vendredi 26 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2301398 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 4e Chambre |
| Avocat requérant | LACOSTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 janvier 2023, Mme A B, représentée par
Me Lacoste, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé d'enregistrer sa demande d'asile ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale, de lui délivrer une attestation de demande d'asile et de lui remettre le formulaire à adresser à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou, à défaut, d'examiner à nouveau sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de non admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de lui verser la même somme en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée méconnaît les dispositions du paragraphe 2 de l'article 9 du règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 dès lors que, l'information sur la prolongation des délais de transfert n'ayant pas été communiquée aux autorités italiennes avant l'expiration du délai de six mois, la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions du paragraphe 2 de l'article 29 du règlement (UE)
n° 604/2013 du 26 juin 2013, le délai de transfert étant expiré dès lors qu'elle ne peut être regardée comme ayant pris la fuite ; son absence à certaines convocations est liée à son état de grossesse, dont elle avait averti la préfecture de police, et à la préparation d'une opération de chirurgie réparatrice qu'elle doit subir à la suite de l'excision dont elle a été victime dans son pays d'origine.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 avril 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- à titre principal, la requête de Mme B est irrecevable, la prolongation du délai de transfert ayant pour effet de maintenir en vigueur la décision de remise aux autorités italiennes et non de faire naître une nouvelle décision de remise ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Massiou, première conseillère.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante ivoirienne née en 2001, a demandé son admission au séjour au titre de l'asile auprès de la préfecture de police le 26 avril 2022. Par un arrêté du
24 mai 2022, le préfet de police a décidé de son transfert aux autorités italiennes puis, estimant que l'intéressée était en fuite, a ensuite prolongé le délai de transfert, d'une durée initiale de six mois, jusqu'au 18 novembre 2023. Par un courrier du 21 novembre 2022, Mme B a demandé la délivrance d'une attestation de demande d'asile. Elle demande l'annulation de la décision implicite de refus du préfet de police née du silence gardé sur cette demande.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de police :
2. La prolongation du délai de transfert, qui résulte du seul constat de fuite du demandeur et qui ne donne lieu qu'à une information de l'Etat responsable de la demande d'asile par l'État membre qui ne peut procéder au transfert du fait de cette fuite, a pour effet de maintenir en vigueur la décision de transfert aux autorités de l'Etat responsable et ne suppose pas l'adoption d'une nouvelle décision. Cette prolongation n'est ainsi qu'une des modalités d'exécution de la décision initiale de transfert et ne peut être regardée comme révélant une décision susceptible de recours.
3. L'étranger peut toutefois demander à l'administration de reconnaître la compétence de la France pour examiner sa demande d'asile et saisir le juge d'un éventuel refus fondé sur l'absence d'expiration du délai de transfert, le cas échéant dans le cadre d'une instance de référé. Il lui est également loisible de contester l'existence d'une cause de prolongation à l'appui d'un recours dirigé contre une mesure prise en vue de l'exécution du transfert, telle qu'une assignation à résidence, ou d'une mesure tirant les conséquences du constat de la fuite, telle que la limitation ou la suspension des conditions matérielles d'accueil. Dans ces différentes hypothèses, l'étranger peut ainsi se prévaloir de l'expiration du délai de transfert.
4. Il résulte de ce qui précède que, le présent recours ne tendant pas à l'annulation de la décision de prolongation du délai de transfert mais à celle de la décision implicite de refus d'enregistrement d'une demande d'asile, la fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité de la requête en tant qu'elle est dirigée contre une décision ne faisant pas grief doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. En premier lieu, aux termes du deuxième paragraphe de l'article 9 du règlement (CE)
n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 : " Il incombe à l'État membre qui, pour un des motifs visés à l'article 29, paragraphe 2, du règlement (UE) 604/2013, ne peut procéder au transfert dans le délai normal de six mois à compter de la date de l'acceptation de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée, ou de la décision finale sur le recours ou le réexamen en cas d'effet suspensif, d'informer l'État responsable avant l'expiration de ce délai. À défaut, la responsabilité du traitement de la demande de protection internationale et les autres obligations découlant du règlement (UE) n° 604/2013 incombent à cet État membre conformément aux dispositions de l'article 29, paragraphe 2, dudit règlement ".
6. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'accusé de réception émis par le réseau DubliNet le 17 novembre 2022 produit par le préfet de police, que les autorités italiennes, qui ont accepté la prise en charge de Mme B le 18 avril 2022, ont été informées de la prolongation du délai de transfert. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit, par suite, être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes du premier paragraphe de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, le transfert du demandeur vers l'Etat membre responsable de l'examen de sa demande d'asile s'effectue au plus tard dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre Etat membre de la demande de prise en charge ou de reprise en charge. Le paragraphe 2 de ce même article prévoit qu'à défaut d'exécution dans ce délai de six mois, " () l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant ". Il ajoute que le délai est susceptible d'être porté à dix-huit mois si l'intéressé " prend la fuite ".
