aide personnalisée au logement, de prime d'activité, de prime exceptionnelle de fin d'année et l'allocation de logement social et à la Ville de Paris de lui verser les sommes dues au titre du revenu de solidarité active pour la période de janvier 2019 à juin 2021 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la caisse d'allocations familiales de Paris, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme demandée par Mme C au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : le présent jugement sera notifié à Mme A C, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et à la Ville de Paris.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.

La magistrate désignée,

C. DenielLa greffière,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2300996/6-2

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TA75Plein contentieux

Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2511244

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... qui contestait la décision de la maire de Paris lui réclamant un indu de RSA de 11 217 euros. Le tribunal a estimé que les motifs de l'administration étaient fondés, notamment le défaut de déclaration de l'ASPA et les séjours à l'étranger, et que les droits de la défense avaient été respectés. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'action sociale et des familles relatives au recouvrement des indus de prestations sociales.

02/04/2026

TA75Plein contentieux

Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2512505

**Sujet principal** : Recours contre une décision de la CAF de Paris notifiant un indu de prime d'activité (PPA) et d'allocation personnalisée au logement (APL), et demandes subsidiaires de remise gracieuse ou d'étalement. **Juridiction** : Tribunal Administratif de Paris (formation statuant en procédure écrite simplifiée). **Solution retenue** : * Concernant l'APL, le tribunal constate un **non-lieu à statuer** car la dette a été soldée par la CAF avant l'audience, rendant la demande sans objet. * Concernant la PPA, le tribunal **rejette la requête** au fond, considérant que la décision de récupération de l'indu est légale et bien fondée, notamment au regard des dispositions du code de la sécurité sociale et du code de la construction et de l'habitation. **Textes appliqués** : Code de la sécurité sociale (pour la PPA), code de la construction et de l'habitation (pour l'APL), et code de justice administrative pour la procédure.

02/04/2026

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