mercredi 20 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2301354 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | HAIK |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 19 janvier et 2 mai 2023 sous le n°2301354, M. D B, représenté par Me Haik, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 27 octobre 2022 par laquelle le préfet de police lui a refusé la délivrance d'une carte de résident ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de résident ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses ressources et de la menace à l'ordre public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés et sollicite la neutralisation du motif de la décision tiré de l'insuffisance des ressources de M. B.
Vu les autres pièces du dossier.
II. Par une requête, enregistrée le 9 mars 2023 sous le n° 2305061, M. D B, représenté par Me Haik, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite du 10 mars 2022 par laquelle le préfet de police a refusé le renouvellement de son titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle mention " salarié " sur le fondement des articles L.433-1, L.433-4 et L.421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- une décision implicite de rejet de sa carte de séjour pluriannuelle mention " salarié " est née le 10 mars 2022 du fait du silence de l'administration pendant quatre mois à la demande formulée le 10 novembre 2021 ;
- son recours est recevable, en l'absence de délivrance d'un récépissé lors du dépôt de sa demande, cette absence rendant les voies et délais de recours inopposables ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les articles L. 433-1 et L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article L.421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2023, le préfet de police, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que la décision expresse de rejet du 27 octobre 2022 s'est substituée à la décision implicite du 10 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Le rapport de Mme Ostyn a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né le 21 novembre 1991, est entré en France, selon ses déclarations, le 1er janvier 2009. Il a bénéficié successivement de titres de séjour en qualité d'étudiant, puis d'une carte de séjour pluriannuelle en qualité de salarié valable jusqu'au
21 novembre 2021. Il a sollicité le 10 novembre 2021, à titre principal, la délivrance d'une carte de résident et, à titre subsidiaire, le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle. Il demande l'annulation de la décision implicite du 10 mars 2022 par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle ainsi que l'annulation de la décision du 27 octobre 2022, par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer une carte de résident.
Sur la jonction des requêtes :
2. Les requêtes susvisées n° 2301354 et n°2305061, présentées pour M. B, sont relatives à la situation d'un même requérant, présentent à juger des questions similaires et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la requête n°2305061 :
3. Aux termes de l'article L.433-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A l'exception de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié détaché ICT ", prévue à l'article L. 421-26, et de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", prévue à l'article L. 422-10, qui ne sont pas renouvelables, le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte. ".
4.Si M. B demande l'annulation de la décision implicite du 10 mars 2022, il n'établit pas l'existence d'une telle décision, faute de produire à l'instance sa demande de titre de séjour et doit, dès lors, être regardé comme demandant l'annulation de la décision du
27 octobre 2022.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a reçu le 21 novembre 2022 notification de la décision du 27 octobre 2022 et que cette notification mentionnait les délais et les voies de recours ouverts à l'encontre de ladite décision. La requête de M. B n'a été enregistrée au greffe du tribunal de céans que le 9 mars 2023. Ainsi, elle a été présentée tardivement et n'est, par suite, pas recevable.
6. Il ressort de ce qui précède que la requête n°2305061 de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.
Sur la requête n°2301354 :
En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :
7. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme C A, cheffe de la section commission des titres séjour et ordre public, qui bénéficiait d'une délégation à l'effet de signer, notamment, les décisions de refus de séjour pour motif d'ordre public, valablement consentie par l'arrêté n° 2022-01166 du 3 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire ne peut qu'être écarté.
8. En deuxième lieu, la décision attaquée vise notamment les dispositions L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne les éléments de la situation personnelle de M. B, en particulier sa condamnation par le tribunal judiciaire d'Evry le 17 novembre 2020, ayant motivé ladite décision. Elle contient ainsi l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet de police pour refuser sa demande de titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
9. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 426-18, une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d'une durée de dix ans. "
10. D'autre part, dans le cas où un seul des motifs de la décision administrative est entaché d'illégalité, il y a lieu de procéder à la neutralisation du motif illégal s'il apparaît que la considération du ou des seuls motifs légaux aurait suffi à déterminer l'administration à prendre la même décision. En l'espèce, pour refuser l'octroi d'un certificat de résidence à M. B, le préfet de police s'est fondé sur la double circonstance que ce dernier ne disposait pas des revenus suffisants exigés par l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il constituait, en raison de sa condamnation, une menace pour l'ordre public. Or, il n'est pas contesté par la préfecture de police que M. B justifie de ressources stables, régulières et suffisantes sur les cinq dernières années. Ainsi, le motif tiré de l'insuffisance de revenus du requérant est erroné. Toutefois, la décision attaquée repose également sur la condamnation dont M. B a fait l'objet en 2020. Dès lors, le préfet de police aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur le motif tiré de cette condamnation. Il y a donc lieu de neutraliser le motif illégal invoqué et d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ".".
12. Pour refuser d'octroyer à M. B une carte de résident, le préfet s'est fondé sur le fait que ce dernier a été condamné, le 17 novembre 2020, par le tribunal judiciaire d'Evry à
120 jours-amende de 10 euros pour récidive de conduite d'un véhicule en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants et sous l'empire d'un état alcoolique, le requérant ayant fait l'objet d'une précédente condamnation pour une infraction identique ou assimilée par le tribunal correctionnel de Paris le 12 janvier 2017. Si une telle infraction, prise isolément, ne saurait caractériser à elle-seule une menace à l'ordre public, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet de police a pu considérer, au regard de l'état de récidive dans lequel les faits ont été commis, que M. B constituait une menace pour l'ordre public. Dès lors, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police a commis une erreur d'appréciation en refusant de lui accorder une carte de résident.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de celles présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
14.Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante, les frais non compris dans les dépens visés à l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2305061 et n° 2301354 de M. B sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 6 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Vidal, présidente,
Mme Grossholz, première conseillère,
Mme Ostyn, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2024.
La rapporteure,
I. OSTYN
La présidente,
S. VIDAL
La greffière,
S. RUBIRALTA
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2 et 2305061/1-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2503570
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler le refus de renouvellement de sa carte de résident. La juridiction a estimé que le préfet de police de Paris, en se fondant sur une condamnation pénale, n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 432-4, et a examiné le respect de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2424420
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la demande de décharge de cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu pour les années 2015 et 2016. Le requérant contestait la régularité de la proposition de rectification, notamment son caractère suffisamment motivé et son aptitude à interrompre le délai de reprise. Le tribunal a jugé que la proposition, notifiée après l'ouverture d'une procédure de retrait d'agrément, était régulière et a valablement interrompu le délai de reprise, conformément aux articles L. 57 du livre des procédures fiscales et 1649 nonies A du code général des impôts.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517132
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police du 17 juin 2025 ordonnant l'éloignement de M. A..., un ressortissant algérien. La juridiction a retenu que l'administration n'avait pas procédé à un examen sérieux de la situation familiale du requérant, notamment de ses liens avec sa fille née en France, ce qui constitue une erreur de droit. Le tribunal a enjoint au préfet de délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer la situation dans un délai de trois mois, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2416373
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision implicite de refus de titre de séjour. Le requérant, un ressortissant malien, contestait ce refus intervenu sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Le tribunal a annulé la décision implicite pour défaut de motivation, l'administration n'ayant pas répondu à la demande de communication des motifs formulée sur le fondement de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Il a enjoint au préfet de réexaminer la demande dans un délai d'un mois.
01/04/2026