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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2301506

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2301506

lundi 6 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2301506
TypeDécision
PublicationC
Formation2e Section - 2e Chambre
Avocat requérantLAMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 22 janvier et le 2 juillet 2023, M. A, représenté par Me B, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par la chambre de commerce et d'industrie de région Paris Ile-de-France (CCIR Paris Île-de-France) sur sa demande tendant à la requalification de ses contrats de vacation en contrat de travail à durée indéterminée et à l'indemnisation des préjudices relatifs à cette absence de requalification illégale ;

2°) de condamner la CCIR Paris Île-de-France à lui verser une somme totale de 253 401,29 euros en indemnisation des préjudices subis ;

3°) de mettre à la charge de la CCIR Paris Île-de-France une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- bien que recruté en tant que vacataire, il a en réalité occupé un emploi permanent d'enseignant, par suite, ses contrats doivent être requalifiés en emploi permanent relevant d'un contrat à durée indéterminé ;

- la CCIR Paris Île-de-France a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en ne requalifiant pas sa relation de travail en contrat à durée indéterminée ;

- il a subi un préjudice financier dont la juste indemnisation sera fixée à 223 401,29 euros : son niveau de rémunération aurait dû être celui d'un professeur titulaire, l'écart de rémunération devrait donner lieu au versement d'une somme de 186 094, 02 euros ; il aurait dû bénéficier d'un préavis de licenciement de deux mois et d'une indemnité compensatoire de préavis d'un montant de 6 783,14 euros ; il aurait dû bénéficier d'une indemnité de licenciement d'un montant de 30 524,13 euros ;

- il a subi un préjudice moral dont il sera fait une juste appréciation par une indemnisation de 30 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 juin 2023, la chambre de commerce et de l'industrie de région Paris - Ile-de-France, représentée par la SCP Rocheteau, Uzan-Sarano et Goudet, conclut au rejet de la requête et ce que soit mise à la charge de M. A une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la prescription quadriennale peut être opposée à la créance de M. A à l'exception des éléments concernant le dernier contrat de vacation signé le 25 septembre 2018 ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés ;

- il n'établit pas la réalité du préjudice allégué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de commerce ;

- le code du travail ;

- la loi n° 52-1311 du 10 décembre 1952, ensemble le statut du personnel administratif des chambres de commerce et d'industrie ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Abdat,

- les conclusions de M. Lahary, rapporteur public,

- et les observations de M. B, représentant M. A, présent, et de Me André ; représentant la chambre de commerce et d'industrie de région Paris Ile-de-France.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a été recruté par trente-huit contrats de vacation entre le 30 août 2010 et le 15 juillet 2019 par la chambre de commerce et d'industrie de région Paris Ile-de-France (CCIR Paris Île-de-France) pour dispenser des cours d'infrastructures systèmes et réseaux informatiques, dans une structure en relevant, l'IFA Delorozoy, devenu en 2017 l'Ecole CFI. Au terme du dernier contrat conclu avec la CCI, M. A a été informé par un courrier du 25 juillet 2019 qu'il ne serait pas reconduit dans ses fonctions. Le requérant sollicite l'indemnisation par la CCI des préjudices subis du fait de son placement dans une situation irrégulière durant toute la période d'exercice de son activité au sein de la Chambre et de la rupture des relations de travail.

Sur la responsabilité de la CCI :

2. Aux termes de l'article 48-7 du statut du personnel administratif des chambres consulaires : " Les compagnies consulaires peuvent employer des enseignants permanents hors statut (). Ces enseignants seront employés sous contrat permanent hors statut () ". Aux termes de l'article 49-5 du même statut : " Les compagnies consulaires peuvent employer des intervenants vacataires dans les cas suivants : exécution d'une tâche précise sur un emploi dénué de permanence, exécution d'une tâche spécialisée, d'une expertise, en complément d'une autre activité professionnelle exercée à titre principal () ". Ces dispositions ouvrent la possibilité aux compagnies consulaires d'employer des enseignants permanents hors statut et limitent l'emploi d'intervenants vacataires aux situations d'exécution de tâches précises ou spécialisées, dénuées de permanence.

3. Il résulte de l'instruction qu'entre le 30 août 2010 et le 15 juillet 2019, M. A a conclu trente-huit contrats de vacation avec la CCIR Paris Ile-de-France portant sur des enseignements en informatique auprès d'étudiants en licence professionnelle, en BTS, en licence ACSID ainsi qu'en M1 CP-IR SiiC au sein de l'IFA Delorozoy, devenu en 2017 l'Ecole CFI. Ces enseignements ont été dispensés avec régularité dans des matières similaires (architecture matérielle SI, architecture logicielle, gestion d'entreprises, supports réseaux, exploitation des services) sur la période considérée. Il résulte également de l'instruction qu'il a participé à l'encadrement des travaux personnels des étudiants, à leur évaluation par la tenue d'examens de fin d'année et à leur suivi par sa participation aux conseils de classe. Ainsi, dès lors que M. A a participé, à hauteur de 344 à 564 heures selon les années, à l'activité normale et permanente de formation professionnelle que l'article L. 710-1 du code de commerce confie aux CCI, l'intéressé est fondé à soutenir que, de 2010 à 2019, il a occupé, à temps partiel, un emploi permanent au sens de l'article 48-7 du statut précité et non un emploi vacataire que l'article 49-5 du même statut limite aux situations d'exécution de tâches précises ou spécialisées, dénuées de permanence, nonobstant l'exerce d'une activité d'enseignement en lycée à titre principal. Par suite, M. A est fondé à invoquer la faute résultant de l'absence de recrutement dans le cadre d'un contrat permanent et à se prévaloir de ce que la fin de la relation de travail avec l'organisme consulaire ne lui a pas ouvert le bénéfice des effets d'une procédure de licenciement.

