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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2302805

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2302805

lundi 25 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2302805
TypeDécision
PublicationC
Formation2e Section - 2e Chambre
Avocat requérantLACOSTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête n°2302802 enregistrée le 8 février 2023, Mme A, représentée par Me Lacoste, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de police a refusé d'enregistrer sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet de police d'enregistrer sa demande d'asile, de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile en procédure normale et de lui remettre le formulaire à adresser à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ; ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à Me Lacoste, son conseil, au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle, ou, si sa demande d'aide juridictionnelle devait être rejetée, de lui verser cette somme, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision contestée méconnaît les dispositions de l'article 29.2 du règlement n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et de l'article 9.2 du règlement (CE) n°1560/2003 modifié.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- en l'absence de circonstances nouvelles de droit et de fait, la requête est irrecevable ;

- les autres moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par une décision du 14 mars 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris a accordé le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à Mme A.

II. Par une requête n°2302805 enregistrée le 8 février 2023, Mme A, représentée par Me Lacoste, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu les conditions matérielles d'accueil pour demandeur d'asile dont elle bénéficiait ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir les conditions matérielles d'accueil dont elle bénéficiait depuis le jour où elles ont été suspendues ; à titre subsidiaire, de lui enjoindre de réexaminer sa situation ; et ce dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à Me Lacoste, son conseil, au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle, ou, si sa demande d'aide juridictionnelle devait être rejetée, de lui verser cette somme, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision contestée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, en particulier en ce qui concerne sa vulnérabilité ;

- elle méconnaît les dispositions des articles D. 551-18 et L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 janvier 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par une décision du 10 mars 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris a refusé à Mme A le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Abdat,

- les conclusions de M. Lahary, rapporteur public,

- et les observations de Me Lacoste, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante guinéenne née le 6 juin 1994, s'est vu délivrer par la préfecture de police une attestation de demande d'asile en procédure dite " Dublin " le 22 avril 2022. Par un arrêté en date du 20 mai 2022, le préfet de police a décidé le transfert de Mme A aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Mme A s'est vu notifier le 9 septembre 2022 une convocation pour se présenter à l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle pour son transfert en Espagne le 15 septembre 2022. Ne s'étant pas présentée au rendez-vous à l'aéroport, Mme A a été déclarée en fuite par la préfecture de police le 23 septembre 2022, ce qui a permis la prolongation de son délai de transfert en Espagne de six à dix-huit mois. Le 19 décembre 2022, Mme A a sollicité auprès de la préfecture de police l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale et la délivrance d'une nouvelle attestation de demande d'asile. Elle a réitéré sa demande par un courrier du 10 janvier 2023. Par la requête n°2302802, elle demande l'annulation de ces décisions. D'autre part, elle a cessé de percevoir l'allocation pour demandeur d'asile à compter du mois d'octobre 2022. Par un courrier du 10 janvier 2023, elle a demandé au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par un courrier du 20 janvier 2023 l'OFII l'a informée de son intention de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil dont elle bénéficiait. Par la requête n°2302805, elle demande l'annulation de la décision implicite par laquelle l'OFII a mis fin, à compter du mois d'octobre 2022, aux conditions matérielles d'accueil pour demandeur d'asile dont elle bénéficiait.

2. Les requêtes susvisée nos2302802 et 2302805 concernent la situation d'une même requérante, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. "

4. Postérieurement à l'enregistrement de la requête, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé l'aide juridictionnelle totale à Mme A au titre de sa requête n°2302802 par une décision du 14 mars 2023. Par une décision du 10 mars 2023, il lui a refusé le bénéficie de l'aide juridictionnelle au titre de sa requête n°2302805. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ses demandes d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions dirigées contre les décisions du préfet de police :

5. Aux termes de l'article 9 du règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003, modifié par le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 : " Il incombe à l'État membre qui, pour un des motifs visés à l'article 29, paragraphe 2, du règlement (UE) n° 604/2013, ne peut procéder au transfert dans le délai normal de six mois à compter de la date de l'acceptation de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée, ou de la décision finale sur le recours ou le réexamen en cas d'effet suspensif, d'informer l'État responsable avant l'expiration de ce délai. À défaut, la responsabilité du traitement de la demande de protection internationale et les autres obligations découlant du règlement (UE) n° 604/2013 incombent à cet État membre conformément aux dispositions de l'article 29, paragraphe 2, dudit règlement. " Aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Le transfert du demandeur ou () de l'État membre requérant vers l'État membre responsable s'effectue () au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27, paragraphe 3. / () 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté à () à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite. " Aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013 () ".

6. Lorsque, postérieurement à la décision ordonnant son transfert dans l'État responsable de sa demande, l'intéressé demande à l'autorité compétente que sa demande d'asile soit instruite " en procédure normale ", il doit être regardé comme demandant à cette autorité de reconnaître la compétence de la France pour examiner sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de dépôt de cette demande lui permettant de suivre la procédure devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.

