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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2302071

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2302071

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2302071
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre - R.222-13
Avocat requérantCABINET LHUMEAU, GIORGETTI, HENNEQUIN & ASSOCIES - LGH & ASSOCIES (SELAS)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 30 janvier et 22 mars 2023, Mme A B, représentée par Me Goulay, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 août 2022, par laquelle la commission d'attribution des logements de l'office public de l'habitat " Paris Habitat ", a refusé de lui attribuer un logement social, et la décision du 19 décembre 2022 de rejet de son recours gracieux en date du 12 octobre 2022 ;

2°) d'enjoindre à l'office public de l'habitat " Paris Habitat " de procéder à un nouvel examen de sa demande, dans le délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui attribuer un logement correspondant à ses besoins dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'office public de l'habitat " Paris Habitat " la somme de 1 500 euros à verser à Me Goulay en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme B soutient que :

- la décision du 2 août 2022 est insuffisamment motivée ;

- la commission d'attribution des logements de l'office public de l'habitat " Paris Habitat " a commis une erreur d'appréciation en la plaçant au rang 2 à l'issue de l'examen des candidatures ;

- le choix de la commission caractérise une discrimination directe par l'âge.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 15 mars et 25 juillet 2023, l'office public de l'habitat " Paris Habitat ", représenté par Me Hennequin, conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à ce que la demande de nouvel examen de la candidature de Mme B ne soit pas assortie d'une astreinte ;

3°) à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

L'office public de l'habitat " Paris Habitat " soutient que :

- le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision du 2 août 2022 est inopérant et, en tout état de cause, infondé ;

- la commission d'attribution des logements était fondée à examiner plusieurs candidatures ;

- les décisions attaquées ne sont entachées d'aucune erreur d'appréciation.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Pény en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pény,

- et les observations de Me Osorio, représentant l'office public de l'habitat " Paris Habitat ".

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été reconnue prioritaire au titre du droit au logement opposable par une décision de la commission de médiation du département de Paris en date du 14 mars 2019. Par un jugement du 22 janvier 2020, le tribunal administratif de Paris a enjoint à la préfecture de la région Ile-de-France d'assurer le relogement de Mme B, sous astreinte de 500 euros par mois de retard. Par une décision du 2 août 2022, la commission d'attribution des logements de l'office public de l'habitat " Paris Habitat ", a positionné Mme B en rang 2 en vue de l'attribution d'un logement de type T1 au 32, rue de la Procession à Paris (15ème arrdt). Par un courrier en date du 12 octobre 2022, notifié le 17 octobre suivant, Mme B a formé un recours gracieux à l'encontre de la décision du 2 août 2022, qui a été rejetée par une décision explicite du 19 décembre 2022. Mme B demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 441 du code de la construction de l'habitation : " L'attribution des logements locatifs sociaux participe à la mise en œuvre du droit au logement, afin de satisfaire les besoins des personnes de ressources modestes et des personnes défavorisées. L'attribution des logements locatifs sociaux doit notamment prendre en compte la diversité de la demande constatée localement ; elle doit favoriser l'égalité des chances des demandeurs et la mixité sociale des villes et des quartiers, en permettant l'accès à l'ensemble des secteurs d'un territoire de toutes les catégories de publics éligibles au parc social et en favorisant l'accès des ménages dont les revenus sont les plus faibles aux secteurs situés en dehors des quartiers prioritaires de la politique de la ville. Les collectivités territoriales et les réservataires de logements locatifs sociaux concourent, en fonction de leurs compétences, à la réalisation des objectifs mentionnés aux alinéas précédents. Les bailleurs sociaux attribuent les logements locatifs sociaux dans le cadre des dispositions de la présente section et peuvent pratiquer, le cas échéant, des loyers différents selon les secteurs ou au sein des immeubles, afin de remplir ces objectifs () ". Aux termes de l'article L. 441-1 du même code : " Le décret en Conseil d'État prévu à l'article L. 441-2-9 détermine les conditions dans lesquelles les logements construits, améliorés ou acquis et améliorés avec le concours financier de l'État ou ouvrant droit à l'aide personnalisée au logement et appartenant aux organismes d'habitations à loyer modéré ou gérés par ceux-ci sont attribués par ces organismes. Pour l'attribution des logements, ce décret prévoit qu'il est tenu compte notamment du patrimoine, de la composition, du niveau de ressources et des conditions de logement actuelles du ménage, de l'éloignement des lieux de travail, de la mobilité géographique liée à l'emploi et de la proximité des équipements répondant aux besoins des demandeurs. ". Aux termes de l'article L. 441-2-2 du même code : " Tout rejet d'une demande d'attribution doit être notifié par écrit au demandeur, dans un document exposant le ou les motifs du refus d'attribution. () ". Aux termes de l'article R. 441-3 du même code : " Les commissions d'attribution prévues à l'article L. 441-2 procèdent à l'attribution des logements en veillant à la mixité sociale des villes et quartiers selon les critères et au bénéfice, notamment, des demandeurs prioritaires définis aux articles L. 441-1, L. 441-1-1 et L. 441-1-2 ainsi qu'au bénéfice des personnes visées au plan départemental d'action pour le logement et l'hébergement des personnes défavorisées. Sauf en cas d'insuffisance du nombre des candidats, les commissions examinent au moins trois demandes pour un même logement à attribuer. Il est fait exception à cette obligation quand elles examinent les candidatures de personnes désignées par le préfet en application du septième alinéa du II de l'article L. 441-2-3 ou les candidatures présentées pour l'attribution de logements ayant bénéficié de la subvention mentionnée à l'article R. 331-25-1. Pour chaque candidat, la commission d'attribution prend l'une des décisions suivantes : a) Attribution du logement proposé à un candidat ; b) Attribution du logement proposé en classant les candidats par ordre de priorité, l'attribution du logement étant prononcée au profit du candidat suivant en cas de refus de l'offre faite dans les conditions de l'article R. 441-10 par le ou les candidats classés devant lui () / d) Non-attribution au candidat du logement proposé ; e) Décision mentionnée au d de l'article R. 441-2-8 notifiée dans les conditions prévues à l'article L. 441-2-2. ". Enfin, l'article R. 441-2-9 du même code dispose : " () Dans tous les cas, le bailleur actualise les informations de la demande de logement en fonction de la situation de l'attributaire au moment de l'attribution du logement et de la signature du bail. ".

