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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2302321

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2302321

vendredi 3 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2302321
TypeDécision
PublicationC
Formation4e Section - 3e Chambre
Avocat requérantSYLLA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er février 2023, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2023 par lequel le préfet de police a fixé le pays de destination ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il a été pris en l'absence d'examen de sa situation individuelle ;

-il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2023, le préfet de police, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Paret,

- et les conclusions de Mme de Schotten, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né le 12 juillet 1990, a fait l'objet d'un arrêté d'expulsion pris par le préfet de police le 7 septembre 2022. Par un arrêté du 24 janvier 2023, le préfet de police a fixé le pays de destination. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'arrêté dans son ensemble :

2. En premier lieu, l'arrêté du 24 janvier 2023 vise notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de police a fait application et mentionne avec précision les éléments de la situation personnelle de M. B sur lesquels il est fondé, notamment l'arrêté d'expulsion pris à son encontre le 7 septembre 2022. La circonstance que le préfet de police n'a pas mentionné, de manière exhaustive, la totalité des éléments de la situation personnelle de M. B est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Il suit de là que l'arrêté du 24 janvier 2023 est suffisamment motivé.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci a été pris sans examen suffisant de la situation personnelle du requérant.

4. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B est père de deux enfants de nationalité ivoirienne nés en France en 2016. Toutefois, d'une part, par les pièces qu'il produit, notamment quelques attestations sur l'honneur dont l'une signée par la mère de ses enfants et quelques virements financiers à son bénéfice, lesquels sont récents et de faible montant, il ne démontre pas contribuer à leur éducation ou à leur entretiens ni une intégration particulière en France. D'autre part, il ressort également des pièces du dossier que le requérant a fait l'objet d'un arrêté d'expulsion le 7 septembre 2022 et a été condamné à 17 reprises entre 2004 et 2021, notamment pour des faits de vol et d'escroquerie, pour un quantum total de peines de 6 ans. Dans ces conditions et en tout état de cause, eu égard à sa situation personnelle et familiale en France et au risque d'atteinte à l'ordre public que constitue la présence de l'intéressé sur le territoire français, le préfet de police, par la mesure fixant la Côte-d'Ivoire comme pays de destination, prononcée à l'encontre de M. B, n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels la décision attaquée a été prise, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Simonnot, président,

Mme Voillemot, premier conseiller,

M. Paret, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2023.

Le rapporteur,

F. PARET

Le président,

J.-F. SIMONNOTLa greffière,

S. RAHMOUNI

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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