7. Le refus opposé à une telle demande constitue une décision susceptible de recours. Les conclusions d'annulation dirigées contre cette décision sont toutefois irrecevables s'il apparaît, en l'absence de circonstances de fait ou de considérations de droit nouvelles, pertinentes et postérieures à la décision de transfert, que ce refus se borne à confirmer purement et simplement celui de faire application des dispositions mentionnées ci-dessus du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, en particulier de la clause dite " discrétionnaire " de l'article 17 de ce règlement, implicitement mais nécessairement inclus dans la décision de transfert. Une telle irrecevabilité doit, en particulier, être opposée à ces conclusions lorsque le demandeur soutient, sans l'établir, qu'ayant été considéré, à tort, comme étant en fuite pour l'application du paragraphe 2 de l'article 29 de ce règlement, le délai de transfert de six mois prévu au paragraphe 1 de cet article n'a pas été prolongé et que la décision de transfert ne peut plus, dès lors, être exécutée.

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme A ne s'est pas présentée à l'aéroport le 15 septembre 2022 en vue de l'exécution de son transfert aux autorités espagnoles. Pour justifier de sa non présentation, Mme A fait valoir que sa fille, alors âgée de dix-neuf mois, avait ce jour-là de la fièvre et souffrait de douleurs abdominales, qu'elle a dû pour cette raison se rendre au centre d'accueil, d'orientation et d'accompagnement de l'association Médecins du Monde où elle a été reçue avec sa fille en consultation par un médecin qui l'a orientée vers un service de protection maternelle et infantile, et que sa fille est suivie à l'hôpital Necker depuis le 22 septembre 2022. Toutefois, les certificats médicaux rédigés par le médecin de l'association le 15 septembre puis le 20 octobre 2022 se bornent à indiquer que Mme A s'est présentée avec sa fille, qui avait de la fièvre et souffrait de douleurs abdominales, au centre médical le 15 septembre 2022 et qu'à cette occasion un rendez-vous en service de protection maternelle et infantile lui a été donné pour le 23 septembre 2022, soit une semaine plus tard, et qu'un suivi régulier a été entamé à l'hôpital Necker le 26 septembre 2022. Ainsi, ces documents médicaux ne permettent pas d'établir que la gravité de l'état de santé de sa fille faisait obstacle à son embarquement sur un vol pour l'Espagne, où rien ne permet de considérer qu'un suivi médical de même nature n'était pas envisageable. Dans ces conditions, la décision implicite par laquelle le préfet de police a rejeté la demande de Mme A tendant à ce que sa demande d'asile soit enregistrée en procédure normale doit être regardée comme une décision confirmative de l'arrêté de transfert du 20 mai 2022. Les conclusions dirigées contre la décision implicite du préfet de police doivent, dès lors, être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions dirigées contre la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration portant cessation des conditions matérielles d'accueil :

9. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la requérante a bénéficié le 27 avril 2022 d'un entretien avec un agent qualifié de l'OFII, qui n'a pas mis en lumière de vulnérabilité particulière. En outre, la requérante n'établit ni même n'allègue avoir transmis à l'OFII des éléments postérieurs que celui-ci n'aurait pas pris en considération. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen de la vulnérabilité de la requérante doit être écarté.

10. En second lieu, aux termes de l'article D. 553-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le versement de l'allocation prend fin () : / () / 3° A compter de la date à laquelle l'attestation de demande d'asile a été retirée par l'autorité administrative ou n'a pas été renouvelée en application de l'article R. 573-2. " Aux termes de l'article D. 553-25 du même code : " Sans préjudice des dispositions de l'article L. 551-14, le défaut de validité de l'attestation de demande d'asile entraîne la suspension des droits à l'allocation, sauf s'il est imputable à l'administration ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que les demandeurs d'asile ne peuvent percevoir l'allocation pour demandeurs d'asile que s'ils sont titulaires d'une attestation de demande d'asile en cours de validité, et que le défaut de validité de l'attestation de demande d'asile entraîne la suspension des droits à l'allocation, sauf s'il est imputable à l'administration.

11. En l'espèce, il résulte de l'instruction et il n'est pas contesté que l'attestation de demandeur d'asile dont Mme A était titulaire est parvenue à expiration le 19 septembre 2022 et n'a pas été renouvelée, sans que ce non-renouvellement soit imputable à l'administration, puisque la requérante a pris la fuite. Dans ces conditions, l'OFII, qui se trouvait en situation de compétence liée pour interrompre le versement de l'allocation pour demandeur d'asile, n'était pas tenu, préalablement à cette date, de mettre Mme A à même de présenter ses observations avant d'adopter la décision implicite de mettre fin, à compter du mois d'octobre 2022, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait l'intéressée.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le directeur général de l'OFII a suspendu les conditions matérielles d'accueil dont elle bénéficiait. Par suite, sa requête doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les demandes d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle provisoire de Mme A.

Article 2 : Les requêtes n°s 2302802 et 2302805 de Mme A sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Lacoste, au Préfet de police et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 11 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Errera, premier conseiller,

Mme Abdat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2024.

La rapporteure,

G. ABDATLe président,

J. SORINLa greffière,

B. CHAHINE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2302802,2302805/2-

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