3. Il résulte de l'instruction que le candidat placé en rang n°1 par la commission, âgé de 31 ans, avait déposé sa demande d'attribution d'un logement social le 1er avril 2019. Ce candidat était hébergé dans un centre d'accueil et d'intégration de réfugiés dans une chambre partagée avec deux autres personnes depuis le mois de janvier 2020, et le terme du contrat d'hébergement était fixé au 30 septembre 2022. Mme B, dont la candidature, plus ancienne, datait du 1er juin 2016, ne disposait quant à elle que d'une convention d'occupation temporaire d'un logement valable jusqu'au 31 décembre 2022 et percevait le revenu de solidarité active pour un montant de 590 euros par mois. Il résulte également de l'instruction, en particulier des fiches exposant la situation des candidatures soumises à l'examen de la commission, que le candidat n°1 avait obtenu une cotation de 17, alors que Mme B présentait une cotation plus élevée de 26, correspondant à un " cumul de difficultés ", ainsi qu'il est indiqué dans la charte d'attribution des logements de l'office public. Au regard de ces éléments, les deux candidatures soumises à l'appréciation de la commission présentaient un caractère comparable, tenant d'une part à la suroccupation du logement pour le candidat n°1 et à un " cumul de difficultés " pour Mme B.

4. Si l'office public indique que le candidat placé au rang n°1, outre qu'il occupait un logement en état de suroccupation, était un jeune actif en recherche d'un premier logement et confronté au coût de l'immobilier privé, il ne pouvait cependant, en présence de situations de précarité comparables, fonder son choix sur un critère tenant à l'âge de ce candidat pour déterminer le rang d'attribution du logement social en cause, alors que la requérante indique elle-même rechercher un emploi, de sorte qu'elle ne peut être considérée comme une personne inactive. Par suite, Mme B est fondée à soutenir que les décisions en litige traduisent une discrimination directe par l'âge, qui ne saurait trouver sa justification dans une différence de situation.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 2 août 2022, par laquelle la commission d'attribution des logements de l'office public de l'habitat " Paris Habitat " l'a positionnée en rang 2 en vue de l'attribution d'un logement social, et de la décision du 19 décembre 2022 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement n'implique pas nécessairement que soit attribué à Mme B le logement social auquel elle postulait, ni un autre logement comparable. Il implique seulement que l'office public de l'habitat " Paris Habitat ", réexamine sa demande, en tenant compte des motifs du présent jugement et de la situation existante à la date de sa nouvelle décision. Dès lors, il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, d'enjoindre à l'office public de l'habitat " Paris Habitat " de procéder à ce réexamen dans un délai deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Goulay, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'office public de l'habitat " Paris Habitat " la somme de 1 500 euros. En outre, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une somme d'argent au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 2 août 2022, par laquelle la commission d'attribution des logements de l'office public de l'habitat " Paris Habitat " a positionné Mme B en rang 2 en vue de l'attribution d'un logement social et la décision du 19 décembre 2022 rejetant son recours gracieux, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la commission d'attribution de l'office public de l'habitat " Paris Habitat " de réexaminer la situation de Mme B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'office public de l'habitat " Paris Habitat " versera la somme de 1 500 euros à Me Goulay, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Goulay renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de sa mission d'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 5 : Les conclusions de l'office public de l'habitat " Paris Habitat " au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'office public de l'habitat " Paris Habitat ".

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

A. Pény

La greffière,

A. Cardon

La République mande et ordonne au préfet de Paris, préfet de la région d'Ile-de-France en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2302071/6-3

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