Sur les préjudices :

4. Toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain. En l'espèce, le recrutement du requérant en tant que vacataire l'a privé des garanties prévues par l'article 48-7 du statut, à savoir la conclusion d'un contrat précisant divers éléments, et notamment le volume d'heures d'enseignement, le mode de calcul de la rémunération mensuelle, celui de la rémunération complémentaire, le délai de préavis en cas de licenciement, et le mode de calcul de l'indemnité de licenciement.

5. Aux termes des dispositions de l'article 48-7 du statut du personnel des chambres consulaires : " () Ces enseignants seront employés sous contrat permanent hors statut qui devra obligatoirement fixer : () - le volume d'heures minimum d'activité sur la base duquel la rémunération mensuelle doit être fixée par référence aux modes de rémunération et de carrière prévus par le présent statut, / - le mode de calcul des rémunérations complémentaires versées au titre des heures d'interventions effectuées au-delà du volume prévu, / - le délai de préavis en cas de licenciement qui ne peut être inférieur à quinze jours jusqu'au sixième mois d'ancienneté, un mois entre six et vingt-quatre mois d'ancienneté et deux mois au-delà, / - le mode de calcul de l'indemnité de licenciement qui ne peut être calculée sur une base inférieure à un demi-mois par année de services du salaire mensuel brut moyen de la dernière année dans la limite de six mois d'indemnité. "

6. En premier lieu, si M. A réclame l'indemnisation du préjudice financier qu'il estime avoir subi pour avoir été maintenu indûment sous le statut de vacataire, il n'établit pas avoir subi un préjudice à ce titre, à défaut d'établir, ce qui est au demeurant contesté en défense, avoir perçu une rémunération inférieure à celle qui lui aurait été versée s'il avait été recruté par un contrat à durée indéterminée à temps partiel.

7. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que, comme il a été dit au point 3, M. A a exercé des activités d'enseignement dans les structures internes de la CCI Paris Ile-de-France, au profit d'élèves de BTS, de seconde professionnelle et de licence, durant la période correspondant aux années scolaires 2010 à 2019, soit une durée de neuf années. Il en résulte également qu'il a perçu, au titre de la période entre le 1er juillet 2018 et le 31 juillet 2019, une rémunération mensuelle moyenne brute de 1 840, 95 euros. Il est donc fondé à réclamer une indemnité égale à un demi-mois par année de services du salaire mensuel brut moyen de la dernière année dans la limite de six mois d'indemnité, soit en l'espèce, pour une durée de services de neuf années, 4,5 x 1 840,95 euros, soit 8 284,27 euros.

8. En troisième lieu, si le requérant invoque un préjudice financier lié à l'absence de préavis de licenciement, il ne résulte pas des dispositions précitées que l'absence de préavis de licenciement ouvre droit à une rémunération.

9. En dernier lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice résultant des troubles dans les conditions d'existence de M. A causés par la rupture des relations de travail en 2019 ainsi que du préjudice moral subi du fait de la rupture de ces relations, de l'absence de préavis de licenciement et d'avoir été illégalement maintenu sous le statut de vacataire, en l'évaluant à la somme globale de 2 000 euros.

Sur la prescription quadriennale :

10. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 : " Sont prescrites, au profit de l'État (..) toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis ".

11. La créance dont M. A est fondé à demander le paiement trouve son origine dans la faute de la CCIR Paris Ile-de-France à ne pas l'avoir recruté en contrat permanent et correspond à l'indemnisation des préjudices résultant, d'une part, de l'absence de versement d'une indemnité de licenciement et, d'autre part, de la rupture des relations de travail. Dès lors que M. A n'a pu connaître la réalité et l'étendue de ces préjudices qu'à la date de la rupture de ces relations de travail, lors de la non-reconduction de ses derniers contrats, au mois de juillet 2019, la CCIR Paris Ile-de-France n'est pas fondée à opposer l'exception de prescription quadriennale aux créances dont se prévaut M. A et dont il a réclamé l'indemnisation par une demande présentée le 4 novembre 2022.

12. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à soutenir qu'une indemnité de 10 284,27 euros bruts doit lui être versée en indemnisation des préjudices subis.

Sur conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

13. Il y a lieu de mettre à la charge de la CCI la somme de 1 500 euros au titre des frais liés au litige exposés par M. A à l'occasion de la présente instance. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'a pas la qualité de partie perdante, une somme au titre des frais exposés par la CCI.

D E C I D E :

Article 1er : La chambre de commerce et d'industrie de Paris Ile-de-France est condamnée à verser la somme de 10 284,27 euros bruts à M. A.

Article 2 : La chambre de commerce et d'industrie de Paris Ile-de-France versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la CCI de Paris Ile-de-France au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la chambre de commerce et d'industrie de Paris Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 8 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

Mme de Saint Chamas, conseillère,

Mme Abdat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2024.

La rapporteure,

G. ABDATLe président,

J. SORIN

La greffière,

C. EL HOUSSINE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

N°2301506/2-

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