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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2302164

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2302164

mardi 15 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2302164
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantSCHIANO-GENTILETTI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 janvier 2023, la société civile immobilière du 32-34 RUE MARBEUF, représentée par M. A, demande au tribunal :

1°) de prononcer la réduction de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2019 et 2020 à raison de l'immeuble sis 32-34 rue Marbeuf à Paris (8ème arrondissement) et de condamner l'Etat à lui verser les intérêts moratoires correspondants ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la surface imposable doit être modifiée pour tenir compte des évolutions dans la situation des locaux dont elle a fait état dans ses nouvelles déclarations ;

- les sanitaires et vestiaires, espaces de circulation et issues de secours, ateliers, archives et réserves, locaux sociaux, locaux techniques et postes de sécurité et aux réserves, caves et espaces de circulation en sous-sol doivent être affectés du coefficient de pondération de 0,5 prévu par l'article 324 Z de l'annexe III du code général des impôts pour les surfaces ayant une valeur d'utilisation réduite ;

- il convient de retenir les termes de comparaison proposés par la requérante pour le cercle de jeu, la boutique de prêt-à-porter et les bureaux et annexes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2023, la directrice régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 13 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 13 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ostyn,

- et les conclusions de M. Pertuy, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile immobilière (SCI) du 32-37 RUE MARBEUF a été assujettie à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des années 2019 et 2020 à raison de l'immeuble

sis 32-34 rue Marbeuf à Paris (8ème arrondissement). Par une réclamation du 28 décembre 2020, elle a contesté les sommes mises à sa charge. L'administration ayant rejeté sa demande par un courrier du 24 novembre 2022, elle réitère, par la présente requête, ses prétentions devant le tribunal de céans.

Sur les conclusions à fin de réduction et fondées sur l'article L. 208 du livre des procédures fiscales :

2. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. / Il en est de même lorsqu'une imposition a été établie d'après les bases indiquées dans la déclaration souscrite par un contribuable ou d'après le contenu d'un acte présenté par lui à la formalité de l'enregistrement. ".

3. Dès lors que les impositions litigieuses ont été établies conformément aux déclarations initiales de la société du 32-34 RUE MARBEUF, il lui revient, en application des dispositions précitées, d'établir le caractère exagéré de l'imposition.

4. Aux termes de l'article 1498 du code général des impôts, dans sa rédaction en vigueur depuis le 1er janvier 2019 : " I. - La valeur locative de chaque propriété bâtie ou fraction de propriété bâtie, autres que les locaux mentionnés au I de l'article 1496, que les établissements industriels mentionnés à l'article 1499 et que les locaux dont la valeur locative est déterminée dans les conditions particulières prévues à l'article 1501, est déterminée selon les modalités prévues au II ou III du présent article. / Les propriétés mentionnées au premier alinéa sont classées dans des sous-groupes, définis en fonction de leur nature et de leur destination. A l'intérieur d'un sous-groupe, elles sont classées par catégories, en fonction de leur utilisation, de leurs caractéristiques physiques, de leur situation et de leur consistance. Les sous-groupes et catégories de locaux sont déterminés par décret en Conseil d'Etat. / II. - A. - La valeur locative de chaque propriété bâtie ou fraction de propriété bâtie mentionnée au I est déterminée en fonction de l'état du marché locatif (). / Elle est obtenue par application d'un tarif par mètre carré déterminé conformément au 2 du B du présent II à la surface pondérée du local définie au C du présent II. / B. - () / 2. Les tarifs par mètre carré sont déterminés sur la base des loyers moyens constatés dans chaque secteur d'évaluation par catégorie de propriétés. () / C. - La surface pondérée d'un local est obtenue à partir de la superficie de ses différentes parties, réduite, le cas échéant, au moyen de coefficients fixés par décret, pour tenir compte de leur utilisation et de leurs caractéristiques physiques respectives. () ". Aux termes de l'article 324 Z de l'annexe III du code général des impôts : " Pour l'application du C du II de l'article 1498 du code général des impôts, la surface pondérée d'un local est la somme, le cas échéant arrondie au mètre carré inférieur, des superficies de ses différentes parties, affectées, le cas échéant, du coefficient mentionné au troisième alinéa. / La superficie des différentes parties d'un local, y compris celle des dégagements et sanitaires, est la superficie réelle, mesurée au sol, entre murs ou séparations et arrondie au mètre carré inférieur. / Lorsque l'une de ces parties a une valeur d'utilisation réduite par rapport à l'affectation principale du local, la superficie de cette partie est réduite par application d'un coefficient fixé à 0,5 lorsque cette partie est couverte et à 0,2 dans le cas contraire. ". Il résulte de ces dispositions que, pour le calcul de la valeur locative d'une propriété bâtie relevant de l'article 1498 du code général des impôts, les coefficients de pondération de superficie mentionnés à l'article 324 Z de l'annexe III précité ne sont pas applicables aux surfaces utilisées pour une activité correspondant à l'affectation principale de ce local, appréciée au regard de la catégorie dans laquelle il est classé.