8. En outre, le transfert d'un demandeur d'asile vers un Etat membre qui a accepté sa prise ou sa reprise en charge, sur le fondement du règlement du 26 juin 2013, s'effectue selon l'une des trois modalités définies à l'article 7 du règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 portant modalités d'application du règlement (CE) n° 343/2003 du Conseil établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des États membres par un ressortissant d'un pays tiers, c'est-à-dire à l'initiative du demandeur, sous la forme d'un départ contrôlé ou sous escorte. Dans l'hypothèse où le demandeur d'asile se soustrait intentionnellement à l'exécution de son transfert ainsi organisé, il doit être regardé comme en fuite au sens des dispositions de l'article 29 du règlement du 26 juin 2013.
9. La prolongation de dix-huit mois du délai de transfert qui résulte du constat de fuite du demandeur est subordonnée à ce que l'Etat requérant qui ne peut procéder au transfert du fait de cette fuite en ait informé l'Etat responsable de la demande d'asile avant l'expiration du délai de six mois dont il aurait disposé pour procéder au transfert du demandeur si ce dernier n'avait pas pris la fuite conformément aux exigences du 2 de l'article 9 du règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003. L'expiration du délai prolongé a pour conséquence que l'Etat requérant devient responsable de l'examen de la demande de protection internationale.
10. Il résulte des énonciations des points 7 et 8 du présent jugement que dans l'hypothèse où l'administration a respecté les obligations qui sont les siennes dans l'organisation d'un départ contrôlé et où l'intéressé s'est soustrait intentionnellement à l'exécution de ce départ, puis a demandé à nouveau l'enregistrement de sa demande après l'expiration du délai de transfert de six mois, le demandeur doit être regardé comme en fuite au sens des dispositions de l'article 29 du règlement du 26 juin 2013. Il ressort des pièces du dossier que le transfert de Mme B a été organisé sous la forme d'un départ contrôlé, l'administration lui ayant délivré les titres de transport nécessaires et l'intéressée ayant été conviée à se présenter aux services de la police aux frontières de l'aéroport de Roissy trois heures avant son embarquement, avec son enfant, pour pouvoir effectuer les formalités d'embarquement sur un vol à destination de l'Italie. Il est constant que la requérante ne s'est pas présentée à l'aéroport, se prévalant d'un rendez-vous médical de préparation à une chirurgie réparatrice d'excision qui, s'il est attesté par les pièces du dossier, lui a été donné postérieurement à l'information transmise par les services de la préfecture de police concernant la date d'exécution de son transfert. Dans ces conditions, dès lors qu'il s'agissait d'un rendez-vous obtenu trois jours après la convocation à l'aéroport du 30 septembre 2022, s'agissant d'une opération dont il n'est pas démontré que, si elle est indispensable, elle ne pourra pas en bénéficier en Italie ainsi que du suivi médical correspondant et des autres soins dont elle pourrait avoir besoin, et alors même que la requérante avait honoré certaines des précédentes convocations, c'est sans méconnaître les dispositions précitées de l'article 29 du règlement du 26 juin 2013 que le préfet de police a estimé que Mme B était en fuite au sens de ce texte.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Lacoste et au préfet de police.
Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 12 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Aubert, présidente,
Mme Massiou, première conseillère,
M. Medjahed, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2024.
La rapporteure,
B. MASSIOU
La présidente,
S. AUBERT La greffière,
A. LOUART
La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2304140
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A, agent contractuel, qui contestait une retenue sur son traitement de 250 euros pour un indu de prime exceptionnelle liée à la pandémie. La requérante invoquait un défaut de motivation et une faute de l'administration, mais le tribunal a jugé que la décision de retenue était fondée sur l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 et le décret n° 2020-570 du 14 mai 2020. Il a estimé que l'administration avait établi le bien-fondé de l'indu, car Mme A ne remplissait pas les conditions pour bénéficier de la prime, et qu'aucune faute n'était caractérisée. Les conclusions indemnitaires et subsidiaires ont également été rejetées.
25/09/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2305883
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé le compte rendu d'entretien professionnel de Mme B..., capitaine de police, établi le 23 janvier 2023 au titre de l'année 2017. La requérante soutenait notamment que l'évaluation avait été réalisée par une autorité incompétente et sans entretien préalable. Le tribunal a fait droit à sa demande en se fondant sur l'autorité de la chose jugée attachée à un précédent jugement du 25 mars 2022, qui avait déjà annulé un premier compte rendu pour les mêmes motifs (absence d'entretien et évaluation partielle). La décision s'appuie sur les dispositions de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 et du décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 relatifs à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires.
25/09/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2307997
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B A, réserviste opérationnel, qui demandait l'annulation de la décision du 18 janvier 2023 de la commission de recours de l'invalidité lui refusant une pension militaire d'invalidité pour une affection non imputable au service. Le tribunal a jugé que M. A n'apportait pas la preuve, exigée par les articles L. 121-1 et suivants du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, que son infirmité était directement causée par l'exercice de ses fonctions de réserviste. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête, incluant la demande de pension et celle au titre des frais de justice.
25/09/2025