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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2301340

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2301340

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2301340
TypeDécision
Formation2e Section - 3e Chambre
Avocat requérantROCHICCIOLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 janvier 2023, Mme C B, représentée par Me Rochiccioli demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de police du 28 septembre 2022 portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de lui enjoindre de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 250 euros hors taxe sur la valeur ajoutée en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Rochiccioli renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

S'agissant du refus de titre :

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le rapport médical n'ayant pas été produit par le préfet de police ;

- il est entaché de l'irrégularité de l'avis médical du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, eu égard à la composition du collège de médecins de l'OFII et à la nécessité que le médecin rapporteur n'y siège pas ;

- il est entaché du défaut de collégialité de la délibération du collège de médecins de l'OFII ;

- il est entaché de méconnaissance du principe du contradictoire, les éléments du dossier médical de l'OFII n'ayant pas été communiqués à la requérante ;

- il est entaché de défaut d'examen effectif de sa demande ;

- il méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions dans cette affaire.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Arnaud, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B est une ressortissante ivoirienne qui a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 28 septembre 2022, le préfet de police a rejeté sa demande et a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. La requérante demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () "

3. Si la requérante soutient que le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui a pas été communiqué, elle n'établit pas ni même n'allègue en avoir fait la demande, alors qu'aucune disposition n'oblige le préfet à communiquer d'office ce rapport à l'intéressée. En outre, elle n'apporte aucune précision quant à l'irrégularité du rapport médical qu'elle invoque. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. "

5. Il ressort de l'avis du collège des médecins de l'OFII produit en défense que celui-ci précise que l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale, que le défaut de cette prise en charge peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'eu égard à l'offre de soin et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle pourra y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La préfecture de police n'étant tenue d'indiquer la durée prévisible du traitement que dans le cas où l'intéressé ne peut suivre un traitement approprié dans son pays d'origine, cette obligation ne s'imposait donc pas en l'espèce. Par suite, le moyen tiré de ce que l'avis du collège des médecins de l'OFII ne comprendrait pas les mentions requises par l'arrêté du 27 décembre 2016 doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège.

Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle.

L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. Lorsque le demandeur n'a pas présenté au médecin de l'office ou au collège les documents justifiant son identité, n'a pas produit les examens complémentaires qui lui ont été demandés ou n'a pas répondu à la convocation du médecin de l'office ou du collège qui lui a été adressée, l'avis le constate () "

7. Il ressort de l'avis du collège des médecins de l'OFII que le médecin rapporteur, dont le nom figure par ailleurs sur l'avis, ne figure pas parmi les signataires de l'avis. En outre, il ressort de la décision du 18 novembre 2019, produite en défense, et en particulier de la liste des médecins du collège de l'OFII qui lui est annexée, que les signataires de l'avis ont été régulièrement désignés. Par suite, le moyen tiré de ce que le médecin rapporteur aurait siégé au sein du collège des médecins de l'OFII et celui tiré de la désignation irrégulière des signataires de l'avis manquent en fait et doivent donc être écartés.

8. En quatrième lieu, la circonstance que les réponses apportées par les médecins signataires de l'avis du collège des médecins de l'OFII n'ont pas fait l'objet d'échanges entre eux, oraux ou écrits, est sans incidence sur la légalité de la décision prise par le préfet au vu de cet avis.

9. En cinquième lieu, si la requérante soutient que les documents ayant permis de conclure à la possibilité d'une prise en charge effective de sa pathologie en Côte d'Ivoire et les autres éléments ayant conduit au rejet de sa demande de titre ne lui ont pas été communiqués, aucune disposition n'impose au préfet de police de le faire systématiquement, alors que la requérante n'établit pas ni même n'allègue avoir demandé la communication de ces documents. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.

10. En sixième lieu, il ne ressort pas des motifs de la décision attaquée, qui rappelle les principaux éléments relatifs à la situation personnelle de Mme B et restitue le contenu de l'avis du collège des médecins de l'OFII, que son cas n'aurait pas été examiné par le préfet de police. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

11. En septième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () "

12. Il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter la demande de titre de Mme B, le préfet de police s'est fondé sur l'avis du collège des médecins de l'OFII, qui a estimé que, si la pathologie de Mme B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. S'il ressort du certificat médical établi par le Dr A le 20 décembre 2022 que l'état de santé de Mme B requiert un traitement par Aziathioprine, le préfet de police fait valoir en défense que ce traitement peut être remplacé par le Rituximab, qui est aussi un immunosuppresseur et qui figure sur la liste nationale des médicaments essentiels en Côte d'Ivoire. Mme B ne produit aucun élément de nature à établir que ce médicament ne serait pas adapté à sa pathologie, ou qu'il ne serait pas substituable à l'Azathioprine. En outre, s'il ressort de ce certificat que la requérante reçoit une corticothérapie, il ressort de la liste des médicaments essentiels en Côte d'Ivoire que le Prednisone, substance active du Cortancyl qui lui a été prescrit en 2022, est disponible dans ce pays. Si elle se prévaut de l'indisponibilité d'autres médicaments, elle n'établit pas, en se bornant à produire des ordonnances, que ces traitements seraient nécessaires à la prise en charge médicale de sa pathologie. En outre, aucun des certificats médicaux dont elle se prévaut n'atteste de l'impossibilité d'un traitement dans son pays d'origine. Par suite, et sans qu'il soit besoin de solliciter la communication du rapport du médecin de l'OFII, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

14. Il est constant que Mme B est célibataire sans charge de famille en France. Elle ne se prévaut d'aucun lien personnel et familial en France ni d'aucune insertion professionnelle. Dans ces conditions, et quand bien même elle résiderait en France depuis 2016 de manière continue, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée porte au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

15. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit, la décision refusant à Mme B un titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, l'obligation de quitter le territoire français n'a pas été prise sur le fondement d'une décision illégale. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. "

17. Ainsi qu'il a été dit au point 12, si l'état de santé de Mme B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soin et aux caractéristiques du système de santé de Côte d'Ivoire, elle pourrait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

18. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui reprend ce qui a été développé au soutien des conclusions dirigées contre la décision de refus de titre, doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 14.

19. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Rochiccioli et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Fouassier, président,

M. Coz, premier conseiller,

Mme Arnaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

La rapporteure,

B. ARNAUD

Le président,

C. FOUASSIERLa greffière,

C. EL HOUSSINE

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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