5. En premier lieu, si la requérante fait valoir la surface imposable doit être modifiée pour tenir compte des évolutions dans la situation des locaux dont elle a fait état dans ses nouvelles déclarations, elle ne produit à l'instance aucun élément de nature à étayer ses allégations alors qu'ainsi qu'il a été dit aux points 2 et 3, la charge de la preuve du caractère exagéré de l'imposition mise à sa charge conformément à ses déclarations lui incombe.

6. En deuxième lieu, la SCI du 35-34 RUE MARBEUF soutient que les sanitaires et vestiaires, les espaces de circulation et issues de secours, les ateliers, archives et réserves, les locaux sociaux, locaux techniques et postes de sécurité et les réserves, caves et espaces de circulation en sous-sol doivent être affectés du coefficient de pondération de 0,5 prévu par l'article 324 Z de l'annexe III du code général des impôts pour les surfaces ayant une valeur d'utilisation réduite, au lieu du coefficient de 1 qui leur a été appliqué lors de la taxation en litige. Toutefois, elle ne verse aucune pièce de nature à établir la consistance, l'emplacement ainsi que l'utilisation des surfaces litigieuses permettant au juge d'apprécier la légalité du coefficient de pondération qui leur a été appliqué. C'est, par suite, à bon droit que l'administration n'a pas affecté de coefficient de pondération de 0,5 dans le calcul de ces surfaces.

7. En troisième et dernier lieu, s'agissant du cercle de jeux, il est constant que celui installé dans l'immeuble en litige présente une surface en sous-sol de 1 055 m² situé dans le secteur CHAMPS ÉLYSÉES. L'administration a retenu comme terme de comparaison un bar-restaurant situé dans le secteur EUROPE, auquel elle appliqué une baisse de 30% de la valeur locative afin de tenir compte des différences de situation et de superficie. La requérante demande que soit utilisé comme terme de comparaison une discothèque située dans le même secteur que l'immeuble en litige. Cependant, alors que la charge de la preuve du caractère exagéré de l'imposition lui incombe, la requérante n'explique pas en quoi un tel immeuble serait plus pertinent à titre de comparaison que celui retenu par l'administration après application d'une décote. S'agissant de la boutique de prêt-à-porter, la requérante propose d'y substituer une bijouterie-joaillerie d'une surface proche et située dans le même quartier que l'immeuble en litige. L'administration a retenu comme terme de comparaison un local similaire à l'immeuble en litige au regard de l'affectation des locaux, de leur agencement, de leur situation géographique au sein d'un quartier commercial prestigieux de Paris, de la nature de la construction et de son état d'entretien. Alors que la charge de la preuve du caractère exagéré de l'imposition lui incombe, la requérante n'explique pas en quoi un tel immeuble serait plus pertinent à titre de comparaison que celui retenu par l'administration. Enfin, s'agissant des bureaux et annexes, l'administration a retenu comme terme de comparaison un immeuble de bureaux, situé au 59 rue du Rocher (75 008) dans le secteur EUROPE, d'une surface totale de 4 260 m² et d'une surface pondérée de 3 437 m². La requérante fait valoir que ce bâtiment est un immeuble ancien en pierres de taille non comparable aux locaux à évaluer, de caractère récent, et que l'immeuble qu'elle propose de substituer, sis au 37 avenue Pierre 1er de Serbie, est situé dans le même secteur que les locaux à évaluer. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'immeuble choisi comme terme de comparaison par l'administration a été construit en 1911 et que l'administration fait valoir, sans être contredite, que l'immeuble en litige ne saurait être considéré comme récent, dès lors qu'il a été construit en 1929. Par ailleurs, l'immeuble choisi par l'administration présente une surface plus proche de celle de l'immeuble en litige que celle de l'immeuble proposé par la requérante, d'une surface de 429 m².

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de réduction présentées par la société du 32-34 RUE MARBEUF doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant au versement des intérêts moratoires.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 500 euros au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société civile immobilière du 32-34 RUE MARBEUF est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière du 32-34 RUE MARBEUF et à la directrice régionale des finances publiques d'Ile-de-France et du département de Paris.

Délibéré après l'audience du 1er avril 2025, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

Mme Grossholz, première conseillère,

Mme Ostyn, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 avril 2025.

La rapporteure,

Signé

I. OSTYNLe président,

Signé

J.-C TRUILHÉ

La greffière,

Signé

S. RUBIRALTA

La République mande et ordonne à la ministre chargée des comptes publics en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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